Éducateurs ou destructeurs ?

Avant de reprendre, dès la semaine prochaine, la publication régulière de billets inédits, je me permets de proposer une « rediffusion ». Je l’ai choisie parmi les articles qui ont touché le plus de personnes la saison passée ; aujourd’hui, c’est le troisième « best of » de l’été, avec un sujet qui me tient particulièrement à cœur et qui est directement en liaison avec la conception que j’ai du beau métier que j’ai la chance d’exercer depuis bien longtemps. (Article publie le 26 septembre 2018.)

« Décidément il est difficile d’accepter certaines vidéos qui proposent des séquences techniques ou encore des extraits de cours dans lesquels  émane davantage de violence que de maîtrise de soi. Et encore je n’évoque pas le « street fight » avec lequel on touche le fond. Non, l’article ci-dessous ne concerne que des images filmées dans certains dojos (s’il est encore possible d’utiliser cette appellation), parfois même sous le « regard »

de Jigoro Kano. Nous sommes loin de la technique et de la voie de la souplesse qu’il défendait et du système éducatif qu’il prônait. A  un moment où l’actualité nous déverse chaque jour son flot de drames en liaison directe avec la violence, il me semble qu’il n’est pas convenable et admissible d’oublier la mission d’éducateur attachée au rôle de professeur. Nous sommes des éducateurs sportifs et non pas des destructeurs. Que l’on ne s’y méprenne pas, je ne suis pas pour l’impunité, ni pour le laxisme, ni habité par un angélisme inadapté.  

Déjà, si une certaine discipline de base était respectée dans tous les dojos, aussi bien en ce qui concerne les arrivées en retard, les allées-venues  pieds nus en dehors des tatamis, ou bien encore l’harmonie dans les tenues, ce serait un bon début ; tout comme le serait le respect des lieux, du professeur, des partenaires (qui ne sont pas des adversaires) et du règlement. L’endroit dans lequel nous pratiquons (et dont certains se réclament sans craindre d’en usurper le sens) s’appelle le « dojo », ce qui signifie l’endroit ou l’on « trouve la voie ».  Si l’enseignant n’est pas en capacité de faire respecter les règles basiques, cela ne commence pas bien ! L’enseignement et la pratique des disciplines de combat que nous appelons arts martiaux doivent être entourés de précautions. Elles apprennent à se défendre, mais pas à devenir violent.

Les samouraïs, qui les pratiquaient n’étaient pas des tendres, mais nous avons évolué ; nous n’en sommes plus à réparer notre honneur en nous faisant « hara-kiri ». Nous continuons à nommer nos disciplines « arts martiaux » en nous réclamant de certaines de leurs valeurs, mais nous devons y associer l’aspect éducatif. Des attitudes dans lesquelles suinte une certaine violence ne manquent pas de s’imprimer dans les subconscients. Dans l’interprétation et la traduction qui sont les miennes, je considère davantage les arts martiaux comme étant les « arts de l’esprit » que les « arts de la guerre ». 

La lutte contre ce fléau  que représente  la violence  doit se faire de deux manières : par l’éducation et par la sanction. Le premier point (l’éducation) s’inscrit sur du long terme, même du très long terme. C’est là que nous, professeurs (dans notre domaine de compétence), nous avons notre rôle, même notre responsabilité. Certes, nous apprenons des techniques qui sont faites pour mettre hors d’état de nuire un individu qui veut du mal et certaines d’entre elles peuvent être fatales. Mais notre mission ne se limite pas à la distribution de techniques de défense (encore moins de « surviolence »), il est nécessaire que l’enseignement de ces techniques soit entouré de certaines précautions. Là encore, c’est au professeur d’insister sur les dangers qu’elles représentent si elles sont utilisées de façon inadaptée, en dehors des règles du respect de la vie et de la légitime défense. 

Quant au deuxième point, la sanction, la loi doit être appliquée. Dans ce domaine  nous sommes sous l’autorité des pouvoirs publics. Alors concentrons nous sur la nôtre et faisons en sorte de rester, aussi et avant tout, des éducateurs en commençant par faire respecter nos règles internes et en donnant une image dans laquelle les « armes naturelles » dont nous disposons, soient davantage des armes de dissuasion. Celles-ci nous apportant assurance et confiance mais certainement pas inconscience et suffisance.   

