Les pionniers

La triste nouvelle de la disparition de Luc Levannier que j’avais relayée la semaine dernière sur ma page Facebook, ainsi que les commentaires qu’elle avait suscités m’ont inspiré quelques réflexions.

D’abord concernant Luc Levannier. Il était un des pionniers du judo français, ceux à qui nous devons l’incroyable engouement suscité par cet art martial dans notre pays ; c’était aussi un grand technicien amoureux de la beauté du geste et attaché aux principes de base du judo. J’ai eu la chance et le plaisir de le côtoyer dans les années 1990, nos réunions traitaient bien évidemment de nos deux disciplines, le judo et le ju-jitsu. En plus de ses compétences techniques et pédagogiques, j’appréciais sa conception des arts martiaux qui lui avait d’ailleurs fait prendre ses distances avec une certaine politique ultra-sportive. Un jour, il avait eu une formule que je n’oublierai jamais : «Nous pratiquons des arts martiaux bios ». Je trouvais cette formule très jolie et bien imagée ; j’étais très flatté qu’il m’y associe. Enfin, chez lui, j’aimais une autre grande qualité, plus exactement l’absence d’un certain défaut : la « compromission » ! Il était fidèle à ses convictions, et ce n’était pas pour me déplaire !

L’autre réflexion qui me vient spontanément à l’esprit, c’est que l’actualité allant très vite, les évènements s’enchaînant à un rythme de plus en plus rapide, nous avons tendance à tourner les pages de plus en plus prestement et à oublier un peu trop vite ceux qui nous quittent ; la mémoire a tendance à se raccourcir.

J’ai eu la chance de connaitre quelques uns de ces fameux « pionniers du judo français » ; ils possédaient en commun la passion de leur art, ils avaient une très haute considération de leur mission, celle de transmettre. Ils étaient animés toute à la fois par la fraicheur liée à la découverte, mais aussi par une incroyable maturité dans leur attitude de transmission. Leurs dojos n’étaient pas des sanctuaires, mais il y « transpirait » aussi l’expression exacte de la traduction de dojo : le lieu où l’on trouve la voie. Cela commençait par le respect de certaines règles élémentaires, le respect des lieux et des personnes qu’aucun n’aurait eu l’idée de transgresser.

A propos de ces pionniers, il existe un excellent ouvrage qui leur rend hommage en évoquant avec précision leurs parcours ; il s’agit du livre, le bien nommé, « les pionniers du judo français » écrit par Claude Thibaud, une autre personnalité de notre judo national que l’on pourrait qualifier d’historien de judo français. La première parution de ce livre remonte à 1966, une réédition actualisée à l’année 2000 (chez Budo Editions).

Parmi les sommités qui figurent dans cet ouvrage, je citerai les noms de ceux dont j’ai pu bénéficier de l’enseignement et qui m’ont influencé : Guy Pelletier, Maurice Gruel, Jacques Leberre, Luc Levannier et bien évidemment Henri Courtine et… Bernard Pariset. Mais il y en a beaucoup d’autres que je n’ai pas eu la chance de connaitre et qui ont marqué le pays. Et puis il ne faut surtout pas oublier les experts japonais qui se sont installés en France, notamment Mikinosuke Kawashi et Shozo Awazu. Ensuite, d’autres « grands noms » qui ne figurent pas dans cet excellent ouvrage sont venus grossir la liste de ces experts. Je suis peut-être de la « Vieille Ecole », celle animée par des sentiments qui semblent désuets et dépassés à certains, celle qui respecte les « anciens » surtout lorsqu’ils ont accompli de tels parcours. (Et je l’assume pleinement !)

Dans cette période pour le moins troublée je terminerai avec une notre positive. En effet, le nombre important de réactions et de commentaires sur ma page Facebook – à propos de Luc Levannier (en pourcentage par rapport aux autres parutions) – me font penser que, s’agissant d’un homme habité par des valeurs essentielles, tout n’est peut-être pas perdu dans certains domaines.

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Atemi-waza

Cette semaine, c’est un article technique qui est proposé.

La photo qui lui sert d’illustration présente la couverture d’un livre paru au milieu des années 1980. Comme son titre l’indique, il est consacré à l’une des trois composantes du ju-jitsu, à savoir l’atemi-waza, le travail des coups. Dans cette parution sont proposés des exercices appartenant à un domaine qui doit être traité à part égale avec les deux autres familles que sont le nage-waza, le travail des projections et le katame-waza, celui des contrôles. Pour le moment ce livre n’est plus disponible, une réédition est envisagée.

Il comporte des exercices de renforcements, des méthodes d’entraînement à pratiquer seul et avec un ou plusieurs partenaires, mais aussi un enchaînement appelé les « 16 atemis ». Une suite de ripostes en atémi répondant à des attaques portées également et exclusivement avec des coups : coups de poing, de pied, de genou, etc. Une des particularités de cet enchaînement réside dans le fait de proposer des ripostes compatibles avec les autres composantes du ju-jitsu, partant du principe que l’utilisation des coups dans notre discipline n’est pas une finalité, mais une manière d’y parvenir, puisqu’ils servent essentiellement à « fixer » et/ou à déséquilibrer l’adversaire. Cela implique plusieurs recommandations.

