Duel !

kodokan-atemi-wazaDans les années 1960, la bataille faisait rage entre les deux principaux arts martiaux de l’époque et jusque dans les cours de récréation une question revenait fréquemment : «Quel est le plus fort : le judo ou le karaté ? ». A l’heure actuelle cette question saugrenue existe toujours, sauf qu’il y a pléthore d’arts (plus ou moins) martiaux et autres disciplines de combat. La question n’a que peu de sens, en effet, puisque avant tout cela dépend de « qui pratique quoi ?». Sans aucun doute Teddy Riner serait bon dans n’importe quelle discipline de combat ! En plus de qualités techniques et physiques, un combattant de haut-niveau (judoka, boxeur, etc.) possède ce que l’on appelle le « sens du combat ». Il se transpose aussi bien dans le corps à corps que dans le combat à distance. Esquiver un crochet ou empêcher l’adversaire d’imposer son kumi-kata, porter un direct ou réussir à placer sa main sur le judogi, être dans le bon « timing » pour entrer une attaque en «  poing-pied » ou une tentative de projection, porter le contre au bon moment, autant d’exemples qui demandent des qualités similaires et transposables. Quant au mental, ce que l’on peut appeler populairement « l’œil du tigre », il est identique quel que soit l’affrontement. Comme pour le choix d’un art martial, pour lequel le professeur importe autant que l’art auquel on va se consacrer, l’efficacité dépendra aussi et surtout du combattant.

La rivalité entre judo et karaté n’existait pas uniquement sur le plan technique, elle se plaçait aussi sur un plan « comptable ». Tout au début des années 1970 le judo se développait considérablement sur le plan sportif ; il augmentait de façon importante le nombre de ses licenciés, notamment chez les enfants ; sa valeur éducative et – il faut l’avouer – son coté « pratique » en étaient les principales raisons. En même temps, il perdait de sa magie, il n’était plus l’art qui permettait au petit de faire tomber le grand. Avec l’instauration des catégories de poids, les petits se retrouvaient entre eux, les grands aussi. En privilégiant l’aspect sportif, le judo se défaisait de son aspect utilitaire. Dans les dojos, le ju-jitsu, que certains appelaient aussi « la self », n’était plus enseigné et encore moins l’atemiwaza, qui, à l’origine, faisait partie intégrante du patrimoine, tel que le concevait son fondateur, Jigoro Kano, comme en témoigne l’image qui accompagne ce billet. De ce fait, de plus en plus d’adultes se tournaient en nombre vers cette discipline qui venait d’arriver en France et qui utilisait l’art du travail à distance, son efficacité semblait redoutable, il s’agissait du karaté. C’est pour cette raison que la remise en valeur du ju-jitsu (au sein de la fédération de judo), à l’initiative de mon père Bernard Pariset, devait inévitablement passer par la réhabilitation du secteur délaissé qu’était celui de l’atemi-waza. Cela commençait par le nom. C’est ainsi que celui d’atemi-ju-jitsu a vu le jour. Sur le plan purement technique les atémis (les coups) avaient été proposés en compléments du travail debout et du travail au sol (compatibles dans l’esprit et dans la forme). Il permettait à l’enseignant qui souhaitait conserver les adultes non intéressés par la compétition de lui faciliter la tâche en transposant, tel un calque, des techniques de défense sur le programme de la méthode française d’enseignent du judo de l’époque. Cela ne demandait pas un grand effort de remise à niveau, ceux qui n’avaient pas hésité à le faire ne le regrettaient pas, de très belles sections ju-jitsu voyaient le jour, regroupant un nombre impressionnant d’adhérents. Avec cette initiative il n’était pas question de couper l’herbe sous le pied d’une discipline respectable comme le karaté, mais tout simplement de rendre au ju-jitsu ce qui lui appartenait en réhabilitant l’atemi-waza. Vingt cinq années plus tard, en 1995, la fédération délégataire emportait le ju-jitsu sur d’autres voies (pas celles de la souplesse, en tout cas !). Peut-être que cela était volontaire, par crainte d’une remise en valeur trop importante et qui aurait pu – notamment – apporter à la toute première question (judo ou karaté, quel est le plus « fort » ?) la réponse suivante : « le ju-jitsu, puisqu’il possède les techniques des deux » !

