Soulac-sur-Mer, entre souvenirs et projets

soulac-2017La semaine dernière sur Facebook j’évoquais Soulac-sur-Mer, où durant vingt-cinq années le ju-jitsu était à l’honneur à chaque période estivale. Le nombre de « like » et de commentaires favorables m’ont donné l’envie de développer le sujet.

L’aventure avait débuté en 1986. Les années précédentes les stages estivaux se déroulaient dans le village du Temple-sur-Lot, dans le département du Lot-et-Garonne, au milieu des vergers. Mais les stagiaires souhaitaient pouvoir bénéficier des bienfaits de l’air marin et de davantage d’activités annexes. Après avoir étudié plusieurs possibilités, Soulac a été retenue. L’océan, mais aussi une ambiance qui « collait » bien à l’activité. Une station balnéaire familiale, dynamique mais pas excentrique. Sa situation géographique à l’extrémité de la Pointe de Grave lui assure une certaine tranquillité et préserve un coté nature qui n’est pas son moindre atout. Et puis la municipalité nous offrait une infrastructure et des services facilitant la mise en place de ces rassemblements qui, si on en croit les témoignages, ont laissé d’excellents souvenirs.

Vingt-cinq années durant, ce sont plusieurs centaines de stagiaires qui sont venus transpirer sur les tatamis de Soulac, mais aussi bénéficier des séances sur la plage face à l’océan. Toute l’Europe, ou presque, a été représentée. Et bien évidement l’ensemble des régions françaises.

En 2010, se déroulait la dernière session. Pour des raisons personnelles il ne m’a pas été possible de reprogrammer ce rendez-vous en 2011 et les années suivantes. Une évolution favorable permet d’envisager de reprendre cette habitude et de mettre à l’agenda une nouvelle semaine de pratique intensive de notre cher art martial pour l’été 2018, mais aussi à l’occasion de quelques week-ends prolongés comme ceux de l’Ascension et de la Pentecôte. Mon passage dans la station médocienne ces jours derniers avait pour but de reprendre contact ; le plaisir de retrouver ce bel endroit n’a pas manqué de me conforter dans le désir de faire aboutir le projet.

En attendant, il y aura Carqueiranne la première semaine de juillet, dans une région complètement différente, le Var.

Bonne fin de saison et à très bientôt sur les tatamis.

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Sutemis

tomoe-nage

Les sutemis sont la parfaite illustration du principe de non opposition et de l’utilisation de la force de l’adversaire. Mettre hors d’état de nuire l’adversaire en stérilisant ses attaques, en lui faisant gâcher son énergie, en permettant que celle-ci se retourne contre lui et à sa force ajouter un peu de la notre, me semble être une riposte « intelligente », dénuée de toute violence. Elle donne à un gabarit modeste l’assurance de maitriser plus fort que lui.

Sutemi signifie sacrifice. En se mettant soi-même au sol (en sacrifiant son corps), le principe est de créer le vide devant l’assaillant et de l’aspirer dans ce néant volontairement provoqué. Comme beaucoup de techniques de self-défense appartenant au ju-jitsu, les sutemis se réalisent à condition qu’il y ait attaque (ou agression). En judo, c’est surtout dans l’application du principe action-réaction et en contre-prises qu’ils se pratiquent.

Il existe les sutemis de face et les sutemis de coté. Le plus célèbre d’entre eux appartient à la première catégorie, il s’agit de tomoe-nage. Littéralement : projection en cercle. (Les deux corps formant un cercle parfait au moment où Tori fait basculer Uke par-dessus lui.) Cette projection est aussi connue sous l’appellation populaire de « planchette japonaise ». En judo, une variante a vu le jour au début des années 1970, avec yoko-tomoe-nage.

Dans cette famille de techniques se trouvent aussi les makikomi qui sont un peu à part dans la mesure où nous sacrifions notre corps dans le but « d’enrouler » celui de l’adversaire.

Ces techniques sont très spectaculaires et impressionnent toujours. Si elles ne demandent pas d’efforts physiques, en revanche elles réclament de la précision et une forme de corps qu’il aura fallu façonner avec de nombreuses répétitions. Mais comme dans beaucoup de moment de la vie, la satisfaction des progrès réalisés sera LA récompense.

