Démonstration, quatrième partie

Pour le quatrième volet consacré à l’histoire de mes démonstrations, c’est la période allant de 1985 à 1995 qui est abordée aujourd’hui. A titre personnel, il s’agit d’une décennie particulièrement faste et intense en termes d’activités professionnelles. Dans cet article, c’est la partie qui concerne les démonstrations qui reste le sujet.

Proposer des prestations avec plusieurs Uke était la principale nouveauté d’une longue série de représentations. Ainsi au cours de cette décennie j’ai pu compter sur la collaboration de Jean Rodriguez, Franck Bénaquista, Serge Dang, Olivier Hermeline et bien évidement André Ohayon et Laurent Rabillon, les deux partenaires qui ont le plus de chutes à « leur compteur ».

Cette période à été riche en nombre de festivals et autres galas. A Paris, avec neuf participations au festival des arts martiaux de Bercy,  en province avec une quantité impressionnante de régions visitées,  et à l’étranger : Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Suisse, Israël et Canada.

Durant la saison 1985/1986, nous avons eu la chance et l’honneur de participer à une série de galas organisés par la FFJDA, appelés « la tournée d’adieu d’Angelo Parisi ». De septembre à juin nous avons assuré  « les premières parties » d’un des plus prestigieux judokas mondiaux dans une dizaine de villes de province.

Durant ces dix années, j’ai essayé de me renouveler dans le scénario, la mise en scène et l’accompagnement musical. Pour ce qui concerne le choix des techniques proposées, cela restait du ju-jitsu. Il n’était pas question d’en inventer, l’originalité résidait dans la construction des enchaînements.

Le choix de l’accompagnement musical n’était pas anodin, il demandait un peu de temps et d’imagination pour à la fois se renouveler  et pour que cette musique colle  aux enchaînements présentés. De la musique classique à l’électronique en passant par de célèbres bandes originales de films connus, nous avons consommé beaucoup de genres.

Préparer de telles prestations  demande de l’imagination, de l’organisation, mais surtout beaucoup de répétitions. Pour peaufiner chaque enchaînement, les mémoriser parfaitement, mais aussi pour s’assurer une excellente  condition physique qui permet de maintenir le rythme. Personne ne peut nier que ces démonstrations étaient assez physiques, pour le moins.

C’est aussi au cours de cette période que j’ai commencé à revêtir un kimono bleu. Les tenues  de couleur sont  apparues à cette époque en judo pour faciliter la compréhension du déroulement des combats, j’ai pensé qu’il en serait de même pour la présentation de notre discipline. De plus cela ajoutait un peu de couleurs, ce qui ne pouvait pas nuire à l’ensemble du spectacle

Dans la préparation de ces grands moments, j’avais deux objectifs qui ne sont pas forcément faciles à concilier : plaire aux néophytes et satisfaire les pratiquants. Tout  cela, sans trahir ni l’esprit ni l’histoire du ju-jitsu.

Je reconnais  que notre art a la chance de posséder un potentiel  technique aussi  efficace que spectaculaire. Il s’agit juste d’être capable de les présenter de façon harmonieuse et cohérente.

Parmi toutes ces démonstrations effectuées au cours de cette décennie, j’ai une petite préférence pour  l’année 1995 avec celle présentée à Bercy. Ce n’est que mon avis. Il n’est pas facile de se juger soi-même avec une parfaite objectivité. Soit on fait preuve d’une autosatisfaction béate, soit on est son pire critique. Les deux  cas ne sont pas constructifs. Mais mon sentiment me conduit à penser qu’elle est la plus aboutie, notamment sur le plan purement technique. C’est pour cette raison que je l’ai choisie pour illustrer cet article.

Bernard Pariset et le ju-jitsu

Il y a seize ans, le 26 novembre 2004 disparaissait mon père, Bernard Pariset. Il est allé rejoindre le « jardin des samouraïs ». Je lui ai consacré un nombre important d’articles qui rendaient hommage à l’homme et à son parcours exceptionnel.

Aujourd’hui je voulais insister sur son action en faveur de la remise en valeur du ju-jitsu dans notre pays au début des années 1970.