D’abord que la « garde » (la posture) soit très naturelle pour donner la possibilité d’enchaîner chaque technique avec une projection ou un contrôle en clef, ou étranglement. Une garde trop basse ralentira forcément les liaisons et interdira bon nombre de grandes projections. Et puis tout simplement nous devons être à même de réagir très vite à partir d’une position naturelle, celle de la vie de « tous les jours ». Ensuite, il est important de ne pas mettre toute l’énergie dans « le coup », puisqu’il n’est pas une finalité, celle-ci étant obtenue par une technique appartenant à l’une des deux autres familles.

Lors de l’exécution et des répétitions il faudra respecter une autre particularité, qui existe déjà dans le goshin-jitsu, celle de changer de place entre chaque technique, ce qui permet de se remettre à distance de façon harmonieuse. Certaines attaques et ripostes de l’enchaînement sont d’ailleurs inspirées du célèbre kata.

A la toute fin du livre sont proposés quatre exemples d’enchaînement avec clef, projection et étranglement, toujours dans le but d’illustrer la compatibilité entre les différentes composantes du ju-jitsu.

Pour résumer cet article et en guise de conclusion, j’insisterai sur le fait que l’atemi-waza a toujours appartenu au ju-jitsu (nous le trouvons même dans un ouvrage réalisé par le kodokan), qu’à ce titre il ne doit pas être négligé et même valorisé, et surtout travaillé dans des attitudes compatibles avec les autres composantes de notre discipline. Enfin, on apprend ces techniques de coups aussi bien pour se défendre que pour apprendre à s’en défendre, cela semble logique.

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P comme Bernard Pariset

Aujourd’hui c’est de la lettre P de mon dictionnaire dont il est question. Pouvait-elle être consacrée à une autre personne que celle évoquée dans les lignes qui suivent ?

P comme Bernard Pariset

En 1947, un jeune homme de dix-sept-ans se présente devant le 11 de la rue des Martyrs, dans un des quartiers les plus attachants de la capitale, le IXème arrondissement. Sur le mur, à coté de la porte d’entrée, une plaque porte l’inscription : « Club français de jiu-jitsu ».

Le jeune homme s’appelle Bernard Pariset ; il a été mon professeur, mon mentor, mais aussi – et surtout – mon père.

Il était né à la fin de l’année 1929 à Pantin, en Seine-Saint-Denis et a passé son enfance dans le XIIème arrondissement. Sa préadolescence a été marquée par la seconde guerre mondiale et des difficultés à tenir en place.

Très vite s’est imposé le fait que rester assis toute la journée n’était pas vraiment pour lui ; il préférait les activités physiques, les randonnées dans la campagne, le camping sauvage, les baignades en rivière, c’était un amoureux de la nature. Doté d’une curiosité naturelle, toutes ces activités plutôt physiques, ne l’empêchaient pas de nourrir un esprit très vif. Cet amour de la nature a sans doute été une des raisons de son rapprochement avec une matière noble : le bois. En effet, il est devenu apprenti dans une ébénisterie. Il possédait un certain talent dans la sculpture. Les figurines de samouraïs et autres judokas et ju-jitsukas créées dans la dernière partie de sa vie, en attestent. Mais sa véritable passion c’était bien évidemment le judo.

D’un gabarit modeste et d’un tempérament bouillonnant, il avait entendu parler de « ce judo », cette lutte un peu particulière dans laquelle les petits pouvaient faire tomber les grands. Par la suite il ne s’est pas gêné pour prouver que c’était possible, et de quelle manière !

Dans ce dojo de la rue des martyrs, Il franchit rapidement les échelons et il en devient très vite la référence. En 1954, au décès de son professeur, Roger Piquemal, il en prend les commandes et cela jusqu’à sa disparition en 2004.

A ses débuts, de son propre aveu, sa technique était assez rudimentaire. Les règles d’arbitrage étant beaucoup plus « libres », les combats d’entraînement (les randoris) offraient une physionomie différente de celle qui existe actuellement. Attraper la jambe de l’adversaire et pousser jusqu’à ce qu’il chute lui plaisait beaucoup et lui convenait tout à fait. Le problème, qui n’en était pas un, c’est que très vite il n’y avait plus un combattant au club pour résister à cette technique rustre, mais incontestablement ravageuse. Ensuite, sa technique s’est adaptée à sa morphologie et aux besoins du « toutes catégories », avec ses redoutables « mouvements d’épaules » (comme on disait à l’époque pour désigner les seoi nage), et puis elle s’est très vite affinée dans tous les domaines. Le travail au sol est notamment devenu un secteur dans lequel il faisait référence.

