S comme Stages et Soulac-sur-Mer

La semaine dernière j’avais consacré la lettre S de mon dictionnaire au mot Samouraï. Rien ne m’interdit de proposer un deuxième article pour la même lettre ; aussi c’est S comme Stage, mais également S comme Soulac-sur-Mer que j’ai choisi. Les deux mots ayant été intimement liés vingt cinq années durant. (La photo d’illustration nous ramène au milieu des années 2000.)

J’aurai pu choisir S comme solidarité, mais cette denrée est devenue tellement rare… Revenons aux stages et à Soulac.

Les stages ont été des moments importants de ma vie, la station balnéaire de Soulac-sur-Mer également.

Dans le tiercé de mes activités professionnelles (en terme de temps passé)  les stages arrivent en deuxième position entre la dispense des cours et les démonstrations. Quant à Soulac-sur-Mer, pendant un quart de siècle je m’y suis rendu tous les étés, de 1986 à 2010.

Des stages, j’ai eu le plaisir de pouvoir en animer des dizaines, soit à titre privé ou dans un cadre fédéral. Sur une demi-journée, une journée, un week-end ou bien une semaine, comme à Soulac, à Paris, en province et à l’étranger. Pour ceux qui se déroulaient en dehors de « mon territoire », c’était à chaque fois l’occasion de retrouver des habitués, mais aussi de faire de nouvelles connaissances qui, pour certaines, se sont perpétuées en relations durables.

Pour les pratiquants, le stage vient en complément d’un travail régulier effectué dans son dojo ; il permet de se faire plaisir en s’adonnant de façon intensive à son art et de cette façon à accélérer la progression. C’est un travail complémentaire sur le plan technique et physique, mais c’est aussi un engagement plus important qui démontre une implication qui ne l’est pas moins. Certes tout le monde n’a pas la possibilité de participer, en plus des entrainements hebdomadaires, à ces rassemblements. Ceux qui ne peuvent s’y consacrer ne sont pas pénalisés, ce sont ceux qui le peuvent qui sont favorisés.

Quant à S comme Soulac-sur-Mer, c’est avec un réel plaisir que je retournais chaque été dans cette belle et attachante station balnéaire de la Pointe de Grave dans le département de la Gironde. Stage et Soulac ont été associés pour le meilleur. Pouvoir passer des vacances, en profitant tout à la fois des bienfaits de l’océan dans un lieu de villégiature à taille humaine en pratiquant intensivement chaque jour sa discipline martiale ne peut être que bénéfique sur bien des plans : la santé, le moral et les progrès. Chaque année, il y avait un mélange de jujitsukas habitués et d’autres qui découvraient une des « perles du Médoc ». Le stage rassemblait des élèves mais aussi des professeurs venus de toute la France et de pays européens.

Pour les autres stages, ceux qui sont organisés en province et à l’étranger, ils permettent de découvrir de nouvelles contrées, de nouvelles personnes et ils sont l’occasion d’échanges passionnés sur le ju-jitsu, et lorsqu’il s’agit du ju-jitsu en France, il y a beaucoup à dire.

Après l’année 2010, étant « empêtré » dans une suite de graves problèmes qui devaient absolument être réglés et ne pouvant être sur tous les fronts, il m’a fallu faire des choix. J’ai donc arrêté d’encadrer et d’organiser ces rendez-vous. Ayant maintenant recouvré une certaine liberté d’action, je peux à nouveau aller à la rencontre de pratiquants pour leur faire profiter de mon expérience et partager une passion restée intacte.

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R comme Randori

Pour la lettre R de mon dictionnaire, j’ai choisi le mot Randori. C’est donc un article plus technique qui est proposé. J’aurais pu choisir R comme Respect ou R comme Reconnaissance ou encore R comme Remerciements, mais les lignes auraient été empreintes d’une certaine « négativité » face à quelques réalités.

Restons dans la « positivité » et revenons à « notre Randori ».