A la fin de sa carrière de champion, au début des années 1960, il a occupé différentes fonctions auprès de la fédération de judo, mais c’est la gestion de son club parisien de la Rue des Martyrs qui était devenue son activité principale. De là, il pouvait « prendre le pouls » de la population et plus exactement celui d’élèves et futurs élèves. Bien que le judo continuait son essor et que l’équipe de France rayonnait sur le plan international, cela révélait une attirance certaine pour l’aspect utilitaire des arts martiaux, c’est à dire la self-défense.

C’est en faisant ce constat qu’il eut l’idée de réhabiliter la discipline des samouraïs en insistant sur une des composantes qui avait été négligée, à savoir le travail des coups, l’atemi-waza. D’où l’idée d’associer les deux mots pour créer la méthode « Atemi ju-jitsu ».

Loin de lui l’idée de mettre en concurrence judo et ju-jitsu, comment cela aurait-il pu être possible avec son prestigieux passé de judoka ? Non, c’est en complémentarité que s’inscrivait son initiative. La preuve avec cette méthode conçue en parallèle parfait avec la progression française de judo de l’époque, dans le but de faciliter la tâche des professeurs. (Cela n’a pas toujours été compris.)

Entre 1970 et 1980, mon père publia quelques ouvrages privés sur le sujet et certains supports techniques et pédagogiques ont été proposés par la fédération. J’ai eu l’honneur de participer à la publication  de deux livres fédéraux présentant la progression debout et au sol et d’un film « super 8 » (nous n’étions plus à l’époque des dinosaures,  mais pas  tout à fait encore à celle des vidéos).

Durant cette décennie, peu de clubs s’intéressent à cette méthode, par contre ceux qui le font connaissent immédiatement  un succès retentissant, je peux en témoigner avec les effectifs du moment au club de la Rue des Martyrs.

C’est à partir des années 1980 que le développement au niveau national et international s’est véritablement opéré, mais ce n’est pas le sujet de cet article dont l’objectif est de rendre un nouvel hommage à un homme qui avait parmi ses nombreuses qualités celle d’être un visionnaire.

Suite de l’histoire de mes démonstrations, troisième partie

A partir de 1978 commença une longue période de démonstrations effectuées  en compagnie d’un nouveau partenaire : François Bernier. Il officia en tant que Uke jusqu’en 1984. Il s’était inscrit au club de la Rue des Martyrs en 1973 et avait rapidement gravi les échelons grâce à une pratique intensive.

Six années de démonstrations à travers la France et à l’étranger, mais aussi à l’occasion de quelques événements majeurs comme la « Nuit des arts martiaux » organisée par le magazine « Karaté-Bushido » en 1982 à Coubertin (le deuxième épisode d’une série, qui s’appelle maintenant le « Festival des Arts Martiaux), le Tournoi de Paris en 1983 et l’inauguration de Bercy en 1984 lors d’une soirée organisée par les fédérations d’arts martiaux, qui – pour une fois – s’étaient associées.

Ces prestations ont permis au ju-jitsu que je véhiculais de s’imposer  dans le monde des arts martiaux au-delà de celui du judo, et au-delà des frontières.

Si démontrer sa discipline dans des salles aussi importantes  que Coubertin ou  Bercy, représente de grands moments,  il est aussi important et peut-être plus chaleureux de le faire à l’occasion de galas en province.

Dans des salles plus modestes ont ressent davantage  la chaleur du public et son enthousiasme pour peu que la prestation l’enchante. Ensuite, à l’occasion des « après-galas » (à l’image de certaines  troisièmes mi-temps)  qui ne manquent pas d’être organisés, c’est l’occasion de contacts directs avec les dirigeants et  les pratiquants du club organisateur. Ces « après galas » », qui nous emmenaient systématiquement  jusqu’à plus d’heure, étaient la garantie de rudes lendemains. Mais la satisfaction du travail bien accompli, les nouvelles connaissances, les échanges et l’assurance d’excellents souvenirs effaçaient toute fatigue.

C’était aussi l’occasion de créer de nouvelles relations durables. Il n’était pas rare de retourner plusieurs fois dans certaines régions. Je pense notamment à la Vendée, chez Louis Renaudeau évoqué dernièrement à l’occasion de sa triste disparition. Entre les stages et les démonstrations j’ai dû me rendre une dizaine de fois dans le bocage vendéen. La disparition de Louis m’a beaucoup peiné.