Ses « spéciaux » et un tempérament de combattant hors du commun lui ont permis de se constituer un palmarès exceptionnel. Champion de France et d’Europe, médaille de bronze aux premiers championnats du Monde qui se déroulaient à Tokyo en 1956, autant de titres conquis en « toutes catégories » ce qui leur confèrent davantage de saveur et un incontestable respect, surtout lorsqu’on mesure à peine un mètre soixante dix.

Mais il n’a pas été qu’un champion d’exception, il a occupé aussi différentes fonctions au sein de la fédération de judo : conseiller technique, entraîneur national, directeur des équipes de France, membre de la commission nationale de grades. On lui doit aussi la remise en valeur du ju-jitsu au début des années 1970, ce qui n’est pas rien ! Il a aussi publié différents ouvrages sur le judo et évidement sur le ju-jitsu.

On ne peut évoquer ce fantastique parcours sans rappeler qu’avec Henri Courtine ils ont été les premiers 6ème dan en 1968. Il en a été de même du 7ème au 9ème dan. Ils étaient les meilleurs adversaires sur les tatamis de compétition et les meilleurs amis dans la vie. Leurs styles différents et leurs caractères aux antipodes ont été d’une exceptionnelle complémentarité, pour servir et marquer de leurs empreintes le judo français.

Durant toute sa carrière il ne s’est jamais détaché de la base, puisqu’il n’a cessé de s’occuper de son club de la rue des Martyrs (que l’on ne peut s’empêcher de lui associer totalement). Ce qui a permis à des centaines de pratiquants de profiter d’une pédagogie aussi pragmatique qu’efficace. Sous sa houlette le « Club Français » s’est constitué un palmarès impressionnant par équipe ; l’équipe A étant à plusieurs reprises confrontée à l’équipe B en finale du championnat national ; le club est aussi devenu champion d’Europe par équipe. Le dojo n’a pas manqué non plus de produire de belles individualités.

Le fait de ne jamais quitter cette base que représente un club dans lequel se côtoient des pratiquants de tous âges et de toutes conditions sociales, de s’occuper aussi bien des ceintures blanches que des plus hauts gradés, tout cela lui permettait d’être à l’écoute de tous et d’observer ainsi l’ensemble des motivations. Faire le constat, par exemple, que si les titres glanés apportaient du prestige, ce n’était pas forcément ce qui intéressait le « samouraï de base ». Celui-ci étant souvent, par exemple, attiré par l’aspect self-défense.

En dehors des tatamis, il n’était pas dénué de passion. L’équitation était son deuxième centre d’intérêt, à tel point que dans ce département de l’Yonne qu’il aimait particulièrement, il s’est occupé durant de nombreuses années d’un centre équestre.

Dans la vie, beaucoup de choses l’intéressaient, même s’il posait sur les soubresauts de notre société un regard circonspect et parfois navré. Il était pourvu d’un bon sens désarmant et sa liberté d’action était son bien le plus précieux ; il a toujours refusé les contraintes que pouvaient imposer des organisations trop rigides dans leur fonctionnement. Il avait aussi comme caractéristique un « esprit de conquête » qui le faisait toujours aller de l’avant.

Diminué physiquement en avançant en âge, il « payait » les excès d’une carrière sportive durant laquelle il ne s’était jamais ménagé, il n’a pas voulu envisager de finir sa vie sans pouvoir vraiment la vivre… Il était parfois excessif ! Il l’a prouvé malheureusement une dernière fois le 26 novembre 2004, avant de rejoindre « le jardin du souvenir »  des samouraïs.

Ci-dessous, quelques citations que nous lui devons. Humoristique : «Les catégories de poids ont été inventées pour mettre les poids lourds à l’abri des plus légers ». Compatissant (s’adressant à une personne de grande taille) : «Vous êtes grand, mais ce n’est pas de votre faute ».  Il était aussi très bavard et dans les réunions, c’était très drôle de l’entendre demander à ses interlocuteurs, qui ne pouvaient pas « en placer une », de bien vouloir le laisser s’exprimer.

Il avait aussi un sacré caractère, je suis bien placé pour le savoir, cela n’a pas été tous les jours facile d’être le fils unique de Bernard Pariset, mais est-ce possible de faire une telle carrière sans caractère ?

En janvier 2005, la fédération de judo lui a rendu un bel hommage lors de la cérémonie des vœux. A cette occasion « l’immense » (dans tous les sens du terme) Anton Geesink s’était déplacé et avait pris la parole pour un discours des plus émouvants. En 2006 le ministère des sports l’a promu « gloire du sport». Hommage et récompense amplement mérités.

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Il ne veut pas gagner, juste s’amuser !

Je ne suis pas contre la compétition, mais contre les excès qui parfois l’accompagnent.

Avec un père au palmarès exceptionnel, il serait presque indécent de dénigrer cette forme d’expression, d’autant que, même si les circonstances ne m’ont pas permis de faire de même, j’ai pu apprécier le goût particulier de ces affrontements jusqu’au niveau national.

