Les katas…

Il n’est pas inutile de revenir aux premières raisons d’être et utilités des katas, à savoir qu’ils sont avant tout des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement et qu’ils permettent de codifier et de transmettre les techniques.

Certains les considèrent comme une purge qu’il est nécessaire de s’administrer pour obtenir un grade, ou encore, toujours pour les examens et pour quelques jurys, un moyen d’exercer une autorité ! Que ces « formes imposées » intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation, cela semble juste, mais ils ne sont pas que cela, heureusement.

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème et de leur faire traverser les âges, mais ils sont aussi et surtout une formidable méthode d’entraînement. Il est dommage que bien souvent ils ne soient abordés et étudiés qu’à l’approche d’un examen. En effet, ils sont le reflet d’un combat, d’un combat codifié, pour des raisons évidentes de sécurité (un bon sens qui parfois échappe à certains), mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement et c’est pour cela que les attaques de Uke doivent être sincères et fortes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant ; mais aussi qu’elles soient  réalistes.

Le kata est également un exercice de style, c’est-à-dire qu’une certaine attitude doit être respectée. C’est ce qui différencie l’art martial de la simple méthode de combat ou de self-défense, même si cela ne doit pas être au détriment de l’efficacité, ce qui est parfois le cas.

Ils sont aussi, tout simplement une addition de techniques intéressantes à pratiquer une par une, il n’est donc pas nécessaire d’attendre que se profile à l’horizon un examen pour commencer à les étudier.

Un problème, et même un mystère, demeurent et entourent les katas : il s’agit des  incessantes modifications dont ils sont les victimes, surtout quand elles interviennent sur des détails, pour ne pas dire des broutilles, ce qui a pour effet de décourager bon nombre de pratiquants. Maitre Tomiki, créateur du Goshin-Jitsu, aurait-il été admis au grade supérieur en présentant « son kata » tel que dans la vidéo qui accompagne cet article ?

Lors de l’exécution d’un kata pour un examen, l’évaluation doit concerner, avant toutes autres considérations, l’efficacité ; ça passe par la sincérité des attaques et des ripostes. Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il est nécessaire de respecter l’ordre de la présentation, les déplacements et emplacements, sans oublier l’attitude dans laquelle sont exclus désinvolture et relâchement corporel.

Pour conclure, je pense que pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme partie intégrante d’une progression  et non pas comme un passage imposé pour obtenir un grade.

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Les grades

Dans les arts martiaux, les grades occupent une place importante. Cependant, il ne faut ni les surévaluer, ni les négliger.

Essentiellement, ils permettent de situer le niveau de maitrise technique du pratiquant, cela en fonction de la couleur de la ceinture qu’il porte autour de la taille.

Au début, les ceintures de couleur n’existaient pas, seules la blanche, la marron et la noire « tenaient » la veste du judogi. C’est à l’initiative de Maître Kawaishi , lorsqu’au milieu du siècle dernier il prit en main le judo français, que les ceintures de couleur ont fait leur apparition. Il avait bien compris l’esprit européen (et français en particulier) toujours friand de reconnaissances à arborer.

Jigoro Kano, fondateur du judo en 1882, avait tenu à hiérarchiser les valeurs pour l’accession à ces différents niveaux. Shin-Ghi-Tai ! Ce qui signifie : l’esprit, la technique et le corps. L’ordre établi n’est pas le fruit du hasard. L’esprit (le mental) arrive en premier, il nous habite jusqu’à la fin de notre aventure sur terre. Ensuite, il avait placé la maitrise technique, que l’on peut démontrer assez longtemps et enseigner tout le temps. C’est assez logiquement que le corps (le physique) arrive en dernier ; malheureusement avec l’âge même si on en prend soin, le déclin est inéluctable.

Il est vrai que mis à part les « grades compétitions » décernés à l’issue de combats qui favorisent malgré tout l’aspect physique des candidats, la délivrance des grades techniques est forcément subjective puisque c’est du jugement humain qu’elle dépend.