Durant cette période de démonstrations qui allait de 1978 à 1984, il y eut une date particulière, c’était en 1982, à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de Judo féminins qui se déroulaient en France à Coubertin. Nous étions au début de la deuxième étape de ce que l’on a appelé « la relance du ju-jitsu » avec entre autres actions la mise en place d’une commission nationale au sein de la FFJDA. L’occasion était belle de promouvoir ce renouveau  et il était logique que ce soit une femme qui le fasse en endossant le rôle de Tori.  Ce jour-là, j’avais repris celui de « Uke », et c’est une de mes élèves ceinture noire, Marie-France Léglise, qui me « maltraitait ». Je me souviens d’une partenaire  paralysée par le tract devant un Coubertin plein à craquer. Il faut avouer que pour une première ce n’est pas évident. Je peux affirmer que nous avons réussi notre pari et marqué les esprits. Lors de cette journée, l’équipe de France féminine de judo avait « envahi » les podiums, installant définitivement le judo féminin – et français en l’occurrence – à la place qu’il méritait.

Pour l’anecdote, c’est à cette occasion que sont nés deux enchaînements majeurs avec une première approche des « 16 techniques » et des « 24 techniques ». Si je voulais favoriser le côté spectaculaire de notre discipline avec une grande partie « des 16 », j’avais à cœur de la présenter comme une méthode structurée et très technique en présentant  quelques techniques « des 24 ».

Ces prestations peuvent avoir  plusieurs vertus : celles d’enchanter le public, de faire connaître la discipline et parfois, comme ce fût le cas, d’être à l’origine de créations qui bénéficieront aux élèves en intégrant les programmes d’enseignement.

C’est aussi au cours de cette période que j’ai commencé à mettre de la musique sur les démonstrations. En France, j’ai dû être l’un des premiers à oser. Maintenant, on ne pourrait imaginer le contraire. Je me souviens que justement c’était en province, à Oyonnax dans l’Ain, une ville dans laquelle nous nous sommes rendus trois années de suite. C’est sur une musique de Jean-Michel Jarre que nous avons effectué cette première.

La prochaine partie de cet historique couvrira une décennie, celle allant de 1985 à 1995.

Vous pouvez trouver davantage de photos sur la page Facebook du club : Club Jujitsu Eric Pariset

Un jour… et un kata !

Un jour (!) on pourra remettre le kimono, fouler les tatamis, transpirer sans masque, s’affronter en toute amitié dans des randoris d’enfer, bref pratiquer sans limite dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale avec l’envie de progresser, de fortifier notre corps et notre esprit.

En attendant, il nous faut ronger notre frein, faire preuve de patience et même de résilience. Incontestablement il existe de bonnes raisons d’être inquiet et parfois animé d’une incompréhension légitime face à quelques incohérences et injustices. Je sais de quoi je parle, les dégâts sont terribles, il faudra rebâtir, cela prendra du temps et de l’énergie. Souhaitons ne pas en être dépourvus le moment venu.

Pour faire patienter je souhaitais revenir sur une partie importante de la pratique de la plupart des arts martiaux et notamment du ju-jitsu, je veux parler des katas. Pour cela je propose « la rediffusion », un peu remaniée, d’un article publié il y a un an.

Il n’est pas inutile de revenir aux premières raisons d’être ainsi qu’à l’utilité de ces exercices.

Ils sont avant tout des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement et ils permettent de codifier et de transmettre les techniques au fil des années.

Certains les considèrent comme « une purge » qu’il est nécessaire de s’administrer pour monter en grade, ou encore, toujours pour les examens et pour quelques jurys, ils sont un moyen d’exercer une autorité ! Que ces « formes imposées » intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation, cela semble juste, mais ils ne sont pas que cela, heureusement.

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème, ils sont aussi et surtout de formidables méthodes d’entraînement. Bien souvent ils ne sont abordés et étudiés qu’à l’approche d’un examen, c’est dommage. En effet, ils sont le reflet d’un combat, d’un combat codifié (pour des raisons évidentes de sécurité, un bon sens qui parfois échappe à certains), mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement et c’est pour cela que les attaques de Uke doivent être sincères, fortes et réalistes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant.

Le kata est également un exercice de style, une certaine attitude doit être respectée. C’est ce qui différencie l’art martial de la simple méthode de combat ou de self-défense, même si cela ne doit pas être au détriment de l’efficacité, ce qui est parfois le cas.

