Violence et non-violence…

En ouverture d’un modeste article consacré à la violence (écrit à l’aide de mots simples) et pour l’illustrer, j’ai pensé publier cette petite leçon.
« L’aîné d’une tribu indienne explique la vie à son petit fils : « tu vois, en chacun de nous, deux loups s’affrontent en permanence : il y a le loup de la haine, du pessimisme et de l’égoïsme ; et il y a aussi le  loup de l’amour, de l’optimisme et de la générosité ». L’enfant demande : « Et quel est celui qui l’emporte ? ». Le sage répondit : « celui que tu nourris » ! »

Cela va sans dire que, comme beaucoup, je milite pour l’éradication de la violence, ce fléau qui enlaidit notre société. Il n’a cessé d’exister, les racines du mal sont profondes et les raisons multiples. Cependant il n’est pas interdit d’espérer, tout comme il n’est pas question d’abdiquer.

Il ne s’agit pas d’un exposé sur les origines et les causes des différentes formes de violences, je me limiterai à mon domaine de compétence et à l’impact positif que mon métier se doit d’apporter à la société. J’en profite pour rappeler qu’il n’existe pas que la violence physique, certaines violences mentales peuvent parfois être aussi redoutables.

Chaque professeur, quelle que soit la discipline qu’il enseigne, a un rôle majeur à jouer. Dans cette lutte, l’éducation est fondamentale, elle permet de prendre le mal à la racine. Certes, cela s’inscrit sur du long terme, mais cet enjeu le mérite.

Les professeurs d’arts martiaux ont une responsabilité encore plus importante dans la mesure où ils enseignent des techniques de combat, certaines à l’issue pouvant être fatale. Elles devront donc être considérées et enseignées avant tout comme des armes de dissuasion et utilisées exclusivement en dernier recours.

C’est toute la difficulté de la transmission de nos disciplines ; elle doit se faire dans un but éducatif et non destructif (bien que, comme indiqué plus haut, ce soit la vocation de la plupart des techniques). On ne répond pas à la violence par la violence. Cette affirmation pourra être considérée comme une sorte de poncif par certains, mais elle est pourtant vraie. Je sais que cette phrase a été dite et écrite à de nombreuses reprises. Il n’est jamais inutile « d’enfoncer le clou ».

Certains pensent que de tels propos sont empreints d’un angélisme inadapté, d’une naïveté déconcertante ou même de laxisme. Ceux-là ne peuvent pas être considérés comme des éducateurs responsables.

Etre contre la violence n’est pas forcément faire preuve d’inconscience ; lorsque l’on est agressé violemment, il faut être capable de riposter efficacement, avec un niveau technique et mental qui permet d’agir rapidement, mais avec nuance – dans la mesure du possible, sans ignorer les notions de légitime défense et de respect de la vie.

Il est navrant de constater que certaines méthodes de combat peuvent être utilisées à de mauvaises fins, ou enseignées de façon brutale, violente. Heureusement, il s’agit du fait d’une minorité de personnes ne pouvant être considérées ni comme des budokas, ni comme des enseignants.

Dans leur immense majorité, les professeurs de nos belles disciplines sont conscients de l’enjeu, ils ne se comportent pas comme des destructeurs, mais comme des éducateurs.

L’importance du premier professeur…

Après le choix d’une discipline, l’importance du premier professeur

La semaine dernière j’évoquais le choix d’une discipline, mais le choix du professeur est tout aussi important. Ceci étant, à moins que beaucoup de changements s’opèrent au sein du club, le professeur est un peu « l’âme du dojo » et parfois même une « marque de fabrique ».  Choisir une discipline et un dojo, c’est aussi choisir un professeur.

Cet article vient en complément de celui de la semaine dernière, en insistant cette fois, sur l’importance du premier professeur. Il s’agit d’un article déjà proposé, mais quelque peu remanié.

Démontrer parfaitement une technique est une chose,  qu’elle soit assimilée par les élèves, en est une autre. « L’essentiel n’est pas ce que l’on enseigne, mais ce que les élèves apprennent ». Cette citation d’André Giordan (dont vous trouverez le parcours sur Internet) est éloquente. Un cours n’est pas un show et les explications se doivent d’être concises et ne pas se transformer en un discours interminable. Il y a des professeurs dotés d’une excellente technique mais qui sont incapables de la transmettre. A l’inverse, il y a des professeurs qui sont en capacité de transmettre des éléments qu’ils ne maîtrisent pas forcément parfaitement, cela s’appelle la pédagogie. Démonter est une chose, transmettre en est une autre.

