Ukemi (les chutes)

ippon

Savoir chuter n’est pas simplement indispensable pour progresser en ju-jitsu et dans les arts martiaux pourvus de projections, ça peut l’être aussi dans le quotidien. Certes nous ne passons pas notre vie à tomber et à nous relever (quoique), mais cela peut arriver à n’importe qui, n’importe quand.

« C’est en chutant que l’on apprend à chuter ». Cette formule que j’aime bien employer n’a de valeur qu’après avoir assimilé et répété les apprentissages spécifiques. Mais il n’est pas nécessaire – au risque de perdre du temps et que cela devienne rebutant – de passer trop de temps avec ces répétions. Rien ne vaut le perfectionnement dans l’action de la projection, à la condition de bénéficier d’un bon partenaire. Et puis, des méthodes d’entrainements comme les uchi-komi peuvent être des palliatifs à la systématicité de la chute.

En ju-jitsu nous comptons deux catégories de chutes : les « chutes de situation » qui pourront être utilisées dans la réalité et les « chutes de répétitions », celles le plus couramment utilisées (heureusement) lors des séances. Dans chacun de ces groupes, il faut distinguer la chute-avant et la chute-arrière. Ce qui fait quatre formes de « brise-chutes ».

Ce ne sont pas les mêmes automatismes dont il faudra faire preuve selon que l’on chute sur un tatami ou sur un sol dur. Frapper avec le bras tendu, comme nous devons le faire en dojo pour répartir l’onde de choc n’est pas conseillé sur le macadam. Au même titre, dans la réalité, il faudra tenter de se retrouver debout le plus vite possible et de préférence face à l’agresseur.

Dans tous les cas, la tête et les articulations du bras devront être protégées en priorité. Sur l’arrière, il faudra prendre soin de rentrer la tête (menton dans la poitrine) et de tendre le bras ; en frappant lorsque l’on se trouve en dojo et en roulant sur une épaule en cas de perte d’équilibre hors-dojo. Sur l’avant, dans les deux cas, les bras serviront de roues et d’amortisseurs. Lors des entraînements la réception se fera jambes tendues et parallèles, dans la réalité il sera utile de plier une jambe à la réception, de façon à se relever face à un agresseur survenu par l’arrière.

Comme indiqué au début de cet article, savoir chuter peut être utile dans la vie courante, que ce soit en raison d’une glissade sur la neige, en cas de chute de cheval (pour ceux qui ont la chance de pratiquer l’équitation), ou lorsque l’on se « prend les pieds dans le tapis » ! Etc.  Maitriser l’art de la chute est incontournable pour pratiquer le ju-jitsu, c’est aussi une forme d’assurance pour le quotidien.

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Le travail des projections (nage-waza)

tai-otoshiAvec une présentation plus complète du nage-waza, (travail des projections), ce billet étoffera celui publié le 13 octobre dernier dans lequel étaient évoquées les trois familles du ju-jitsu (atemi, nage et katame).

Il s’agit du secteur le plus riche du ju-jitsu en quantité de techniques et par conséquent de travail à effectuer. C’est aussi un domaine très spectaculaire dans lequel le mot « art » a toute sa place. Son principe est de faire tomber quelqu’un qui est debout et qui entend bien le rester. Soit dans le cadre de la self-défense avec le ju-jitsu ou bien dans le domaine sportif lorsqu’il s’agit de judo. Il est aussi possible de s’exprimer dans l’art de la projection tout simplement au cours des séances d’entraînement de ju-jitsu ou de judo à la recherche du geste parfait, celui-ci étant générateur de grande satisfaction.

En principe, tout le monde doit être capable de faire tomber tout le monde, à la condition que ce «tout le monde » commette une faute. Une faute de déplacement bien exploitée, ou encore – plus subtile, provoquée par une action entraînant une réaction. Un atemi (un coup) lorsqu’il est question de self-défense, provoquera, lui aussi, un certain déséquilibre.

