Les 24 techniques

Lors du stage qui s’est déroulé le 17 novembre à Paris, nous avons travaillé sur les «24 techniques ».

A l’intention de ceux qui ne connaissent pas ou pas bien cet enchainement, j’ai pensé qu’il serait utile de lui consacrer ce billet hebdomadaire.

En 1992 un professeur de judo qui postulait à un « dan » important butait sur l’unité de valeur ju-jitsu ; celle-ci consistait à présenter une expression libre de plusieurs minutes sur le sujet. Il avait deux mois pour se préparer et il est venu me demander si je pouvais l’aider. Juste pour info, à cette période, je faisais partie de la Commission nationale ju-jitsu de la FFJDA.

Devant le peu de connaissance de ce professeur en matière de ju-jitsu et avec un temps de préparation assez mince, je me suis attelé méthodiquement à cette entreprise, partant du principe que rien ne résiste à une bonne organisation.

D’abord il était indispensable de présenter le plus possible de situations d’attaques ; à mains nues et armées, à distance et au contact, etc. En face, en terme de ripostes, il était nécessaire de faire état des principales composantes de notre discipline (coups, projections, contrôles) ainsi que des techniques les plus représentatives de chacun de ces groupes. Il fallait également mettre en avant différents schémas d’enchaînements. Enfin, et c’était important, inclure tout cela méthodiquement de façon à ce que la mémorisation s’impose facilement. J’ai opté pour un classement des attaques par groupes de trois : tentatives de saisies, défenses sur coup de poings, sur coup de pieds, etc. Une fois la mission accomplie (l’unité de valeur ayant été validée), j’ai pensé que ce serait dommage de ne pas continuer à utiliser cet enchaînement ; je l’ai donc inclus dans mon programme d’enseignement. Manifestement, il donne satisfaction à bon nombre de pratiquants de tous niveaux, si j’en crois, entre autres réactions, celles manifestées lors du dernier stage. J’ai réalisé, il y a déjà quelques années, deux supports techniques sur ces « 24 techniques », un livre (photo d’illustration) et un DVD (épuisé). Quelques vidéos qui présentent l’enchaînement circulent sur internet, je ne cautionne pas l’ensemble. De toutes les façons, il est largement préférable de transpirer sur un tatami en pratiquant que de s’user les yeux et les doigts sur un Smartphone !

J’ajoute que cet enchaînement vient en complément d’autres réalisations que j’ai eu le plaisir de concevoir, telles que les 16 techniques, les 16 bis, les 16 ter, les 16 contrôles, entres autres.

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Petite histoire…

A l’occasion de cette semaine de vacances un peu écourtée, je me permets de proposer à nouveau un conte particulièrement instructif. Bonne lecture ! (Histoire issue des « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon » aux éditions Albin Michel.)

Un samouraï se présenta devant le maître zen Hakuin et lui demanda :
— Y a-t-il réellement un paradis et un enfer ?
— qui es-tu ? demanda le maître.
— Je suis le samouraï…
— Toi, un guerrier ! s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant. 
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
— Ah bon, tu as même un sabre ? ! Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. 
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit : 
—  Ici s’ouvrent les portes de l’enfer.
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina son sabre et s’inclina. 
— Ici s’ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître…
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Z comme…

Z comme Zen.

Aujourd’hui, concernant mon dictionnaire « amoureux » des arts martiaux, c’est la dernière lettre de l’alphabet qui est évoquée.

Cela aurait pu être Z comme Zorro, un des héros de mon enfance, celui qui combattait la tyrannie et l’injustice, mais nous sommes un peu éloignés des arts martiaux, bien que ce justicier masqué pratique l’escrime, une discipline noble dans laquelle l’esprit chevaleresque n’est pas éloigné de celui qui animait l’âme des samouraïs et qui continue d’animer celle de beaucoup de pratiquants d’arts martiaux.

Plus terre à terre (c’est le cas de le dire), j’aurais pu choisir Z comme zoories ; ces chaussures qui ne pas assez utilisées dans les dojos pour circuler en dehors des tatamis ; question d’hygiène et d’éducation.

Il aurait pu être question de la fameuse position « zenkutsu dachi » qui a fait souffrir plus d’un karatéka à ses débuts.

En fait, j’ai choisi Z comme Zen. Un mot qui nous apaise rien qu’à le lire, l’entendre, ou l’écrire. « Rester zen » ! Cette expression populaire qui, dans une version simplifiée, signifie « rester tranquille ». Une bonne dose de mysticisme entoure cette pratique issue de la religion bouddhiste. Des cours existent, mais chacun doit pouvoir appliquer sa propre « zenitude » qui consiste à apaiser l’esprit, et de ce fait le corps, ne serait-ce qu’en relativisant certains évènements qui nous assaillent, en leur donnant l’importance qu’ils méritent. Facile à dire, souvent moins facile à appliquer.

Chacun trouvera sa façon de faire, seul ou accompagné. Cette pratique interne est un excellent complément à celle des arts martiaux, qui doivent être considérés comme les arts de l’esprit, davantage que ceux de la guerre. Sagesse et art martial doivent être indissociables.

La sagesse, parce que les pratiques évoluent ; nous ne sommes plus au temps des samouraïs, où l’issue des affrontements étaient la mort d’un des deux combattants, même si nous avons conservé la plupart de leurs techniques de combat (pratiquées avec une finalité différente, heureusement) , leur esprit volontaire et leur Code d’honneur.

