Les arts martiaux menacés ?

Je ne reviendrai pas sur le confinement, si ce n’est pour dire qu’il est temps qu’il s’arrête et que nous puissions passer à la suite, mais quelle suite et dans quelles conditions ? Surtout qu’à priori, ce n’est pas encore une « vie normale » qui nous attend le 11 mai, loin de là.

Il ne viendrait à l’idée de personne de sous-estimer les graves conséquences qui nous attendent . Bien malheureusement, peu de secteurs seront épargnés, nous allons connaître une crise sociale dévastatrice débouchant elle-même sur une crise sanitaire qui ne le sera pas moins ; nous commençons déjà à en ressentir les premiers effets.

Certains domaines seront plus touchés que d’autres. En premier lieu ceux qui subissent un arrêt total d’activité depuis le 16 mars, sans date précise de reprise, ce qui entretien une terrible incertitude qui ne calme pas l’inquiétude.

Parmi les nombreux secteurs impactés il y a la restauration, l’hôtellerie et les bars. Mais aussi les cinémas, les théâtres, tous ces lieux de rassemblements culturels (d’ailleurs il n’y a pas que sur le plan économique que cela interpelle).

Et il y en aura bien d’autres, notamment un domaine qui me concerne particulièrement, celui du sport en général et des arts martiaux en particulier. Certains médias ont évoqué la disparition des arts martiaux, tout du moins l’impossibilité de les pratiquer durant une période relativement importante. Ce qui engendrerait chez les élèves une « défidélisation » temporaire et peut-être définitive.

Plusieurs aspects doivent être pris en considération. Nous savons que l’activité physique est essentielle et préventive, que le loisir est bon pour le moral. Ensuite sur le plan économique ; il faudrait être irresponsable pour ne pas l’évoquer. Sans ignorer l’aspect psychologique dévastateur qu’entraîne la mise au rebut d’une activité pratiquée avec passion depuis des années. Mais  comment pouvoir appliquer les fameux « gestes barrières », dans des disciplines qui par définition demandent un contact inévitablement rapproché entre deux partenaires ?

Certes, nous ne manquons ni de méthodes d’entraînement, ni d’exercices que l’on peut pratiquer en solo ; beaucoup s’y adonnent d’ailleurs depuis maintenant deux mois.
Mais pour progresser et s’épanouir dans les projections ou dans le travail au sol, l’ours en peluche à qui certains ont attribué le rôle d’Uke a atteint ses limites, il fatigue.

Dans nos disciplines l’aboutissement qui est la maîtrise (pacifiste) du partenaire en le projetant ou en le forçant à l’abandon à l’aide d’une clef, par exemple, implique forcément un contact entre les protagonistes.

D’autre part, ne plus pouvoir pratiquer une méthode de combat qui donne confiance en soi et permet, le cas échéant, de se défendre paraît « bizarre ». Il existe dans le passé quelques exemples que l’on voudrait chasser de notre esprit.

Je sais, en tant que combattant, qu’il ne faut jamais abdiquer, qu’il ne faut jamais  « baisser les bras », qu’il faut y croire jusqu’au bout, relever les défis, mais là le combat est d’une inégalité patente. Combattre à mains nues, c’est un peu dans l’ADN de la plupart des arts martiaux, dont le ju-jitsu, mais en ce moment, nous combattons en toute impuissance, pieds et poings liés, attachés à un poteau d’exécution ! Pas facile de réagir dans telles conditions, si ce n’est d’attendre un sauveur, un justicier « masqué », par exemple !

Il faudra pourtant que les survivants survivent !

eric@pariset.net

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