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Un dimanche « en ju-jitsu »

saint-palais-logoCertes, il n’y avait pas énormément de ju-jitsukas sur les tatamis du magnifique dojo du club de Saint-Palais-sur-Mer en Charente-Maritime à l’occasion du stage que j’ai eu le plaisir de diriger dimanche dernier. Cela n’a rien de bien extraordinaire dans la mesure où il s’agissait d’une « première ». De plus, il est vrai que perdurent certains « blocages » ainsi qu’un sectarisme d’un autre âge. Et puis, existe la crainte de quelques réprimandes venant « d’en haut » en faisant la promotion d’un stage dirigé par une personne n’appartenant pas au « sérail » (et qui d’ailleurs n’appartient à aucun sérail, si ce n’est à celui des enseignants et défenseurs du ju-jitsu). Dommage, surtout lorsque ce sont les pratiquants que l’on prive d’un partage des connaissances.

Ceux qui étaient présents manifestaient une belle motivation, et à un travail intensif sur le tatami, s’est ajoutée la joie de faire de nouvelles connaissances et de renouer avec d’anciennes. C’est aussi l’occasion de tester (si besoin en était) l’attractivité d’une méthode qui satisfait un large éventail de la population, des plus jeunes au moins jeunes et des plus affutés physiquement à ceux qui le sont moins (mais qui aspirent à le devenir).

Entre deux séances, c’est aussi l’occasion d’échanges de points de vue sur le ju-jitsu, les arts martiaux et divers sujets de société. C’est aussi parfois dans ces moments là que naissent de belles amitiés.

Enfin, dimanche dernier il y a eu ce bon moment, lorsque j’ai découvert avec plaisir, et en bonne place dans le dojo, la planche murale sur laquelle je présentais les 16 techniques et le Goshin-jitsu. Cette affiche a bien une trentaine d’années, la conserver et s’en inspirer encore maintenant est la preuve que « tout n’est pas perdu ».

Un grand merci aux dirigeants du club de nous avoir accueillis et des félicitations à Hervé Adam, qui ne s’est pas ménagé dans la préparation de cette belle journée. En attendant la prochaine….

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Crise chez les profs…

samourai-dore-3Curieuse coïncidence : mercredi matin je mettais en ligne un billet sur mon blog dans lequel j’évoquais la déprofessionnalisation et la dévalorisation du métier (qui à mes yeux n’en n’est plus un) de professeur de judo (et accessoirement de ju-jitsu), le lendemain dans le journal Le Parisien, paraissait un article qui annonçait une grève – pas banale – des athlètes de l’équipe de France de judo : « bientôt la grève dans le judo français».

L’article mis en ligne et cette action (!) sont nés d’un même constat, celui des mauvais résultats de l’équipe de France de judo masculine lors des derniers championnats du Monde.

A la déprofessionnalisation et à la dévalorisation de cette belle mission qui est celle d’enseigner un art martial on peut ajouter la déconsidération. Cela fait beaucoup ! Certes les conséquences sont différentes selon qu’il s’agisse de celles qui impactent un athlète de haut-niveau dont l’objectif est de rapporter des médailles et de celles qui touchent un professeur qui a pour mission de donner des bases à un futur champion, mais aussi et tout simplement d’enseigner une méthode d’éducation physique et mentale, ou apprendre à ses élèves à se défendre (encore faut-il lui fournir une bonne méthode) ou bien encore et tout simplement donner du plaisir au travers d’une pratique intéressante.

Je pense qu’il est bon de rappeler qu’au début, notamment dans les années 1950, ce sont les profs qui ont fait le judo. Ces personnes ne vivaient que de leur enseignement, ils étaient passionnés, compétents, ils étaient « professionnels ». Ils s’appelaient Jean De Hert, Roger Piquemal, Bernard Pariset, Henri Courtine, Guy Pelletier, etc. Que la mémoire d’autres illustres senseï  qui ne sont pas cités me pardonne mais aussi celle de maitres moins connus et qui n’ont pas manqué d’œuvrer avec passion. Ils ont tous formés des centaines de ceintures noires et beaucoup de champions. Ils ont donnés au judo Français ses lettres de noblesse.

