C comme Henri Courtine

Aujourd’hui, dans le cadre du projet de dictionnaire c’est la lettre C que j’aborde : C comme Henri Courtine.

Ce choix s’impose à moi, sans la moindre des hésitations. Parmi les personnalités qui auront marqué mon existence, Monsieur Courtine arrive en deuxième position, juste après mon père. Ils étaient d’ailleurs les meilleurs amis dans la vie et les meilleurs adversaires sur les tatamis le temps de leurs carrières de compétiteurs. Il est difficile d’évoquer l’un sans l’autre. Avec dans la vie des personnalités aussi différentes que complémentaires et sur les tatamis des styles qui l’étaient tout autant, ils ont marqué le judo français.

Retracer l’exceptionnelle carrière de Monsieur Courtine se fera aisément par l’intermédiaire d’Internet ; au travers de ces lignes mon intention est de dresser un portrait dans lequel seront évoqués les sentiments personnels que j’éprouve pour une personne à laquelle je voue admiration et respect. La reconnaissance étant une denrée assez rare, je ne m’en prive pas.

On peut quand même brièvement rappeler l’impressionnant parcours de cet homme. D’abord sur le plan sportif ; il a été champion de France toutes catégories, champion d’Europe, demi-finaliste au 1er championnat du Monde toutes catégories à Tokyo en 1956. Ensuite durant une exceptionnelle carrière de dirigeant, il a été entraîneur national, Directeur technique national puis Directeur de la FFJDA, Directeur sportif de la Fédération internationale de judo et Directeur du haut-niveau au Comité National Olympique Français. Il a été nommé au grade exceptionnel de 10ème dan en 2008 ce qui fait de lui le plus haut gradé français. Avec mon père ils ont été les premiers 6ème dan, il en fût de même pour chaque dan jusqu’au 9ème qui leur avait été décerné en 1994 (dix ans avant la disparition de mon père).

Etant forcément mon aîné, mais aussi vis-à-vis de la hiérarchie et surtout par rapport au respect qui est le mien à son égard, le mot amitié me semble quelque peu familier. Pourtant, grâce à la complicité qui le liait à mon père, j’ai eu la chance de très bien le connaître, mais pour moi il est Monsieur Courtine, bien qu’il soit aussi un peu un « père spirituel ».

Les qualificatifs concernant cet homme au charisme exceptionnel et qui me viennent à l’esprit sont nombreux. L’intelligence, bien sûr, l’élégance – dans la vie et sur les tatamis -, la rigueur avec lui-même et envers les autres, le travail, le courage et un redoutable sens de l’organisation. Il est pourvu d’un bon sens qui évite toute perte de temps et, justement, d’une capacité d’analyse et d’action aussi rapide qu’étaient ses balayages sur les tatamis.C’est aussi une personne pleine d’humour, et aussi et surtout un affectif qui a su préserver sa vie personnelle.

Tout au long de ma vie, j’ai eu la chance de le côtoyer à de nombreuses reprises dans le cadre du judo, mais pas uniquement ! La première fois c’était au célèbre « Camp du Golf bleu » à Beauvallon-sur-Mer, dans le Var. J’avais trois ans. Avec mon père, il dirigeait le stage international de judo durant lequel, pendant deux mois, les meilleurs judokas mondiaux se retrouvaient avec leur famille pour des sessions d’une semaine, ou plus, dans ce centre qui était également un lieu de villégiature. Les familles Courtine et Pariset s’y installaient pour tout l’été et cela jusqu’à ma préadolescence. Nous prenions les repas ensemble et l’hébergement se faisait dans des paillottes, presque mitoyennes, au confort pour le moins spartiate ; toutes ces conditions de promiscuité créaient des liens privilégiés.

Ensuite, j’ai effectué mon entrée dans le secondaire à l’Ecole Saint-Michel de Picpus dans le XIIème arrondissement de Paris ; parmi les activités sportives proposées, il y avait le judo et le professeur était…Henri Courtine. C’est sous son contrôle que j’ai obtenu ma ceinture marron. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir sur son passeport sportif les ceintures de couleurs signées par Bernard Pariset et Henri Courtine. Ils étaient aussi d’excellents professeurs à la pédagogie innée.

Plus tard, et durant plusieurs saisons j’ai été licencié au prestigieux Stade Français; il occupait la présidence de la section judo-ju-jitsu et entre autres bons souvenirs qui ont marqué cette période du début des années 1980, il y a celui d’une finale aux championnats de France par équipes « excellence ».