On pourra me reprocher une certaine redondance dans mes propos sur certains sujets, mais selon l’expression populaire, il n’est jamais inutile « d’enfoncer le clou » ! Il faut être volontaire et même obstiné pour de grandes causes, le combat contre la violence me semble en être une. Et encore,  cet article se limite aux méfaits engendrés par une violence comportementale, mais il y a aussi beaucoup à dire sur les conséquences physiques des pratiques extrêmes. »

www.jujitsuericpariset.com eric@pariset.net

Facebook Club Jujitsu Eric Pariset

Une belle victoire

Nous sommes au cœur du mois d’août, une semaine durant laquelle beaucoup d’entre vous se reposent, un moment propice à la réflexion. Aussi, je ne résiste pas à l’envie de proposer une petite histoire pleine de sagesse. Il s’agit d’une énième rediffusion, mais ce petit conte est tellement savoureux qu’il n’est pas possible de s’en lasser.

L’école du combat sans arme :

« Le célèbre Maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d’autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n’arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maitrise du sabre. A l’écouter, il était le champion toutes catégories du Japon. C’est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l’écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous ? Pas vraiment, car Bokuden restait à l’écart et ne paraissait pas le moins du monde gober toutes ces sornettes. Le samouraï s’en aperçut et, vexé, il s’approcha de Bokuden pour lui dire : «Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot » ? Budoken répondit calmement :

-« Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu. »

L e samouraï se gratta le crâne et demanda : –

– « Mais alors, quelle est ton école ? »

– « C’est l’école du combat sans armes. »

– « Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ?

– « Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C’est un sacré défi. »

Exaspéré, le samouraï continua :

-« Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ? »

– « Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne ! »

Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bukuden suggéra qu’il serait préférable d’aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d’attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre, dégaina son sabre, prêt au combat.

Budoken enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s’élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

Budoken se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur l’île déserte et il lui cria – « Tu vois, c’est cela, vaincre sans arme ! »

eric.pariset.net   www.jujitsuericpariset.com

Best of, numéro 2 (…juste s’amuser)

Cette semaine nous continuons avec les articles publiés à la fois sur mon blog et sur Facebook avec ceux qui ont été les plus appréciés au cours de la saison écoulée. Après l’aspect utilitaire dont il était question la semaine passée, le 14 novembre dernier, c’était au tour du coté ludique d’être largement plébiscité. Même si dans l’article ci-dessous, c’est d’un enfant dont il s’agit, cela s’applique souvent aux adultes que nous sommes.

Bonne lecture.

Il ne veut pas gagner, juste s’amuser !
Je ne suis pas contre la compétition, mais contre les excès qui parfois l’accompagnent.
Avec un père au palmarès exceptionnel, il serait presque indécent de dénigrer cette forme d’expression, d’autant que, même si les circonstances ne m’ont pas permis de faire de même, j’ai pu apprécier le goût particulier de ces affrontements jusqu’au niveau national.
Ceci étant, il est dommage qu’un énorme pourcentage de l’enseignement dispensé, notamment dans les dojos, soit axé principalement et parfois exclusivement  sur ce que l’on appelle « la compète » au détriment des autres facettes offertes par nos disciplines. Celles-ci ayant  aussi et surtout une vocation éducative dans bien des domaines.
Me vient à l’esprit une scène banale dans laquelle la maman d’un enfant de sept ans se renseigne auprès d’un responsable de club en vue d’une prochaine inscription. Le responsable en question lui fournit les renseignements et conclut : «nous ferons tout pour qu’il aille en compétition et qu’il rapporte des médailles ». Ce à quoi la maman répond : «non, il ne veut pas gagner, mais juste s’amuser ».  On oublie souvent cette notion de jeu, pourtant basique, chez les enfants mais aussi chez les adultes ! Tout comme on oublie qu’il n’est pas nécessaire de rajouter immédiatement une pression avec des objectifs à atteindre, l’école en fournit déjà.
Est-ce que tout est fait pour satisfaire ceux qui viennent  pour s’amuser, se défouler, s’exprimer physiquement, apprendre une technique juste pour le plaisir de la réaliser et de l’améliorer, passer les ceintures, maîtriser la défense personnelle,  tout en sachant se contrôler, connaitre et respecter les règles de bonne conduite en société avec le Code moral, bref pratiquer un « loisir éducatif ».  Tout cela sans subir de pression ou encore  une sorte de stigmatisation qui pousse  à l’abandon si l’on n’adhère pas à cette  « championnite aiguë ».
Peut-être y aurait-il davantage de pratiquants si toutes les facettes des arts martiaux étaient systématiquement proposées.  C’est d’autant plus regrettable que cette course aux médailles   s’accompagne – parfois – d’excès et de l’absence des précautions  qui devraient être attachées à une pratique pour les enfants. Faire perdre du poids avant une compétition, par exemple.  Tout cela pour la photo d’un dirigeant dans la presse locale du lundi.
La compétition doit être proposée mais pas imposée, d’autant qu’elle ne peut être qu’une étape. Or, si on ne s’est  consacré qu’à cet aspect, une fois  que l’âge à partir duquel on ne peut plus participer à ces affrontements est atteint, c’est l’abandon qui survient inévitablement.
Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur ce que l’on pourrait appeler le « revers de la médaille », à savoir les conséquences néfastes de la compétition, mais comme il est toujours préférable de terminer sur une note positive, on peut le faire en affirmant que celle-ci apporte beaucoup de satisfactions (surtout à ceux qui gagnent) et qu’elle permet, à condition que le parcours soit bien encadré, de vivre une très belle expérience ! (J’évoque les disciplines dans lesquelles la compétition est possible.) Maintenant, on me dira que le marché économique qui entoure le sport de haut-niveau  est important et générateur de richesses, d’emplois, etc., ce qui est vrai, mais ce qui est vrai aussi, c’est que dans ce domaine  les excès ne manquent pas ; ceci est un autre sujet sur lequel nous pourrons débattre.