Plusieurs familles de projections sont recensées : les techniques de jambes, de bras, de hanches, d’épaules et de sacrifices. Il y en a pour tous les goûts, tous les gabarits et toutes les situations. A chacun ses préférences, souvent en rapport avec sa morphologie, également par l’envie de faire comme…

En self-défense l’efficacité du nage-waza est incontestable. Elle s’applique en réponse à des saisies, à des tentatives de saisies, également dans le travail par anticipation. Chaque technique peut répondre à au moins une situation d’agression, elles ont d’ailleurs toute vu le jour à partir d’une attaque précise. Ensuite, l’évolution du judo a fait naître d’autres projections qui sont parfois des variantes d’une technique existante. Par exemple, Il faut savoir qu’à l’origine harai-goshi, technique de hanche très populaire, n’existait pas. L’histoire nous conte que c’est Jigoro Kano qui, cherchant une solution aux esquives extérieures que subissait son uki-goshi, a trouvé la riposte en « inventant » cette belle projection. Existent aussi des techniques qui correspondent à un problème purement judo et qui ne seront utilisées que dans ce cadre. D’autres, très « explosives » comme uchi-mata (fatale pour celui qui la subirait) demandent souvent l’engagement complet du corps et entraînent automatiquement l’amenée au sol de celui qui la pratique. Ce qui pourra être gênant sur un sol dur et/ou dans l’éventualité d’être confronté à plusieurs adversaires.

Pour progresser dans ce domaine il faudra, par une étude approfondie, continuer à parfaire le geste à la recherche du détail, à « façonner » son corps pour obtenir une « forme de corps » à l’aide de nombreuses répétitions que l’on appellent uchi-komi, nous avons évoqué dernièrement cette méthode d’entraînement. Il ne faudra pas rechigner sur le nage-komi, exercice de réalisation complète de la projection avec chute, dont l’objectif vise aussi le travail de la rapidité d’exécution ; la méthode se fonde sur la répétition en séries importantes. vite et fort. Ensuite tester son efficacité à projeter un partenaire proposant une résistance avec les exercices d’entraînement à la codification sécuritaire, les randoris.

Enfin, pour les ju-jitsukas il ne faut pas perdre de vue que la famille des projections appartient à un ensemble dans lequel se trouvent aussi deux autres groupes : les coups et les contrôles.

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Professeur

img_0815-1Notre pays a toujours été strict concernant l’encadrement des activités sportives. Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine soumis à une forte réglementation et certains de nos excès en matière de contrainte administrative font notre réputation. Il s’agit sans doute des défauts de nos qualités. Etre rigoureux quant il s’agit de s’assurer qu’une activité physique et à fortiori une discipline de combat est correctement encadrée ne semble pas extravagant. D’autres pays ne sont pas aussi sourcilleux.

Tout au début de l’histoire des arts martiaux en France il n’existait pas de diplômes pour les enseigner, mais ils ont été mis en place assez rapidement, dès 1955 à l’initiative de la fédération de judo. De nombreuses formules se sont ensuite succédées.

Personnellement, je me souviens d’avoir franchi trois échelons : animateur, moniteur, puis professeur. « Je parle d’un temps que forcément les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. » C’était au cœur des années 1970. Concernant le titre de professeur qui était le véritable objectif, il s’agissait d’un diplôme qui s’appelait : « professeur de judo, karaté, et aïkido, option principale judo (ou karaté, aïkido selon l’option principale choisie) ». Les titulaires ayant la possibilité d’enseigner les deux autres disciplines jusqu’à un certain niveau. Cette formule était intéressante, sur le plan de l’ouverture d’esprit et de l’élargissement des connaissances. Il s’agissait aussi pour la « fédération mère » à savoir la fédération de judo, de continuer à assurer une forme d’hégémonie sur les disciplines « cadettes ».