Ceci étant, il est dommage qu’un énorme pourcentage de l’enseignement dispensé, notamment dans les dojos, soit axé principalement et parfois exclusivement sur ce que l’on appelle « la compète » au détriment des autres facettes offertes par nos disciplines. Celles-ci ayant aussi et surtout une vocation éducative dans bien des domaines.

Me vient à l’esprit une scène banale dans laquelle la maman d’un enfant de sept ans se renseigne auprès d’un responsable de club en vue d’une prochaine inscription. Le responsable en question lui fournit les renseignements et conclut : «nous ferons tout pour qu’il aille en compétition et qu’il rapporte des médailles ». Ce à quoi la maman répond : «non, je ne l’inscris pas pour gagner, mais juste pour s’amuser ».  On oublie souvent cette notion de jeu, pourtant basique, chez les enfants mais aussi chez les adultes ! Tout comme on oublie qu’il n’est pas nécessaire de rajouter immédiatement une pression avec des objectifs à atteindre, l’école en fournit déjà.

Est-ce que tout est fait pour satisfaire ceux qui viennent pour s’amuser, se défouler, s’exprimer physiquement, apprendre une technique juste pour le plaisir de la réaliser, passer les ceintures, maitriser la défense personnelle, tout en sachant se contrôler, connaître et respecter les règles de bonne conduite en société avec le Code moral, bref pratiquer un « loisir éducatif ». Tout cela sans subir de pression ou encore une sorte de stigmatisation qui pousse à l’abandon si l’on n’adhère pas à cette « championnite aigüe ».

Peut-être y aurait-il davantage de pratiquants si toutes les facettes des arts martiaux étaient systématiquement proposées. C’est d’autant plus regrettable que cette course aux médailles   s’accompagne – parfois – d’excès et de l’absence des précautions qui devraient être attachées à une pratique pour les enfants. Faire perdre du poids avant une compétition, par exemple. Tout cela pour la photo d’un dirigeant dans la presse locale du lundi.

La compétition doit être proposée mais pas imposée, d’autant qu’elle ne peut être qu’une étape. Or, si on ne s’est consacré qu’à cet aspect, une fois que l’âge à partir duquel on ne peut plus participer à ces affrontements est atteint, c’est l’abandon qui survient inévitablement.

Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur ce que l’on pourrait appeler le « revers de la médaille », à savoir les conséquences néfastes de la compétition, mais comme il est toujours préférable de terminer sur une note positive, on peut le faire en affirmant que celle-ci apporte beaucoup de satisfactions (surtout à ceux qui gagnent) et qu’elle permet, à condition que le parcours soit bien encadré, de vivre une très belle expérience ! (J’évoque les disciplines dans lesquelles la compétition est possible.) Maintenant, on me dira que le marché économique qui entoure le sport de haut-niveau est important et générateur de richesses, d’emplois, etc., ce qui est vrai, mais ce qui est vrai aussi, c’est que dans ce domaine les excès ne manquent pas ; ceci est un autre sujet sur lequel nous pourrons débattre.

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O comme Opposition, plus exactement la non-Opposition !

Il s’agit de la suite de mon dictionnaire ; aujourd’hui il s’arrête à la lettre O comme Opposition et plus exactement la non-Opposition, principal symbole de notre discipline.

Surmonter l’habitude d’employer la force contre la force est une des choses les plus difficiles de l’entraînement du judo (et du ju-jitsu). On ne peut espérer progresser sans y parvenir. Jigoro Kano

Il serait dommage d’oublier que la non-opposition est « le principe de base » du ju-jitsu, notamment celui de l’Ecole traditionnelle Yoshin Ryu (Ecole du cœur de saule), l’une de celles qui avait largement inspiré Jigoro Kano lorsqu’il a souhaité « ressusciter » notre art martial. Malheureusement certains ont tendance à l’oublier.

Avec la non-opposition, nous sommes en présence d’un principe d’une grande intelligence. Il mériterait de ne pas être simplement utilisé dans les affrontements physiques, mais aussi dans le quotidien. L’opposition frontale ne peut donner raison qu’au plus fort physiquement et dans la société elle ne débouche jamais sur un accord constructif. N’allons pas jusqu’à mettre en avant le dicton populaire suivant : « il vaut mieux céder à l’âne que le tuer », mais on peut s’en inspirer.

Plusieurs principes sont attachés au ju-jitsu, mais celui de non-opposition, régit les autres : addition de forces, utilisation de celle de l’adversaire, action-réaction, etc. Ces principes ne sont applicables qu’en association avec celui de non-opposition.

Il s’agit tout simplement de se retirer de la trajectoire d’une force qui avance sur vous. Ensuite – première possibilité – sans s’en occuper davantage, la laisser s’éteindre toute seule en allant mourir dans le néant. Autre possibilité (si l’on veut maîtriser celui qui attaque), celle qui consiste à conduire la force en question, en y ajoutant la notre ; ce sont les principes d’utilisation de la force de l’adversaire et de l’addition des forces. On peut aussi y ajouter simultanément un obstacle, au niveau des jambes de l’attaquant, par exemple, afin de le faire chuter. Cette dernière description, sommaire j’en conviens, pourra servir de première explication pour une technique comme hiza-guruma, permettant de bien la comprendre et de bien l’assimiler ; il s’agit là d’un exemple dont je me suis déjà inspiré.