Enfin, alors qu’il était directeur de la FFJDA, j’ai participé à différents travaux (stages, supports techniques, commissions techniques, etc.) pour la réhabilitation du ju-jitsu. Il avait donné « carte blanche » à mon père lorsque celui-ci, au début des années 1970, lui avait exposé le projet de la mise en place d’une méthode de self-défense (l’atemi ju-jitsu), en parallèle de la progression française de judo. Initiative qui avait pour objectif d’ajouter une corde à l’arc des professeurs. On connait malheureusement la suite qui (n’) a (pas) été donnée à cette entreprise, mais ceci est une autre histoire.

Aujourd’hui, tout en restant très attentif à ce qui se passe dans le monde du judo, il prend une retraite que l’on ne peut qualifier que de « méritée », sur les bords de la Méditerranée, dans le magnifique département du Var, une région pour laquelle, lui et moi vouons la même passion.

Au travers de ces quelques lignes, je suis très fier d’exposer l’admiration qui est la mienne à son égard. Il y a des hommes qui marquent l’histoire, mais qui par leur exemplarité occupent aussi une part importante de votre vie.

eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

 

Quatre légendes

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Sur la photo qui accompagne cet article (prise au «golf bleu » à Beauvallon-sur-mer au début des années 1960) y figurent quatre légendes du judo. En partant de la gauche, je vous propose une présentation on ne peut plus résumée.

Anton Geesink (1934-2010). Le géant hollandais qui a fait pleurer le Japon en 1964 à l’occasion des Jeux olympiques de Tokyo en battant en finale des poids lourds, Kaminaga, le représentant nippon. Un physique exceptionnel, mais aussi une technique parfaite et une volonté de fer.

Shozo Awazu (1923-2016). Il arrive en France en 1950 avec le grade de 6e dan obtenu à 26 ans. En tant que professeur et entraîneur, ce qu’il a apporté au judo français est colossal, notamment dans le domaine du travail au sol et des katas.

Bernard Pariset (1929-2005). Sous ma plume, que dire qui ne l’a pas déjà été ? Il était mon père mais aussi mon premier et principal professeur. Après une carrière de compétiteur en toutes catégories durant laquelle ses qualités de « battant » ont fait sa réputation, ils sont nombreux ceux qui ont pu profiter de ses talents d’entraîneur et de professeur. Il a été aussi un fameux visionnaire en réhabilitant le ju-jitsu dans notre pays au début des années 1970.

Henri Courtine (1930-   ). Un judoka à la technique d’une finesse exceptionnelle, en l’occurrence dans l’art des balayages. Après sa fabuleuse carrière de compétiteur, il a été un très grand dirigeant tant sur le plan national qu’international. Il est aujourd’hui 10e dan, le plus haut grade jamais atteint dans notre pays.

Pour moi ces quatre personnages ont un point commun dans la mesure où j’ai eu la chance de profiter de l’enseignement de chacun. Un enseignement que l’ont peut qualifier, en toute objectivité, de « très haut niveau ». Mais aussi, et ce n’est pas le moindre des privilèges, je eu la chance de bien les connaitre à titre personnel. (Pour l’un d’entre eux, il ne s’agira pas d’un scoop !)

eric@pariset.net   www.jujitsuericpariset.com

Ne jamais oublier !

images14C’est avec un immense plaisir et beaucoup d’émotion que j’ai pris connaissance de l’article consacré à mon père paru dans la rubrique « Ne les oublions pas » du dernier bulletin de l’amicale des internationaux du judo français (A.I.J.) et ceci grâce à Jean-Claude Brondani. Il a été lui-même un exceptionnel champion, puisqu’il fût « ni plus ni moins » médaillé olympique, c’était à Munich en 1972. Je le remercie. Effectivement, il est bon et même indispensable de ne jamais oublier !

Je vous livre, ci-dessous l’intégralité du texte. (Sur la photo, Bernard Pariset  est à gauche en compagnie d’Henri Courtine).