Il ne faut jamais oublier que tout champion du monde ou champion olympique a d’abord été une ceinture blanche à qui ont donné l’envie de s’inscrire dans un dojo et surtout le goût de continuer, que ce soit pour devenir d’illustres champions ou simplement des pratiquants heureux. Ce distributeur de motivation et de technique s’appelle « le professeur », sans lui…

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Professeur, l’indispensable revalorisation…

tai-otoshiBien que spécialisé dans le ju-jitsu, je pratique, j’aime et je me passionne aussi infiniment pour le judo. Comment pourrait-il en être autrement avec l’hérédité qui est la mienne ? Et puis, un lien indéfectible existe entre le ju-jitsu que j’enseigne et le judo. Là aussi, comment pourrait-il en être autrement, d’un point de vue historique ?

Je voudrais revenir sur les discussions et les débats suscités par les résultats de l’équipe de France à l’occasion des derniers championnats du Monde de judo. Plus exactement sur l’absence de résultats, du coté des masculins, exception faite pour le phénomène Riner. Mais n’est-il pas le « Teddy qui cache la forêt » puisqu’en dehors de lui aucune autre médaille n’a été ramenée de Budapest chez les hommes ?

Pourquoi une nation comme la France qui compte autant de licenciés ne fait pas mieux ? A qui la faute ? Chacun fait part de son point de vue, il ne m’est pas interdit de donner le mien.

Mettre en cause le fonctionnement fédéral dans le domaine du haut-niveau ne me semble pas être juste. Grâce, entre autres, aux licences, subventions et autres sponsors les infrastructures sont nombreuses et adaptées, les entraîneurs compétents. Mais en est-il de même pour l’enseignement de base ? Le professeur étant le premier acteur de la formation d’un champion, le problème ne viendrait-il pas de là ? A-t’il à sa disposition les moyens de remplir sa mission ? Il ne s’agit pas de remettre en cause ses compétences dans leur intégralité ni encore moins sa motivation, mais peut-être les moyens dont il dispose. Je n’évoque pas les infrastructures de base, puisque notre pays ne manque pas de clubs, le moindre village possède un équipement dédié au judo (savoir si cela va pouvoir durer en raison de certaines mesures, est une autre question), mais justement, n’y a-t-il pas trop de dojos et pas suffisamment de professeurs bénéficiant du temps nécessaire pour acquérir et disposer d’une méthode d’enseignement complète.

Pour construire une maison, si beaux soient les matériaux qui permettront de l’élever ils ne serviront à rien si les fondations ne sont pas bonnes, si elles ne sont pas solides. Il en est de même pour les « hautes sphères » du judo, si la formation de base qui, par définition, ne peut s’acquérir que dans le premier dojo n’a pas été suffisante. (C’est volontairement que je ne qualifie pas la formation de mauvaise, mais d’insuffisante.)

Insuffisante parce que la fonction de professeur de judo a été dévalorisée ; il n’y a plus, ou si peu, de professeurs qui vivent uniquement de leur enseignement. Ils le font en plus d’un autre métier, et par conséquent – si motivés soient-ils – ils ne peuvent s’impliquer totalement (faute de temps, tout simplement) comme dans un métier à part entière, même s’ils sont pourvus d’une indiscutable conscience, celle-ci, par définition, là aussi ne peut être professionnelle, puisqu’ils ne sont pas – ou en partie simplement -professionnels. Certains enseignants d’ailleurs officient à titre complètement bénévole, ce qui est loin d’être un défaut, mais qui n’est pas non plus une systématique garantie d’implication optimale et donc de qualité. Là aussi il s’agit d’une question de moyens. Le judo s’est popularisé et à l’instar d’autres sports, dans les clubs municipaux, les cotisations sont accessibles à toutes les couches sociales, mais bien souvent le budget de l’association ne permet pas une rémunération du professeur en rapport avec les responsabilités à assumer, le temps à consacrer et les résultats escomptés. « Tout travail mérite salaire » (Y a-t-il des professeurs des écoles non-rémunérés, non formés, non accompagnés tout au long de leur carrière ?), à moins de considérer que la fonction qui est celle d’éduquer par le judo ne mérite pas le titre de métier ! Ce qui malheureusement est devenu le cas ! Et pourtant, il transite quand même beaucoup d’argent dans le monde du sport et des fédérations, ne serait-ce que la manne financière que représentent les licences ! Pour rivaliser au plus haut-niveau, peut-être faut-il commencer à donner des moyens décents au premier formateur, le premier professeur ?