Ils sont aussi et tout simplement une addition de techniques qui sont intéressantes à pratiquer une par une ; il n’est donc pas nécessaire d’attendre que se profile à l’horizon un examen pour commencer à les étudier.

Cependant, un problème, et même un mystère, demeure et entoure les katas : il s’agit des  incessantes modifications dont ils sont les victimes, surtout quand elles interviennent sur des détails, pour ne pas dire des broutilles ; ce qui a pour effet de décourager bon nombre de pratiquants.

Maitre Tomiki, créateur du Goshin-Jitsu, aurait-il été admis au grade supérieur en présentant « son kata » tel que dans la vidéo qui accompagne cet article ?

Lors de l’exécution d’un kata pour un examen, l’évaluation doit concerner, avant toutes autres considérations, l’efficacité ; ça passe par la sincérité des attaques et des ripostes (encore faut-il que le jury soit apte à discerner une attaque et une riposte réaliste). Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il est nécessaire de respecter l’ordre de la présentation, les déplacements et emplacements, sans oublier l’attitude dans laquelle sont exclus désinvolture et relâchement corporel.

Pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme partie intégrante d’une progression  et non pas comme un passage imposé pour obtenir un grade

Mes démonstrations. Deuxième partie.

Après avoir évoqué ma toute première démonstration effectuée au village-vacances du Golfe-bleu à Beauvallon-sur-Mer durant l’été 1977, aujourd’hui j’évoque celle qui a vraiment déclenché trois décennies de prestations au service du ju-jitsu.

C’était la même année, au mois de septembre. Un évènement, ou plus exactement un non-évènement a été à l’origine de cette aventure.

A l’automne 1977, devaient avoir lieu les championnats du Monde de judo. A l’époque ce rendez-vous planétaire se tenait tous les deux ans. C’est Barcelone qui devait les accueillir, or de graves évènements politiques secouaient le Pays basques, annulant un rendez-vous médiatique important.

La fédération française de judo a voulu compenser cette absence de Mondial par une soirée de gala, durant laquelle le point fort serait une rencontre en match aller-retour opposant l’équipe de France de judo à une équipe universitaire japonaise. La soirée devait proposer en alternance avec les combats différentes démonstrations, dont une de ju-jitsu que  j’ai eu l’honneur et le plaisir de présenter, toujours en compagnie de Michel Yacoubovitch.   Cette méthode, appelée « Atemi ju-jitsu »  venait en complément du judo, elle commençait à intéresser un large public et à garnir les dojos. J’étais Uke et  Michel  endossait le rôle de Tori.

C’est au stade Pierre de Coubertin que se tenait cette soirée, ce bon vieux stade qui a vu se tourner tant de pages du sport en général et du judo en particulier.

La démonstration a connu un vif succès. Il est vrai que le ju-jitsu est à la fois une méthode de self-défense à l’efficacité incontestable et certaines des techniques utilisées peuvent être très spectaculaires.

Nous avions proposé deux parties. Une première dans laquelle nous présentions  différentes ripostes en réponse à différentes attaques. Une deuxième, selon le système des techniques démontrées puis enchaînées (une technique démontrée, une deuxième, puis enchaînement des deux. Une troisième démontrée et enchaînement des trois et ainsi de suite, jusqu’à cinq et parfois six), ce qui permettait de finir sur une touche dynamique.

Lorsque j’y repense, je constate que nous en étions aux balbutiements et que par la suite j’ai eu à cœur d’innover, sans trahir l’esprit de notre art martial.

Pour être franc, nous n’imaginions pas un tel succès ; il a engendré tout de suite beaucoup de sollicitations de la part d’organisateurs de galas qui souhaitaient  notre présence dans différentes fêtes de club.

Bien d’autres articles sur mes démonstrations viendront compléter les deux premiers, le sujet est vaste et ne manque pas de grands moments et de petites anecdotes.

Mes démonstrations. Le début !

 

 

 

 

 

 

Même si elles n’ont pas été l’essentiel de ma vie professionnelle, celle-ci étant occupée à 99 % par l’enseignement, les démonstrations ont représenté de grands moments dans ma vie de budoka et elles ont largement participé à une modeste notoriété dans le monde des arts martiaux, dans notre pays et au-delà !