L’expérience qui m’anime me fait dire qu’il y a deux ceintures très importantes dans la vie d’un budoka : la ceinture jaune et la ceinture noire. La ceinture jaune, tout simplement parce que c’est la première et la ceinture noire parce que, malgré les années et un nombre sans cesse plus important de 1er dan, elle représente toujours un symbole très fort. Une sorte de graal ! Cependant, il ne faut pas oublier qu’elle n’est pas une finalité, mais une étape très importante. Elle est une belle récompense, la preuve d’une pratique qui s’est inscrite dans la durée, synonyme de rigueur. Mais elle doit être aussi une sorte de contrat signé avec l’art martial que l’on pratique et… avec soi-même. Un engagement qui signifie que l’on se doit de ne jamais abandonner les tatamis, sauf cas de force majeur.

Les grades sont des encouragements à ne pas lâcher la pratique et même à la renforcer dans la dernière ligne droite de chaque préparation.

Certains les assimilent à des hochets (distribués parfois généreusement ; grades de « copinage » ou d’asservissement) et les négligent. Mais nous sommes dans un système où ils existent et nous nous devons de les accepter. Peut-être que leur valeur prend vraiment son sens par rapport à l’organisme ou la personne qui les décernent.

L’obtention d’un grade (mérité) est de toutes les façons une grande satisfaction pour l’ensemble des pratiquants d’arts martiaux.

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A propos des 16 techniques

En 1982, pour les besoins d’une démonstration de ju-jitsu présentée à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de judo féminin organisés à Paris et dont on m’avait confié la responsabilité, j’avais mis au point un enchaînement en deux parties. Une première dans laquelle les techniques étaient d’abord démontrées au ralenti, puis à vitesse normale ; dans la seconde il s’agissait d’exécuter très rapidement une suite de ripostes sur une variété d’attaques.

Par la suite la première partie a donné naissance à l’enchaînement appelé « les 24 techniques », la deuxième aux fameuses « 16 techniques ».

Aujourd’hui, revenons sur cet enchaînement qui a longtemps été dans les programmes pour l’obtention de la ceinture noire au sein de la FFJDA. Il a malheureusement été remplacé par un autre enchaînement dans lequel je ne retrouvais pas le ju-jitsu que j’avais appris, enseigné, démontré et pratiqué.

Aussi, j’ai préféré prendre mes distances et continuer à enseigner ce en quoi je croyais. Je n’étais d’ailleurs pas isolé dans mes convictions.

Cet enchaînement propose 16 ripostes à 16 attaques différentes et permet ainsi, tout à la fois, d’étudier et de répéter une diversité de techniques appartenant au « patrimoine du ju-jitsu » : des techniques d’atemi-waza, de nage-waza et de katame-waza. En français, des coups, des projections et des contrôles. Les principales familles de ces composantes sont représentées avec de grandes techniques comme mae-geri, o-soto-gari, ude-gatame, etc. Ces ripostes permettent de faire face à différentes catégories d’attaques (ou agressions), comme des tentatives de saisie, des saisies, des coups portés avec les poings ou les pieds, mais aussi trois défenses contre armes.

On y retrouve également les grands principes de base de notre discipline, comme celui de l’utilisation de la force de l’adversaire, l’addition de forces, la suppression de points d’appui, etc.

Il nous offre aussi le moyen de parfaire la précision, les automatismes, le rythme et notre condition physique.

Un enchainement d’une grande efficacité, pour peu que l’on y consacre un peu de temps, mais aussi un enchainement au travers duquel on trouvera énormément de plaisir, aussi bien à enseigner et bien évidement à pratiquer. Du pur ju-jitsu.

A l’occasion de mes « vendredis à thème » je vais continuer à l’enseigner, mais aussi dans d’autres cours et à l’occasion de stages à Paris, en province et à l’étranger.

(Vidéo réalisée en 1992)

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Régularité, rigueur et souvenirs…

Davantage que la quantité de cours suivis par semaine, c’est la régularité qui prime pour réaliser des progrès. Un quotidien souvent stressant (notamment pour les citadins) ajouté parfois à une boulimie d’activités diverses ne facilitent pas la mise en place d’un rythme qui pourra pourtant s’avérer bénéfique sur bien des plans.