Le judo n’est pas qu’un sport, il est aussi une « Ecole de vie », un moyen d’éducation pour tous et d’insertion pour certains ; il s’agit aussi d’une discipline de combat extrêmement riche sur le plan technique. Combien de mouvements techniques, si l’on additionne le travail debout et le travail au sol ? Combien de techniques mais aussi de combinaisons, d’enchainements ? Combien de méthodes d’entrainement doivent être enseignées et répétées pour qu’elles soient intégrées et maitrisées et qu’elles produisent leurs fruits ? Beaucoup plus que dans les autres sports de haut-niveau ! Alors les professeurs doivent développer des compétences techniques certes, mais aussi pédagogiques, faire preuve d’une solide motivation et surtout ils doivent concéder beaucoup de temps pour les maîtriser puis les enseigner dans leur intégralité. Et puis, parfois (et même souvent) viennent s’ajouter le poids des tâches administratives, d’incessantes modifications des règles d’arbitrage (ce qui est le cas pour les autres nations), mais aussi – ce qui est propre à notre pays – de nombreuses refontes des programmes d’enseignement.

Enfin, certains clubs trop pressés d’envoyer des élèves en compétition le font alors que les bases nécessaires à de telles épreuves ne sont pas encore intégrées, ce qui ne manque pas d’entraîner des abandons en cascade dus à des blessures physiques et phycologiques, privant peut-être le haut-niveau de compétences n’ayant pas eu le temps d’éclore.

En conclusion, Il est sans doute urgent de reconsidérer et de revaloriser la fonction de professeur  en lui donnant tout simplement les moyens d’assurer parfaitement sa mission. Cela permettra de susciter des vocations et évitera de passer à côté de jeunes talents ne pouvant se contenter de leur passion pour vivre et n’hésiterons pas à se diriger vers d’autres cieux.

Briller au plus haut niveau impose sans doute une parfaite gestion de la base au sommet !

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16 Techniques, suite.

harai-goshiCet article fait suite à celui de la semaine dernière qui était consacré aux « 16 Techniques ».

Si cet enchainement est un exercice d’apprentissage et de perfectionnement (pouvant aussi servir de démonstration) qui va développer bon nombre de qualités, il est aussi une base de travail importante permettant aussi d’aborder différents thèmes. Il offrira au professeur une grande diversité de méthodes de perfectionnement dans les nombreux domaines qui constituent le ju-jitsu. Le but de ce billet étant d’aborder quelques unes de ces méthodes.

Première possibilité, proposer des réponses différentes aux attaques ; soit en conservant un schéma de riposte identique, en utilisant les mêmes groupes de techniques : exemple, sur la première technique, remplacer o-soto-gari par ko-soto-gari. Ou bien adapter une autre composante, une clef ou un étranglement. Deuxième possibilité, pour les techniques qui n’en n’ont pas, mettre une finalité au sol : conclure avec juji-gatame après ippon-soie-nage pour la 3ème, par exemple. Ensuite travailler dans l’éventualité d’une réaction du partenaire : si, sur la 1ère technique Uke recule la jambe droite pour ne pas subir o-soto-gari, on pourra enchaîner avec o-uchi-gari. Si en se dégageant en chute-avant il esquive o-uchi-gari dans la 4ème, on gardera le contact avec la cheville pour lui appliquer une clef de jambe, lorsqu’il sera sur le dos. On pourra aussi aborder le thème des contre-prises. Certes, en matière de self-défense, apprendre des techniques permettant de « mettre à mal » les ripostes peut apparaître curieux sinon immoral, mais prendre en considération les failles possibles d’une technique est indispensable afin de la renforcer.