Animateur, moniteur et surtout professeur étaient des titres largement plus gracieux que les appellations qui ont suivies ; BEES (brevet d’éducateurs sportifs), et maintenant les CQP (certificat de qualification professionnelle), le sport et les arts martiaux n’ont pas échappé à cette tendance qui consiste à abuser des abréviations qui ne contribuent pas à l’enrichissement de notre langue.

Lorsque j’ai acquis mon diplôme, les programmes était très chargés dans des matières certes très intéressantes, mais au contenu un peu disproportionné par rapport à l’usage que l’on en ferait ensuite sur le terrain (le tatami en l’occurrence). Il s’agissait de thèmes tels que l’organisation du sport en France, anatomie/physiologie (domaines dans lequel nous étions presque au niveau de la première année de médecine). Ces thèmes existent toujours, mais de manière plus raisonnable. Enseigner un sport demande avant tout une maitrise technique, pédagogique et phsycologique.

Le programme technique était complet avec du « travail debout » et « au sol », des katas, des randoris, la préparation d’une séance (et la présentation effective d’une partie) dont le thème était tiré au sort, s’ajoutaient une épreuve pédagogique d’éducation physique et sportive et comme indiqué plus haut, une séquence au cours de laquelle il fallait démontrer ses connaissances en karaté et en aïkido. Le ju-jitsu n’était pas vraiment au programme, nous étions un peu avant la remise en valeur de notre art bien aimé.

L’examen commençait le lundi matin pour se finir le vendredi soir. Enchaîner au fil des jours les interrogations techniques et physiques, les épreuves pédagogiques, les écrits et les oraux n’étaient pas de tout repos, Il fallait bien plusieurs jours pour se remettre de l’acquisition d’un diplôme qui nous semblait largement mérité.

L’évolution tend à proposer un allégement des programmes de façon à rendre plus accessible la possibilité d’enseigner. C’est louable, mais à plusieurs conditions. D’abord qu’un certain niveau d’exigence assurant une pratique sécuritaire et éducative soit garanti, que toutes les disciplines (même les plus récentes) soient astreintes à la même réglementation et enfin qu’existent des débouchés d’un point de vue professionnel, ce qui garantie un niveau d’engagement différent.Enfin, la vigilance s’impose aussi face à une forme de nivellement par le bas, lorsque certaines des valeurs propres aux arts martiaux tendent à disparaître. C’est parfois, justement, un manque de professionnalisme qui en est la raison.

La capacité d’enseigner n’est pas forcément donnée à tous et ce n’est pas une moindre responsabilité. Il faut d’abord en avoir l’envie et en plus des qualités précitées, il est indispensable d’être armé de patience, d’une farouche énergie et d’une autorité qui imposera le respect indispensable à la mission.

Si le métier d’enseignant – selon l’expression consacrée – est le plus beau métier du monde et pour qu’il en soit ainsi encore longtemps, il est indispensable de conserver et de renforcer tous les moyens qui contribuent à sa valorisation, à commencer par les titres qui l’identifient.

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Ju-jitsu et compétition

img_0783Que ce soit bien clair, je ne suis absolument pas contre la compétition – tous sports confondus -, même s’il y aurait beaucoup à dire sur certaines dérives qui touchent parfois le sport de haut-niveau ; ce que l’on pourrait appeler le revers de la médaille. L’affrontement codifié, lorsqu’il est pratiqué avec un bon état d’esprit et dans le respect des règles est formateur sur bien des plans, il permet de se surpasser le jour J, mais surtout il impose une discipline de vie emprunte d’efforts et de rigueur lors de la préparation.

Ce que je regrette, c’est de proposer des compétitions d’affrontement direct dans des disciplines qui ne sont pas faites pour cela, entraînant certaines dérives mais surtout une « dénaturisation».

Je peux comprendre l’intérêt suscité chez certains par le « ju-jitsu-combat » tout comme je respecte les compétiteurs qui y participent. Pour certains, il est toujours plaisant et intéressant de trouver des moyens de s’affronter. Mais face à ce que je pense être contre nature, je me permets de donner mon avis et de mettre en avant mes arguments.