En guise d’introduction je propose une définition glanée sur Internet et qui me semble être un parfait résumé : « Exercice libre orienté vers l’attaque. Le randori permet la rencontre de deux partenaires dans une confrontation dont la victoire ou la défaite n’est pas l’enjeu ».

Le randori est sans doute l’exercice le plus important pour progresser et le plus agréable à pratiquer à condition de le faire avec un partenaire habité par un état d’esprit identique.

Le randori existe dans la plupart des arts martiaux, qu’ils soient ou non à but compétitif. On peut traduire ce mot par « exercice libre ». Libre dans l’utilisation des techniques et leurs enchainements, dans l’adaptation aux situations. C’est à la fois un exercice de perfectionnement technique et d’amélioration de la condition physique mais c’est aussi un moment de vérité où l’on peut se tester dans une situation d’opposition, même si cette opposition est codifiée pour des raisons évidentes de sécurité, entre autres. Je le définirai comme un exercice d’opposition codifiée à thème.

Il est important pour trois raisons principales. D’abord il permet de progresser dans l’attaque et la défense, ensuite il participe à l’acquisition et au renforcement de la condition physique et enfin, s’il est fait dans un bon état d’esprit, on prend beaucoup de plaisir dans une opposition aux allures de jeux. On peut ainsi mesurer les progrès ; par exemple, le jour où il devient possible de projeter quelqu’un alors que cela ne l’était pas quelques temps avant.

En ju-jitsu, les trois principaux thèmes sont le randori d’atemi (les coups) le randori de projections et le randori au sol. Ils permettent de se perfectionner dans chacun de ces trois domaines en toute sécurité. A titre personnel, je suis contre un exercice d’opposition dans lequel tout est autorisé. A ceux qui ne partagent pas ce point de vue au motif que dans la réalité tout est permis, je réponds que la réalité c’est la réalité et que l’entraînement c’est l’entraînement. Dans ce dernier, les consignes d’efficacité et de sécurité sont indissociables. Une pratique constructive se fait en limitant les situations dans lesquelles les risques de blessures sont plus importants.

Dans ces affrontements qui sont essentiellement axés sur le renforcement du système d’attaque, il est évident que l’on travaille aussi la défense. Ne serait-ce que pour proposer à son partenaire une opposition correcte.

Je concluerai en soulignant que chacun des trois principaux secteurs évoqués (coups, projections et travail au sol) possède ses particularités dans le plaisir procuré. Pour le travail des projections, arriver à « faire tomber » quelqu’un à l’aide d’une belle réalisation ou un enchaînement ou encore l’application du fameux principe action-réaction est une joie que seuls ceux qui la connaissent peuvent en attester. Dans le travail au sol, l’affrontement est différent dans la mesure où, ne réclamant pas autant de vitesse d’exécution, il offre la possibilité de « fourbir » sa stratégie, de préparer plusieurs « coups » à l’avance, de prendre son temps dans l’action et dans la satisfaction. Enfin, et pour terminer, on peut établir un parallèle entre le randori « coups de poings et pieds » et une conversation. « L’assaut courtois », tel que l’on nommait cet exercice du temps de Charlemont, le fondateur de la boxe française, peut s’assimiler à une discussion au cours de laquelle les deux protagonistes éviteraient de parler en même temps, sans pour autant se priver de défendre leurs propres arguments en coupant la parole (poliment) s’il le faut, mais au cours de laquelle ne serait prononcé aucun « gros mot ».

Alors, lors des séances d’entraînement, n’oubliez pas les randoris !

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Une journée à Léognan

Dimanche dernier un stage d’une journée était proposé à Léognan dans le département de la Gironde, à quelques kilomètres de Bordeaux.

C’est à l’initiative de Michel et Nicole Dourthe,dynamiques dirigeants des « Arts Martiaux de Léognan », qu’était organisé ce rassemblement.

Dans les années 1980 et 1990, c’était presque tous les week-ends que je me rendais en province pour animer de telles journées. Il s’agissait d’une autre époque.