Lorsqu’il est possible de s’imposer une certaine rigueur, par exemple celle de fidéliser son entraînement sur certains horaires , les résultats seront au rendez-vous ; pour progresser, mais aussi tout simplement pour adhérer à une forme de discipline, pour se prouver que nous sommes capables de nous soumettre à quelques efforts qui, finalement, ne sont pas des contraintes, mais qui, au final, nous offriront de belles autosatisfactions. Certains trouveront cela contradictoire dans la mesure où nous sommes aussi dans les loisirs qui devraient, selon certains, donner la liberté de s’entraîner quand bon nous semble.

S’entraîner quand on le veut et s’entraîner quand on le peut, ce n’est pas la même chose. Comme expliqué plus haut, le stress du quotidien lié aux contraintes de certains métiers et aux obligations familiales sont des raisons recevables, mais lorsque l’on va s’entrainer parce que l’on ne sait pas quoi faire, ou que l’on a rien à faire de mieux, c’est regrettable ; certes, nous sommes dans les loisirs mais nous pratiquons des disciplines particulières dans lesquelles « le mental » joue un rôle important, il n’est jamais inutile de le renforcer.

La régularité est bonne pour l’esprit, mais aussi pour le corps. Celui-ci à une mémoire, il se souvient et lui imposer des irrégularités dans une pratique ne fera que semer le trouble, ce qui ne manquera pas de créer des désordres qui ne pourront que s’avérer néfastes.

« Dans le temps », au célèbre dojo parisien de « La rue des Martyrs », il y avait cours de judo tous les soirs. Certains venaient les mardis et vendredis, d’autres les lundis et jeudi, ou encore les mercredis et samedis. Et bien, il ne serait venu à l’idée de personne de manquer une seule de ces séances ou de la déplacer sur un autre soir, sauf nécessité absolue due à un souci de santé. Il ne serait pas non plus venu à l’idée du judoka d’accepter une invitation ou d’organiser une réception lors de ces deux soirs.

A cette époque, ces réactions n’étaient peut-être pas le fruit d’une pleine conscience des bienfaits précités, mais sans aucun doute elles étaient dictées par une forme de respect plus important de la discipline que ça ne l’est actuellement ; ce n’est pas forcément la faute des pratiquants, mais d’une société qui nous abreuve immodérément de produits jetables, de zapping, de tests en tout genre, et puis certaines méthodes qui proposent davantage de violence que de technique et d’éducation n’œuvrent sans doute pas pour le respect que méritent nos disciplines. C’est bien dommage, ce n’est certainement pas la meilleure façon pour s’immerger complètement dans l’art martial.

Finissons par une note positive en déclarant qu’une pratique, même «hachée » est préférable à aucune pratique et qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour s’imposer une petite discipline, dans la mesure de nos possibilités.

La photo d’illustration représente le dojo de la Rue des Martyrs au début des années 1960. 

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Y comme…

 

 

 

 

 

 

 

Avant l’été, mon « dictionnaire des arts martiaux » s’est arrêté à la lettre X. On peut retrouver sur le blog et la page Facebook du club les autres articles consacrés à chaque lettre de l’alphabet. Ils expliquent en quelques lignes mes choix en matière de personnalités, d’événements, de lieux et de techniques ; ceux et celles qui ont marqué ma vie de pratiquant et de professeur.

Aujourd’hui il s’agit donc de la lettre Y. Pour cette avant-dernière lettre de notre alphabet j’ai choisi un personnage illustre et une technique de projection particulière.

Y comme Yamashita Yasuhiro. Voilà un champion de judo exceptionnel. Tout champion est exceptionnel, mais celui-ci un peu plus. Il effectua une fabuleuse carrière dans la catégorie des poids lourds et en « toutes catégories » (épreuve dont on peut regretter la disparition) ; il réalisa, entre autres exploits, celui de rester invaincu  neuf années durant, entre 1977 et 1985 en alignant 203 victoires consécutives et 7 victoires partagées.