Tout d’abord, sur le plan purement « pratique » et historique, lorsque l’idée de remettre à l’honneur le ju-jitsu en France est venue au début des années 1970, l’objectif était qu’il redevienne le complément d’un judo de plus en plus axé sur la compétition et de proposer sous l’appellation ju-jitsu, un judo non-compétitif, au travers d’une méthode de self-défense qui, entre autres, revalorisait l’atemi-waza (le travail des coups). La self-défense ayant toujours été une motivation forte. A l’évidence ceci a été mal compris, quelques années plus tard apparaissait le « fighting-system », imposant ainsi l’instauration d’un règlement (utile pour des raisons de sécurité) qui a retirer à l’art martial une partie de sa substance.

Les inconvénients de cette formule sont les suivants : d’abord, la compétition n’intéresse qu’une minorité et n’est pas accessible à tous. Ensuite, comme indiqué plus haut, elle impose un règlement mettant à l’écart beaucoup de techniques, parmi les plus dangereuses donc les plus efficaces en self-défense. Surtout quand certains professeurs limitent le contenu de leurs séances aux techniques autorisées en combat. Puis, quand on parle compétition, on pense résultats, médailles et il est toujours flatteurs de se retrouver dans les pages sportives du « régional » le lundi matin, au risque de négliger le principe d’une activité ouverte à tous. Il est utile de ne pas perdre de vue que nous sommes dans des disciplines de combat et que la compétition, encore davantage que dans d’autres activités, est réservée aux plus jeunes. Il est dommage de négliger une importante frange de la population. Enfin, ce qui devait se présenter comme un complément au judo, peut à la limite se révéler comme une forme de concurrence. De plus, le ju-jitsu, n’est pas moins que le reflet d’un combat réel, et que l’application d’un règlement, non seulement spolie la technique mais aussi cet état de fait qui est la raison d’être ce cet art martial.

Ne pas soutenir les compétitions d’affrontements directs dans les arts martiaux traditionnels n’empêche pas, bien au contraire, au travers de méthodes d’entraînement diverses et engagées, secteur par secteur, mais conventionnelles de façon à éviter les accidents, de proposer un investissement physique intense, adapté en fonction de critères tels que la sécurité, l’âge, le niveau technique et les aspirations des pratiquants.

Le rôle d’un professeur n’est-il pas de défendre les principes fondamentaux de sa discipline, de garantir son identité et d’en empêcher certains reniements au nom d’une soi-disant évolution ?

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Le contre est bon…

img072Arme fatale par excellence, puisqu’il s’agit bien souvent d’une addition de force,  la contre-prise est utilisée de fait en self-défense, en réponse à une attaque (agression en l’occurrence). Exception faite pour quelques défenses par anticipation. Le ju-jitsu, dont le principe de base est l’utilisation de la force de l’adversaire est particulièrement efficace dans ce domaine.

Concernant ce domaine, une fois de plus, il est utile de faire la nuance entre  les objectifs d’une méthode de défense et ceux d’un sport de combat. En judo par exemple, comme son nom l’indique, la contre-prise consiste à contrer une prise, une technique. (Il faut se souvenir qu’à une certaine époque on parlait de « prises de judo ».)

Dans une discipline de combat comme le judo et principalement dans son pays d’origine, l’initiative est largement favorisée, pour autant l’étude du « contre » ne doit pas être négligée. Ne serait-ce que parce qu’elle permet de mettre en avant les éventuelles failles d’une technique et par conséquent de renforcer les points vulnérables. Pour progresser dans une technique, travailler son contre n’est pas incohérent. Il faut avoir présent à l’esprit que s’il y a contre, c’est que, d’une certaine façon, il y a faute.