Comment savoir si l’enseignant d’un dojo est compétent et s’il nous conviendra ? Un néophyte est forcément privé de moyens d’évaluation.  Il y a la réputation, mais encore faut-il que l’enseignant et son enseignement correspondent à ce que nous recherchons. Un professeur peut former d’excellents champions, mais si l’objectif est de trouver une pratique utilitaire ou essentiellement tournée vers le loisir,  ces compétences là ne seront pas utiles.

Si c’est  un ami qui nous conduit dans son dojo, ce qui est souvent le cas, il est préférable (là aussi) que les aspirations de cet ami soient en concordance avec les nôtres. Il faudra donc souvent  s’en remettre à la première impression et surtout ne pas avoir peur d’échanger avec le professeur et avec quelques habitués du dojo avant de s’engager.

Le métier de professeur, quelle que soit la discipline enseignée (français, mathématiques, chant, danse, arts martiaux, etc.) est un des métiers les plus beaux mais aussi les plus difficiles. Lors des confinements que l’on nous a infligés, certains parents, obligés de faire la classe à leurs enfants, ont pris conscience de cette réalité. Certes, chacun son métier et on peut opposer à cette affirmation que c’était difficile pour eux dans le mesure où ce n’est pas le leur, mais quand même…!

L’une des principales qualités d’un professeur qui s’adresse à différentes populations, comme c’est souvent le cas dans les arts martiaux, c’est d’être capable de s’adapter à l’âge et au niveau technique des élèves. Et en particulier aux débutants (qui sont les ceintures noires de demain).

J’ai déjà insisté sur ce point essentiel, celui du premier professeur. J’avais même cité en exemple l’ex-danseuse étoile, Marie Agnès Gillot, résidant à Paris mais qui accompagnait son fils chaque semaine en Normandie pour qu’il commence la danse avec celui qui avait été son premier professeur.

Son rôle est déterminant, c’est lui qui construit les fondations, qui nous fournit les bases. Donc, au moment de commencer, il est préférable de ne pas se tromper. Les mauvaises habitudes se prennent plus vite que les bonnes et elles sont tenaces.

Souvent la qualité du professeur se juge à celle de ses élèves (il y a aussi des exceptions).

Dans notre domaine, le professeur est un passeur de technique, mais il est aussi le transmetteur des fortes valeurs attachées aux arts martiaux, notamment ce fameux « Code moral », souvent affiché, pas toujours appliqué !

Avec le temps on se souviendra que c’est à ce premier professeur que l’on doit d’être le pratiquant que l’on est devenu ; il nous a fait découvrir et aimer une discipline et un art dans lequel nous nous épanouissons.

A titre personnel, j’ai eu la chance de bénéficier en tout premier de l’enseignement de mon père, Bernard Pariset. La chance : pas uniquement parce qu’il s’agissait de mon père, mais parce qu’en plus d’être un grand champion, il était un excellent enseignant doté d’une pédagogie naturelle dans laquelle s’exprimait une redoutable force de persuasion, mais aussi une façon extraordinaire de rendre les choses évidentes.

Bilan et espoirs

Donc, le 26 en proposant un stage à Paris, je vais renouer avec un brin d’activité. Il était temps ! Cependant, « la remontada » risque d’être longue. On parle de reprise économique, tant mieux,  reste à savoir si cela va durer.

Cependant, les pouvoirs publics et la presse ont tendance à oublier tous ceux qui dans cette crise ont souffert, ceux qui ne s’en remettront pas et ceux qui se battent, souvent seuls,  pour survivre dans une indifférence assez édifiante. Il faudra faire aussi avec les inévitables séquelles physiques et psychologiques laissées par cette sale période.

A l’attention de ceux qui ignoreraient encore les raisons qui font que je me retrouve sans lieu de travail, c’est-à-dire sans dojo pour enseigner, mais aussi de ceux qu’il faudrait encore convaincre que la décision qui a été prise était la bonne, parce qu’il n’en existait pas d’autres, je propose ces quelques lignes (que personne n’est obligé de lire).