eric@pariset.net       www.jujitsuericpariset.com

Résumé du dictionnaire, deuxième partie

La semaine dernière j’ai présenté la première partie du résumé de mon « dictionnaire des arts martiaux », cette fois, c’est la seconde partie qui est proposée.

M comme Mawashi-géri : une technique de coup de pied qui allie efficacité et beauté du geste.

N comme Ne-waza : un secteur d’une richesse inouïe et dans lequel il est possible de s’exprimer et de s’épanouir très longtemps. On y prend beaucoup de plaisir.

O comme Opposition, non-Opposition plus précisément : un des principes les plus intelligents. C’’est de cette manière que le plus faible peut vaincre le plus fort.

P comme Bernard Pariset : mon professeur, mon mentor et surtout… mon père ! Un champion exceptionnel dans le « toutes catégories », alors qu’il était d’un gabarit des plus modestes. « Faire tomber les grands » était sa gourmandise ; mais beaucoup d’autres passions l’animaient. On lui doit la réhabilitation du ju-jitsu en France au début des années 1970. Il était aussi un excellent enseignant et…un père exigeant !

Q comme Qualité : la politesse, l’honnêteté, le respect, la volonté, le courage, la solidarité, la reconnaissance, la fidélité et…l’honneur. Voilà un florilège de qualités qu’il me semble essentiel de cultiver.

R comme randori : cela se traduit par « exercice libre ». Une méthode d’entraînement au travers de laquelle on s’exprime techniquement et physiquement, mais dans laquelle l’affrontement codifié pourra être aussi un véritable plaisir, pour peu que l’on soit animé par le même état d’esprit : celui de la construction et non pas de la destruction.

S comme Stage : ils ont été une grande partie de mon activité professionnelle, que ce soit à Paris, en province ou à l’étranger. Sur une journée, un week-end ou plus. Le plaisir de rencontrer des pratiquants de différentes régions et de différents pays. Je pense tout particulièrement aux stages d’été, notamment à Soulac-sur-Mer.

T comme Tatami : avec le judogi (ou jujitsugi) ils sont mes deux principaux outils de travail. Des premiers tatamis très rudimentaires à ceux aux couleurs attrayantes que l’on nous propose maintenant, j’en ai foulé des centaines de mètres carrés pour y exercer mon métier et faire partager ma passion.

U comme Uchi-mata : à mes yeux la plus belle des projections ; celle qui réunit l’efficacité et l’esthétisme mais aussi la satisfaction de l’accomplissement, lorsqu’elle est réussie.

V comme Violence : plus précisément la non-violence. C’est aussi le combat des arts martiaux éducatifs : lutter contre ce fléau qui enlaidit notre société.

W comme Waza : ce mot se traduit par travail, mais plus exactement dans le sens de technique. En aucune manière il ne s’agit de l’instrument de torture qu’était, il y a très longtemps, « le travail », mais bien de la technique dans son expression la plus noble ; la recherche de la « finesse technique ».