A l’inverse, le contre pourra être un handicap lorsqu’aux cours d’exercices tels que les randoris, la peur de se faire contrer limitera chez certains la prise d’initiative. Il est donc utile d’inclure des exercices comme le kakari-geiko (un sur deux qui attaque) dans lesquels le contre est banni et qui ont pour unique objectif de progresser dans le « système d’attaque ».

En judo, on trouve deux formes de contres. L’attaque dans l’attaque, en japonais le « sen-o-sen ». Puis le contre « go-no-sen », qui lui s’effectue en deux temps.

Dans le premier cas l’attaque de l’adversaire se retourne directement – en un seul temps – contre lui. Il n’y a pas d’arrêt durant l’action. Dans le second cas, la contre-prise s’effectue après une esquive ou un blocage, mais par des phénomènes mécaniques, c’est toujours en grande partie l’énergie de celui qui attaque qui est utilisée.

Dans les sports de percutions (boxe) le contre est aussi d’une efficacité redoutable, dans la mesure où l’attaquant vient se heurter de plein fouet sur la riposte. Par exemple, lorsque l’on contre un coup de poing direct avec le même coup de poing direct. C’est le principe du choc frontal sur un point vital. Il s’agit encore d’une certaine façon d’une addition de force.

En résumé et en conclusion l’étude des contre-prises est indispensable, d’abord parce que celles-ci sont efficaces, ensuite parce qu’elles permettent de progresser dans l’attaque et enfin, dernier aspect, la réalisation d’un contre est souvent, pour ne pas dire tout le temps, très spectaculaire.

Bonne pratique.

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Eté 2017

carqueiDu 2 au 7 juillet, j’aurai le grand plaisir de proposer un stage d’une semaine sur les bords de la Méditerranée, à Carqueiranne exactement. Située entre Hyères et Toulon cette charmante station balnéaire accueillera pour la première fois une semaine de ju-jitsu-vacances.

Cette initiative est celle de Patrick Desprez, avec lequel j’ai tissé de solides liens amicaux. Dans cette belle région, Patrick dispense depuis longtemps des cours de judo et de ju-jitsu et fait preuve, en plus de ses compétences, d’une grande ouverture d’esprit, éloignée des stériles querelles intestines. Son seul objectif étant de faire progresser ses élèves tout en leur donnant du plaisir au travers d’une pratique éducative. Cet état d’esprit et cette manière de faire me correspondent pleinement,  nous étions fait pour nous entendre.

Les cours de ju-jitsu auront lieu le matin, laissant ainsi les après-midi libres pour profiter d’activités en rapport avec la mer, ou bien d’autres telles que les découvertes et les balades dans cette Provence magnifique, ou encore… ne rien faire du tout, se reposer bercé par le clapotis des vagues.

Pour ce qui concerne le contenu technique, six journées de stage permettront d’aborder un maximum de thèmes. Techniques et enchaînements de bases et avancés, kata, mais aussi beaucoup de méthodes d’entraînement, de randoris, etc.

Concernant l’hébergement, il est laissé à chacun la possibilité de choisir celui qui convient le mieux à ses préférences et à son budget. L’office du tourisme de Carqueiranne est à la disposition des futurs stagiaires. Bien que la période ne se situe pas en « très haute saison », il est quand même préférable de prendre ses dispositions sans trop tarder.

Ce rassemblement est ouvert aux ju-jitsukas de tous niveaux, mais aussi aux pratiquants d’autres arts martiaux. La condition sera de maitriser quelque peu les ukemis (les chutes).

En espérant que cette première édition rassemblera des pratiquants de toutes régions et de toutes origines martiales. Quant à l’accueil je n’ai aucun doute sur celui qui nous sera réservé.

Une très belle semaine en perspective.