Redoutable aussi bien au sol que debout, il était animé d’un véritable esprit de samouraï, comme en témoigne sa victoire aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 ; alors blessé, c’est pour ainsi dire sur une jambe qu’il a réussit à venir à bout de ses derniers adversaires et par « ippon », s’octroyant ainsi un fabuleux sacre olympique. Aujourd’hui il occupe d’importantes fonctions au sein de la fédération internationale de judo.

Beaucoup aurait rêvé pouvoir assister à une confrontation entre cette légende et une autre du nom de  Teddy Rinner ; nous ne pourrons que l’imaginer.

Y comme Yama-Arashi. Voilà une technique particulière. D’abord par sa traduction qui signifie « tempête sur la montagne » ; les japonais savent avec talent allier efficacité et poésie. Ensuite, elle n’est pour ainsi dire plus enseignée, ni utilisée, ceci explique sans doute cela. On pourrait simplifier sa description en la comparant à une sorte d’eri-seoe-nage (bien que le pouce qui saisit le revers se place vers le bas et non pas vers le haut) pour la partie supérieur du corps et d’ harai-goshi pour le bas. Elle fût inventée par Shiro Saigo, élève de Jigoro Kano.

Ces anciennes techniques, même si elles ne sont plus pratiquées, ne doivent pas pour autant être oubliées, elles sont en quelque sorte un trésor inestimable que nous nous devons de préserver.

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Un beau compliment

Il y a quelques temps, à l’issue d’une séance à l’essai, une personne m’a dit qu’elle ne s’inscrirait pas chez moi, parce que : « ce n’était pas assez violent » ! Il s’agissait là d’un des plus beaux compliments qui m’était adressé.

Cette anecdote me permet de faire une suite au précédent article qui traitait de la rentrée coté professeur, avec une situation à laquelle beaucoup d’enseignants ont déjà été confrontés, celle de l’arrivée d’un pratiquant d’une autre discipline enseignée sous la direction d’un autre professeur.

Lorsqu’un nouveau venu se présente au dojo, on lui demande toujours s’il a déjà pratiqué et surtout avec qui ? La réponse rassure (ou pas) ! On est apaisé – en principe – lorsque que l’on connait l’enseignant en question et sa conception des arts martiaux ; attentif et attentiste quand on ne le connait pas et terriblement inquiet si, malheureusement, nous déplorons peu de points communs en termes de « philosophie » à propos des arts martiaux avec l’enseignant en question.

Ce n’est pas forcément que le professeur et la discipline soient mauvais, mais tout simplement que nous n’avons pas les mêmes codes et qu’une telle arrivée n’est pas vraiment souhaitable.

Dans mon enseignement l’aspect éducatif est déterminant, à longueur d’articles je ne cesse de le clamer : l’enseignement se doit d’être éducatif et non destructif; nous sommes là, non pas pour faire mal, mais pour apprendre à ne pas se faire mal.

Je ne revendique pas de détenir la vérité, mais ma conception non-violente de la pratique n’est pas compatible avec son contraire.

Donc, lorsque nous accueillons un pratiquant aux habitudes « très différentes » des nôtres, la tâche n’est pas désespérée, mais ardue ; beaucoup plus que lorsqu’il s’agit d’une personne vierge de tout enseignement.

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Conscience professionnelle

La semaine passée était évoquée la rentrée coté élèves, cette fois c’est du coté des enseignants que j’aborde cette période de l’année qui, même après plusieurs décennies, ne manque pas de singularité pour un professeur d’arts martiaux. Il y a ce mélange de sentiments qui allient l’appréhension (il n’y a que les imbéciles qui ne doutent jamais), l’impatience et la joie de retrouver les « anciens », la perspective de partager à nouveau des moments privilégiés avec ceux qui nous sont fidèles depuis des lustres, même si la fidélité est une valeur qui n’est pas forcément en extension.