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Petite philosophie des arts martiaux

D’une certaine manière cet article peut être considéré comme le complément à celui de la semaine dernière. En présentant un livre : « Petite philosophie des arts martiaux » nous poursuivons sur le même sujet, à savoir la violence, et ce qui pourrait être considéré comme un paradoxe d’affirmer que l’on peut justement lutter contre elle avec la pratique de techniques de combat destructives.

L’auteur de ce livre édité en 2006, André Guigot, Docteur en philosophie, explique que l’éducation du corps passe par l’éducation de l’âme, corps et âme étant inséparables. Mais aussi avec un travail en harmonie avec son entourage. « L’amour de la sagesse ne s’oppose pas à l’art du combat. Dès l’origine, que l’on peut situer en Inde puis en Chine il y a plus de cinq mille ans, l’histoire des arts martiaux se confond avec une recherche de paix et d’harmonie avec soi-même et le monde extérieur ». Ainsi commence ce recueil rempli d’informations et de sagesse.

Cela nous rappelle forcément le grand principe de Jigoro Kano qui, au travers de son judo (un ju-jitsu féodal adapté aux évolutions de la société), proposait une méthode d’éducation physique et mentale. A l’aide d’exercices corporels représentant des techniques de combat, l’objectif tend à renforcer son corps non pas pour devenir meilleur que les autres mais devenir meilleur soi-même, ce qui est une belle nuance. L’étude de techniques de défenses (efficaces) était un prétexte à une quête plus large.

Sur le thème de la violence, l’auteur nous explique que celle-ci n’est pas un état naturel chez l’homme, mais qu’elle découle d’une frustration et qu’une pratique sereine et apaisée des techniques de combat participe à la disparition de l’agressivité. De plus il affirme que la violence et la bêtise sont contraires à l’art du combat. Il évoque les hiérarchies superficielles qui perdent leur sens lorsque l’on a revêtu une tenue identique pour tous. Le respect qui ne doit pas être le fruit de la crainte mais celui de la reconnaissance. Les grades, avec cette belle phrase : « C’est l’homme, ou la femme, qui donne de la valeur à son grade, pas l’inverse ». Il évoque « l’art de l’évasion » (l’esquive) et celui de la souplesse (il s’agit là de la souplesse comportementale – l’utilisation de la force de l’adversaire) avec la présentation de l’aïkido, de l’aiki-jitsu et du judo. Le comportement en dojo, dans lequel « on n’entre pas comme dans un magasin, ni tout à fait comme dans un centre d’entraînement sportif ». La compétition, qui n’est pas indispensable et qui, pour les compétiteurs,  doit être considérée comme un simple moment dans la vie. L’esthétisme, que l’on peut associer à une parfaite maitrise physique et donc à l’efficacité, ne serait-ce que par la précision que cette qualité impose. Le plaisir dans la pratique et dans la satisfaction de sa propre évolution. Bien d’autre thèmes sont abordés, tous plus intéressants les uns que les autres, comme l’émergence de certaines pratiques dites « modernes ».

Tout aussi instructives sont les nombreuses citations égrainées au fil des chapitres comme ce proverbe d’Okinawa (l’île qui a vu naitre le karaté) : «La douleur fait penser l’homme. La pensée rend l’homme sage. La sagesse rend la vie acceptable ». On ne peut mieux conclure un article ! Bonne lecture.

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Violence…

SAMOURAI

Violence…

L’éradication de ce fléau n’est pas acquise, loin s’en faut et l’on s’en persuade encore davantage lorsque s’offrent à nous certaines vidéos d’arts martiaux sur les réseaux sociaux (qui donnent un spectacle qui ne m’aurait certainement pas donné envie de pousser la porte d’un dojo) et/ou que l’on assiste à certains comportements dans un domaine plus large. L’immensité de la tâche nous saisit. On se dit qu’il y a encore beaucoup de travail et que malheureusement l’exemple ne vient pas toujours d’en haut. Participer à la réduction de cette plaie a toujours fait partie des motivations qui m’ont animé dans l’accomplissement de mon métier. Aujourd’hui plus encore ! La fougue de la jeunesse laisse la place à davantage de sagesse liée à l’expérience. Mais surtout, à ce jour et malgré les efforts, la certitude d’un monde où régnera la concorde n’est pas encore acquise. Face à se constat, restons positifs, espérons – et surtout – œuvrons.