A bientôt sur les tatamis.

eric@pariset.net    www.jujitsuericpariset.com  www.carqueiranne.fr

Trois coups de cœur

judo-magJudo Magazine juillet-aout 1983. Je remercie Marc Codaccioni de Toulon (très prolixe sur les réseaux sociaux) d’avoir « exhumé » la couverture de la revue judo parue en juillet 1983. C’était l’époque où sous l’impulsion d’une commission technique motivée et persuadée qu’un ju-jitsu éducatif pouvait être associé au judo, un plan de relance énergique de « l’héritage des samouraïs » était mis en place. Depuis le début des années 1970, nous étions quelques professeurs à avoir testé avec succès la méthode appelée atemi-ju-jitsu. Au sein de cette commission, nous mettions notre expérience au service d’un plus grand nombre d’enseignants. On m’avait alors confié la responsabilité des premiers stages de perfectionnement en direction des professeurs qui souhaitaient élargir leur panel technique. C’était à Chamonix au pied des neiges éternelles du Mont-Blanc. Par la suite les évènements n’ont pas été à la hauteur des espérances en matière de rapprochement et encore moins d’union, qu’importe la technique est restée, elle a satisfait un nombre considérable de passionnés et continue à le faire.

La beauté du geste. J’avais très récemment évoqué le sujet mais je ne peux m’empêcher d’insister dans la mesure où après des décennies de pratique, je suis heureux d’avoir conservé une faculté d’émerveillement, face à une qualité de travail et à son résultat. Lorsqu’une technique allie efficacité et esthétisme, on ne peut que s’enthousiasmer devant une telle pureté technique. Pour moi, un très bel uchi-mata peut être considéré comme une œuvre d’art. Il aura fallu tellement d’heure de travail pour le façonner, qu’il peut être l’égal d’un tableau ou d’une sculpture. Bien sûr cette appréciation reste subjective, elle est aussi une affaire de goût, comme toute réalisation. Mais le principal n’est-il pas d’entretenir la passion chez les « anciens » et la faire naitre chez les néophytes ?

Evénements. Pour les amateurs d’arts martiaux en général et les judokas/ jujitsukas en particulier, deux évènements institutionnels seront proposés très prochainement. D’abord, en judo, ce que l’on appelait à l’origine le Tournoi de Paris (un peu l’équivalent de Roland-Garros en tennis), et d’autre part, dans un genre différent puisqu’il ne s’agit que de démonstrations, le festival annuel des arts martiaux qui se déroule dans l’ex-Bercy. Le premier évènement – qui se tient d’ailleurs au même endroit que l’on a récemment rebaptisé d’un nom très commercial -, rassemble la majorité des meilleurs judokas de la planète, il offre des affrontements très ouverts dans la mesure où la pression exercée sur les combattants est sans doute un peu moins forte que celle qui existe dans les compétitions dites officielles. Quant au festival des arts martiaux, il propose une belle quantité de démonstrations qui nous donne à la fois la possibilité d’apprécier des disciplines connues, mais aussi de découvrir des styles et des écoles moins populaires. C’est toujours un moment fort, même s’il faut laisser à chacun le soin de juger de la qualité et de l’utilité de certaines prestations. Quoiqu’il en soit, ce sont deux rendez-vous institutionnels auxquels on se doit d’assister au moins une fois dans son existence.

Paris grand slam judo à l’Accorhotels Aréna les 11 et 12 février 2017

Festival des arts martiaux le 25 mars 2017

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Tori et Uke, les inséparables

hiza-gurumaTori et Uke sont deux personnages bien connus des pratiquants d’arts martiaux et notamment des ju-jitsukas, ils sont les deux partenaires  lors des séances d’entraînement. Pour faciliter les présentations  nous pourrions expliquer que dans ce couple d’inséparables, Tori incarne « le gentil » et Uke « le méchant ». Cette définition, même si elle facilite l’identification des rôles, est un peu simple dans la mesure où les deux protagonistes sont complémentaires et non pas adversaires. Sans Uke, Tori n’existe pas. Affirmer que c’est Tori qui a le « dernier mot » serait plus juste pour signifier les implications respectives.