X comme boXe : là, j’ai été obligé de tricher un peu. Disons que c’est le X qui « claque » le plus dans ce nom. Boxe en tout genre, pourvu qu’elle soit éducative. N’oublions pas qu’à une époque la boxe anglaise était aussi le « noble art ». Les assauts (combats d’entraînement codifiés) peuvent être comparés à des conversations, où chacun prend la parole à tour de rôle, sans jamais dire de gros mots !

Quant aux deux dernières lettres de l’alphabet, le Y et le Z, elles n’avaient pas encore été traitées, ce sera fait dès la prochaine rentrée.

eric@pariset.net

Résumé du « dictionnaire »

Il y a quelques mois, sur mon blog et sur Facebook, j’ai entrepris la rédaction d’un « modeste dictionnaire des arts martiaux » dans lequel j’évoque ce qui m’a marqué dans ma vie de pratiquant. Ce sont des personnalités qui forment l’essentiel de cet abécédaire, mais y sont aussi rassemblés des techniques, des lieux, des évènements et des objets qui ne m’ont pas laissé insensible.

A ce jour il ne reste plus que deux lettres, le Y et le Z ; je les traiterai à la rentrée. Pour beaucoup de pratiquants c’est le début des grandes vacances, j’ai pensé proposer un résumé de chaque mot, ou personnalité qui ont composé ce dictionnaire, ceci à l’aide d’une ou deux lignes très significatives. Aujourd’hui, c’est une première partie qui est proposée, la seconde le sera la semaine prochaine.

A comme arts martiaux : le ju-jitsu et le judo, évidemment, mais tous les autres aussi sont une grande partie de mon univers.

B comme Bercy : ça été un peu « mon jardin ». Le plaisir et l’honneur de démontrer le ju-jitsu que j’aime devant 15 000 personnes à douze reprises.

C comme Henri Courtine : un deuxième père, un « père spirituel » ; c’était d’ailleurs le meilleur ami du mien, un judoka au style aussi élégant qu’efficace ; aujourd’hui il est le seul français 10ème dan

D comme démonstrations : il y a eu les démos de Bercy, mais il y a eu aussi des centaines de galas en province et à l’étranger. Elles sont une grande partie de ma vie et de ma carrière.

E comme enchaînements : les enchaînements qui ont composé mes démonstrations, mais aussi et surtout les enchaînements techniques tels que les « 16 techniques », les 16 Bis, les 16 Ter, etc. Le sentiment d’avoir été utile !

F comme Fils de quelqu’un : une fierté, une responsabilité, un nom à préserver, un prénom à se faire. Pas facile d’être le fils de Bernard Pariset dans le monde des arts martiaux.

G comme Anton Geesink : le géant hollandais, « la gloire de mon père » qui a réussi à le battre une fois, c’était en finale des championnats d’Europe toutes catégories en 1955 devant un stade de Coubertin en folie. Ensuite Anton Geesink – entre autres exploits – a fait pleurer tout un pays en terrassant le japonais Kaminaga lors de la finale des J.O. de Tokyo en 1964.

H comme honneur : vaste programme ! Il ne suffit pas d’utiliser le mot ou de l’afficher sur le mur du dojo, encore faut-il en être pourvu !

I comme Ippon seoi nage. Ma projection favorite, celle qui illustre bien des principes de notre discipline, « le petit qui passe sous le grand » !

J comme Ju-jitsu : comment pourrait-il en être autrement pour moi. Mais J comme judo aussi.

K comme Jigoro Kano : il a ressuscité le ju-jitsu, nous lui devons la mise en place d’une méthode d’éducation physique et mentale intemporelle.

L comme Jean-Claude Leroy : un judoka exceptionnellement talentueux, un des plus beaux (et efficace) uchi-mata de la planète, un ami et même presqu’un grand frère ; à partir de 1973 nous avons fait un grand bout de chemin ensemble, pour la cause du ju-jitsu notamment ; c’était avant que la maladie ne l’emporte bien trop tôt.

eric@pariset.net

Dojo et liberté

Posséder son propre dojo, un « dojo privé », impose de nombreuses contraintes et de gros sacrifices, à l’inverse cela offre une certaine liberté. D’abord concernant l’organisation des cours, sur le plan de la logistique et sur celui de l’enseignement distribué au sein de ce dojo.