A maintes reprises j’ai évoqué le rôle – même très modeste – de ceux qui dispensent leur savoir dans le domaine des arts martiaux. « Enfoncer le clou » et tenter de convaincre que la violence ne se combat pas par elle-même ne me semble ni inutile ni superflu. Certes la riposte existe, et la punition aussi. Mais la prévention – par l’éducation et par l’exemple donné – doit être la priorité. Il s’agit là du fondement de la mission du professeur. Celui-ci est aussi un éducateur physique et mental. Par ce qu’il enseigne et surtout par la manière dont il le fait. Il ne suffit pas de maitriser correctement des techniques, encore faut-il être capable de les transmettre et ce n’est pas donné à tous le monde. Ensuite, la manière avec laquelle elles seront expliquées et démontrées déterminera la façon dont elles seront utilisées.

J’adhère parfaitement à la citation que l’on attribue à Jigoro Kano : « la meilleure utilisation que l’on peut faire d’un sabre, c’est de ne jamais s’en servir ». Je ne suis pas sans ignorer que l’adhésion à ce précepte ne fait pas l’unanimité. A chacun son état d’esprit, sa « philosophie ». Bien que ce dernier mot ne soit sans doute pas bien connu de tous.

L’enseignement des techniques de combat confère une énorme responsabilité à celui qui le distribue ; la plupart de ces techniques peuvent se révéler fatales. Cette mission ne peut donc pas être confiée à n’importe qui. Une solide formation sur le plan mental, éthique et philosophique est indispensable en plus de la maitrise technique.

Lorsqu’un pratiquant se présente dans un dojo qui n’est pas le sien, bien souvent la simple évocation du nom de son professeur donne une indication très précieuse, non seulement sur ses aptitudes techniques, mais aussi et surtout sur l’état d’esprit et le comportement qui seront les siens. « Dis-moi qui est ton sensei*, je te dirais comment tu pratiques ». (Sachant que dans notre domaine nous ne pouvons échapper parfois à « l’exception qui confirme la règle » !)

*Celui qui était là avant moi, qui est garant du savoir et de l’expérience d’une technique ou d’un savoir-faire.

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Kansetsu-Waza, le travail des luxations

IMG_0005« Pouvoir maîtriser quelqu’un sans forcément mettre ses jours en danger » est une formule qui convient parfaitement à ce groupe de techniques dont le but est d’agir sur les articulations au point de provoquer une douleur qui contraint l’adversaire ou l’agresseur à l’abandon. « Forcer l’articulation dans le sens inverse de son fonctionnement naturel » est une autre formule très explicite. L’efficacité des clefs est incontestable et leur utilisation permet aussi de « graduer » la riposte. Son utilisation est moins radicale que celles des projections et des coups, ce qui n’est pas négligeable sur le plan de la légitime défense, mais aussi au nom du respect de la vie.

Les clefs peuvent s’appliquer sur les bras mais aussi sur les jambes, en sachant que pour certaines disciplines dans lesquelles l’affrontement direct existe, elles ne sont pas autorisées sur les membres inférieurs pour des raisons de sécurité. En effet, elles sont moins facilement maitrisables et surtout elles se pratiquent principalement sur l’articulation – très fragile – du genou pour laquelle, en cas de traumatisme la guérison sera longue et jamais vraiment complète.

Les contrôles sur les articulations se divisent en deux groupes, les clefs en hyper-extension (gatame) et celles en torsion (garami). En ju-jitsu elles s’appliquent debout et au sol,  en judo c’est principalement au sol. En « ju-jitsu self-défense » les opportunités sont nombreuses, essentiellement dans le domaine du corps à corps.  En combinaison avec les coups et les projections elles sont bien souvent la finalité  d’une défense. Lorsqu’il s’agit d’attaques à l’arme blanche, pouvoir maîtriser le bras armé est un atout considérable.

Elles se réalisent principalement à l’aide des mains qui sont les moyens de transmission d’une autre partie du corps telle que l’aisselle, le ventre, etc. Le travail des clefs représente la parfaite combinaison des points faibles du corps humain pour Uke (le méchant) et de l’utilisation la plus rationnelle de celui de Tori (le gentil).

Leur étude demande beaucoup de temps, leur efficacité une très grande précision et une adaptation rapide aussi bien à la situation qu’aux éventuelles  particularités de l’articulation du partenaire et/ou de l’adversaire.

En conclusion, il s’agit d’un domaine efficace, passionnant mais qui réclame des qualités dont la persévérance (pas toujours d’actualité, mais toujours récompensée) !