Ces journées sont toujours de bons moments. Elles se déroulent la plupart du temps selon un rituel dont on ne se lasse pas. Le 13 janvier était un modèle du genre.

Un départ de Niort (injustement caricaturée dernièrement), tôt le matin, avec une météo fraiche et humide, qui m’a épargné neige et/ou verglas, mais pas de rouler de nuit ; nous sommes encore dans les jours les plus courts, surtout le matin.

Après deux heures et quelques de route et à l’aide du GPS, je trouve le dojo situé en pleine nature. Un beau dojo doté d’un tatami de deux cents cinquante mètres carrés environ. Les stagiaires commencent à arriver et c’est l’occasion de retrouver des visages connus et d’en découvrir de nouveaux ; fidélité et nouveauté sont au rendez-vous. Un café et nous entamons la séance du matin.

En principe, j’aime bien commencer par un pur travail sur les atémis (les coups), que je considère comme une suite naturelle à l’échauffement. On continue avec des défenses sur les atémis en question, ce qui permet d’aborder les projections et les contrôles.

A midi, la pause est la bienvenue et nous nous rendons dans un restaurant pour vivre un agréable moment de convivialité et de reprise d’énergie. En l’occurrence, dimanche dernier, il s’agissait d’un restaurant chinois, un de ceux qui proposent un buffet à volonté dans lequel certains n’hésitent pas à se répandre comme s’ils n’avaient pas manger depuis des lustres. Je ne parle pas des stagiaires, eux sont conscients des risques encourus par une digestion trop lourde entreprise sur les tatamis.

Les tatamis justement, nous les retrouvons à 14 h 30 ; la remise en route est délicate, aussi c’est par du travail au sol qu’il est judicieux de commencer ; ce domaine impose moins de réactivité. Une fois que le tube digestif a en partie effectué son travail, nous pouvons passer à un thème précis. Ce jour-là, j’avais choisi de proposer différentes défenses à partir d’attaques des « 16 techniques », ce qui offre beaucoup de possibilités.

Pour terminer cette deuxième séance et le stage, l’exercice des « techniques démontrées et enchaînées », que mes fidèles stagiaires connaissent bien, recueille à chaque fois une parfaite adhésion. Il s’agit d’un travail technique rythmé, renforçant la condition physique et la mémoire, mais il est surtout un déclencheur d’enthousiasme et de dynamisme.

Après une douche salvatrice et avant de se quitter, il y a un moment toujours très agréable, autour de quelques friandises et jus de fruit, avec des échanges sur la journée, l’évocation de souvenirs communs, mais aussi de projets, la signature des passeports sportifs et la promesse de se retrouver rapidement. Je me plie aussi, avec la plus grande satisfaction à quelques dédicaces.

J’en profite aussi pour remercier les stagiaires pour leur présence. En effet, ce n’est pas évident de quitter le dimanche matin un logement douillet, surtout en hiver, de laisser la famille et de sacrifier le repas dominical ; tout ça pour passer quatre heures dans un dojo (parfois mal chauffé, ce qui n’était pas le cas à Léognan) dans lequel on va transpirer, prendre quelques fois des coups, subir des chutes, bref faire souffrir quelque peu son corps, même si c’est pour une bonne cause, celle d’assouvir sa passion vouée au ju-jitsu.

Vient le moment du retour ; deux heures de route (encore de nuit, nous sommes toujours en hiver) durant lesquelles l’esprit déroule le film d’une journée aussi intense qu’enthousiasmante. La fatigue est présente, mais il s’agit d’une « bonne fatigue », enveloppée par la satisfaction d’avoir donné le maximum en faisant son métier le mieux possible ; et quel beau métier !

Vivement le prochain rendez-vous !

Sur la photo : Michel Dourthe Directeur Technique, votre serviteur, Christian Walgraeve professeur et Nicole Dourthe présidente

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« La bonne année »

Que pouvons-nous souhaiter à des pratiquants d’arts martiaux en ce début d’année, en dehors des vœux traditionnels ?

