A propos des 16 techniques (la suite)…

Cet article fait suite à celui de la semaine dernière qui traitait et présentait les « 16 techniques ».

Les réactions suscitées par ces quelques lignes m’ont inspiré plusieurs commentaires.

Tout d’abord beaucoup reconnaissent, à juste titre, qu’il s’agit d’une bonne base de travail. Comment pourrait-il en être autrement dans la mesure où il est question de grandes techniques appartenant au patrimoine du ju-jitsu originel ? De mon point de vue, il s’agit non seulement d’une base, mais tout simplement d’un travail dans lequel sont étudiées plusieurs grandes techniques de notre discipline et, ce qui n’est pas de la moindre importance, les liaisons entre les différentes composantes.

Ensuite, certains parlent de « souvenirs » ; c’est touchant et sympathique, mais pour ce qui me concerne, ce ne sont pas des souvenirs, puisque cet enchainement est toujours inclus dans mon enseignement. Les souvenirs font partie du passé, or les « 16 techniques » appartiennent à mon présent.

Enfin, je ne partage pas le point de vue de ceux qui pensent que ce qui est étudié et pratiqué au travers de cet enchainement n’est pas réalisable « en vrai ». C’est le cas uniquement dans la mesure où on ne se donne pas la peine de répéter suffisamment afin d’améliorer, de peaufiner, de rechercher le détail, le geste parfait exécuté avec détermination, précision, vitesse, tout cela en étant capable de réagir, de s’adapter à la situation. Cela s’appelle l’entraînement.

C’est vrai que dans mon enseignement du ju-jitsu, une fois que les bases sont assimilées, la recherche permanente du perfectionnement technique en tentant de s’approcher du meilleur sera une quête qui peut avoir un effet rebutant chez certains.

Il est évident que beaucoup de techniques demandent du temps pour être efficaces, donc de la patience et de la détermination, autant de qualités qui doivent animer l’esprit d’un samouraï des temps modernes. Cependant certaines ripostes de base sont applicables très rapidement.

En effet, je ne parle pas pour moi, qui ai la chance de ne pas avoir été confronté à une agression, mais je pense à de nombreux témoignages venant de personnes de différents niveaux, âges, hommes et femmes, qui, grâce à des techniques de base du ju-jitsu se sont sorties d’une ou de plusieurs mauvaises et même très mauvaises situations.

Simplement, comme dans beaucoup de domaines, le miracle n’existe pas, encore moins « apprenez à vous défendre en dix leçons ». Il n’existe qu’une seule vérité, celle du travail qui, dans notre domaine s’appelle « étude et répétitions ».

eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

Z comme…

Z comme Zen.

Aujourd’hui, concernant mon dictionnaire « amoureux » des arts martiaux, c’est la dernière lettre de l’alphabet qui est évoquée.

Cela aurait pu être Z comme Zorro, un des héros de mon enfance, celui qui combattait la tyrannie et l’injustice, mais nous sommes un peu éloignés des arts martiaux, bien que ce justicier masqué pratique l’escrime, une discipline noble dans laquelle l’esprit chevaleresque n’est pas éloigné de celui qui animait l’âme des samouraïs et qui continue d’animer celle de beaucoup de pratiquants d’arts martiaux.

Plus terre à terre (c’est le cas de le dire), j’aurais pu choisir Z comme zoories ; ces chaussures qui ne pas assez utilisées dans les dojos pour circuler en dehors des tatamis ; question d’hygiène et d’éducation.

Il aurait pu être question de la fameuse position « zenkutsu dachi » qui a fait souffrir plus d’un karatéka à ses débuts.

En fait, j’ai choisi Z comme Zen. Un mot qui nous apaise rien qu’à le lire, l’entendre, ou l’écrire. « Rester zen » ! Cette expression populaire qui, dans une version simplifiée, signifie « rester tranquille ». Une bonne dose de mysticisme entoure cette pratique issue de la religion bouddhiste. Des cours existent, mais chacun doit pouvoir appliquer sa propre « zenitude » qui consiste à apaiser l’esprit, et de ce fait le corps, ne serait-ce qu’en relativisant certains évènements qui nous assaillent, en leur donnant l’importance qu’ils méritent. Facile à dire, souvent moins facile à appliquer.