Leur préparation prenait du temps, mais j’éprouvais autant de plaisir dans l’élaboration de l’enchaînement  que lors de sa présentation.  La préparation était un travail minutieux qui consistait à choisir les techniques et les enchaînements, de façon à obtenir une présentation la plus complète possible de la discipline. Ensuite il y avait de nombreuses répétitions, cela  me rassurait et surtout j’avais à cœur d’essayer de proposer un travail soigné. La présentation, pour peu qu’elle soit appréciée, était la récompense de ce travail durant lequel les heures et la sueur n’étaient pas comptées.

Pour resituer les choses précisément, c’est au camp varois du Golfe-Bleu, bien souvent évoqué dans mes articles, que leur histoire a connu ses débuts.(Il s’agissait d’un camp de vacances où se tenait chaque été un stage international de judo.)

Cette première présentation n’avait pas grand-chose à voir avec les suivantes, elle  avait avant tout le goût des vacances, nous étions davantage dans l’animation d’une soirée d’été que dans l’ambiance d’un gala d’arts martiaux.

Comme dans beaucoup de villages de vacances les soirées proposent différents spectacles.

Nous étions en 1977. Cette année là, je dirigeais un stage de ju-jitsu durant le mois d’août en compagnie d’un élève de mon père, Michel Yacoubovitch. De dix ans mon ainé et cinquième dan à l’époque, il avait été un brillant compétiteur  de niveau national en judo et était convaincu lui aussi par la méthode de ju-jitsu.

Le responsable des animations nous avait demandé de mettre au point  une démonstration ayant pour  thème un combat à mains nues entre deux samouraïs.

Le scénario était le suivant : « Une légende raconte que certaines nuits de pleine lune, dans un jardin d’un temple japonais, les statuts représentant d’illustres samouraïs s’animent pour revivre les combats de leurs glorieux ancêtres ». Un peu « bateau » je l’admets, mais nous étions au mois d’août sur la côte d’azur.

Michel étant mon ainé en âge et en grade, c’est tout naturellement que le rôle d’Uke me fût attribué.

Bien qu’étant dans un centre où se déroulait l’un des plus grands rendez-vous du judo de la planète, nous étions à une époque où les tatamis n’étaient pas amovibles, c’est  sur le plancher de la scène du petit théâtre du village que nous dévions évoluer.
Nous avions donc décidé de présenter une démonstration uniquement composée de techniques effectuées au ralenti. Nous n’étions pas vraiment en tenue de samouraïs, ni même en kimonos, mais tout simplement en pantalon et torse nu ; jeunes, musclés et bronzés !

Le rideau se levait alors que j’étais porté en « kata-guruma » par mon partenaire ; tous les deux parfaitement statufiés. Un texte présentait le pitch et une musique asiatique suivait.

A partir de ce moment Michel me reposait et nous entamions un combat en donnant l’impression d’un film diffusé au ralenti. La prestation n’excédait pas quelques minutes elle était composée de techniques pouvant s’effectuer très lentement. L’ensemble étant accompagné d’un magnifique jeu de lumières.

Nous avons remporté un joli succès, cela  m’a donné l’envie de continuer et c’est donc par une douce nuit provençale qu’a débuté l’histoire de mes démonstrations.

La suite eu lieu assez vite, un mois après en septembre, à Paris au Stade de Coubertin, elle fera l’objet d’un prochain article.

Mon ju-jitsu

Aucune appropriation, ni prétention dans ses deux mots, mais juste l’expression de mes préférences.  Celles que j’éprouve en matière de ju-jitsu, une appellation dans laquelle on retrouve presqu’autant d’écoles que de pratiquants, avec souvent de grandes différences, non seulement techniques mais aussi « philosophiques ». C’est un autre sujet.

Le ju-jitsu que je pratique, enseigne et démontre (quand un virus ne vient pas l’interdire) c’est  tout naturellement en France, avec mon père que je l’ai appris. Il a été l’un des premiers judokas français à conquérir un palmarès exceptionnel, ce qui ne l’a pas empêché d’être passionné par les autres disciplines de combat. Sa croisade pour la réhabilitation du ju-jitsu au début des années 1970 en est la meilleure preuve. Ce que l’on appelé à l’époque la méthode « atémi ju-jitsu » qui soulignait la revalorisation du secteur des coups, m’a tout de suite séduit.

Les deux premiers qualificatifs que je lui associerais sont : simplicité et évolutivité.

