Ju-jitsu et compétition

img_0783Que ce soit bien clair, je ne suis absolument pas contre la compétition – tous sports confondus -, même s’il y aurait beaucoup à dire sur certaines dérives qui touchent parfois le sport de haut-niveau ; ce que l’on pourrait appeler le revers de la médaille. L’affrontement codifié, lorsqu’il est pratiqué avec un bon état d’esprit et dans le respect des règles est formateur sur bien des plans, il permet de se surpasser le jour J, mais surtout il impose une discipline de vie emprunte d’efforts et de rigueur lors de la préparation.

Ce que je regrette, c’est de proposer des compétitions d’affrontement direct dans des disciplines qui ne sont pas faites pour cela, entraînant certaines dérives mais surtout une « dénaturisation».

Je peux comprendre l’intérêt suscité chez certains par le « ju-jitsu-combat » tout comme je respecte les compétiteurs qui y participent. Pour certains, il est toujours plaisant et intéressant de trouver des moyens de s’affronter. Mais face à ce que je pense être contre nature, je me permets de donner mon avis et de mettre en avant mes arguments.

Tout d’abord, sur le plan purement « pratique » et historique, lorsque l’idée de remettre à l’honneur le ju-jitsu en France est venue au début des années 1970, l’objectif était qu’il redevienne le complément d’un judo de plus en plus axé sur la compétition et de proposer sous l’appellation ju-jitsu, un judo non-compétitif, au travers d’une méthode de self-défense qui, entre autres, revalorisait l’atemi-waza (le travail des coups). La self-défense ayant toujours été une motivation forte. A l’évidence ceci a été mal compris, quelques années plus tard apparaissait le « fighting-system », imposant ainsi l’instauration d’un règlement (utile pour des raisons de sécurité) qui a retirer à l’art martial une partie de sa substance.

Les inconvénients de cette formule sont les suivants : d’abord, la compétition n’intéresse qu’une minorité et n’est pas accessible à tous. Ensuite, comme indiqué plus haut, elle impose un règlement mettant à l’écart beaucoup de techniques, parmi les plus dangereuses donc les plus efficaces en self-défense. Surtout quand certains professeurs limitent le contenu de leurs séances aux techniques autorisées en combat. Puis, quand on parle compétition, on pense résultats, médailles et il est toujours flatteurs de se retrouver dans les pages sportives du « régional » le lundi matin, au risque de négliger le principe d’une activité ouverte à tous. Il est utile de ne pas perdre de vue que nous sommes dans des disciplines de combat et que la compétition, encore davantage que dans d’autres activités, est réservée aux plus jeunes. Il est dommage de négliger une importante frange de la population. Enfin, ce qui devait se présenter comme un complément au judo, peut à la limite se révéler comme une forme de concurrence. De plus, le ju-jitsu, n’est pas moins que le reflet d’un combat réel, et que l’application d’un règlement, non seulement spolie la technique mais aussi cet état de fait qui est la raison d’être ce cet art martial.

Ne pas soutenir les compétitions d’affrontements directs dans les arts martiaux traditionnels n’empêche pas, bien au contraire, au travers de méthodes d’entraînement diverses et engagées, secteur par secteur, mais conventionnelles de façon à éviter les accidents, de proposer un investissement physique intense, adapté en fonction de critères tels que la sécurité, l’âge, le niveau technique et les aspirations des pratiquants.

Le rôle d’un professeur n’est-il pas de défendre les principes fondamentaux de sa discipline, de garantir son identité et d’en empêcher certains reniements au nom d’une soi-disant évolution ?

eric@pariset.net

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