Dans le cadre d’un perfectionnement propre aux « 16 techniques », il existe des méthodes d’entraînements qui éviteront une éventuelle lassitude et surtout qui renforceront des points précis. Exécuter l’enchaînement entièrement à gauche, ou bien faire chaque mouvement systématiquement à droite puis à gauche. Travailler avec plusieurs partenaires. Répéter les techniques en séquençant l’enchaînement : on exécute les quatre premières vite et fort afin de se concentrer sur celles-ci. Travailler chaque technique en uchi-komi (répétition sans chute), idem par groupe de quatre techniques, puis avec l’ensemble de l’enchaînement, ceci pour la mémorisation et pour affûter les automatismes de la toute première phase de la riposte.

Avec un peu d’imagination, de temps et d’expérience il n’est pas impossible de trouver d’autres formes d’entraînement qui permettent d’aborder un nombre impressionnant de techniques, de situations, de combinaisons, mais aussi de parfaire condition physique et automatismes, tout en offrant un enseignement dans lequel la lassitude ne pourra s’installer.

En espérant que ces quelques lignes puissent être utiles à certains.

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Les 16 techniques

Plusieurs articles ont déjà été consacrés aux « 16 techniques » sur ce blog. Cet enchaînement étant un des piliers de la méthode Atémi-ju-jitsu, il n’est pas inutile d’y revenir en lui consacrant à nouveau quelques lignes.

Créé en 1982 pour les besoins d’une démonstration produite lors des deuxièmes championnats du Monde de judo féminin à Paris, cet enchaînement est un concentré des techniques appartenant aux composantes du ju-jitsu, en réponse aux différentes attaques, ou agressions, que l’on peut subir. Il présente également les fondamentaux de ce que l’on appelle les principes de base. Etant l’auteur de cet enchaînement qui peut être considéré aussi comme un « kata moderne » je suis en mesure de le présenter en le disséquant quelque peu.

Sont proposées les principales techniques de projections et ceci dans chaque « grande famille ». Les techniques de jambe avec o-soto-gari (1ère, 8ème et 15ème), o-uchi-gari (5ème) et ko-soto-gari (12ème). Les techniques de hanche avec o-goshi (10ème) et harai-goshi (13ème). Les techniques d’épaule et de main avec ippon-seoi-nage (3ème et 6ème) et te-guruma (5ème). Les sacrifices avec tomoe-nage (2ème). On y retrouve les contrôles en étranglement avec hadaka-jime (13ème) et kata-juji-jime (7ème), en clef au bras et au poignet avec ude-gatame (10ème), kote-gaeshi (14ème) et deux variantes de torsion de poignet (9ème et 16ème). Enfin, le travail au sol n’est pas oublié (7ème et 11ème).

Différents principes fondamentaux sont représentés. Celui de l’utilisation de la force de l’adversaire dans les deux premières techniques, de bascule par dessus le centre de gravité dans la 3ème et la 5ème, d’utilisation de la dynamique du déplacement avec la 6ème, d’action-réaction dans la 11ème et la 12ème. Enfin, nous trouvons en bonne place la liaison des principales composantes de ju-jitsu (coup, projection, contrôle) avec la logique d’enchaînement en fonction du déséquilibre obtenu par « le coup porté ».

Coté attaques, les principales sont proposées : à mains nues ou bien armées, poussées, saisies, coups de poing, coups de pied et défense contre armes (couteau, bâton et menace de revolver).

Outre l’apprentissage et le perfectionnement technique, l’étude et la répétition de cette suite développera les réflexes et les automatismes, le rythme et la condition physique. Ensuite, et c’est important, on éprouve un réel plaisir dans la présentation de cet enchainement lorsque l’on a atteint une bonne maîtrise et que son exécution se fait avec la fluidité qui caractérise notre discipline (l’art de la souplesse).

Je n’oublie pas le côté esthétique qui émane de cet enchaînement lorsqu’il est bien présenté. Certains considèrent cet aspect comme superflu, même inutile, mais une technique n’est pas forcément inefficace parce qu’elle est agréable à l’œil, et, à contrario, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas spectaculaire, sans aucun style et juste d’aspect violent qu’elle est efficace.