 

Ajouter un cours, en déplacer un autre, programmer des stages, organiser des passages de grades, etc. tout cela est plus aisé à faire que lorsque l’on évolue dans des structures où les créneaux sont peu nombreux (si toutefois on a la chance d’en obtenir) et imposés. Sans oublier que souvent il n’y a pas de cours durant les congés scolaires, ce qui réduit la moyenne de la pratique au cours de l’année.

Et puis, sur le plan purement technique et pédagogique, bénéficier de plus de séances offre la possibilité de proposer des cours « à thème » et/ou par niveau. Cette liberté permet d’organiser son travail et de faire son métier comme on le conçoit.

J’ai bien conscience que ce nouveau challenge comporte des risques et qu’il sera énergivore. S’agit-il de courage ou d’inconscience ? (Le courage ne comporte t’il pas une part d’inconscience, d’ailleurs ?). Il existe aussi un troisième élément qu’il ne faut pas négliger, il s’appelle la nécessité ; celle de devoir exercer, comme tout un chacun, son métier (sans être obligé de compter sur la fameuse « entraide mutuelle », plus facilement affichée sur les murs des dojos, qu’appliquée!), ou sur le bon vouloir de certains.

Tout le monde ne veut pas forcément (ou ne peut pas) prendre de telles initiatives ; personnellement j’aime bien entreprendre, créer et la liberté qui va avec ; tout simplement pour que mes élèves puissent déguster (sans aucune modération) le ju-jitsu auquel je tiens à rester fidèle.

La réalisation des derniers aménagements indispensables est sur le point d’être effectuée, le dojo est donc opérationnel dès cet été.

eric@pariset.net

Drôle de date

Alors que la plupart des clubs s’apprêtent à mettre les tatamis au repos pendant deux mois, on pourrait penser que c’est une curieuse idée que celle d’ouvrir un dojo le 2 juillet et tout simplement d’être fonctionnel en été. Mais, à la réflexion, pas tant que cela ; en effet, mis à part les enfants, peu d’adultes prennent huit semaines de vacances. Et puis, il y a ceux qui partent en dehors des mois de juillet et d’août ; ils sont terriblement pénalisés dans leur pratique. Enfin certains, bien qu’en congés, ne partent pas ; raison de plus pour s’entraîner davantage.

Donc, j’ai le plaisir d’annoncer l’ouverture du nouveau dojo le mardi 2 juillet. Durant les deux mois d’été les cours se dérouleront en « planning allégé », sur trois soirs et deux midis. Une exception, quand même, pour la semaine du 15 août durant laquelle le dojo sera fermé.

Je souhaite développer une véritable « Ecole de ju-jitsu » dans laquelle sera proposée une pratique traditionnelle et évolutive, sérieuse tout en se situant dans le cadre du loisir, une pratique tout aussi technique que dynamique et qui permet d’appliquer les principes de base de notre art martial et de transpirer intelligemment.

Cours à thème sur l’atémi-waza avec des gants dans certaines séances, renforcement en nage-waza à l’aide d’exercices qui permettent d’évoluer dans un domaine passionnant mais exigeant et bien évidemment l’ensemble des méthodes d’entraînement et autres randoris ; tel sera le programme dès cet été ! Sans oublier les enchaînements fondamentaux comme les 16 techniques, qui sont nos « incontournables ». Tout cela dans une excellente ambiance et dans un climat où la maitrise sous toutes ses formes sera le maître mot.

Même si les grades ne sont en aucun cas une fin en soi, leur préparation et leur validation seront prises très au sérieux. S’ils ne sont pas un aboutissement, ils sont un accomplissement, dixit un de mes fidèles élèves.

Quant au planning de la prochaine saison il sera mis en place au tout début du mois de septembre ; il apparaitra sur le site Internet, lequel site est « en reconstruction » pour le moment.

Rendez-vous à partir du 2 juillet.

eric@pariset.net

Mon ju-jitsu

Dans l’article de la semaine dernière qui traitait de l’ouverture de mon dojo parisien, j’évoquais la joie de pouvoir à nouveau enseigner régulièrement et sans modération « mon ju-jitsu ». Cette expression n’est pas l’émanation d’une quelconque appropriation ; elle évoque simplement des préférences techniques, pédagogiques, mais aussi un état d’esprit ; elle est l’expression de ma conception de la pratique et de l’enseignement ; je l’ai très souvent évoquée, mais un rappel n’est pas forcément superflu !