Ce principe de non-opposition n’est en aucun cas un signe de renoncement ou de lâcheté, mais tout simplement l’incarnation du bon sens. Force contre force, c’est forcément…le plus fort qui gagne. Et puis, utiliser la force de l’adversaire en commençant par ne pas s’y opposer, c’est aussi un moyen de ne pas gâcher sa propre énergie.

Cette non-opposition, comme indiqué en introduction de cet article, est également utile dans les rapports humains, c’est ce que prônait Jigoro Kano, lorsqu’il disait : « Le conflit se fait au détriment de tous, tandis que l’harmonie se fait au bénéfice de chacun ».

Ce principe qui permet de vaincre la force brutale, qui avec un peu d’entraînement donne la possibilité à tous de ne pas subir la loi du plus fort est, de mon point de vue, sans jeu de mot, la principale FORCE du ju-jitsu.

Terminons cet article avec une dernière citation : «Qui apprend à céder est maître de la force » Lao Tseu.

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Petite semaine, petite leçon…

Nous sommes en période de vacances scolaires, avec en prime une semaine qui offre à certains un magnifique pont de quatre jours. Les élèves et les dojos peuvent récupérer un peu. Durant ces périodes de repos physique j’aime bien proposer des petites histoires qui ne sont pas inutiles dans la vie d’un budoka.

« Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon » est un livre qui rassemble un grand nombre d’histoires toutes plus savoureuses les unes que les autres, la plupart sont inspirées de faits réels ; elles nous enseignent la sagesse qui doit accompagner la vie d’un pratiquant. Celle qui est proposée aujourd’hui nous apprend à cultiver l’humilité et à ne jamais sous-estimer un adversaire. Bonne lecture.

Le seigneur Naoshige déclara un jour à Shimomura Shoun, l’un de ses vieux samouraïs : «la force et la vigueur du jeune Katsushige sont admirables pour son âge. Quand il lutte avec ses compagnons il bat même les plus âgés. Bien que je ne sois plus tout jeune, je suis prêt à parier qu’il ne parviendra pas à me vaincre », affirma le vieux Shoun.

Naoshige se fit un plaisir d’organiser la rencontre qui eut lieu le soir même dans la cour du château, au milieu d’un grand nombre de samouraïs. Ceux-ci étant impatients de voir ce qui allait arriver à ce vieux farceur de Shoun.

Dès le début de la rencontre, le jeune et puissant Katsushige se précipita sur son frêle adversaire et l’empoigna fermement, décidé à n’en faire qu’une bouchée. A plusieurs reprises, Shoun décolla du sol et faillit aller rouler dans la poussière ; cependant, à la surprise générale, il se rétablissait à chaque fois au dernier moment. Exaspéré, le jeune homme tenta à nouveau de le projeter en y mettant toute sa force mais, cette fois, Shoun profita habilement de son mouvement et c’est lui qui réussit à déséquilibrer Katsushige et à l’envoyer au sol.

Après avoir aidé son adversaire à demi-inconscient à se relever, Shoun s’approcha du seigneur Naoshige pour lui dire : « être fier de sa force quand on ne maîtrise pas encore sa fougue, c’est comme si on se vantait publiquement de ses défauts ». 

Selon la formule consacrée : « A méditer » !

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N comme Nage-waza (travail des projections)

N comme Nage-waza. (Travail des projections). Suite de mon dictionnaire des arts martiaux.

Ce dictionnaire s’offre une exception pour la lettre N en lui consacrant deux articles. Après le ne-waza (travail au sol), j‘évoquerai donc le nage-waza. En effet il me semble impossible d’ignorer ce domaine majeur qui est au moins aussi important que le travail au sol et qui m’a apporté beaucoup de plaisir, que ce soit dans l’apprentissage, le perfectionnement et l’exécution. De plus ces deux domaines sont complémentaires et compatibles

La famille des projections est une composante incontournable du judo mais aussi du ju-jitsu. Que ce soit en compétition de judo, ou dans le domaine de la self-défense, les affrontements commencent debout. En judo, ne sont utilisées que les projections ; en ju-jitsu on y ajoute les atemis (les coups) lorsque l’on est « à distance » et les projections sitôt le contact établit. Elles sont donc incontournables. Et puis, à l’occasion de mes nombreuses démonstrations, les projections occupaient une place prépondérante ; elles ont largement contribué à l’aspect spectaculaire de ces prestations.

L’efficacité, l’esthétisme et l’aspect ludique sont les trois raisons qui me font aimer ce domaine majeur qu’est le nage-waza.