Chacun trouvera sa façon de faire, seul ou accompagné. Cette pratique interne est un excellent complément à celle des arts martiaux, qui doivent être considérés comme les arts de l’esprit, davantage que ceux de la guerre. Sagesse et art martial doivent être indissociables.

La sagesse, parce que les pratiques évoluent ; nous ne sommes plus au temps des samouraïs, où l’issue des affrontements étaient la mort d’un des deux combattants, même si nous avons conservé la plupart de leurs techniques de combat (pratiquées avec une finalité différente, heureusement) , leur esprit volontaire et leur Code d’honneur.

Pour conclure cet article et à l’attention de ceux qui seraient intéressés par cette pratique, je conseille le beau petit livre « zen », de Maxence Fermine aux éditions « Michel Lafon poche ».

eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

Deux photos et quatre années

Quatre années, jour pour jour, séparent ces deux photos. La première marquait la fin d’une histoire, une page se tournait, la seconde évoque le début d’une nouvelle aventure, un nouveau challenge, de beaux souvenirs à fabriquer.

La page en question se tournait après des années de combats contre une copropriété obtuse ; il était préférable de conclure ces affrontements en appliquant le principe de non-opposition, si cher à Jigoro Kano.

Ce furent donc ensuite quatre années de réflexions, d’interrogations, de prospections, mais aussi de doutes et de découvertes sur la nature humaine, avec quelques belles surprises et beaucoup de déceptions.

Après différentes tentatives non abouties, mais sans jamais baisser la garde (ce serait paradoxal), une sorte « d’alignement des planètes » s’est réalisé. Dans la vie il est nécessaire d’avoir un peu de chance, avec une cristallisation de bonnes circonstances qu’il faut savoir saisir, mais aussi et surtout, ne pas manquer de volonté et d’organisation : « ne pas lâcher l’affaire », pour reprendre une expression teintée de trivialité. A force de prospections – aux allures d’acharnement – une opportunité qu’il ne fallait pas laisser passer a montré le bout de son nez.

Je n’affirmerai pas que le temps perdu a été rattrapé, mais il y a un peu de ça quand même, puisqu’une fois le bail signé, il n’aura fallu qu’un mois pour que le local soit opérationnel. J’ai pu compter sur le professionnalisme des artisans qui avaient en charge la réalisation des travaux et sur leur volonté de ne pas me décevoir ; les délais ont été respectés et le dojo a pu ouvrir le 2 juillet, comme convenu.

Durant l’été une permanence sera proposée trois jours par semaine aux adultes, avant que le club prenne son rythme de croisière dès le 1er septembre, aussi bien pour les adultes que pour les enfants.

Tous ceux qui souhaitent découvrir le ju-jitsu cet été, ou se perfectionner, seront les bienvenus !

A tous, je souhaite un très bel été.

eric@pariset.net

 