Ensuite, il y aura le plaisir de faire découvrir notre art et de partager notre passion auprès de personnes novices. Beaucoup de ceux-là « atterrissent » au dojo par le biais d’élèves déjà inscrits ; ils sont en partie convaincus, d’autres viennent d’emménager à proximité, mais il est quand même nécessaire de les convaincre et ensuite de les satisfaire en les faisant progresser pour qu’à leur tour ils puissent faire grossir le rang des fidèles. Enfin il y a ceux qui ne sont pas forcément à proximité, mais que la réputation du dojo incite à braver les distances.

Aucune lassitude et encore moins de désinvolture ne s’installent dans l’esprit de la majorité de ceux qui, comme moi, ont la chance d’exercer le métier de professeur d’arts martiaux, même après des années d’enseignement et même si on regrette de ne pas retrouver tout l’effectif de la saison passée. Il y a de bonnes raisons à cela, contre lesquelles nous ne pouvons rien : déménagement, problèmes personnels ou professionnels, etc. Il en existe aussi de moins bonnes parmi lesquelles le manque de volonté ; d’autres plus recevables, lorsqu’elles évoquent un besoin de changement ; dommage, parce que pour progresser dans un art martial, une saison ne suffit pas, puisque même après une vie de pratique nous pourrions apprendre encore et toujours. Ceci est un autre débat.

Personnellement, c’est aussi (et peut-être même surtout) avec une conscience professionnelle infaillible que j’aborde chaque rentrée, sur le plan de l’enseignement, mais aussi de l’environnement direct (propreté et l’entretien du dojo, etc.), mais également pour ce qui concerne le respect des règles de politesse et de comportement ; ces règles qui ne doivent pas simplement être affichées sur le mur du dojo, mais appliquées.

Dans la vie comme sur les tatamis, il est plus simple d’abandonner et de laisser filer, mais lorsque l’on est « responsable », un tel comportement n’est pas acceptable vis-à-vis des élèves, surtout des plus jeunes. Le mot « dojo » est quelques fois usurpé ; dojo signifie le lieu on l’on trouve la voie ! La voie technique, mais aussi la voie de la sagesse, de la politesse, de l’effort, de la rigueur et non pas celle du renoncement et de la désinvolture ; même s’il ne faut pas oublier que nous sommes aussi dans les loisirs, ce qui n’empêche pas de respecter certaines règles de bienséance. Un professeur d’arts martiaux n’est pas qu’un simple distributeur de technique (et encore, quand elle est bonne), il est aussi un éducateur physique et mental et… un exemple.