Les projections peuvent être tout à la fois efficaces et esthétiques. Leur maîtrise parfaite demande beaucoup de travail, de persévérance et de rigueur, mais quelle merveilleuse récompense que celle de réaliser un bel uchi-mata, par exemple. Coté efficacité, elle est incontestable, à moins de n’avoir jamais chuté et par conséquent ne pas pouvoir imaginer les conséquences d’une « réception » sur un sol dur.

Toujours concernant l’efficacité, le principal intérêt des projections réside dans le fait qu’elles ont été conçues pour être appliquées en utilisant des principes et des mécanismes qui ne demandent que peu ou pas de force. Leur parfaite exécution répondant ainsi à une des maximes de Jigoro Kano « minimum d’effort et maximum d’efficacité ». Pour cela il faut juste être en capacité d’exécuter le bon geste au bon moment, cela s’acquiert à force de persévérance. Le premier de ces principes consiste à utiliser la force de l’adversaire. Il y en a d’autres comme celui d’addition de forces, de bascule au dessus du centre de gravité, entre autres.

L’utilisation des projections sera différente selon que l’on se situe dans le domaine de la « self-défense » ou en opposition lors de randori (exercice libre d’entraînement) et de compétition de judo. En matière d’auto-défense l’application se fera la plupart du temps directement. Exemple : l’adversaire vous pousse, vous appliquez hiza-guruma. Pour les néophytes, il s’agit d’une projection qui consiste à faire le vide devant celui qui porte l’attaque, en ajoutant en même temps à sa poussée une traction tout en lui « barrant » le bas de son corps au niveau des jambes (une sorte de « croche patte » très amélioré). Dans le randori et à fortiori en compétition de judo, les deux protagonistes maîtrisant d’une part l’art des projections et d’autre part s’attendant à tout moment à devoir faire face à une attaque de ce type, la concrétisation se fera avec les notions d’enchaînements, de confusions, de contre-prises, etc. Il n’empêche que pour maîtriser parfaitement l’art des projections un ju-jitsuka ne devra pas négliger l’ensemble des méthodes d’entraînement qui permettent d’envisager des réactions de la part de l’opposant.

Enfin, concernant l’aspect ludique (à l’entraînement évidemment) il est bien réel. Nous sommes aussi dans le loisir et il ne serait pas sain d’être continuellement dans les conditions psychologiques identiques à celles d’une agression.

Lors des séances, le challenge réside donc dans le fait de faire tomber quelqu’un qui ne le veut pas ! Pour cela on utilisera la maîtrise technique, la vitesse, les fautes du partenaire, celles qui sont directes et celles que l’on a provoquées à l’aide de feintes et de confusions. C’est une sorte de jeu dans lequel on trouve beaucoup de plaisir, de satisfaction, à la condition de ne pas être celui qui chute tout le temps ! Cela doit se concevoir sans aucune intention d’humilier le partenaire (encore moins de l’écraser) mais simplement avec celle de progresser par rapport à soi-même.

Le nage-waza est aussi le secteur qui comporte le plus de techniques et par conséquent d’enchaînements et de combinaisons possibles. Enfin, chacun pourra quelque peu les adapter en fonction de son gabarit.

C’est donc un domaine efficace, spectaculaire et enthousiasmant. Sans oublier le développement physique qu’il ne manquera pas d’apporter et l’épanouissement du à ce qui est aussi une belle expression corporelle.

Ippon-seoe-nage, ko-uchi-gari et yoko-tomoe-nage sont les projections que j’affectionne tout particulièrement. Les initiés reconnaitront ces grandes techniques.

Enfin, il aurait inévitablement manqué quelque chose à mes démonstrations si ces techniques n’existaient pas !

E-mail :   eric@pariset.net Site Internet : www.jujitsuericpariset.com

 

Ju-jitsu et réflexions

Le premier stage de la saison que j’ai eu le plaisir de diriger samedi dernier en région parisienne m’aura permis de retrouver des fidèles élèves et de faire la connaissance de nouveaux visages ; il m’aura aussi donné l’occasion de pouvoir discuter avec des professeurs confrontés à différents problèmes et obstacles dans leur désir de développer la forme de ju-jitsu traditionnel à but non compétitif que j’ai l’honneur d’enseigner depuis des décennies.

Loin de moi l’idée de critiquer ceux qui pratiquent l’aspect « figting-system » d’une discipline que l’on ne peut, dans cette forme, appeler ju-jitsu. S’ils s’expriment dans cette forme de travail, très bien. Cependant ce n’est plus vraiment du ju-jitsu ; celui-ci étant un art de combat destiné à mettre hors d’état de nuire un agresseur ; or la compétition conduit à restreindre le nombre de techniques utilisées en retirant celles jugées trop dangereuses (heureusement), donc les plus efficaces. L’objectif initial tendant à maitriser un adversaire est spolié, puisque les pratiquants sont privés de la substantielle moelle de l’art martial.