En tandem avec Henri COURTINE, son grand rival et grand ami, Bernard PARISET a sorti le Judo Français de la préhistoire, au temps où les catégories de poids n’existaient pas encore et où avec ses 1m70 et 70 Kgs, il rencontrait des adversaires parfois largement au-dessus du quintal, les championnats ayant lieu en toutes catégories de poids et par catégorie de Dan. Après Jean DE HERDT, COURTINE et PARISET furent tous deux les principales têtes de file du Judo sportif dans les années 1950. Il participa aux premiers championnats du monde en 1956 à Tokyo, puis aux deuxièmes en 1958, toujours à Tokyo, où il se classa 3eme . En 1955, aux championnats d’Europe au stade Coubertin de Paris, ce spécialiste du Seoi-Nage avait réalisé un véritable exploit en battant Anton GEESINK (1m98 et 115 Kgs), futur champion du monde (1961) et champion Olympique (1964), à l’issue d’un véritable combat d’anthologie.

En 1965, lorsque Henri COURTINE est nommé DTN (Directeur Technique National), Bernard PARISET devient entraîneur de l’équipe de France. Il renforce l’entraînement de l’élite et la fait progresser notamment dans le Ne-Waza (travail au sol), dont en tant qu’élève spécial de Shozo AWAZU, il était également spécialiste. En 1968, il mènera l’équipe de France sur la plus haute marche du podium européen.

Simultanément, il dirige « le Club Français » à Paris, un des clubs nationaux les plus huppés et les plus titrés avec les champions de l’époque : Michel BOURGOIN, Yves REYMOND, LECLERC, ISENI, IRIART, NORIS….

Pédagogue né, il relance le Ju Jitsu, en popularisant une méthode d’enseignement, encore développée aujourd’hui par ses nombreux élèves dont son fils Eric PARISET.

Le 9 décembre 1994, la commission nationale des grades attribue à Bernard PARISET, en même temps qu’à son inséparable Henri COURTINE, le 9ème DAN. On peut imaginer qu’il serait aujourd’hui comme ce dernier 10ème Dan s’il était toujours en vie

Comme Henri COURTINE, il fut nommé « Gloire du Sport » en 2006. Il doit cet honneur autant à son parcours de responsable, de pédagogue et de pionnier qu’à ses exploits pourtant réels sur les tatamis.

Bernard PARISET fut : champion de France 1955, 1957, 1959

Champion d’Europe 1er  Dan (1951), 3ème  Dan (1954), Toutes catégories (1955),

3 fois second.

3ème  aux championnats du monde 1958 (toutes catégories).

Bernard PARISET, qui était né le 21 décembre 1929, s’est donné la mort le 26 novembre 2004. Un très grand du Judo… Ne l’oublions pas !

(D’après l’Encyclopédie des Gloires du Sport, publiée par la Fédération des Internationaux du Sport Français)

Site ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com

 

 

 

 

Troublante coïncidence

Samedi 27 juin à 12 h 45 : cela faisait déjà un quart d’heure que la séance était terminée. La plupart des élèves étaient déjà rhabillés. Une ambiance particulière régnait dans le dojo en cette fin de saison. Il s’agissait aussi et surtout de mon dernier cours au dojo de la Bastille ! Un peu éreinté par tant d’événements qui avaient marqué ces dernières semaines et par cette ultime matinée de cours, je m’étais assis sur le banc devant l’accueil et de là j’échangeais avec les élèves des propos quelque peu empreints d’une certaine nostalgie, mais non dénués d’espoir ! A ce moment un monsieur fit son entrée dans le dojo. Il devait avoir environ une soixantaine d’années. Il jeta d’abord un regard sur sa gauche en direction de l’accueil, puis dans la mienne. Il me semblait connaître ce visage, mais impossible spontanément de lui donner un prénom, ni un nom.

« Bonjour Éric, Jean Hess ! Comment vas-tu ? »

Incroyable ! Il s’agissait tout simplement de mon premier partenaire de judo avec qui j’avais commencé la pratique au dojo de la rue des Martyrs sous la férule de mon père. C’était en 1960 et nous avions tous les deux six ans. C’est tout à fait par hasard qu’il avait choisi ce samedi pour me rendre une petite visite, c’est-à-dire le jour où je cessais mon activité dans mon dojo du 11e arrondissement parisien. La dernière fois que nous nous étions vus, ce devait être en 1990. Espérons qu’il ne faudra pas, à nouveau, attendre vingt-cinq ans. Ce fut donc une matinée chargée d’émotion, les élèves présents ce matin-là n’apporteront pas de contradiction à cette affirmation.

Et puis, quelques jours après, le mardi 30 en matinée, alors que je sortais du dojo, un monsieur qui empruntait le passage, s’écria en me croisant : « Eric Pariset ! Jacques Durant, nous étions ensemble à Saint-Michel de Picpus et nous faisions du judo sous la direction d’Henri Courtine ! » Troublant, pour le moins !