Tout d’abord de terminer, au moins, la saison commencée ; ce souhait est valable pour tous, mais peut-être davantage pour ceux qui sont entrés dans le monde des arts martiaux en septembre dernier ; les autres, en principe, ne lâchent la pratique qu’en cas de force majeur. Mais il est vrai que les tatamis sont moins fréquentés en fin de saison ! Les beaux jours ne sont pas la seule explication.

Ensuite on peut souhaiter évidemment de ne pas se blesser. Non seulement parce que ce n’est jamais agréable, mais aussi parce que cela implique fatalement une période sans entraînement, donc sans plaisir ni progrès ! Et puis, une fois guéri, c’est parfois difficile de « s’y remettre ».

On peut espérer aussi franchir les étapes et « monter en grade », même si ce n’est pas l’essentiel ; cela est synonyme de régularité, de persévérance, de rigueur et d’évolution ! Les ceintures de plus en plus foncées et les « dans » sont aussi de réels encouragements. Et puis, il y a ce fameux graal que représente la ceinture noire. Elle doit être considérée non pas comme un aboutissement, mais comme un accomplissement (j’emprunte cette formule à un ancien élève) et comme une étape extrêmement agréable à franchir. Une fois acquise, la ceinture noire devient synonyme d’un engagement, celui de ne jamais arrêter d’être présent dans un dojo, pour pratiquer et/ou transmettre !

Effectivement, on souhaite une présence régulière pour progresser, mais aussi pour retransmettre. C’est valable dans toutes les matières, dans toutes les disciplines sportives, mais disons que cela est vraiment dans l’ADN des arts martiaux, davantage qu’ailleurs.

Plus globalement, mais en restant dans le monde des budos, on peut espérer que s’inversent les statistiques qui font état de plus de 50 % d’abandons d’une saison à l’autre. S’agissant d’une moyenne, cela signifie que certains clubs perdent chaque année bien plus que la moitié de leur effectif. Par conséquent, cela implique un renouvellement considérable d’élèves après chaque été. Il est donc indispensable d’être attractif et de proposer ce que les futurs pratiquants attendent. Mais, ces clubs qui perdent beaucoup d’élèves, sont-ils capables d’en attirer beaucoup d’autres ?

Même si un nombre significatif d’abandons est inévitable, on doit pouvoir en juguler une part non négligeable. Peut-être en proposant une pratique moins brutale, donc moins accidentogène, en respectant davantage les diverses aspirations, en définissant des objectifs et en fournissant les moyens de les atteindre, etc. Bref, en faisant part d’un professionnalisme irréprochable. Ce n’est pas toujours le cas, malheureusement.

Enfin on peut souhaiter que les arts martiaux continuent à participer à l’éducation, et cela dans tous les domaines et que le « code moral » affiché dans la plupart des dojos soit appliqué. Je reviens souvent sur cet aspect éducatif, mais comme dans beaucoup de domaines, ce sont les répétitions qui font progresser.

Bonne année et bonne pratique à tous.

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Encore une très belle leçon…

A l’occasion de cette semaine, sans doute très calme en matière d’activité, je me permets de proposer à nouveau un conte que j’aime tout particulièrement. Il est dans la ligne de ma croisade contre la violence. Bonne lecture ! (Histoire issue des « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon » aux éditions Albin Michel.)

Un samouraï se présenta devant le maître zen Hakuin et lui demanda :
— Y a-t-il réellement un paradis et un enfer ?
— qui es-tu ? demanda le maître.
— Je suis le samouraï…
— Toi, un guerrier ! s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant. 
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
— Ah bon, tu as même un sabre ? ! Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. 
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit : 
—  Ici s’ouvrent les portes de l’enfer.
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina son sabre et s’inclina. 
— Ici s’ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître…
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Agréable surprise…(et deuxième partie)

Dimanche dernier, Facebook (et ses anniversaires) me proposait de partager une nouvelle fois une publication mise en ligne deux années plus tôt ; aussi c’est la première partie de la démonstration effectuée à Dortmund en 1991 que j’ai publiée à nouveau (vous pouvez donc la retrouver sur ma page personnelle). La deuxième partie étant au présent article.