Le 16 mars 2020, le Président de la République nous informe que dès le lendemain (l’expression du jour au lendemain n’a jamais eu autant de sens) tous les établissements recevant du public devront fermer, au moins pour quinze jours (en fait cela a duré deux mois, et bien plus pour certaines activités, dont les arts martiaux).

Dans son allocution, je m’en souviens comme si c’était hier, pensez-donc je venais d’ouvrir quelques mois avant, il précisait que pour les locataires, les loyers seraient « bloqués » ; ce qui me paraissait être du bon sens, dans la mesure où si une interdiction, qui n’est ni de votre fait, ni de votre faute, est prononcée, il ne paraît pas concevable d’honorer un loyer pour un endroit que vous n’avez plus la possibilité d’exploiter. Or un mois après, ma propriétaire me harcelait afin que je règle l’échéance du mois d’avril, alors que nous savions à ce moment-là que la reprise d’activité ne se ferait pas avant l’été, au mieux ! La suite nous a donné raison, malheureusement. L’engagement qui avait été annoncé lors de l’intervention présidentielle n’a pas eu de suite, sans cynisme, j’ajoute que nous sommes un peu habitués à cela !

Je rappellerai les trois raisons essentielles qui m’on conduit à ne pas m’entêter, non pas par manque de combativité, bien au contraire, mais par lucidité et esprit de survie (je n’exagère pas). En effet, continuer était tout simplement suicidaire, je m’explique.

Il faut rappeler qu’il s’agissait d’un club privé avec des loyers parisiens. Il ne s’agissait pas d’un équipement municipal.

Ensuite, le dojo était presque « tout neuf », il n’avait pas l’antériorité qui lui aurait permis de bénéficier de réserves en matière de trésorerie : un « trésor de guerre ». Tout comme il ne pouvait prétendre au prêt garanti par l’état (qui aurait de toute façon alourdit le montant des dettes). Quant au Fond de solidarité, qui par ailleurs n’avait pas été mis en place au moment de la prise de décision de fermeture, toujours à cause de la jeunesse de l’entreprise, il n’aurait pas permis la survie.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, exerçant en « nom propre » ou dans d’autres termes en tant que « travailleur non salarié », j’étais en première ligne. Dans ce statut, il n’existe pas de dépôt de bilan, si ce n’est une faillite  personnelle qui vous exclut définitivement de la société. (Il n’existe pas non plus de chômage.)

Avant de prendre la décision, j’ai consulté un expert comptable, un avocat et un commissaire aux comptes. Pas un ne m’a conseillé de poursuivre, tous les trois m’ont recommandé de trouver au plus vite un accord avec la propriétaire pour une résiliation de bail à l’amiable, de façon à ne pas accumuler les dettes, notamment celles qui concernaient les loyers en question. En matière de baux commerciaux (les fameux 3-6-9) le locataire est engagé pour trois ans de loyer, il m’en restait plus de deux ans à honorer, avec le nombre de mois de fermeture que nous connaissons.

Je sais que ce n’est pas facile à comprendre lorsque l’on n’a pas de connaissance en matière d’entreprise privée. Heureusement, la majorité des personnes (même celles qui ne sont pas dans le privé)  ont compris que cette décision était la seule décision raisonnable qu’il fallait prendre ! Même si c’est ce qu’on appelle un coup dur, très dur !

Que l’on se rassure (ou pas),  je n’ai jamais baissé les bras, même si le combat est assez inégal, seul face au virus et à une gestion très surprenante. Par contre, il est vrai que je n’ai jamais cessé (au risque de me répéter) de dénoncer ce qui me semblait être une exécution en bonne et due forme. Je ne « radote » pas, j’exprime avec force et détermination une juste et saine colère, ce qui ne m’empêche pas d’être combatif, bien au contraire.

J’ai essayé durant ces dix-huit mois, de sauver l’essentiel, en appliquant les principes de non-opposition à la force brutale, de façon à pouvoir rebondir (bien que je ne sois pas un ballon). La première étape sera un stage proposé le 26 septembre à Paris. Ce sera déjà un bon début !

Trois fils (et sixième sens)

C’est avec plaisir que je renoue avec une petite habitude, celle de proposer – de temps en temps – une petite histoire qui nous vient du Japon ou de Chine. Au delà du plaisir de la lecture il y a forcément matière à réflexion !