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Le bon choix…

Comme indiqué dans le billet publié la semaine passée, c’est pour moi une nouvelle aventure qui commence avec cette rentrée qui se fait dans le nouveau dojo du XIIème arrondissement de la capitale.
Mais une rentrée, où qu’elle se fasse, c’est  toujours un moment particulier.
Il y a la rentrée « coté élèves » et la rentrée « coté enseignants ». Aujourd’hui, intéressons nous à celle des élèves.
Il y a ceux qui reprennent une pratique qui les passionne et qui sont impatients de remettre le kimono (bien que ce ne soit pas l’exacte appellation de la tenue que nous revêtons pour pratiquer, nous utilisons ce mot par facilité) ; et puis il y à ceux qui vont commencer leur « carrière de samouraï » et qui sont hantés par une multitude de questions. Certains ont déjà choisi leur discipline et leur dojo (souvent sur les conseils d’un proche), mais il y a les autres. L’offre est importante et un débutant ne sait pas forcément sur quels critères se baser pour s’engager toute une saison. D’autant que l’engagement dans nos disciplines est un engagement à long terme, ce qui est de moins en moins le cas, bien malheureusement ; papillonnage et zapping prenant le pas sur rigueur et persévérance !
Et puis, il y a les motivations : la self-défense, ou un sport de compétition ? Ou encore une méthode plus « interne » ? Etc. La self-défense, que ce soit avoué ou caché, reste la première raison de se diriger vers un dojo.
Certains « experts » en manque de reconnaissance n’hésitent pas à se réclamer d’une formule magique, même parfois de la méthode qui rend invincible ; bien heureusement beaucoup n’ont pas cette prétention. Ils sont réalistes et empreints de l’humilité propre à tous les vrais professeurs d’arts martiaux.
Comme je l’ai souvent rappelé, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises disciplines, mais tout simplement des professeurs plus ou moins compétents. Une bonne discipline mal enseignée n’apprendra rien à l’élève, au contraire elle construira de mauvaises fondations et donnera de très mauvaises habitudes, certaines étant irréversibles.
C’est donc davantage sur le choix de l’enseignant, qu’il faut se tourner. Sa réputation, bien sûr, due à son parcours et à la qualité des élèves formés ; j’avais déjà évoqué il y a quelques semaines l’importance du premier professeur. Et puis, on ne peut pas plaire à tout le monde, c’est pour cette raison qu’il faut se déplacer et demander à faire une ou deux séances à l’essai. Simplement pour constater si, oui ou non, l’ambiance dans laquelle se déroule l’enseignement nous correspond.
Donc, plus que le choix d’une discipline, c’est le choix d’un dojo et de son enseignant qui est déterminant.
La question de savoir combien de fois il faut pratiquer par semaine est aussi une question récurrente.  Là encore, il s’agit de s’adapter à plusieurs critères ; l’éloignement et la disponibilité personnelle, en font partie. Plus que la quantité, ce sera la régularité qui primera. Essayer, si possible de venir au(x) même(s) horaire(s) et de façon régulière ; éviter de « sauter » une ou plusieurs semaines. D’autre part, certains prétendent que s’entraîner une fois par semaine n’est pas suffisant, mais je pense qu’il est préférable de ne venir qu’une fois plutôt que zéro fois ; même si une fréquence de deux séances par semaine est l’idéal. Au delà il faut être semi-professionnel ou professionnel.
Bonne rentrée à tous et bonne saison dans un bon dojo….avec un bon professeur !
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Éducateurs ou destructeurs ?

Avant de reprendre, dès la semaine prochaine, la publication régulière de billets inédits, je me permets de proposer une « rediffusion ». Je l’ai choisie parmi les articles qui ont touché le plus de personnes la saison passée ; aujourd’hui, c’est le troisième « best of » de l’été, avec un sujet qui me tient particulièrement à cœur et qui est directement en liaison avec la conception que j’ai du beau métier que j’ai la chance d’exercer depuis bien longtemps. (Article publie le 26 septembre 2018.)

« Décidément il est difficile d’accepter certaines vidéos qui proposent des séquences techniques ou encore des extraits de cours dans lesquels  émane davantage de violence que de maîtrise de soi. Et encore je n’évoque pas le « street fight » avec lequel on touche le fond. Non, l’article ci-dessous ne concerne que des images filmées dans certains dojos (s’il est encore possible d’utiliser cette appellation), parfois même sous le « regard »

de Jigoro Kano. Nous sommes loin de la technique et de la voie de la souplesse qu’il défendait et du système éducatif qu’il prônait. A  un moment où l’actualité nous déverse chaque jour son flot de drames en liaison directe avec la violence, il me semble qu’il n’est pas convenable et admissible d’oublier la mission d’éducateur attachée au rôle de professeur. Nous sommes des éducateurs sportifs et non pas des destructeurs. Que l’on ne s’y méprenne pas, je ne suis pas pour l’impunité, ni pour le laxisme, ni habité par un angélisme inadapté.  

Déjà, si une certaine discipline de base était respectée dans tous les dojos, aussi bien en ce qui concerne les arrivées en retard, les allées-venues  pieds nus en dehors des tatamis, ou bien encore l’harmonie dans les tenues, ce serait un bon début ; tout comme le serait le respect des lieux, du professeur, des partenaires (qui ne sont pas des adversaires) et du règlement. L’endroit dans lequel nous pratiquons (et dont certains se réclament sans craindre d’en usurper le sens) s’appelle le « dojo », ce qui signifie l’endroit ou l’on « trouve la voie ».  Si l’enseignant n’est pas en capacité de faire respecter les règles basiques, cela ne commence pas bien ! L’enseignement et la pratique des disciplines de combat que nous appelons arts martiaux doivent être entourés de précautions. Elles apprennent à se défendre, mais pas à devenir violent.