1995

Il y a des années plus riches que d’autres en événements personnels et/ou professionnels. Ce fut le cas pour 1995. Déjà 20 ans ! D’une curieuse façon, les années se finissant par le chiffre 5 semblent être porteuses de nombreux souvenirs. Dans un autre billet, je reviendrai sur 2005. Aujourd’hui, intéressons-nous à 1995. En France, c’était l’arrivée d’un nouveau président de la République au printemps et des grèves mémorables au début de l’hiver. Si j’évoque cet événement, ce n’est pas tout à fait par hasard, j’y reviendrai.
A titre personnel, c’est l’ouverture d’un nouveau dojo sur le boulevard de Reuilly dans le XIIe arrondissement de Paris, c’est une démonstration de Bercy que j’affectionne tout particulièrement, c’est la première fois que notre ju-jitsu traversait l’Atlantique pour une démonstration à Montréal, c’est la parution d’un nouveau livre, c’est le premier Salon des arts martiaux organisé par Karaté-Bushido au Parc floral de Paris, et c’est aussi mon départ de la FFJDA (Fédération de judo et disciplines associées).  
Au sein de cette fédération avait été créée, en 1982, la Commission nationale de ju-jitsu. J’en faisais partie assez naturellement. Malheureusement les choses n’évoluèrent pas dans le bon sens, de mon point de vue, et la politique en matière de ju-jitsu, au début des années 1990, m’a amené à présenter ma démission de cette commission, à l’automne 1995. Cela s’est fait par l’intermédiaire d’une lettre adressée au directeur technique national de l’époque, Jean-Luc Rougé (le premier champion du monde de judo français en 1975, encore un 5 !).
Si j’ai parlé des fameuses grèves de la fin de l’année 1995, c’est que celles-ci ont peut-être eu une incidence sur le cours des choses. Puisqu’en réponse à ma lettre de démission, Jean-Luc Rougé a souhaité me recevoir afin que je lui explique, de vive voix et  face à face, les raisons pour lesquelles je souhaitais quitter le groupe ju-jitsu. Malheureusement, Paris étant privé de transports en commun durant près d’un mois, j’ai été contraint de me décommander par deux fois. Un quiproquo s’est alors installé et je n’ai jamais pu défendre la cause du ju-jitsu que j’aime auprès du « patron » de la fédération de tutelle. Cela aurait-il changé les choses de pouvoir le faire ? Pas certain ! Par contre, si je n’éprouve pas de regret quant à ne pas avoir renié mes convictions de ju-jitsuka, étant également judoka (et fils de pas n’importe lequel) j’en éprouve quelques-uns d’avoir dû prendre de la distance avec ce qui représentait une « sorte de famille ».
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com

Le jugement

Ce nouveau billet s’inscrit dans la suite de celui de la semaine précédente.
Il n’est pas facile, tout du moins stressant, de se faire juger (ou examiner), cela l’est tout autant, sinon davantage, de juger. Que ce soit dans le cadre de la justice de notre pays, comme l’on dit, ou bien de celui d’un examen. Connaissance, objectivité et nuances sont indispensables pour évaluer. La connaissance du programme examiné semble une évidence, et pourtant quelquefois, on pourrait en douter… L’objectivité peut parfois être mise à mal en fonction de critères inavouables. Et puis, il faut être capable de faire preuve de nuance, par rapport à des éléments concrets.
Arrêtons-nous sur ce qui nous concerne plus particulièrement, à savoir les passages de grades.
Passons sur le premier point qui concerne la nécessité de la connaissance parfaite du programme à examiner, bien que parfois certains jugent soient investis d’une responsabilité qui dépasse leur compétence. Et, qui plus est, sont « grisés » par un pouvoir inhabituel. Abordons le deuxième point qui est plus délicat, celui de l’objectivité. Certes, aucun examinateur n’avouera une carence dans ce domaine. Pourtant l’expérience prouve qu’il faut être vigilant. Et ce n’est pas la moindre qualité que l’on réclame à un juge,  qui se doit d’exécuter sa tâche en fonction de l’unique prestation, sans prendre en considérations d’autres éléments.
Quant à la nuance, il s’agira de prendre en considération le niveau de l’examen, en l’occurrence le grade. Mais aussi l’âge. Ne pas réclamer la perfection – si tant est qu’elle existe – pour l’obtention d’un 1er dan, au risque d’être bien embêté pour le 5e. Et puis, pour un jeune candidat, le niveau demandé ne sera pas le même que celui d’un pratiquant plus âgé ; le jury devant faire preuve d’une exigence plus importante quant à la condition physique, par exemple ! Enfin, il faudra faire la nuance entre les fautes relatives, qui demandent de la part des juges une simple remarque et d’autres, en rapport direct avec l’efficacité qui, elles, doivent être sanctionnées.
En résumé, pour faire partie du jury, il faut être compétent, impartial et… il faut réfléchir ! 
Cependant, à l’inverse, en cas d’échec, la personne examinée ne doit pas systématiquement reporter la responsabilité sur un tiers, en l’occurrence, l’examinateur et/ou le professeur. La capacité à admettre ses erreurs devra exister.
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com