« Il y avait autrefois un grand maître de kenjutsu (sabre) très célèbre dans tout le Japon qui, recevant la visite d’un autre grand maître, voulut illustrer l’enseignement qu’il avait donné à ses trois fils.

Le maître fit un clin d’œil à son invité et plaça un lourd vase de métal sur le coin des portes coulissantes, le cala avec un morceau de bambou et un petit clou, de façon à ce que le vase s’écrasât sur la tête du premier, qui, ouvrant la porte, entrerait dans la pièce.

Tout en bavardant et en buvant du thé, le maître appela son fils aîné qui vint aussitôt. Avant d’ouvrir, il sentit la présence du vase et l’endroit où il avait été placé. Il fit glisser la porte, passa sa main gauche par l’entrebâillement pour saisir le vase et continua à ouvrir la porte avec sa main droite. Puis, serrant le vase sur sa poitrine, il se glissa dans la pièce et refermant la porte derrière lui, il replaça le vase dans sa position initiale. Il avança alors et salua les deux maîtres. « Voici mon fils aîné, dit l’hôte en souriant, il a très bien saisi mon enseignement et il sera certainement un jour un maître de kenjutsu. »

Ayant appelé son deuxième fils, celui-ci entra sans hésitation, et n’attrapa le vase qu’au dernier moment ; il faillit le recevoir sur la tête. « Voici mon deuxième fils, dit le maître, il lui reste beaucoup à apprendre mais il s’améliore chaque jour. »

On appela alors le troisième fils. Entrant précipitamment dans la pièce, il reçut le vase sur la tête. Le coup fut sévère, mais avant que le vase n’atteigne les tatamis, il tira son sabre et d’un mouvement vif, coupa la pièce de métal en deux. « Voici mon fils cadet, Jiro, dit le vieil homme, c’est le benjamin de la famille, il lui reste une longue route à parcourir. »

Fin juin

Traditionnellement et pour beaucoup d’entre nous, la « fin juin » est une date bien agréable. Nous sommes en été, avec de longues journées, les vacances approchent, d’ailleurs les plus jeunes y sont déjà, enfin presque.

Dans le milieu sportif et le monde des arts martiaux, c’est ce que l’on appelle la fin de la saison, en principe – exemption faite pour cette année – élèves et professeurs sont satisfaits de ces mois écoulés et du travail accompli, heureux de pouvoir se reposer et plein d’espoir pour le mois de septembre, synonyme de nouvelles aventures.

Les « fins juin », pour ce qui me concerne, ont parfois eu des saveurs différentes, je l’avais évoqué dernièrement. Dans les six dernières années, j’en ai connu de trois « types ».

En 2015, le 30 juin, je remettais les clefs du dojo de la Bastille à une autre équipe. J’avais besoin de souffler après quelques années éprouvantes (c’est un euphémisme).  S’exprimait alors un sentiment libérateur, emprunt d’une émotion considérable face aux témoignages de sympathie et aux regrets manifestés.

Le 29 juin 2019, après quatre années à l’issue desquelles les évènements et mes réflexions me conduisaient à prendre la décision de revenir à Paris, je donnais les premiers cours dans le nouveau dojo de la Rue Victor Chevreuil. Une belle émotion m’envahissait ce jour-là.

Le 29 juin 2020, je quittais Paris. Je survivais au virus, pas le dojo. J’ai eu largement l’occasion de revenir sur cet événement destructeur. On ne peut pas changer le passé, par contre on peut penser à l’avenir, même si les circonstances ne nous rendent pas forcément maître de notre destin.

Pour la plupart des clubs, se sont donc deux mois de repos qui se présentent. Quelques clubs privés restent ouverts en juillet pour les adultes, parfois au mois d’août dans les villes à forte population. Il est vrai que si les enfants sont en vacances durant deux mois, il n’en n’est pas de même pour la majorité des adultes.

L’été sera aussi, pour certains professeurs et élèves, la période des stages d’été. Ces rassemblements  permettent de renforcer sa pratique avec un entraînement intensif, mais aussi grâce à d’autres experts et différents partenaires. Tout cela dans une ambiance estivale.

J’ai eu le plaisir d’en organiser et d’en diriger de nombreux de 1977 à 2010. Le premier, c’est tout naturellement au Golfe Bleu, à Beauvallon, qu’il s’est déroulé.