 

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Sixième sens

samourai-dore-3C’est toujours un grand plaisir que celui de proposer, de temps en temps, quelques lignes issues du recueil « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ». Cette fois elles nous conduisent à quelques réflexions sur les « forces de l’esprit », qui peuvent nous habiter à partir d’un certain niveau d’engagement et de pratique.

« Tajima no Kami se promenait dans son jardin par un bel après-midi de printemps. Il semblait complètement absorbé dans la contemplation des cerisiers en fleur. A quelques pas derrière lui, un jeune serviteur le suivait en portant son sabre. Une idée traversa l’esprit du jeune garçon : « Malgré toute l’habité de mon maître au sabre, il serait aisé de l’attaquer en ce moment par-derrière, tant il parait charmé par les fleurs de cerisier. » A cet instant précis, Tajima no Kami se retourna et chercha autour de lui, comme s’il voulait découvrir quelqu’un qui serait caché. Inquiet, il se mit à fouiller dans tous les recoins du jardin. Ne trouvant personne, il se retira dans sa chambre, très soucieux. Un serviteur finit par lui demander s’il allait bien et s’il désirait quelque chose. Tajima répondit : « Je suis profondément troublé par un étrange incident que je ne peux m’expliquer. Grâce à ma longue pratique des arts martiaux, je peux ressentir toute pensée agressive émise contre moi. Quand j’étais dans le jardin, cela m’est justement arrivé. A part mon serviteur, il n’y avait personne, pas même un chien. Ne pouvant justifier ma perception, je suis mécontent de moi. » Le jeune garçon, apprenant cela, s’approcha du maître et lui avoua l’idée qu’il avait eue, alors qu’il se tenait derrière lui. Il lui en demanda humblement pardon. Tajima no Kami se détendit et, satisfait, retourna dans le jardin. »

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Encore une couverture…

judo-contactEncore une couverture de magazine en rapport direct avec ce billet. Cette fois c’était en 1984 et il s’agissait d’un numéro hors-série de la revue « judo » de la FFJDA. Une parution qui s’adressait trimestriellement aux dirigeants de club et aux élus régionaux.

C’est Jean-Claude Bourget, photographe officiel de la fédération qui, comme à son habitude, avait su « déclencher » au bon moment ! Cette photo avait été prise à Bercy l’année de l’ouverture de cette grandissime salle de sports et de spectacles, c’était lors d’un gala d’inauguration réservé et organisé pour et par les fédérations d’arts martiaux.

J’avais l’honneur de présenter le ju-jitsu, mon partenaire du jour était François Bernier. Le privilège de clôturer la soirée nous avait été réservé.

A cette époque, pas de musique, pas de mise en scène particulière, juste la présentation très pure des arts martiaux japonais. Rien que dans ce « réservoir naturel», il y avait de quoi proposer un beau plateau et garnir une soirée complète.

A partir de 1986, c’est à la revue Bushido qu’est revenue la responsabilité d’organiser le célèbre festival annuel, ensuite c’est Karaté-Bushido qui a pris le relai avec le succès que l’on connait. Démonstrations en musique, tenues colorées, disciplines de combat venues de tous les horizons, mise en scène hyper travaillées ; de vraies soirées de gala.

Malheureusement, cela fait bien longtemps que le jujitsu japonais n’est plus au programme et il y aurait beaucoup à dire – et à écrire – sur cette regrettable absence. Heureusement qu’il reste les souvenirs.

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Encore des souvenirs

ceinture-noire

La photo qui illustre ce billet présente la couverture de la revue «Ceintures Noires de France» parue au printemps 1983. Ce trimestriel était l’organe de communication du Collège des ceintures noires. Les deux n’existent plus.

Le Collège des ceintures noires avait été créé en 1947. Rassembler les plus hauts-gradés autour des valeurs fortes du judo était son objectif. Partisan d’une pratique très traditionnelle, il a parfois pris ses distances avec l’orientation ultra sportive du judo. Le Collège en tant que tel n’existe plus, il a été remplacé par le Cercle des Ceintures Noires à l’initiative de la FFJDA.

A l’époque de la parution de la revue dont je présente la couverture, le Collège des ceintures noires travaillait au sein de la FFJDA, en insistant sur ses valeurs qui lui avaient donné naissance. C’était tout naturellement qu’il s’intéressait de près aux travaux de réhabilitation du ju-jitsu. Pour cela, Christian Cervenansky, haut-gradé et responsable de la revue s’était déplacé à Vichy où se déroulait un stage de perfectionnement destiné aux enseignants.   C’était pendant les vacances d’hiver 1983, il faisait très froid, rien d’exceptionnel dans ce beau département de l’Allier à cette époque de l’année, sauf que le chauffage de la salle du CREPS dans laquelle avait lieu les séances…était en panne. Avec guerre plus de trois degrés dans le dojo nous avons passé une semaine durant laquelle même notre passion pour le ju-jitsu avait du mal à nous réchauffer.