Simplicité, dans la mesure où, à l’aide d’un enseignement adapté, tout le monde peut pratiquer cet art. Evolutif, justement parce que la richesse technique donne d’infinies possibilités d’évolution. Le nombre de techniques, les variantes et les différentes combinaisons sont sans limites.
Le principe de non-opposition qui parfois est oublié, lui confère une sorte d’universalité.

L’ensemble de ces éléments lui donne une efficacité incontestable en matière de self-défense. Le ju-jitsu est aussi une formidable méthode d’éducation physique et mentale.

La construction d’enchaînements dans lesquels on recherche la fluidité entre les différentes composantes m’a toujours passionné. On peut être performant dans les trois secteurs qui composent le ju-jitsu (coups, projections et contrôles) sans forcément faire preuve de fluidité lorsque que l’on doit les enchainer. Or, c’est cette capacité à enchainer les différentes techniques, qui fait l’efficacité et l’intérêt de notre ju-jitsu.

Que ce soit à l’occasion de mes démonstrations, mais bien plus encore dans mon enseignement, j’ai toujours apprécié cette création d’enchainements dans lesquels les techniques se suivent le plus naturellement possible. Partant du principe, par exemple, qu’un coup enchaîné avec une projection et un contrôle ne devaient faire qu’un. Loin d’une « salade composée », mais plus proche d’un plat unique dans lequel le liant donne toute la saveur.

Les livres et DVD présentés sur la photo d’illustration de cet article ne sont pas des recueils  de recettes de cuisine, mais bien composés de techniques et d’enchaînements de ju-jitsu. Leur publication  a été faite dans le but de servir de support à un enseignement qui ne peut se faire que sous la responsabilité d’un professeur. Cela a représenté un gros travail qui venait en complément de mon métier, des stages et des démonstrations effectués en France et à l’étranger. Mais la passion est un excellent pourvoyeur d’énergie.

Privé depuis quelques mois d’action pour cause de virus, l’exhumation des souvenirs  est un palliatif salvateur, en attendant de pouvoirs créer d’autres moments qui marquerons la mémoire. L’action, quand elle sera possible, se transformera forcément en souvenirs.

Est-ce que demain aujourd’hui sera hier ?

eric@pariset.net

Régularité, rigueur et souvenirs.

Il s’agit d’un article déjà mis en ligne  il y presque un an, mais quelque peu remanié.

Pour peu que la crise laisse la possibilité et l’autorisation de pratiquer les disciplines de combat, la régularité sera un élément déterminant dans cette pratique.

Davantage que la quantité de cours suivis par semaine, c’est la régularité qui prime pour réaliser des progrès. Un quotidien stressant (il ne l’a sans doute jamais été autant qu’en ce moment) ajouté parfois à une boulimie d’activités diverses ne facilitent pas la mise en place d’un rythme qui pourra pourtant s’avérer bénéfique sur bien des plans.

Lorsqu’il est possible de s’imposer une certaine rigueur, par exemple celle de fidéliser son entraînement sur les mêmes horaires, les résultats sont au rendez-vous ; pour progresser, mais aussi tout simplement pour adhérer à une forme de discipline, dans le but de prouver que nous sommes capables d’être soumis à quelques efforts qui ne ressemblent pas à d’extraordinaires contraintes. Au final ils nous offriront de belles autosatisfactions.

S’entraîner quand on le veut et s’entraîner quand on le peut, ce n’est pas la même chose. Comme expliqué plus haut, le stress du quotidien lié aux contraintes de certains métiers et aux obligations familiales sont des raisons recevables, mais lorsque l’on va s’entrainer parce que l’on a rien à faire de mieux, c’est regrettable ; certes nous sommes dans les loisirs mais nous pratiquons des disciplines particulières dans lesquelles « le mental » joue un rôle important, il n’est jamais inutile de le renforcer, ça peut servir dans notre quotidien.

La régularité est bonne pour l’esprit, mais aussi pour le corps. Celui-ci à une mémoire, il se souvient et lui imposer des irrégularités dans une pratique ne fera que semer le trouble, ce qui ne manquera pas de créer de néfastes désordres.

« Dans le temps », au célèbre dojo parisien de « La rue des Martyrs », il y avait cours de judo tous les soirs. Certains venaient les mardis et vendredis, d’autres les lundis et jeudis, ou encore les mercredis et samedis.  Chaque soirée avait sa spécificité. Et bien, il ne serait venu à l’idée de personne de manquer une seule de ces séances ou de la déplacer sur un autre soir, sauf nécessité absolue due à un souci de santé.  Il ne serait pas non plus venu à l’idée d’accepter une invitation ou d’organiser une réception chez soi lors de ces deux soirs. L’entraînement passait avant le reste.