Pour différentes raisons, durant quelques étés, je n’ai plus satisfait à ces rendez-vous estivaux. L’habitude a été reprise en 1982 au Temple-sur-Lot. Beaucoup de pratiquants d’arts martiaux connaissent très bien ce lieu. C’est à l’initiative d’un charismatique professeur, Georges Bilas, qu’avait commencé l’histoire des stages sur les bords du Lot. Des personnalités et des experts de nombreuses disciplines s’y sont rendus. L’histoire n’est pas terminée, mais  elle est différente puisque Monsieur Bilas n’est plus parmi nous.  Je sais qu’au mois d’août mon ami Jacques Seguin y dirigera avec d’autres professeurs un grand stage de judo.

A partir de 1986, c’est sur les bords de l’Atlantique que se sont déroulés mes stages de ju-jitsu. A Soulac-sur-Mer exactement. L’aventure a duré un quart de siècle. Vingt-cinq étés qui auront vu passer des centaines de stagiaires venus de toutes les régions de France, mais aussi de l’étranger.
J’aurai l’occasion d’y revenir plus en détail très prochainement.

Malheureusement la fin juin que nous vivons cette année n’a pas la même saveur que les autres. Nous venons de finir une saison laminée par la crise et l’incertitude quant à une reprise de l’épidémie n’est pas complètement écartée. C’est à  la rentrée que l’on pourra évaluer précisément l’étendue des dégâts. Combien de renouvellements, de nouvelles inscriptions ? Combien de dojos ne pourront pas reprendre, ou alors sous perfusion ? Combien de clubs auront les moyens de survivre ?

Quant aux stages de cet été, d’après mes informations, beaucoup n’ont pas été reconduits face à l’incertitude.  Souhaitons à ceux qui sont programmés qu’ils puissent se dérouler dans les meilleures conditions.

Personnellement je ne désespère pas de pouvoir renouer avec cette belle habitude en 2022. Cela dépendra de beaucoup de choses, notamment de la tournure que prendra la saison prochaine et des possibilités d’exercer enfin mon métier, ce qui n’est plus le cas depuis 18 mois.

Pour finir cet article, on peut noter que cette fin juin est aussi très différente en matière de météo. Lorsque nous avons inauguré le dojo de la Rue Victor Chevreuil, le samedi 29 juin 2019, nous étions en pleine canicule et ce sont 40 degrés qui régnaient sur la capitale. Décidément les mêmes périodes ne laissent pas les mêmes souvenirs !Souhaitons que l’avenir nous en offre de très beaux !

Bonnes vacances à tous ceux qui pourront en prendre et bel été à tous !

Carte professionnelle, bilan et combativité !

En recevant ma nouvelle carte professionnelle, je n’ai pu m’empêcher de me poser la question de son utilité, tout du moins à court terme, tant les mois que nous venons de vivre ont été dévastateurs.

Nous arrivons à la fin de cette « horrible saison sportive ». Pouvons-nous parler de saison dans la mesure où certains élèves n’auront pu pratiquer que deux mois, septembre et octobre ?

Il faut néanmoins se réjouir de ces moments où nous reprenons petit à petit une vie normale  et espérer qu’au mois de septembre l’activité des dojos pourra s’effectuer dans les meilleures conditions.

Être optimiste n’empêche pas d’être réaliste. Il y a eu des dégâts et du gâchis, la reconstruction sera longue, il faudra du temps pour retrouver les mêmes conditions que celles d’avant-crise.

Il n’est pas question d’éprouver ce mauvais sentiment qu’est la jalousie à l’égard de ceux qui ne subissent pas les mêmes conséquences de la pandémie, tant mieux pour eux, mais juste d’être un peu en colère face à une certaine injustice. Comme je l’ai souvent évoqué, ce sont des métiers éducatifs (l’intitulé de la carte professionnelle en atteste : « éducateur sportif ») qui ont été sacrifiés. Ne plus pouvoir ni exercer, ni transmettre est difficilement compréhensible.

Pour ma part la combativité n’a jamais fait défaut, d’ailleurs si cela avait été le cas je ne serais plus debout ; Il a fallu faire preuve de volonté, de réactivité et d’adaptation pour ne pas disparaître complètement, pour éviter la descente aux enfers. Je sais qu’il est difficile de se mettre à la place des autres, surtout quand il s’agit d’une situation particulière ; particulière pour trois raisons essentielles.