Ce constat est d’autant plus regrettable que beaucoup de clubs limitent d’emblée l’apprentissage du ju-jitsu aux seules techniques autorisées en compétition (toujours la « championnite aigüe ») . Le ju-jitsu enseigné et pratiqué ainsi ne peut plus être considéré comme une méthode de défense, mais comme un sport n’attirant que les personnes intéressées par le combat, de ce fait, celles qui désirent apprendre à se défendre se dirigent tout naturellement vers des méthodes affichant clairement leur objectif.

Le ju-jitsu est déjà le « parent pauvre » de la fédération qui en a la gestion officielle ; si l’on ajoute à cette constatation que l’aspect principalement développé est celui du combat, il n’est pas étonnant que les professeurs désirant enseigner un ju-jitsu ressentent un manque évident de moyens.

Cependant, comme dans beaucoup de domaines, la persévérance pour une cause que l’on estime juste est encore la meilleure façon d’aboutir. Je n’ai pas manqué de l’indiquer à mes interlocuteurs.

Il n’empêche que la tâche serait plus facile si une grande fédération disposant de puissants moyens de communication prenait en charge le développement d’une forme de pratique qui forcément trouverait son public : à savoir des personnes souhaitant pratiquer une méthode évolutive et accessible à tous les âges, à toutes les conditions physiques, permettant d’apprendre à se défendre grâce à des techniques efficaces et qui de surcroit apportent le plaisir d’évoluer, le tout dans une ambiance saine et non violente facilitant un épanouissement physique et mental !

Une telle analyse, qui n’est pas la première de ma part, n’a pas pour objectif de critiquer pour critiquer, mais elle est l’émanation d’une déception face à ce que j’appellerai un beau gâchis. D’autant plus que cette forme originelle de ju-jitsu est compatible, complémentaire et indissociable historiquement du judo. A méditer, sur le fait que le problème est peut-être justement là !

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Bloc-notes aigre-doux

IL N’Y A PAS DE PETITS PROFITS / JU-JITSU OU SELF-DEFENSE ? / DECEPTION / ZEN / STAGE.

Jeudi dernier, dans le journal l’Equipe, un article nous informait que les médaillés français aux derniers J.O. d’hiver allaient être imposés sur les primes perçues ! Cette décision inspire plusieurs remarques. D’abord, il n’en n’avait pas été de même pour les athlètes médaillés aux J.O. d’été à Rio en 2016. Ensuite, il s’agit de primes relativement modestes, compte tenu des performances qui sont le fruit d’années d’entraînement, d’efforts et de sacrifices. Et puis, dans le même article on apprend que ces athlètes de haut-niveau sont, en termes de revenus, en dessous du seuil de pauvreté, exception faite pour le plus connu d’entre eux. C’est un peu lamentable dans la mesure où si ces résultats leur apportent satisfaction et gloire, ces athlètes sont aussi (et surtout) de magnifiques ambassadeurs de notre pays. On peut conclure ce premier paragraphe en affirmant que décidement « il n’y a pas de petits profits ». A l’heure où j’écris ces lignes, il semblerait que devant la bronca suscitée par cette décision, un rétropédalage ait été effectué ! Tant mieux, mais rien que le fait d’avoir essayé n’est pas glorieux.

Avec le deuxième point nous revenons au ju-jitsu, à propos d’un sujet déjà abordé. Je suis toujours étonné lorsque je vois sur une affiche qui présente le programme d’un stage, que soient dissociés ju-jitsu et self-défense. Les associer pour signifier auprès de ceux qui ne connaissent pas notre discipline, qu’il s’agit de la même chose, cela se comprend, mais afficher ju-jitsu ET self-défense, sous-entendant que l’on pratiquera du ju-jitsu et ensuite de la self-défense (comme s’il s’agissait de deux éléments différents), n’est pas logique. Lorsque l’on fait du ju-jitsu on fait forcément de la self-défense ! Sauf pour l’aspect compétition, mais à ce moment là, ce n’est plus vraiment du ju-jitsu ! Constater que dans le même stage on pratiquera le goshin-jitsu puis de la self-défense est une sorte de pléonasme ; en effet, même si le goshin-jitsu est un kata, la traduction de ces deux mots signifie « technique de défense », c’est de cela qu’il est en effet composé.

Troisième point. Je suis toujours étonné que l’on puisse critiquer quelqu’un, tout en se réclamant de lui, lorsque ça arrange. Je ne citerai pas les expressions populaires, assez inélégantes mais très expressives, qui qualifient ce genre de comportement. On ne peut pas plaire à tout le monde, mais un peu de cohérence semblerait plus correct. Tout comme il est décevant de constater que, chez certains, la mémoire peut être parfois défaillante ou encore très sélective. Décidemment, l’ingratitude ne nous déçoit  jamais, c’est une valeur sûre !