Tout d’abord il s’agit d’un ju-jitsu complet techniquement, dans lequel toutes les situations sont étudiées, debout et au sol, à distance et en corps à corps ; on peut difficilement faire mieux. Maintenant, un bon outil dans les mains d’un mauvais ouvrier ne remplira pas sa mission. La recherche de la perfection technique, du geste parfait, sera une quête permanente. On insistera sur la fluidité dans les différentes liaisons entre les trois composantes ; le ju-jitsu n’est pas un amalgame, il est un ensemble cohérent.

Il s’agit aussi d’un ju-jitsu éducatif avant d’être destructif. En cela, le rôle du professeur est déterminant ; Il doit faire prendre conscience de la dangerosité de certaines techniques et entourer son enseignement de toutes les précautions utiles pour ne pas en faire une école de la violence ; c’est tout le contraire que l’on attend de lui puisqu’Il s’agit de l’école de la maîtrise. De la maîtrise d’un individu dangereux à la maîtrise de nos propres réactions. La notion de légitime défense et celle du respect de la vie existent. Cela peut faire sourire certains qui pensent que lorsque l’on sauve sa vie on n’a pas le temps d’y penser ; ce n’est pas faux, mais ce n’est pas toujours le cas et étudier une discipline qui possède des réponses à chaque cas de figure est important. Un affrontement peut commencer par une simple « embrouille » qui ne nécessite pas forcément l’utilisation de « l’artillerie lourde » ; une clef bien appliquée peut éviter de fâcheuses conséquences, par exemple.

C’est un ju-jitsu physiquement complet ; un enseignement adapté à toutes les conditions physiques améliorera la tonicité, le cardio, la souplesse et les automatismes seront affutés.

Ensuite, étudier un art martial « à tradition », dans lequel existe un code de bonne conduite ne peut que faciliter une vie harmonieuse en société ; c’est ce que pensait Jigoro Kano lorsqu’il a « ressuscité » le ju-jitsu.

La recherche de l’esthétique n’est pas à négliger ; l‘expression corporelle apporte de la satisfaction et un bien-être général. Les techniques peuvent être tout à la fois efficaces et spectaculaires.

N’oublions pas non plus que l’on trouve la notion de jeux (et par conséquent de plaisir) dans les exercices d’opposition que l’on appelle les randoris, à condition qu’ils soient pratiqués dans un climat sain, avec un bon état d’esprit ; ils sont alors déstressants et bons pour la santé.

Une toute dernière chose, le ju-jitsu que je pratique est à but non-compétitif. Je ne suis pas contre la compétition, mais pour certains arts martiaux -qui souhaitent le rester- le règlement sportif impose (à juste titre) de retirer les techniques les plus dangereuses, et par conséquent cela entraîne une inévitable sclérose.

Je n’ai aucunement la prétention d’affirmer que « mon ju-jitsu » est le meilleur ; il est simplement celui qui me correspond parfaitement. Un ju-jistsu « shin-gi-tai » ; l’esprit, la technique et le corps !

eric@pariset.net

Enfin…

Il y a quatre ans, le 30 juin 2015 précisément, une nouvelle équipe prenait la direction du dojo de La Bastille. Une page se tournait pour moi, mais elle ouvrait la voie à une longue – trop longue – période, durant laquelle les surprises en « tout genre » se sont invitées. Différentes tentatives pour exercer mon métier d’une façon différente de celle qui avait été la mienne durant des décennies se sont avérées compliquées.

Donc, s’est imposée à moi la nécessité d’ouvrir un nouveau dojo à Paris. Seulement, personne ne peut ignorer que le prix de l’immobilier est devenu déraisonnable dans la capitale et que trouver un local correspondant à mon activité est de plus en plus compliqué ; il faut ajouter à cela de nombreuses contraintes administratives. Face à ce constat et à ces difficultés j’aurais pu abandonner les investigations, mais à quoi aurait servi une vie de pratique et d’enseignement des arts martiaux si une certaine volonté frôlant parfois l’obstination ne m’animait pas. Et puis cela m’a permis de constater, une fois de plus, la véracité de ma maxime préférée : « Aide-toi, le ciel t’aidera ». (C’est en fait la conclusion d’une fable de La Fontaine, «Le Chartier embourbé».)