Pour conclure cet article et à l’attention de ceux qui seraient intéressés par cette pratique, je conseille le beau petit livre « zen », de Maxence Fermine aux éditions « Michel Lafon poche ».

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Une belle victoire

Nous sommes au cœur du mois d’août, une semaine durant laquelle beaucoup d’entre vous se reposent, un moment propice à la réflexion. Aussi, je ne résiste pas à l’envie de proposer une petite histoire pleine de sagesse. Il s’agit d’une énième rediffusion, mais ce petit conte est tellement savoureux qu’il n’est pas possible de s’en lasser.

L’école du combat sans arme :

« Le célèbre Maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d’autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n’arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maitrise du sabre. A l’écouter, il était le champion toutes catégories du Japon. C’est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l’écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous ? Pas vraiment, car Bokuden restait à l’écart et ne paraissait pas le moins du monde gober toutes ces sornettes. Le samouraï s’en aperçut et, vexé, il s’approcha de Bokuden pour lui dire : «Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot » ? Budoken répondit calmement :

-« Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu. »

L e samouraï se gratta le crâne et demanda : –

– « Mais alors, quelle est ton école ? »

– « C’est l’école du combat sans armes. »

– « Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ?

– « Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C’est un sacré défi. »

Exaspéré, le samouraï continua :

-« Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ? »

– « Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne ! »

Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bukuden suggéra qu’il serait préférable d’aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d’attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre, dégaina son sabre, prêt au combat.

Budoken enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s’élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

Budoken se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur l’île déserte et il lui cria – « Tu vois, c’est cela, vaincre sans arme ! »

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X comme boXe

Certes, le mot boxe ne commence pas par un X, mais c’est bien cette consonne qui « claque » parmi les trois autres lettres. Et puis, pour l’illustrer au sein de mon dictionnaire des arts martiaux, il n’est pas facile de trouver des personnages et des éléments qui débutent par ce X en question.

J’ai pratiqué la boxe française et j’ai obtenu le brevet d’état en 1978. Je me suis entrainé à la boxe américaine chez Dominique Valéra, à l’époque où « le King » était installé rue de Chatillon dans le XIVème arrondissement. C’est le regretté Richard Dieu qui le secondait. La boxe américaine, c’était le nom que l’on attribuait aussi au Full Contact avant qu’il devienne le kick-boxing.

Aujourd’hui il existe différents types de boxe, avec des appellations diverses et parfois originales. De la boxe thaïlandaise à la boxe chinoise, sans oublier bien évidemment la plus connue, à savoir la boxe anglaise, que l’on surnommait aussi « le Noble Art » au début du XXème siècle. Certains proposent des variantes sous l’appellation de boxe-défense, gym-boxe, etc. Ces différentes boxes connaissent un franc succès depuis quelques années.

Des efforts ont été faits pour que ces disciplines soient avant tout, éducatives et non pas destructives. L’art et la manière de ne pas recevoir les coups de l’adversaire, surtout lorsqu’ à l’entraînement il devient « partenaire ».

Comme dans beaucoup de domaines et sans doute encore davantage dans les arts martiaux et les disciplines de combat, le professeur est déterminant, pour ses qualités techniques et pédagogiques, mais aussi et surtout pour l’état d’esprit qu’il installe lors des séances.

Les techniques utilisées sont de véritables armes (naturelles, mais armes quand même) cela peut donc rapidement dégénérer et devenir l’école de la violence. A fortiori dans les arts qui utilisent les « frappes ». Physiquement, mais aussi moralement, il peut y avoir de gros « dégâts ». Recevoir un « direct » en pleine figure n’entraînera peut-être pas plus de traumatismes musculaires ou articulaires qu’un uchi-mata non contrôlé, mais psychologiquement, être atteint au visage (à la tête qui est en quelque sorte le « poste de commandement »), est plus difficilement acceptable. Il n’y a qu’à constater les expressions du visage lorsque c’est le cas. Sans compter que le cerveau – pour ceux qui sont dotés de ce précieux attribut – est un organe des plus fragiles et que la répétition des traumatismes à son égard entraîne fatalement des dommages irréversibles et dramatiques.

Dans mon enseignement je ne néglige aucune des trois composantes du ju-jitsu et l’atemi-waza (technique des coups) occupe la place qu’il mérite. Dans certaines séances un travail de renforcement à l’aide des gants – qui se rapproche de la boxe – est proposé. Une des spécificités du ju-jitsu réside dans le fait que « le coup » n’est pas une finalité, comme c’est le cas dans d’autres disciplines et notamment la boxe. Il faut donc en tenir compte lors de l’apprentissage et des entrainements.

Je vois plusieurs intérêts dans la pratique de la boxe (et de l’atémi-waza ) ; l’efficacité pour le travail à distance, pour arrêter ou déséquilibrer l’adversaire, mais aussi et surtout pour l’entraînement à ne pas recevoir les coups (esquives et parades). Ensuite, il y a incontestablement un travail « cardio » très complet, un apport de souplesse quand il est question des membres inférieurs et enfin je n’oublie pas deux aspects qui ne sont pas négligeables, à savoir l’expression corporelle et l’aspect ludique ; ce qui implique que la pratique doit être tout en contrôle, donc proposée intelligemment. Si tel n’est pas le cas, elle peut s’avérer destructrice et contre productive en terme d’éducation.

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