D’abord la fermeture d’un dojo qui venait d’ouvrir. Ensuite parce que ce dojo, dans mon esprit, par rapport à une  période de la vie plus adaptée à la retraite, c’était mon « dernier dojo ». Enfin, c’est d’un seul coup, du jour au lendemain, toute une vie qui a été remise en cause. Vie professionnelle et personnelle. Ce sont des projets qui se sont évanouis en quelques semaines, il faudra en concevoir d’autres.

Comme je l’avais souligné, il n’est plus possible de se relancer dans une entreprise privée tout seul dans la capitale. Mais les idées ne manquent pas,  tout comme la volonté de faire en sorte qu’elles se concrétisent. Des idées autour du ju-jitsu et pour le ju-jitsu, même si je suis conscient que ce ne sera pas facile.

Un ju-jitsu qui, dans cet éphémère dojo, avait rassemblé des pratiquants de 4 ans à plus de 70 ans, dans un dojo où l’enseignement permettait à tous les âges et à toutes les conditions physiques de s’épanouir. Me trotte dans la tête  un témoignage qui m’avait particulièrement touché : «Vous savez, à mon âge, je n’aurais jamais pensé remettre les pieds sur un tatami, grâce à vous je l’ai pu ». L’auteur de ce beau témoignage se reconnaitra.

Je profite de l’occasion pour remercier tous ceux qui régulièrement m’apportent leur soutien, qu’ils se rassurent, je suis « toujours debout » ! A l’inverse je ne peux m’empêcher d’envoyer une petite pique à quelques donneurs de leçons à l’abri des soubresauts et des injustices de la vie !

Souhaitons à tous et à toutes un été réparateur et une excellente nouvelle saison durant laquelle nos arts martiaux pourront se reconstruire, même s’il faudra plus que jamais faire preuve de patience, de volonté et d’une belle énergie.

1995. Reuilly, Bercy, Soulac, Montréal et fédération !

La semaine dernière j’évoquais l’année 1989, une année riche en événements et en émotions. Cette semaine je m’intéresse au cru 1995, très chargé en activités professionnelles.

En avril, mon dojo s’installait dans un nouveau lieu parisien : Boulevard de Reuilly. Il s’agit du XIIème arrondissement que je connais bien, à deux pas de la Rue Victor Chevreuil, là où, l’an dernier, mon dernier club a été terrassé par le virus.

Toujours au printemps de cette année 1995, je démontre  une nouvelle fois le ju-jitsu au festival de Bercy pour y présenter une prestation  que je considère comme l’une de mes plus abouties techniquement. Les invités spéciaux étaient les sumotori, mais d’autres experts, champions  et habitués des galas ont pu enrichir cette soirée par leur talent : Jean Frenette, Kim Silver, Christian Tissier, David Douillet, etc. Que ceux que j’oublie me pardonnent. C’est par une belle séance de dédicaces que s’est clôturée cette soirée.

Ensuite, durant l’été, nous avons fêté la dixième édition du stage de Soulac-sur-Mer, un rendez-vous à l’inaltérable succès. Pendant un quart de siècle, de 1986 à 2010, nous sommes restés fidèles à ce lieu. Il n’est pas impossible que nous puissions y organiser une session en 2022. Vraisemblablement, beaucoup de pratiquants ne seraient pas insensibles à cette initiative.

A l’automne c’est une traversée de l’Atlantique que j’effectuais en compagnie de mes partenaires du moment : Olivier Hermeline, André Ohayon et Laurent Rabillon. Nous étions invités à présenter notre démonstration à Montréal.  L’initiateur de ce projet n’était autre que Jean Frenette, le karatéka québécois, champions de katas artistiques. Quatre jours passés dans la « belle province » pour notre plus grand bonheur et pour la fabrique de solides souvenirs.

C’est aussi à la fin de cette année que, n’étant plus du tout en phase avec ses orientations prises en matière de ju-jitsu, je quittais la FFJDA. Je ne me résignais pas à l’abandon d’une forme de travail que j’avais apprise, enseignée et démontrée avec plaisir et avec un succès qui ne se démentait pas. A l’extérieur de cette institution j’ai pu continuer à enseigner un ju-jitsu aux techniques compatibles entre elles et aux formes de corps proches de celles qui animaient le fondateur du judo. Un paradoxe, mais c’est ainsi !