Certains reprocheront aux « 16 techniques » d’être « trop judo », ce qui est cocasse lorsque cette remarque vient justement du milieu du judo. Historiquement et techniquement le lien entre judo et ju-jitsu est on « ne peut plus étroit », nous n’y pouvons rien (heureusement), si ce n’est pratiquer une autre discipline. Faute de le faire, certains ont préféré dénaturer le ju-jitsu, mais ceci est une autre histoire.

En souhaitant que ce billet participe à la valorisation de cet enchaînement qui appartient à un ensemble d’exercices permettant de progresser dans les nombreux domaines qui composent notre discipline.

La vidéo qui accompagne cet article a été réalisée en 1992, mon partenaire du moment s’appelait Jean Rodriguez.

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L’heure du choix

judogiMasques et tubas, palmes et maillots de bain, crème solaire et serviettes de plage, sacs à dos et chaussures de randonnées, etc., autant d’accessoires qui doivent être remisés dans les placards pour y attendre l’été prochain. Tous ces vêtements et autres équipements qui évoquent les vacances, pour ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre, vont être remplacés par des tenues différentes et adaptées à la discipline sportive que l’on va retrouver ou que l’on s’est promis de pratiquer durant la saison qui commence.

Pour les disciples des arts martiaux, il s’agira de ce que l’on appelle communément le kimono, sachant que cette appellation heurte les puristes qui n’ont pas vraiment tort puisque ce mot désigne un vêtement d’intérieur. C’est par facilité que nous l’utilisons.

Ce préambule pour venir au sujet de ce billet : « le choix d’une discipline », ce qui en terme journalistique se nomme un « marronnier », à savoir un sujet qui revient de façon récurrente à la même période de l’année comme le « coût de la rentrée scolaire », le « palmarès des hôpitaux », etc. A chaque début de saison, la question se pose pour des milliers de personnes désireuses d’assumer les bonnes décisions prises durant l’été : « cette fois, au mois de septembre, je m’y mets ! ».

Choisir l’art martial qui convient n’est pas facile, dans la mesure où  « l’offre » est importante. Dans les années 1950, le choix se faisait vite, puisqu’il n’y avait que le judo. (J’évoque les arts martiaux, en dehors des disciplines de combat existantes déjà dans notre pays, comme la lutte, la boxe et la boxe française.) Dans les années 1960, avec le karaté, puis l’aïkido, l’offre s’élargissait. C’est à partir des années 1970 que les arts martiaux connurent un développement phénoménal, Bruce Lee était passé par là, plus exactement par le grand écran. Sa disparition prématurée et le mystère qui l’entoura contribueront à construire une légende. Ses qualités techniques et physiques ainsi qu’un certain charisme n’avaient pas manqué de le faire connaitre. Le kung-fu faisait une entrée fracassante dans le paysage des arts martiaux et c’est aussi durant cette décennie que la boxe américaine, appelée aussi « full-contact », enrichissait le monde des disciplines de combat. Je n’oublie pas le taekwondo que l’on appelait le « karaté-volant » lorsqu’il est arrivé en France. C’est bien sûr aussi à cette époque que le ju-jitsu à but non-compétitif, qui tel le Phénix, renaissait de ses cendres sous l’appellation « atémi-ju-jitsu ».

Ensuite, à partir des années 1980, styles, et sous-styles, se développèrent de façon plus ou moins organisée, au grand dam des fédérations délégataires souvent animées d’une boulimie de réglementation bien française et du besoin de tout maîtriser. Parfois, ce n’est pas inutile face à quelques dérives, surtout lorsqu’il est question d’éducation et d’enseignement de techniques de combat, notamment en direction des enfants.

Donc, à l’heure actuelle, pour un néophyte, il n’est pas aisé de se décider. Souvent cela se fait en fonction de critères qui ne sont pas forcément ceux du cœur, mais de l’opportunité, comme la proximité d’un dojo, ou les conseils d’un ami.

