Le premier professeur

Marie Agnès Gillot, ancienne danseuse Etoile à l’Opéra de Paris, déclarait récemment qu’elle allait confier les premiers pas de danse de son jeune fils à celui qui avait été son premier Maître. Il réside en Normandie et elle à Paris, mais elle considère que  le premier professeur est le plus important. Cette affirmation me conforte dans mon point de vue. Ce n’est peut-être pas forcément vrai pour toute les disciplines, mais dans certaines, où la forme de corps est essentielle, l’enseignant qui dispense les bases techniques est déterminant.

Je me plais fréquemment à faire un parallèle avec la construction d’une maison ; si les fondations ne sont pas bonnes, même avec de beaux matériaux hors sol, la maison ne tiendra pas longtemps.

A titre personnel j’ai été gâté ; j’ai eu la chance que ce soit mon père, Bernard Pariset, qui me fasse enfiler mon premier judogi (ou jujitsugi). Il a été un exceptionnel champion mais il était aussi un très bon enseignant doté d’une pédagogie innée ; à son époque les « écoles des cadres » ou autres centres de formation, n’existaient pas. Avec des explications concises et concrètes, sans de longs discours qui entament inutilement le temps de pratique, l’apprentissage « coulait de source » et les progrès étaient réalisés grâce à de nombreuses répétitions au travers desquelles les « fondamentaux » étaient valorisés ; la priorité était donnée à la pratique. Certaines personnes sont dotées de qualités naturelles, intrinsèques et ne confondent pas la dispense d’un cours avec du « stand up » (Facebook nous « gâte » dans ce domaine).

J’ai eu aussi comme professeur pendant un temps, l’alter-ego de mon père, en la personne d’Henri Courtine. De ce fait, mes kyus (ceintures de couleur) ont été signés par les deux plus hauts gradés.

Pour montrer l’influence que peut avoir le professeur, je raconte souvent la petite anecdote qui suit. Un jour, un dirigeant d’une célèbre fédération se rend en province pour rencontrer un ami qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Il va directement à son dojo et constate qu’à côté du groupe de judokas il y a un autre groupe qui pratique l’atemi ju-jitsu. Il dit à son ami : « Tu as ouvert une section ju-jitsu, et c’est avec un élève d’Eric Pariset ! » ; effectivement, il s’agissait d’un ancien étudiant qui avait été muté dans le Centre de la France. Technique et mimétisme ? Sans doute !

Le choix du premier professeur est donc d’une importance capitale et de ce fait on peut poser la question suivante : « À quoi reconnaît-on un bon professeur ? », tout simplement à la qualité technique de ses élèves. (Attention, il y a toujours quelques exceptions pour confirmer la règle !)

Avec le nouveau dojo qui ouvre ses portes la semaine prochaine, je vais pouvoir renouer au quotidien avec ce métier qui est le mien depuis des années, des décennies ; ce métier qui me passionne toujours autant et peut-être même davantage. Ce métier qui tend, malheureusement à être « déprofessionnalisé ». A cette occasion je sais que je vais retrouver un groupe de fidèles hauts-gradés, je vais aussi pouvoir faire partager ma passion à des néophytes que j’espère bien convaincre et faire progresser, mais aussi les voir se réaliser et s’épanouir techniquement, physiquement et mentalement dans un art martial à traditions.

eric@pariset.net   www.jujitsuericpariset.com

Apaisant

Je ne résiste pas à l’envie de proposer de temps à autre des petits contes, toujours issus du même recueil : Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon. Dans cette période durant laquelle certains profitent d’un peu de repos, ce qui est toujours propice à la réflexion, je vous invite à savourer le (court) texte ci-dessous.
Un samouraï se présenta devant le maître zen Hakuin et lui demanda :
— Y a-t-il réellement un paradis et un enfer ?
— qui es-tu ? demanda le maître.
— Je suis le samouraï…
— Toi, un guerrier ! s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant.
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
— Ah bon, tu as même un sabre ? ! Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête.
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit :
—  Ici s’ouvrent les portes de l’enfer.
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina son sabre et s’inclina.
— Ici s’ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître…
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com

Bercy 1995

Samedi prochain aura lieu le 30e festival des arts martiaux organisé par le magazine Karaté Bushido. Pour cause de rénovation de Bercy, c’est le Palais des congrès qui accueillera l’événement. Avec une capacité d’accueil largement inférieure, il est certain que la salle de la porte Maillot fera beaucoup moins d’heureux. À douze reprises j’ai eu le plaisir de présenter notre discipline dans ce qui devenait une fois par an et l’espace d’une soirée, le plus grand dojo du monde. Chacune de ces participations fut un grand moment. Parmi celles-ci, j’ai une préférence pour l’édition de 1995. Il se trouve que cela fait juste vingt ans. J’ai pensé fêter cet anniversaire en vous proposant de la découvrir ou d’en profiter une nouvelle fois. Mes partenaires étaient Laurent Rabillon, André Ohayon et Olivier Hermeline. Je les remercie une nouvelle fois pour leur collaboration. D’un naturel assez critique, non pas par plaisir, mais par exigence, autant vis-à-vis des autres, mais encore plus de moi-même, j’ai une tendance à remarquer les imperfections, plutôt que de sombrer dans une béate admiration qui n’engendre pas de remises en question. Cela étant, je sais aussi apprécier ce qui est réussi, surtout chez les autres, d’ailleurs. La préparation de ces démonstrations demandait beaucoup de travail. Élaboration d’un scénario qui serait prétexte à la démonstration technique. En ayant comme objectif de démontrer un maximum de situations d’attaque. En face desquelles nous devions proposer une bonne représentation de l’arsenal technique appartenant au ju-jitsu, sans oublier qu’il s’agissait aussi d’un spectacle. Et à ce titre, la nécessité de sélectionner ce qui offrait à la fois de l’efficacité et du démonstratif s’imposait. Pour un bon résultat, il était absolument indispensable de procéder à d’inlassables répétitions, pour des raisons d’automatisme, mais aussi, tout simplement de condition physique. Les pratiquants comprendront. Pour conclure, j’espère que les spectateurs passeront une bonne soirée samedi prochain, même si, apparemment, une nouvelle fois, le ju-jitsu traditionnel sera absent du plateau.
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com