Une traduction littérale nous révèle que Tori est celui qui « prend » ou « choisit » et Uke celui qui « reçoit » ou « subit ». Cela semble assez explicite.

Dans la connivence qui unit ces deux personnages, il n’existe aucune rivalité, ils sont partenaires et non pas adversaires. Ils doivent être continuellement en quête d’une parfaite osmose.

Bien souvent c’est Tori qui attire davantage l’attention et le rôle d’Uke n’est  pas toujours considéré à sa juste valeur et parfois même il peut apparaitre ingrat. Or, son rôle est déterminant. C’est grâce à lui que Tori réalise ses progrès, qu’il peut ouvrir et élargir son champ des connaissances. En plus d’une parfaite maitrise de la chute,  Uke doit être capable d’adopter toutes les situations, les postures et les réactions qui peuvent se présenter à son partenaire. Il se doit d’être d’une disponibilité corporelle totale, malléable à souhait, dans le bon sens du terme. Il doit «jouer le jeu ».

Pour parfaitement maîtriser une technique ou un enchaînement, il est indispensable de pouvoir les répéter des dizaines, des centaines, des milliers de fois. Imaginons un seul instant le faire sur un mauvais partenaire, pire encore sur un partenaire qui résiste systématiquement ! Pas de répétition, pas de progrès.

Le rôle d’Uke étant déterminant, il serait presque préférable d’être d’abord un bon Uke avant de devenir un bon Tori. Au-delà de cette constatation, somme toute assez logique, par l’intermédiaire de ce billet, c’est l’occasion de rendre hommage à ces personnages qui doivent être interchangeables et rappeler qu’entre eux il n’y a pas ni vainqueur ni vaincu, mais une victoire commune, celle de la conquête du savoir.

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Efficacité, Education, Ethique, Evolution et Esthétisme

webkanjiCes cinq mots commençant par la même lettre, résument ma conception du ju-jitsu. Celle-ci m’a guidé tout au long de mon parcours.

Efficacité. Cela semble évident pour une discipline de combat. Avec le ju-jitsu toutes les formes d’attaques sont envisagées et en matière de ripostes aucun secteur n’est négligé : travail à distance, en corps à corps, debout et au sol !

Education. Une méthode d’éducation physique et mentale, la grande idée et le grand principe qui ont été développés par Jigoro Kano. Elever l’art martial au-dessus d’une simple forme de combat, à savoir vers une Ecole de vie, un idéal de comportement. Développer son corps, l’assouplir, parfaire sa condition physique, tous ces éléments seront garants d’une bonne santé et ne nuiront pas à l’efficacité, il s’agit là de l’aspect physique. Ensuite, l’éducation mentale Dans un premier temps celle-ci se construira naturellement, au travers d’une pratique encadrée où s’imposera le respect des règles de vie d’un dojo. Comme celles concernant la politesse, l’entraide et celles liées aux traditions ; le salut et la tenue, etc. Ensuite, et c’est essentiel, une pratique non violente et sécuritaire. Une des idées géniales de Kano avait été de faire le tri dans les techniques pour ne conserver que celles qui répondaient à deux critères : efficacité et sécurité. (Dommage de constater parfois des retours en arrière) Ensuite il faudra apprendre à faire la nuance entre partenaire et adversaire, respecter les deux et ménager son propre corps, pour se garantir une pratique durable ; apprendre à contrôler ses pulsions, donc à se maîtriser. Enfin, il faudra aussi renforcer son mental et développer le goût de l’effort et s’imposer de la rigueur. La plupart de ces qualités acquises dans le dojo pourront être transposées dans la vie en société.

Ethique. En liaison directe avec l’éducation, l’éthique se matérialisera par le respect des règles de morale. Le fameux code moral du judo et du ju-jitsu,

Evolution. Il s’agit là de l’évolution du pratiquant dans la mesure où il progressera. Il y a aussi l’évolution des techniques qui consiste à les affiner, à chercher de nouvelles opportunités, sans jamais trahir la forme et l’esprit. Pour les enseignants, l’évolution devra aussi se faire dans la recherche de nouvelles méthodes d’entraînement et de nouveaux outils pédagogiques.