Ce gala était organisé par une revue allemande dirigée par Norbert Schiffer, éminent journaliste et budoka. Entre autres experts, j’étais en compagnie ce jour là de Christian Tissier pour l’aïkido et de Jean Frenette pour le karaté artistique.

J’ai été agréablement surpris par le nombre important de « likes », de partages et de commentaires que cette publication a engendrés. Cela m’a donné l’envie de lui consacrer un article.

Il ressort de ces commentaires une certaine nostalgie et des regrets par rapport à une forme de travail qui n’est plus démontrée et surtout qui n’est plus travaillée dans certaines sphères, notamment dans la fédération qui est en charge de façon « officielle » de la gestion du ju-jitsu. Comment ne pas être d’accord avec les regrets exprimés et ceux qui les formulent. Mais il en est ainsi, cela fait partie des paradoxes que ne cesse de croiser notre vie. Celui-ci en est un beau spécimen, dans la mesure où il révèle que ce n’est pas une forme de ju-jitsu proche du judo qui a été retenue dans une institution en charge du…judo, entre autres.

Certains dont je fais partie continuent à pratiquer et à enseigner avec bonheur cette forme de ju-jitsu qui, lorsqu’elle est proposée à des novices, est adaptée pédagogiquement et techniquement. Elle rencontre un engouement auprès de ceux qui la découvrent comme auprès de ceux qui s’y perfectionnent. Malheureusement elle ne bénéficie pas d’une gestion d’envergure au plan national. Cela demande beaucoup d’énergie, d’investissement et donc de temps.

Continuer à pratiquer (pour ceux qui le peuvent), à enseigner et à rester fidèle à une forme de travail dans laquelle on s’exprime et on s’épanoui, reste l’essentiel.

Je remercie tous ceux qui se sont manifestés par leurs appréciations, leurs partages et leurs commentaires.

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A comme arts martiaux

Il y a quelque temps un de mes anciens élèves, qui se reconnaitra, m’avait suggéré de réaliser un dictionnaire des noms et des mots qui ont marqué ma carrière. J’avais mis de coté cette idée, aujourd’hui elle me revient. Aussi, j’ai commencé à établir une liste alphabétique des personnes et des sujets qui me venaient assez spontanément.

La matérialisation de cette idée n’altérera pas la publication régulière d’autres articles, comme c’est le cas depuis de nombreuses années sur ce blog. Pour ce dictionnaire, toujours sur ce même moyen de communication, je donnerai une définition courte, étant entendu que par la suite, sera proposé un recueil dans lequel chaque sujet sera plus largement développé.

Aujourd’hui commençons donc par le début : la lettre A, comme Arts martiaux, on ne pouvait mieux commencer.

Grâce à de nombreux outils d’information chacun peut avoir accès à la définition et à l’histoire de ces arts de combat ; aussi, ce sera essentiellement mon interprétation personnelle qui sera proposée.

Tout d’abord, les arts martiaux sont une part importante de ma vie, ils sont mon métier. Et même si je me suis spécialisé dans l’un d’entre eux, le ju-jitsu, j’ai eu aussi la possibilité de pratiquer le judo bien sûr, mais aussi, le karaté et l’aïkido, sans oublier la boxe française que je considère comme « notre art martial ».

Dans « art martial », il y a d’abord le mot art. La première définition proposée par le Larousse est la suivante : «Aptitude, habilité à faire quelque chose » ; cela est explicite et me convient. Ensuite, il y a le mot martial. Toujours dans le même dictionnaire (en première définition): «Qui manifeste des dispositions belliqueuses ». Ah !  Pour belliqueux on trouve : «qui aime la guerre et cherche à la provoquer » ! Donc un raccourci logique donne pour art martial : « art de la guerre », mais la provocation en moins, puisque le principe est de combattre quand n’existe plus d’autres solutions, le bagage technique représentant avant tout une force de dissuasion. C’est, en tout cas la conception que j’en ai.