A cette époque, ces réactions n’étaient peut-être pas le fruit d’une pleine conscience des bienfaits précités, mais sans aucun doute elles étaient dictées par une forme de respect plus important de la discipline que ça ne l’est actuellement ; ce n’est pas forcément la faute des pratiquants, mais d’une société qui nous abreuve immodérément de produits jetables.

C’est bien dommage, ce n’est certainement pas la meilleure façon pour s’immerger complètement  dans l’art martial. Le professeur possède aussi sa part de responsabilité, dans la mesure où c’est à lui de proposer des méthodes d’apprentissage et d’entraînement attractives qui donneront l’envie de persévérer, ainsi qu’une ambiance à la fois sérieuse et légère.
Finissons par une note positive en déclarant qu’une pratique, même «hachée » est préférable à aucune pratique et qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et s’imposer une petite discipline, dans la mesure de nos possibilités.
Il n’a échappé à personne, surtout pas à moi, que cette année est particulière et que beaucoup de raisons ne favorisent pas la régularité, ni même la pratique et tout simplement l’inscription dans des disciplines dites de contact. Assister à cet état de fait en en ne disposant que d’une étroite marge de manœuvre, c’est difficile ! Espérons un coup de pouce du destin !

La photo d’illustration représente le dojo de la Rue des martyrs à Paris, au début des années 1960.

eric@pariset.net

La tenue

Après avoir évoqué le dojo il y a quinze jours, puis le professeur la semaine dernière, aujourd’hui intéressons nous à « la tenue ».

« L’habit ne fait pas le moine », un peu quand même.

Par facilité on l’appelle le « kimono », mais ce nom désigne plus spécifiquement un vêtement, très joli, par ailleurs.

Chaque art martial possède sa propre appellation pour désigner ce que l’on revêt dans un dojo ; parmi les plus répandues on trouve le judogi, le karategi, le keikogi. On évoque très peu le « jujitsugi ». Pour les principaux arts martiaux japonais  on peut le nommer « dogi ». En taekwondo, c’est le dobok. Quel que soit son nom, cette tenue est importante et ne saurait être négligée ; j’y vois plusieurs raisons.

D’abord, chaque discipline sportive possède son « uniforme » ; il ne viendrait pas à l’idée d’un footballeur de se rendre sur un terrain de foot en judogi.

Ensuite, grâce à sa texture cette tenue est pratique et hygiénique. Elle est résistante aux différents assauts et autres sévices qu’on lui fait subir. Elle est hygiénique, elle permet d’absorber les litres de sueur produits lors des entraînements. Cette uniformité possède également comme vertu d’effacer toute distinction sociale. On ne frime pas vraiment dans un « gi ». Nous sommes tous égaux pour ces moments d’étude et de partage. Enfin, dans le combat rapproché elle évite une proximité qui peut  être rebutante pour certains et certaines.

Cette tenue, je la respecte au plus haut point ; n’est-elle pas mon principal « outil de travail » ? (quand on a du travail).  Elle est aussi  devenue au fil des années ma « deuxième peau ». Parfois elle a même été mon « bleu de travail », comme nous le verrons plus bas. Certains s’en affranchissent quelques fois,  c’est dommage, surtout dans des disciplines dites à traditions.

Au début des années 1970, à l’initiative du champion de judo néerlandais Anton Geesink, il y eut une tentative de kimonos de couleurs qui n’a pas vraiment connu le succès. Ensuite, au début des années 1990, le kimono bleu est apparu lors de certaines compétitions de judo, dans le but de facilité la compréhension des combats. Dans le même esprit, j’ai moi-même opté pour cette couleur dans mes démonstrations et dans des ouvrages. Quelques professeurs l’utilisent à l’occasion de leurs cours, cela a été mon cas durant quelques temps, pour « aérer » mes tenues de démonstration, à l’époque où j’en faisais. Une fois cette époque passée, je suis revenu à la pure tradition. Et puis un enseignant doit pouvoir se distingue davantage par son savoir et son aura que par sa tenue.

Dans cet article j’évoque les arts martiaux, mais d’autres sports de combats possèdent leur propre tenue (boxe, lutte, etc.) et continuent à l’arborer fièrement.