En résumé, ce fût une année bien replie, comme beaucoup d’autres, mais peut-être un peu plus !

1989

En tombant sur un « Karaté-Bushido » de 1989, j’ai eu l’envie de revenir sur cette année qui a particulièrement marqué  ma vie professionnelle et plus encore ma vie personnelle.

Après presque deux décennies  passées au club de la Rue des Martyrs sous la férule de mon père, s’est manifestée un besoin d’émancipation. L’association « père et fils » n’est pas toujours aussi facile que l’on pourrait l’imaginer. Si professionnellement elle est positive en termes de transmission du savoir-faire et de la complémentarité, elle peut s’avérer parfois plus compliquée sur d’autres plans, surtout lorsque les caractères sont assez semblables. A maintes occasions, j’ai vanté les qualités et les exploits de mon père dans sa vie et notamment sur les tatamis, mais ces exploits étaient le fait d’un fort caractère qui rendait parfois difficile d’être son fils unique.

C’est aussi cette année-là, le 15 août, que j’ai connu les joies de la paternité grâce  à une adorable petite fille, devenue depuis une maman qui m’a fait « triple papy ».

En 1989 j’ai donc quitté le 11 de la Rue de Martyrs où se trouvait un dojo qui a marqué l’histoire du judo français pour m’installer un peu plus haut dans le IXème arrondissement parisien. Un club de gym en perte d’activité était à vendre, ne restaient plus que les tatamis à poser, tout en bénéficiant de quelques installations qui complétaient la pratique des arts martiaux ; la principale discipline étant le ju-jitsu.

Cette année-là, je participais aussi, pour le quatrième fois, au festival des arts martiaux de Bercy organisé par la revue Karaté-bushido, les moines de Shaolin en étaient les invités exceptionnels. J’ignorais que j’aurais le plaisir et l’honneur de présenter entre 1990 et 2005 huit autres démonstrations, dans ce lieu qui devient une fois par an le plus grand dojo du monde.

Un peu plus tard, au cœur de l’été et sous ma responsabilité, se déroulait la IVème édition du stage de Soulac-sur-Mer. Vingt et une autres allaient suivre jusqu’en 2010.

Je n’oublie pas les stages et les  démonstrations en province et à l’étranger, autant de déplacements qui  garnissaient copieusement l’agenda.

En termes d’émotions positives, certaines années comptent davantage que d’autres, ce fût le cas pour 1989, surtout un certain 15 août. Ces émotions sont autant de souvenirs gravés dans la mémoire du cœur.

Notre tenue

Cette semaine j’évoquais sur Facebook  « notre tenue », celle que nous portons lors des entraînements et qui nous manque terriblement depuis des mois.

Cela m’a donné l’envie de proposer la « rediffusion » d’un article qui me tient à cœur.

« L’habit ne fait pas le moine », un peu quand même.

Par facilité on l’appelle le « kimono », mais ce nom désigne plus spécifiquement un vêtement, très joli, par ailleurs.

Chaque art martial possède sa propre appellation pour désigner ce que l’on revêt dans un dojo ; parmi les plus répandues on trouve le judogi, le karategi, le keikogi. On évoque très peu le « jujitsugi ». Pour les principaux arts martiaux japonais  on peut le nommer « dogi ». En taekwondo, c’est le dobok. Quel que soit son nom, cette tenue est importante et ne saurait être négligée ; j’y vois plusieurs raisons.

D’abord, chaque discipline sportive possède son « uniforme » ; il ne viendrait pas à l’idée d’un footballeur de se rendre sur un terrain de foot en judogi.

Ensuite, grâce à sa texture, cette tenue est pratique et hygiénique. Elle est résistante aux différents assauts et autres sévices qu’on lui fait subir. Elle est hygiénique, elle permet d’absorber les litres de sueur produits lors des entraînements.

Cette uniformité possède également comme vertu d’effacer toute distinction sociale. On ne frime pas vraiment dans un « gi ». Nous sommes tous égaux pour ces moments d’étude et de partage.

Enfin, dans le combat rapproché elle évite une proximité qui peut  être rebutante pour certains et certaines.