Les samouraïs, qui les pratiquaient n’étaient pas des tendres, mais nous avons évolué ; nous n’en sommes plus à réparer notre honneur en nous faisant « hara-kiri ». Nous continuons à nommer nos disciplines « arts martiaux » en nous réclamant de certaines de leurs valeurs, mais nous devons y associer l’aspect éducatif. Des attitudes dans lesquelles suinte une certaine violence ne manquent pas de s’imprimer dans les subconscients. Dans l’interprétation et la traduction qui sont les miennes, je considère davantage les arts martiaux comme étant les « arts de l’esprit » que les « arts de la guerre ». 

La lutte contre ce fléau  que représente  la violence  doit se faire de deux manières : par l’éducation et par la sanction. Le premier point (l’éducation) s’inscrit sur du long terme, même du très long terme. C’est là que nous, professeurs (dans notre domaine de compétence), nous avons notre rôle, même notre responsabilité. Certes, nous apprenons des techniques qui sont faites pour mettre hors d’état de nuire un individu qui veut du mal et certaines d’entre elles peuvent être fatales. Mais notre mission ne se limite pas à la distribution de techniques de défense (encore moins de « surviolence »), il est nécessaire que l’enseignement de ces techniques soit entouré de certaines précautions. Là encore, c’est au professeur d’insister sur les dangers qu’elles représentent si elles sont utilisées de façon inadaptée, en dehors des règles du respect de la vie et de la légitime défense. 

Quant au deuxième point, la sanction, la loi doit être appliquée. Dans ce domaine  nous sommes sous l’autorité des pouvoirs publics. Alors concentrons nous sur la nôtre et faisons en sorte de rester, aussi et avant tout, des éducateurs en commençant par faire respecter nos règles internes et en donnant une image dans laquelle les « armes naturelles » dont nous disposons, soient davantage des armes de dissuasion. Celles-ci nous apportant assurance et confiance mais certainement pas inconscience et suffisance.   

On pourra me reprocher une certaine redondance dans mes propos sur certains sujets, mais selon l’expression populaire, il n’est jamais inutile « d’enfoncer le clou » ! Il faut être volontaire et même obstiné pour de grandes causes, le combat contre la violence me semble en être une. Et encore,  cet article se limite aux méfaits engendrés par une violence comportementale, mais il y a aussi beaucoup à dire sur les conséquences physiques des pratiques extrêmes. »

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Une belle victoire

Nous sommes au cœur du mois d’août, une semaine durant laquelle beaucoup d’entre vous se reposent, un moment propice à la réflexion. Aussi, je ne résiste pas à l’envie de proposer une petite histoire pleine de sagesse. Il s’agit d’une énième rediffusion, mais ce petit conte est tellement savoureux qu’il n’est pas possible de s’en lasser.

L’école du combat sans arme :

« Le célèbre Maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d’autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n’arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maitrise du sabre. A l’écouter, il était le champion toutes catégories du Japon. C’est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l’écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous ? Pas vraiment, car Bokuden restait à l’écart et ne paraissait pas le moins du monde gober toutes ces sornettes. Le samouraï s’en aperçut et, vexé, il s’approcha de Bokuden pour lui dire : «Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot » ? Budoken répondit calmement :

-« Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu. »

L e samouraï se gratta le crâne et demanda : –

– « Mais alors, quelle est ton école ? »

– « C’est l’école du combat sans armes. »

– « Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ?

– « Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C’est un sacré défi. »

Exaspéré, le samouraï continua :

-« Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ? »

– « Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne ! »

Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bukuden suggéra qu’il serait préférable d’aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d’attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre, dégaina son sabre, prêt au combat.

Budoken enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s’élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

Budoken se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur l’île déserte et il lui cria – « Tu vois, c’est cela, vaincre sans arme ! »

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