Enfin, l’utilisation de la « tenue de ville » (adaptée) pourra être considérée comme un complément à l’étude de la self-défense, dans des cours spécifiques. Ce pourra être aussi une approche et une étape avant de rejoindre le monde des budos.

En illustration, un kimono ayant appartenu à Jigoro Kano !

Le professeur

Il y a des professeurs qui ont  une technique parfaite et une très bonne pédagogie, c’est l’idéal. Il y a ceux qui ont une maitrise technique moyenne mais une excellente pédagogie, c’est l’essentiel.  Il y a ceux qui maitrisent parfaitement les techniques, mais qui ne possèdent qu’une pédagogie relative, c’est dommage. Enfin, il y a ceux qui sont mauvais techniciens et mauvais pédagogues, heureusement c’est rare ! Ces derniers ne doivent pas avoir beaucoup d’élèves, sauf s’ils n’ont pas de concurrence.

La semaine dernière j’évoquais le choix d’une discipline, mais le choix du professeur est tout aussi important. Démontrer parfaitement une technique est une chose,  qu’elle soit assimilée par les élèves, en est une autre. « L’essentiel n’est pas ce que l’on enseigne, mais ce que les élèves apprennent ». Cette citation d’André Giordan (dont vous trouverez le parcours sur Internet) est éloquente. Un cours n’est pas un show et les explications se doivent d’être concises et ne pas se transformer en un discours interminable.

Comment savoir si l’enseignant d’un dojo est compétent et s’il nous conviendra ? Un néophyte est forcément privé de moyens d’évaluation.  Il y a la réputation bien évidemment, mais encore faut-il que celle-ci soit fondée  sur ce que nous recherchons. Un professeur peut former d’excellents champions, mais si l’objectif est de trouver une pratique utilitaire ou essentiellement tournée vers le loisir,  ces compétences là ne seront pas utiles.

Si c’est  un ami qui nous conduit dans son dojo, ce qui est souvent le cas, il est préférable (là aussi) que les aspirations de cet ami soient en concordance avec les nôtres.  Il faudra donc souvent  s’en remettre à la première impression et surtout ne pas avoir peur d’échanger avec le professeur et avec quelques habitués du dojo avant de s’engager.

Le métier de professeur, quelque soit la discipline enseignée (français, mathématiques, chant, danse, arts martiaux, etc.) est un des métiers les plus beaux mais aussi les plus difficiles. Lors du confinement que l’on nous a infligé au printemps dernier, certains parents, obligés de faire la classe à leurs enfants, ont pris conscience de cette réalité. Certes, chacun son métier et on peut opposer que c’était difficile pour eux dans le mesure ou ce n’est pas le leur, mais quand même…!

Pour être enseignant il est préférable de posséder quelques prédispositions, mais cela ne suffit pas. Georges Brassens disait : « Le talent sans le travail n’est qu’une sale manie ».
Donc, il faut toujours se remettre en question à chaque début de saison et veillez à ce que la passion ne s’éteigne jamais.

L’une des principales qualités d’un professeur qui s’adresse à différentes populations, comme c’est souvent le cas dans les arts martiaux, c’est d’être capable de s’adapter à l’âge et au niveau technique des élèves. Et en particulier aux débutants (qui sont les ceintures noires de demain). D’où l’importance du « premier professeur », celui qui bâtit les fondations. Dans un des mes articles publiés sur mon blog et sur Facebook, j’avais insisté sur ce point essentiel. J’avais même cité en exemple l’ex-danseuse étoile, Marie Agnés Gillot, résidant à Paris et qui accompagnait son fils chaque semaine en Normandie pour qu’il commence la danse avec celui qui avait été son premier professeur.

Dans le domaine qui est le notre, le professeur est un passeur de technique, mais il est aussi le transmetteur des fortes valeurs attachées aux arts martiaux, notamment ce fameux « Code moral », souvent affiché, pas toujours appliqué !

Donc, au moment de commencer, il est préférable de ne pas se tromper. Les mauvaises habitudes se prennent plus vite que les bonnes et elles sont tenaces.

Avec le temps on se souviendra que c’est à ce premier professeur que l’on doit d’être le pratiquant que l’on devenu ; il nous a fait découvrir et aimer une discipline et un art dans lequel nous nous épanouissons.

eric@pariset.net