Maintenant, il est dommage de se tromper de voie et certains critères ne devront pas être ignorés. Il faudra savoir si l’on est davantage attiré par un sport de combat ou un art martial à but non compétitif. Si l’on redoute le corps à corps, ou si c’est le travail des coups qui rebute. Certains (et ils sont nombreux, même s’ils ne l’avouent pas toujours) ne sont intéressés que par l’aspect utilitaire, d’autres par l’envie de s’exprimer au travers des arts du combat pour se «vider physiquement ». Pour d’autres encore, il s’agira de la recherche d’un travail plus interne offert par certains arts martiaux. Et puis il y a ceux qui souhaitent réunir plusieurs critères dans la même pratique. N’oublions pas non plus le simple aspect loisir, ô combien important dans une société quelque peu stressante.

Alors, au moment du choix, et comme je le répète depuis des années, il faudra aussi faire confiance au ressenti personnel, et pour cela il ne faut pas hésiter à participer à une ou deux séances à l’essai que les dojos ne peuvent vous refuser, partant du principe que bien souvent la première impression est la bonne, surtout dans la mesure ou, comme je me plais à le répéter : « plus que le choix d’une discipline, c’est celui d’un club et surtout celui d’un professeur qui est déterminant ». La réputation du dojo et le parcours de l’enseignant doivent également être pris en compte, mais la séance d’essai permettra de constater, si oui ou non, nous sommes en osmose avec la façon de présenter l’art. Bref, si le courant passe !

Un dernier conseil : la pratique d’un art martial s’inscrit dans la durée et c’est là une raison supplémentaire pour qu’elle ne soit pas dangereuse. La préservation de l’intégrité physique est primordiale. Cette pratique se doit d’être éducative physiquement et mentalement. La sécurité l’entourant est déterminante. Les assurances ne classent pas les arts martiaux et les sports de combat dans les disciplines pour lesquelles les risques sont élevés, souhaitons qu’il en soit ainsi encore longtemps, mais lorsque l’on assiste à certaines dérives on peut se poser la question quant à la pérennité de ce jugement. Finissons positivement en affirmant que la sagesse l’emportera et que ces belles disciplines continueront à être aussi une belle Ecole de vie.

Bonne saison à tous !

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Cinq bonnes raisons d’aimer ce métier

tai-otoshiSur ce blog, le 5 juillet dernier dans un article intitulé « ce qui se conçoit bien… » j’évoquais les devoirs et les obligations attachés au métier de professeur. Dans ce prolongement, et à l’approche d’une nouvelle saison (les enseignants doivent être impatients de revêtir leur tenue préférée), il me semble naturel d’évoquer aujourd’hui les satisfactions offertes par cette noble mission, elle sont autant de bonnes raisons de l’aimer.

Pour ma part, j’en vois essentiellement cinq.

La première concerne tout simplement le plaisir de transmettre un savoir et des connaissances à propos d’une discipline, d’une matière ou encore à propos d’un art que l’on aime. Si tel n’est pas le cas, mieux vaut faire autre chose.

Deuxièmement, notamment dans les arts martiaux, il y a la satisfaction de voir les élèves progresser. Amener un débutant jusqu’à la ceinture noire en procure une très belle. Surtout si au départ ce n’était pas gagné ! (Certains reconnaitront une forme d’humour très personnel, et certains aussi se reconnaitront peut-être.) La ceinture noire et les dan qui lui succèdent ne sont pas les seules preuves de progrès, même si elles en sont des probantes.

Troisièmement, il s’agit de la reconnaissance et du respect qui nous viennent en retour, si nous avons été la hauteur de notre mission. Même si parfois certaines exceptions confirment la règle.

Quatrièmement, se sentir utile, même à l’extérieur du dojo. Si un élève vous confie que sa vie s’est améliorée au fur et à mesure de sa pratique, vous ne pouvez que ressentir un contentement indéniable, sans doute supérieur à celui donné par l’obtention d’un grade ou bien d’un quelconque titre sportif. Là aussi, il s’agit d’un l’enseignement dispensé sur du long terme.

Enfin la cinquième, qui se situe dans le prolongement de la précédente, et qui n’est pas la moindre, consiste à participer à l’amélioration de la vie en société. Dans le domaine qui concerne les arts martiaux, si au travers d’une pratique qui respecte les principes du shin-ghi-tai (l’esprit, la technique et le corps), chers à JIgoro Kano, nous pouvons, grâce à un enseignement qui ne néglige aucun aspect, participer au combat contre cette violence qui gangrène notre quotidien, il s’agira là encore d’une inestimable satisfaction.