Cette tenue, je la respecte au plus haut point ; n’est-elle pas mon principal « outil de travail » ? (quand on a du travail).  Elle est aussi  devenue au fil des années ma « deuxième peau ». Parfois elle a même été mon « bleu de travail », comme nous le verrons plus bas. Certains s’en affranchissent quelques fois,  c’est dommage, surtout dans des disciplines dites « à traditions ».

Au début des années 1970, à l’initiative du champion de judo néerlandais Anton Geesink, il y eut une tentative de kimonos de couleurs qui n’a pas vraiment connu le succès. Ensuite, au début des années 1990, le kimono bleu est apparu lors de certaines compétitions de judo, dans le but de faciliter la compréhension des combats. Dans le même esprit, j’ai moi-même opté pour cette couleur dans mes démonstrations et dans des ouvrages.

Quelques professeurs l’utilisent à l’occasion de leurs cours, cela a été mon cas durant un temps, pour « aérer » mes tenues de démonstration, à l’époque où j’en faisais. Une fois cette époque passée, je suis revenu à la pure tradition. Et puis un enseignant doit pouvoir se distinguer davantage par son savoir et son aura que par sa tenue.

Dans cet article j’évoque les arts martiaux, mais d’autres sports de combats possèdent leur propre tenue (boxe, lutte, etc.) et l’arborent fièrement.
Enfin, l’utilisation de la « tenue de ville » (adaptée) pourra être considérée comme un complément à l’étude de la self-défense, dans des cours spécifiques. Ce pourra être aussi une approche et une étape avant de rejoindre le monde des budos.

En illustration, un kimono ayant appartenu à Jigoro Kano !

Une nouvelle petite histoirre

Dans le recueil de contes que j’évoquais le 19 février dernier, il y a un chapitre consacré à l’art de vaincre sans combattre. J’avais alors proposé une petite histoire savoureuse :« Trois mouches », aujourd’hui il est question d’un coq. Je vous laisse découvrir ou redécouvrir ce beau petit conte, riche en enseignement et tout aussi savoureux !

Laisser mûrir le coq
« Le roi de Tcheou avait confié à Chi Hsing Tseu le dressage d’un coq de combat prometteur, qui paraissait doué et combatif. Le roi était donc en droit de s’attendre à un dressage rapide… et il ne comprenait vraiment pas que dix jours après le début de l’entraînement il n’ait toujours pas eu de nouvelles des progrès du volatile. Il décida d’aller en personne trouver Chi pour lui demander si le coq était prêt.
– « Oh non, sire, il est loin d’être suffisamment mûr. Il est encore fier et coléreux », répondit Chi.
De nouveau dix jours passèrent. Le roi, impatient, se renseigna auprès de Chi qui lui déclara :
– « Le coq a fait des progrès, majesté, mais il n’est pas encore prêt car il réagit dès qu’il sent la présence d’un autre coq. »
Dix jours plus tard, le roi, irrité d’avoir déjà tant attendu, vint chercher le coq pour le faire combattre. Chi s’interposa et expliqua :
– « Pas maintenant, c’est beaucoup trop tôt ! Votre coq n’a pas complètement perdu tout désir de combat et sa fougue est toujours prête à se manifester. »
Le roi ne comprenait pas très bien ce que radotait ce vieux Chi. La vitalité et la fougue de l’animal n’étaient-elles pas la garantie de son efficacité ?! Enfin, comme Chi Hsing Tseu était le dresseur le plus réputé du royaume, il lui fit confiance malgré tout et attendit.
Dix jours s’écoulèrent. La patience du souverain était à bout. Cette fois, le roi était décidé à mettre fin au dressage. Il fit venir Chi et le lui annonça sur un ton qui trahissait sa mauvaise humeur. Chi prit la parole en souriant pour dire :
– « De toute façon, le coq est presque mûr. En effet, quand il entend chanter d’autres coqs il ne réagit même plus, il demeure indifférent aux provocations, immobile comme s’il était de bois. Ses qualités sont maintenant solidement ancrées en lui et sa force intérieure s’est considérablement développée. »
Effectivement, quand le roi voulut le faire combattre, les autres coqs n’étaient visiblement pas de taille à lutter avec lui. D’ailleurs ils ne s’y risquaient même pas car ils s’enfuyaient dès qu’ils l’apercevaient. »

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