Sur la photo, mon partenaire était Michel Lefebvre, membre de la Commission technique nationale ju-jitsu qui venait de voir le jour. Nous étions aux débuts d’une belle aventure. Les membres qui étaient à mes cotés dans ce groupement se nommaient André Guérin, Michel Lefebvre, Eugéne Domagata sans oublier, Bernard Pariset bien sûr, il en était à l’origine. Rendre à César…

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Le travail des projections (nage-waza)

tai-otoshiAvec une présentation plus complète du nage-waza, (travail des projections), ce billet étoffera celui publié le 13 octobre dernier dans lequel étaient évoquées les trois familles du ju-jitsu (atemi, nage et katame).

Il s’agit du secteur le plus riche du ju-jitsu en quantité de techniques et par conséquent de travail à effectuer. C’est aussi un domaine très spectaculaire dans lequel le mot « art » a toute sa place. Son principe est de faire tomber quelqu’un qui est debout et qui entend bien le rester. Soit dans le cadre de la self-défense avec le ju-jitsu ou bien dans le domaine sportif lorsqu’il s’agit de judo. Il est aussi possible de s’exprimer dans l’art de la projection tout simplement au cours des séances d’entraînement de ju-jitsu ou de judo à la recherche du geste parfait, celui-ci étant générateur de grande satisfaction.

En principe, tout le monde doit être capable de faire tomber tout le monde, à la condition que ce «tout le monde » commette une faute. Une faute de déplacement bien exploitée, ou encore – plus subtile, provoquée par une action entraînant une réaction. Un atemi (un coup) lorsqu’il est question de self-défense, provoquera, lui aussi, un certain déséquilibre.

Plusieurs familles de projections sont recensées : les techniques de jambes, de bras, de hanches, d’épaules et de sacrifices. Il y en a pour tous les goûts, tous les gabarits et toutes les situations. A chacun ses préférences, souvent en rapport avec sa morphologie, également par l’envie de faire comme…

En self-défense l’efficacité du nage-waza est incontestable. Elle s’applique en réponse à des saisies, à des tentatives de saisies, également dans le travail par anticipation. Chaque technique peut répondre à au moins une situation d’agression, elles ont d’ailleurs toute vu le jour à partir d’une attaque précise. Ensuite, l’évolution du judo a fait naître d’autres projections qui sont parfois des variantes d’une technique existante. Par exemple, Il faut savoir qu’à l’origine harai-goshi, technique de hanche très populaire, n’existait pas. L’histoire nous conte que c’est Jigoro Kano qui, cherchant une solution aux esquives extérieures que subissait son uki-goshi, a trouvé la riposte en « inventant » cette belle projection. Existent aussi des techniques qui correspondent à un problème purement judo et qui ne seront utilisées que dans ce cadre. D’autres, très « explosives » comme uchi-mata (fatale pour celui qui la subirait) demandent souvent l’engagement complet du corps et entraînent automatiquement l’amenée au sol de celui qui la pratique. Ce qui pourra être gênant sur un sol dur et/ou dans l’éventualité d’être confronté à plusieurs adversaires.

Pour progresser dans ce domaine il faudra, par une étude approfondie, continuer à parfaire le geste à la recherche du détail, à « façonner » son corps pour obtenir une « forme de corps » à l’aide de nombreuses répétitions que l’on appellent uchi-komi, nous avons évoqué dernièrement cette méthode d’entraînement. Il ne faudra pas rechigner sur le nage-komi, exercice de réalisation complète de la projection avec chute, dont l’objectif vise aussi le travail de la rapidité d’exécution ; la méthode se fonde sur la répétition en séries importantes. vite et fort. Ensuite tester son efficacité à projeter un partenaire proposant une résistance avec les exercices d’entraînement à la codification sécuritaire, les randoris.

Enfin, pour les ju-jitsukas il ne faut pas perdre de vue que la famille des projections appartient à un ensemble dans lequel se trouvent aussi deux autres groupes : les coups et les contrôles.