Voilà cinq bonnes raisons qui me font aimer ce métier. Peut-être d’autres enseignants en trouveront des différentes et/ou complémentaires.

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Encore une belle histoire

sabre

Voici encore une belle histoire de samouraï qui va dans le sens du sujet développé la semaine passée, à savoir l’art et la manière de se maîtriser. Ce n’est pas toujours facile, le climat de violence dans lequel nous vivons pourrait entraîner un certain découragement, mais : » il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » (Guillaume d’Orange-Nassau) alors…

Le célèbre maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d’autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n’arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maîtrise au sabre. A l’écouter, il était le champion toutes catégories du Japon. C’est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l’écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous ? Pas vraiment, car Bokuden restait à l’écart et ne paraissait pas le moins du monde gober toutes ces sornettes. Le samouraï s’en aperçut et, vexé, il s’approcha de Bokuden pour lui dire :

— Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot ?

Bokuden répondit calmement :

– Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu.

Le samouraï se gratta le crâne et demanda :

— Mais alors, quelle est ton école ?

— C’est l’école du combat sans arme.

— Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ?

— Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C’est un sacré défi.

Exaspéré, le samouraï continua :

— Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ?

— Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne !

Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bokuden suggéra qu’il serait préférable d’aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d’attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre, dégaina son sabre, prêt au combat. Bokuden enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s’élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

Bokuden se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur l’île déserte et il lui cria :

— Tu vois, c’est cela, vaincre sans arme.

(Extrait de contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon, par Pascal Fauliot)

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Vaincre sans combattre

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« Vaincre sans combattre » : ce thème considéré en son temps, comme la plus haute maîtrise par les grands Maitres d’arts martiaux a été illustré dernièrement sur ce blog à l’aide d’un récit intitulé « les trois mouches ». Cette histoire met en scène le célèbre Miyamoto Musachi se débarrassant – en un seul geste à l’aide de ses baguettes – de trois mouches qui, tournoyant autour de lui, gâchaient quelque peu le repas qu’il prenait tout seul dans une auberge. La conséquence avait été la mise en fuite de trois bandits qui l’observaient et qui convoitaient les deux sabres posés à côté du célèbre samouraï. Impressionnés par tant de dextérité, les trois « lascars » n’avaient pas souhaité pousser plus en avant leur tentative ! Cet exemple, certes sous forme de conte, permet d’insister sur le fait que la dissuasion est une arme redoutable en phase avec l’esprit des arts martiaux dont la finalité n’est pas de tuer, mais au contraire de protéger la vie. Tenter d’éviter un affrontement à l’issue incertaine, se débarrasser d’un adversaire sans le blesser, soit pas le découragement, soit mieux encore par la persuasion sont les meilleures façons d’agir.

Sans forcément se trouver dans la situation de Musashi, nous ne sommes pas toujours « armés » de baguettes et entourés de mouches, l’assurance qui émane d’un expert dans l’art du combat peut dissuader à elle seule un agresseur potentiel. Mais avant de tester son aura, il est utile d’éviter les situations et les endroits à risque, et à l’extrême, lorsque nous sommes confrontés au pire, préférer la négociation, non pas dans le sens du renoncement mais dans celui de la persuasion.

Si malgré tout, le combat est engagé, ce seront les principes de non-opposition et d’utilisation de la force de l’adversaire qui seront privilégiés ; sur le plan de l’efficacité, de l’éthique et de la légitime défense. Faire en sorte de neutraliser son adversaire sans vraiment combattre. L’user en faisant en sorte que ces attaques « rencontrent le vide ».

Ce n’est pas de la lâcheté que d’affirmer que la plus belle des victoires est celle que l’on obtient sans combattre, bien au contraire, il s’agit là de la preuve d’une très haute maîtrise et d’une grande sagesse ; comme le dit un proverbe chinois : « un ennemi que tu vaincs reste ton ennemi, un ennemi que tu convaincs devient ton ami ».

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