Bien que « tombé dedans » tout petit, s’il n’était question que de guerre, je n’aurais pas persévéré. Nous ne sommes plus au temps des samouraïs qui se trouvaient en situation quasi permanente de survie, les combats se finissant bien souvent pas la mort d’un des deux protagonistes ; ces valeureux combattants ont disparu, mais ils ont légué un mythe puissant et les valeurs qui y sont attachées, celles du code du bushido. Gardons les principes de courage, d’honnêteté, de fidélité, de tout ce qui fait le code d’honneur pour les mettre au service d’une éducation physique et mentale. La sagesse que l’on retrouve dans certains contes que je me plais de proposer régulièrement sur ce blog, est un des principaux intérêts qui m’anime, peut-être encore davantage avec le temps.

La self-défense – l’aspect technique – représente bien évidemment un intérêt majeur ; faire en sorte que chacun puisse acquérir une technique protectrice et une confiance en lui ! Et puis, la notion d’affrontements très codifiés lors des séances d’entraînement pouvant s’apparenter à une forme de jeu est un autre aspect que je retiens. Elle permet de s’engager tout en ne dramatisant pas la situation, ce qui est sain. « Nous nous sommes bien amusés » est une phrase que mes élèves connaissent bien et que j’utilise volontiers, avec facétie, après un randori.

Dans une version plus fouillée que j’espère publier à l’occasion d’un dictionnaire complet de mes préférences, à la lettre A comme Arts martiaux, je ne manquerai pas d’étoffer le contenu de ce court billet et de donner mon sentiment sur chacune des principales disciplines, mais aussi sur les personnes qui, de mon point de vue, les ont le mieux représentées. Ce sera aussi l’occasion de proposer les nuances que je mets entre arts martiaux et sports de combat. Et tout simplement d’exprimer mon sentiment sur l’évolution de nos disciplines. Je ne manquerai pas d’évoquer celles que j’aurais bien aimé pouvoir pratiquer, comme le Kendo, et plus largement traiter les techniques plus anciennes, ainsi que les nombreux « Styles et Ecoles » attachés à certaines disciplines, comme le ju-jitsu.

En conclusion et en un résumé on ne peut plus court, les arts martiaux sont pour moi des méthodes de combats entourées de fortes valeurs éducatives, physiques et mentales, à condition de respecter « réellement » leurs traditions.

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Décalé !

ballonSortir un peu des arts martiaux pour se demander jusqu’à quel niveau de démesure et même d’indécence nous amènerons les sommes qui transitent dans le monde du ballon rond.

Certes, il y a des individualités qui procurent du spectacle et du bonheur chez certains, un système qui génère de la richesse et du travail, mais il y a aussi et surtout un décalage choquant par rapport à ceux qui sont au bas de l’échelle et même tout simplement au commun des contribuables. De telles sommes pourraient être utilisées pour répondre à d’autres nécessités telles que de nouveaux équipements sportifs ou tout simplement l’entretien de ceux qui existent.

A titre personnel, je n’ai rien de particulier contre le football, si ce n’est ses excès décrits plus haut. C’est vrai que je ne m’y suis jamais intéressé plus que ça, sauf à deux occasions. La première, c’est lorsque je donnais des cours au Stade Français, au début des années 1990. Le dojo était situé juste à coté du Parc des Princes, le stade dévolu au PSG. Lors des matchs de Coupe d’Europe le quartier était bouclé. L’accès était difficile et parfois impossible. De façon à pouvoir assurer mes cours je m’inquiétais du parcours européen du club parisien. La seconde fois c’était en 1996, lorsque l’A.J. Auxerre avait réalisé le doublé « coupe/championnat » avec un budget vraisemblablement sans commune mesure avec celui des « grosses cylindrées » de l’époque. Dans cette région du nord de la Bourgogne pour laquelle j’ai un attachement particulier, ce succès était le fait de Guy Roux, un entraîneur hors du commun et le fruit d’un « esprit club » qui primait sur le chéquier.