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Professeur

img_0815-1Notre pays a toujours été strict concernant l’encadrement des activités sportives. Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine soumis à une forte réglementation et certains de nos excès en matière de contrainte administrative font notre réputation. Il s’agit sans doute des défauts de nos qualités. Etre rigoureux quant il s’agit de s’assurer qu’une activité physique et à fortiori une discipline de combat est correctement encadrée ne semble pas extravagant. D’autres pays ne sont pas aussi sourcilleux.

Tout au début de l’histoire des arts martiaux en France il n’existait pas de diplômes pour les enseigner, mais ils ont été mis en place assez rapidement, dès 1955 à l’initiative de la fédération de judo. De nombreuses formules se sont ensuite succédées.

Personnellement, je me souviens d’avoir franchi trois échelons : animateur, moniteur, puis professeur. « Je parle d’un temps que forcément les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. » C’était au cœur des années 1970. Concernant le titre de professeur qui était le véritable objectif, il s’agissait d’un diplôme qui s’appelait : « professeur de judo, karaté, et aïkido, option principale judo (ou karaté, aïkido selon l’option principale choisie) ». Les titulaires ayant la possibilité d’enseigner les deux autres disciplines jusqu’à un certain niveau. Cette formule était intéressante, sur le plan de l’ouverture d’esprit et de l’élargissement des connaissances. Il s’agissait aussi pour la « fédération mère » à savoir la fédération de judo, de continuer à assurer une forme d’hégémonie sur les disciplines « cadettes ».

Animateur, moniteur et surtout professeur étaient des titres largement plus gracieux que les appellations qui ont suivies ; BEES (brevet d’éducateurs sportifs), et maintenant les CQP (certificat de qualification professionnelle), le sport et les arts martiaux n’ont pas échappé à cette tendance qui consiste à abuser des abréviations qui ne contribuent pas à l’enrichissement de notre langue.

Lorsque j’ai acquis mon diplôme, les programmes était très chargés dans des matières certes très intéressantes, mais au contenu un peu disproportionné par rapport à l’usage que l’on en ferait ensuite sur le terrain (le tatami en l’occurrence). Il s’agissait de thèmes tels que l’organisation du sport en France, anatomie/physiologie (domaines dans lequel nous étions presque au niveau de la première année de médecine). Ces thèmes existent toujours, mais de manière plus raisonnable. Enseigner un sport demande avant tout une maitrise technique, pédagogique et phsycologique.

Le programme technique était complet avec du « travail debout » et « au sol », des katas, des randoris, la préparation d’une séance (et la présentation effective d’une partie) dont le thème était tiré au sort, s’ajoutaient une épreuve pédagogique d’éducation physique et sportive et comme indiqué plus haut, une séquence au cours de laquelle il fallait démontrer ses connaissances en karaté et en aïkido. Le ju-jitsu n’était pas vraiment au programme, nous étions un peu avant la remise en valeur de notre art bien aimé.

L’examen commençait le lundi matin pour se finir le vendredi soir. Enchaîner au fil des jours les interrogations techniques et physiques, les épreuves pédagogiques, les écrits et les oraux n’étaient pas de tout repos, Il fallait bien plusieurs jours pour se remettre de l’acquisition d’un diplôme qui nous semblait largement mérité.

L’évolution tend à proposer un allégement des programmes de façon à rendre plus accessible la possibilité d’enseigner. C’est louable, mais à plusieurs conditions. D’abord qu’un certain niveau d’exigence assurant une pratique sécuritaire et éducative soit garanti, que toutes les disciplines (même les plus récentes) soient astreintes à la même réglementation et enfin qu’existent des débouchés d’un point de vue professionnel, ce qui garantie un niveau d’engagement différent.Enfin, la vigilance s’impose aussi face à une forme de nivellement par le bas, lorsque certaines des valeurs propres aux arts martiaux tendent à disparaître. C’est parfois, justement, un manque de professionnalisme qui en est la raison.

La capacité d’enseigner n’est pas forcément donnée à tous et ce n’est pas une moindre responsabilité. Il faut d’abord en avoir l’envie et en plus des qualités précitées, il est indispensable d’être armé de patience, d’une farouche énergie et d’une autorité qui imposera le respect indispensable à la mission.

Si le métier d’enseignant – selon l’expression consacrée – est le plus beau métier du monde et pour qu’il en soit ainsi encore longtemps, il est indispensable de conserver et de renforcer tous les moyens qui contribuent à sa valorisation, à commencer par les titres qui l’identifient.

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