C’est donc avec plaisir que je peux annoncer l’ouverture imminente d’un nouveau dojo parisien. Je pense que beaucoup d’anciens élèves seront ravis et que cela permettra sans doute l’éclosion de nouvelles vocations. Quant à moi, je pourrai exercer à nouveau mon métier en toute liberté et enseigner le ju-jitsu que j’aime, quand je le veux et à qui je  veux, sans être tributaire d’éventuelles bonnes volontés et ou encore de personnes amnésiques. Pas de rancœur, juste de l’énergie positive à mettre au service de cette nouvelle aventure.

L’adresse très précise sera dévoilée incessamment, mais d’ores et déjà je peux indiquer que c’est un retour dans un quartier que je connais parfaitement bien, j’y suis presque né, j’y ai fait une grande partie de ma scolarité et dirigé plusieurs dojos, puisqu’il s’agit du XIIème arrondissement.

L’ouverture est prévue le 2 juillet, avec une permanence de trois jours par semaine durant tout l’été. Evidemment, je ne manquerai pas de fournir de nombreuses informations durant les jours à venir.

La saison 2018/2019 n’avait pas très bien commencé, mais elle se termine parfaitement bien.

eric@pariset.net

« Le chemin des dans »

« La ceinture noire n’est pas un aboutissement, mais un accomplissement. » Cette réflexion émanant d’un de mes élèves, et que je me plais à citer régulièrement, me semble une évidence, encore fallait-il trouver les mots justes pour l’exprimer. Cependant, lorsque l’on analyse les chiffres et que l’on constate le peu de candidats aux dans supérieurs, comparativement au premier, on s’interroge. La belle expression prendrait alors la forme d’un vœu, mais elle ne reflète malheureusement pas la réalité. Comment se fait-il qu’une fois la ceinture noire atteinte, la majorité des pratiquants renoncent à gravir les autres échelons, alors que pourtant la  plupart continuent à s’adonner régulièrement à leur passion ?
J’y vois quelques raisons.
D’abord, pour le 2e dan, la couleur de la ceinture ne change pas. Elle restera noire jusqu’au 6e. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à une époque florissaient des barrettes sur les ceintures, équivalentes au nombre de dans. Un peu comme à l’armée (!). Ensuite, dans les grades d’expression technique, nous proposons un programme chargé qui demande des sacrifices en matière de temps. Cela n’est pas forcément compatible avec la vie parfois compliquée de notre époque. Le souvenir d’incalculables heures de répétition, à peaufiner le moindre détail, à bachoter le programme par ceinture, à amortir les innombrables chutes, etc., tout cela nous hante quelque peu. L’on se dit que nous sommes repartis pour plusieurs mois. Et puis parfois, le partenaire avec lequel nous nous étions bien entendus lors des répétitions et avec qui nous avions partagé la liesse de la réussite, et bien ce partenaire a déménagé ! Alors la nécessité de repartir à la recherche du parfait binôme s’impose à nous. Et ce n’est pas si simple. Nous l’avions déjà évoqué sur ce même blog.
Et enfin, pour certains, la ceinture noire représente ? malgré tout ? une sorte de « bâton de maréchal ». Non pas un aboutissement signifiant l’arrêt des visites au dojo, mais le sentiment  (souvent inexact) que nous ne pourrons mieux faire, que nous avons atteint notre maximum. Des problèmes de santé peuvent aussi contraindre au renoncement.
A l’inverse, décider de passer les grades supérieurs, c’est se remettre en question, c’est s’astreindre à un entraînement encore plus régulier, donc à réaliser des progrès. C’est s’imposer de la rigueur en adoptant un rythme de répétions et c’est aussi s’assurer une bonne dose d’adrénaline à l’approche de l’examen (se faire un peu peur). Et enfin, en cas de succès, l’assurance de la satisfaction du travail accompli contribuera à notre bonheur. S’il y a échec, on mesurera notre taux de volonté à nous remettre très vite au travail.
En guise de conclusion, je dirai que dans les arts martiaux existe un système de grades, alors pourquoi ne pas se prendre au jeu, si la santé nous le permet ! Quoi qu’il en soit, passer les grades, ou pas, l’essentiel reste de pratiquer, d’être présent au dojo, ne serait-ce que pour aider les moins gradés. C’est une tradition propre à nos disciplines et il est indispensable que cela reste ainsi. Et puis, nous avons toujours à apprendre et à découvrir, quels que soient notre niveau et notre âge.
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com