Sans doute, je souffre d’une déformation propre au monde des arts martiaux dans lequel l’attachement et la fidélité au premier professeur et au premier dojo sont très forts.

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Trois mouches en plein été

samouraiAu cœur de l’été, découvrir ou redécouvrir quelques leçons de sagesse issues du précieux et délicieux recueil intitulé « contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon » ne peut qu’être bénéfique. En toute saison d’ailleurs. Pour les heureux bénéficiaires de congés, ceux-ci sont propices à une saine réflexion. Bonne lecture et bel été.

Le livre en question aborde plusieurs thèmes illustrés par différentes petites histoires. Le récit proposé ci-dessous matérialise l’art de vaincre sans combattre, ce qui est pour le moins une conduite intelligente (et manifestement efficace).

Trois mouches

Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. Trois rônins entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi.

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Un débat

Décidément le combat entre le judo et le MMA alimente l’actualité sportive. D’une certaine façon, j’y contribue personnellement avec ce troisième billet sur le sujet. Dimanche 25?avril, c’est Stade 2, animée par l’ex-championne de judo, Céline Géraud, qui proposait un débat entre Jean-Luc Rougé, président de la Fédération de judo et Bertrand Amoussou, représentant du MMA en France. La légalisation de la pratique du MMA dans notre pays en était le sujet, ainsi que l’interdiction des combats UFC. Cette émission n’a pas franchement fait avancer le débat, chacun campant sur ses positions. Cette affaire qui s’éternise m’inspire quand même quelques réflexions. D’abord, il ne faut pas tout mélanger, MMA et UFC sont deux choses différentes et bien heureusement, pour les pratiquants lambda de ce MMA, qui, si c’était le cas, ne pourraient se rendre au travail les lendemains d’entraînement. Ensuite, ce n’est pas moi qui vais être contre une discipline où sont étudiés les coups, les projections et les contrôles et qui m’en rappelle étrangement une autre. Simplement si le but est de se singulariser en proposant une pratique dépouillée au niveau des quelques contraintes qu’impose un art martial traditionnel, cela justifie-t-il un tel battage médiatique?? Et est-ce que la pratique en short et T-shirt délivre davantage d’efficacité et qu’au contraire, le judogi en retire?? Les simulacres de frappes au sol – lors des entraînements -, suffisent-ils à faire de cette discipline la panacée des sports de combat?? Que de nouvelles pratiques voient le jour, que de nouveaux talents puissent s’exprimer est dans l’ordre des choses et s’y opposer serait une sorte de totalitarisme. À l’inverse, cela pourrait en devenir un de l’esprit que d’affirmer que la nouveauté est forcément la vérité ! Sans vouloir polémiquer, on peut aussi se demander pourquoi appeler MMA ? ce qui signifie, en français, mélange d’arts martiaux ? une discipline qui désire s’affranchir des traditions que l’on trouve essentiellement et justement dans les arts martiaux. Maintenant, on peut comprendre que la Fédération de judo voie d’un mauvais œil que des professeurs qu’elle a formés et qui, avec le diplôme de judo, vont enseigner une discipline concurrente. Il aurait peut-être été judicieux de laisser se développer en son sein et en son temps un ju-jitsu plus « conciliable » avec le judo, comme cela avait été l’idée (mal comprise) dans les années 1970. Certes, le ju-jitsu existe au sein de la FFJDA, mais – tout comme dans la vie en général – nous ne sommes pas à un paradoxe près, ce ju-jitsu-là est-il vraiment compatible, avec le judo ? Tout comme il est curieux, et sans doute dommage, que ce soit des ju-jitsu  « assez judo » au niveau des formes de corps qui se trouvent en dehors de la Fédération… de judo. Cela n’est pas un autre débat, tout est lié, et certains problèmes n’auraient peut-être pas existé avec un peu plus de « souplesse »  comportementale?! Affaire à suivre, mais pas trop longtemps au risque de  lasser.

Site du club de ju-jitsu Éric Pariset?: www.jujitsuericpariset.com