On continue, mais avec de la douceur et de la sagesse, à propos d’un petit livre que je ne peux que vous recommander. Il s’agit de « Zen » (tout simplement) ; l’auteur s’appelle Maxence Fermine. Voici quelques lignes figurant sur la quatrième de couverture : « Ne plus courir. Apprendre à vivre et à observer. Devenir immobile. Et contempler ce qui nous entoure. Avec un ravissement toujours plus grand. Voilà le début du zen. » Un art, celui de vivre apaisé, en relativisant les épreuves de la vie (et il y a de quoi faire), en se satisfaisant des éléments en notre possession et en les magnifiant.

Enfin, on termine de manière très sympathique. En effet, samedi prochain je retrouverai un groupe de « fidèles  ju-jitsukas » avec le premier stage de la saison qui se déroulera à Paris, plus précisément à Montreuil. Ce sera aussi l’occasion, je l’espère, de faire de nouvelles connaissances (il est encore temps pour se décider).

eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

N comme le Ne-waza (le travail au sol)

Mon dictionnaire des arts martiaux s’arrête aujourd’hui à la lettre N. N comme Ne-waza (le travail au sol).

Voilà un secteur que j’affectionne particulièrement. L’hérédité, sans doute. On le retrouve en judo et en ju-jitsu, bien sûr.

C’est un domaine qui possède une richesse technique exceptionnelle, dans lequel on peut s’exprimer très longtemps, qui offre la possibilité d’aller au bout de l’effort et enfin il n’est pas dénué d’un certain aspect ludique qui ne gâche rien, bien au contraire.

L’objectif n’est pas de détailler sa composition technique mais, comme je le fais dans ce dictionnaire, c’est de revenir sur ce qui me plait dans ce domaine. Il est malgré tout utile de remarquer que le panel technique du travail au sol est impressionnant : clefs, étranglements, immobilisations et toutes les possibilités de combinaisons offertes.

Les détracteurs du travail au sol se plaignent d’une promiscuité qui peut paraître gênante, mais aussi du fait que l’on n’est jamais au sol dans la réalité. Les plus présomptueux affirment qu’ils ne laisseront pas le loisir à un agresseur de venir au contact. D’autre part, certains (sans l’avouer) trouvent qu’il n’est pas agréable, à l’entraînement, d’être souvent « en dessous », ce qui arrive lorsque l’on n’est pas à l’aise dans ce secteur. On touche là à un cercle vicieux dans la mesure où moins on le pratique, moins « on est bon », et moins « on est bon » moins on l’aime et donc moins nous sommes enclins à le pratiquer. Il n’y a qu’à renverser le problème en pratiquant davantage.

Je reviens sur les points forts de ce domaine, ceux que j’apprécie particulièrement. En plus d’une incontestable efficacité si l’on est amené au sol, il y a l’engagement total qu’il autorise à l’entraînement, la possibilité de s’y exprimer même en avançant dans l’âge et enfin l’aspect ludique.

Développons ces trois points. Tout d’abord, à l’entraînement, le ne-waza nous offre effectivement un engagement complet dans la mesure où il est possible d’aller au bout de l’action et de l’effort, sans qu’il y ait d’atteintes à l’intégrité physique du partenaire (si les deux respectent les règles préétablies). Il s’agit là d’une grande satisfaction.

Il est possible de s’y exprimer longtemps, même en avançant dans l’âge, puisque la stratégie et la technique sont plus importantes que la vitesse : « Le serpent n’avale pas la grenouille en une fois ».

Quant à l’aspect ludique, il est incontestable. Les joueurs d’échec affirment qu’ils y trouvent un parallèle. Il est intéressant, par exemple, de pouvoir préparer plusieurs « coups à l’avance », surtout dans la mesure où la vitesse n’est pas déterminante (à l’inverse du travail debout). On peut donc tranquillement tendre des pièges et malicieusement, comme le chat joue (cruellement, lui) avec la souris, prendre son temps et faire durer le plaisir jusqu’à ce que le partenaire tombe dans la toile d’araignée. Non, nous sommes ni dans les fables de La Fontaine, ni dans une animalerie, mais bien dans le ne-waza !

SI pour le néophyte le ne-waza n’offre pas beaucoup d’intérêt coté spectacle, en revanche un pratiquant confirmé appréciera l’évolution d’un combat, et pas seulement sa finalité, justement, mais les moyens (les techniques, les enchaînements) et la stratégie utilisés afin d’y parvenir.

A titre plus personnel, j’ai été très vite à bonne école ; en effet, mon père excellait dans ce domaine.

Dans chacun des trois grands groupes de techniques qui forment le ne-waza, mes préférences vont à juji-gatame pour les clefs, okuri-eri-jime pour les étranglements et kuzure-kami-shiho-gatame pour la famille des immobilisations. Les initiés s’y retrouveront.

Je pense que ce domaine mérite que lui soit associée l’appellation  de « science du combat ».

Cependant, il serait dommage de ne se consacrer qu’à ce secteur, si passionnant soit-il ! Pour un ju-jitsu complet, n’oublions pas les coups (atemi-waza) et les projections (nage-waza).

eric@pariset.net   www.jujitsuericpariset.com