Esthétisme. Une technique peut être belle et efficace. Elle peut être aussi inesthétique et inefficace. La beauté du geste relève du talent, sans doute, mais aussi et surtout du travail. (Le talent sans le travail n’est qu’une sale manie », Nietzsche). « Faire beau » est parfois (je dis bien parfois) contesté par deux catégories de personnes. Celles qui – dans tous domaines – critiquent systématiquement ce qu’ils ne maîtrisent pas, et souvent ils ne maîtrisent pas grand chose. Et celles intéressées uniquement par l’aspect utilitaire (dommage). Il se trouve que la discipline que j’ai la chance d’enseigner, à savoir le ju-jitsu, est un art martial et dans cette appellation il y a le mot « art ». Plusieurs définitions le définissent. En voici deux, extraites du Larousse. Art : « aptitude, habilité à faire quelque chose ». Mais aussi : « manière de faire qui manifeste un sens esthétique ». Leur association me satisfait pleinement.

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Un dimanche parisien

sans-titre (6)Dimanche dernier, à l’occasion du stage j’ai donc retrouvé Paris, je l’avais quitté en avril dernier. Ce fût l’occasion de passer un excellent moment en compagnie de mes anciens élèves et le bonheur de faire mon métier auprès de personnes convaincues et enthousiastes.

Parti le matin à 8 h 19 de la gare de Niort avec un « petit 3 degrés » relativement correct par rapport à ce que nous vivons en ce moment et c’est après deux heures trente de TGV que j’atteignais ma destination. Pour un ex-parisien le premier contact avec la capitale ne se limite pas à retrouver l’odeur si particulière qui règne dans le métro, non une fois sorti des entrailles métropolitaines se développent certaines émotions par rapport à des lieux et à des souvenirs qui s’y rattachent.

L’objectif de cette journée parisienne n’était pas de faire du tourisme ni de se répandre dans la nostalgie liée aux années passées, et encore moins de faire les soldes, mais bien d’encadrer un stage.

Après une « légère » collation en guise de déjeuner, place au ju-jitsu et au plaisir de l’enseigner. Trois heures de perfectionnement, de randoris et de transpiration. D’abord l’étude de quelques défenses sur coups de pied, ensuite un travail en profondeur sur les 16 techniques ; celles-ci se révélant une fois de plus comme une solide base de travail. Dommage qu’elles soient délaissées au profit d’autres enchaînements qui n’offrent pas les mêmes richesses. Enfin différentes formes de randoris, générateurs d’efficacité et exécutés en toute sécurité sont venus clôturer trois heures d’une belle intensité.

Cette journée fut aussi l’occasion de s’interroger à nouveau sur les motivations de certains professeurs à ne pas vouloir faire simple et en faisant l’impasse sur des « fondamentaux » techniques et des règles d’éthiques qui ont donné toute leur valeur aux arts martiaux et sans lesquelles ceux-ci ne seraient que de simples formes de combat.. Incompétence, négligence, besoin de se singulariser ou soumission ? Dommage, quoiqu’il en soit..

Pour conclure cette chaleureuse journée, je n’ai pas manqué d’évoquer le projet de formation d’un groupe rassemblant les élèves à qui j’ai eu le plaisir d’enseigner le ju-jitsu au cours de ces dernières décennies. Ce projet prend forme ; à ce sujet les personnes concernées et intéressées peuvent se manifester en donnant leur avis sur cette initiative.

Alors que la neige commençait à tomber en même temps que la nuit, il était l’heure de prendre la direction de la gare Montparnasse après s’être donné rendez-vous très prochainement… Pourquoi pas dès le 5 mars pour un nouveau dimanche parisien. Et peut-être avant !

eric@pariset.net