Mes démonstrations. Le début !

 

 

 

 

 

 

Même si elles n’ont pas été l’essentiel de ma vie professionnelle, celle-ci étant occupée à 99 % par l’enseignement, les démonstrations ont représenté de grands moments dans ma vie de budoka et elles ont largement participé à une modeste notoriété dans le monde des arts martiaux, dans notre pays et au-delà !

Leur préparation prenait du temps, mais j’éprouvais autant de plaisir dans l’élaboration de l’enchaînement  que lors de sa présentation.  La préparation était un travail minutieux qui consistait à choisir les techniques et les enchaînements, de façon à obtenir une présentation la plus complète possible de la discipline. Ensuite il y avait de nombreuses répétitions, cela  me rassurait et surtout j’avais à cœur d’essayer de proposer un travail soigné. La présentation, pour peu qu’elle soit appréciée, était la récompense de ce travail durant lequel les heures et la sueur n’étaient pas comptées.

Pour resituer les choses précisément, c’est au camp varois du Golfe-Bleu, bien souvent évoqué dans mes articles, que leur histoire a connu ses débuts.(Il s’agissait d’un camp de vacances où se tenait chaque été un stage international de judo.)

Cette première présentation n’avait pas grand-chose à voir avec les suivantes, elle  avait avant tout le goût des vacances, nous étions davantage dans l’animation d’une soirée d’été que dans l’ambiance d’un gala d’arts martiaux.

Comme dans beaucoup de villages de vacances les soirées proposent différents spectacles.

Nous étions en 1977. Cette année là, je dirigeais un stage de ju-jitsu durant le mois d’août en compagnie d’un élève de mon père, Michel Yacoubovitch. De dix ans mon ainé et cinquième dan à l’époque, il avait été un brillant compétiteur  de niveau national en judo et était convaincu lui aussi par la méthode de ju-jitsu.

Le responsable des animations nous avait demandé de mettre au point  une démonstration ayant pour  thème un combat à mains nues entre deux samouraïs.

Le scénario était le suivant : « Une légende raconte que certaines nuits de pleine lune, dans un jardin d’un temple japonais, les statuts représentant d’illustres samouraïs s’animent pour revivre les combats de leurs glorieux ancêtres ». Un peu « bateau » je l’admets, mais nous étions au mois d’août sur la côte d’azur.

Michel étant mon ainé en âge et en grade, c’est tout naturellement que le rôle d’Uke me fût attribué.

Bien qu’étant dans un centre où se déroulait l’un des plus grands rendez-vous du judo de la planète, nous étions à une époque où les tatamis n’étaient pas amovibles, c’est  sur le plancher de la scène du petit théâtre du village que nous dévions évoluer.
Nous avions donc décidé de présenter une démonstration uniquement composée de techniques effectuées au ralenti. Nous n’étions pas vraiment en tenue de samouraïs, ni même en kimonos, mais tout simplement en pantalon et torse nu ; jeunes, musclés et bronzés !

Le rideau se levait alors que j’étais porté en « kata-guruma » par mon partenaire ; tous les deux parfaitement statufiés. Un texte présentait le pitch et une musique asiatique suivait.

A partir de ce moment Michel me reposait et nous entamions un combat en donnant l’impression d’un film diffusé au ralenti. La prestation n’excédait pas quelques minutes elle était composée de techniques pouvant s’effectuer très lentement. L’ensemble étant accompagné d’un magnifique jeu de lumières.

Nous avons remporté un joli succès, cela  m’a donné l’envie de continuer et c’est donc par une douce nuit provençale qu’a débuté l’histoire de mes démonstrations.

La suite eu lieu assez vite, un mois après en septembre, à Paris au Stade de Coubertin, elle fera l’objet d’un prochain article.

Mon ju-jitsu

Aucune appropriation, ni prétention dans ses deux mots, mais juste l’expression de mes préférences.  Celles que j’éprouve en matière de ju-jitsu, une appellation dans laquelle on retrouve presqu’autant d’écoles que de pratiquants, avec souvent de grandes différences, non seulement techniques mais aussi « philosophiques ». C’est un autre sujet.

Le ju-jitsu que je pratique, enseigne et démontre (quand un virus ne vient pas l’interdire) c’est  tout naturellement en France, avec mon père que je l’ai appris. Il a été l’un des premiers judokas français à conquérir un palmarès exceptionnel, ce qui ne l’a pas empêché d’être passionné par les autres disciplines de combat. Sa croisade pour la réhabilitation du ju-jitsu au début des années 1970 en est la meilleure preuve. Ce que l’on appelé à l’époque la méthode « atémi ju-jitsu » qui soulignait la revalorisation du secteur des coups, m’a tout de suite séduit.

Les deux premiers qualificatifs que je lui associerais sont : simplicité et évolutivité.

Simplicité, dans la mesure où, à l’aide d’un enseignement adapté, tout le monde peut pratiquer cet art. Evolutif, justement parce que la richesse technique donne d’infinies possibilités d’évolution. Le nombre de techniques, les variantes et les différentes combinaisons sont sans limites.
Le principe de non-opposition qui parfois est oublié, lui confère une sorte d’universalité.

L’ensemble de ces éléments lui donne une efficacité incontestable en matière de self-défense. Le ju-jitsu est aussi une formidable méthode d’éducation physique et mentale.

La construction d’enchaînements dans lesquels on recherche la fluidité entre les différentes composantes m’a toujours passionné. On peut être performant dans les trois secteurs qui composent le ju-jitsu (coups, projections et contrôles) sans forcément faire preuve de fluidité lorsque que l’on doit les enchainer. Or, c’est cette capacité à enchainer les différentes techniques, qui fait l’efficacité et l’intérêt de notre ju-jitsu.

Que ce soit à l’occasion de mes démonstrations, mais bien plus encore dans mon enseignement, j’ai toujours apprécié cette création d’enchainements dans lesquels les techniques se suivent le plus naturellement possible. Partant du principe, par exemple, qu’un coup enchaîné avec une projection et un contrôle ne devaient faire qu’un. Loin d’une « salade composée », mais plus proche d’un plat unique dans lequel le liant donne toute la saveur.

Les livres et DVD présentés sur la photo d’illustration de cet article ne sont pas des recueils  de recettes de cuisine, mais bien composés de techniques et d’enchaînements de ju-jitsu. Leur publication  a été faite dans le but de servir de support à un enseignement qui ne peut se faire que sous la responsabilité d’un professeur. Cela a représenté un gros travail qui venait en complément de mon métier, des stages et des démonstrations effectués en France et à l’étranger. Mais la passion est un excellent pourvoyeur d’énergie.

Privé depuis quelques mois d’action pour cause de virus, l’exhumation des souvenirs  est un palliatif salvateur, en attendant de pouvoirs créer d’autres moments qui marquerons la mémoire. L’action, quand elle sera possible, se transformera forcément en souvenirs.

Est-ce que demain aujourd’hui sera hier ?

eric@pariset.net

Nouveau coup dur ou coup de grâce ?

L’annonce faite par le ministre de la santé concernant la fermeture des salles de sports dans certaines régions est un nouveau coup (très) dur, on peut presque parler d’exécution !
Cette annonce – émanant d’une décision prise unilatéralement par des gens qui ne connaîtront jamais les fins de mois difficiles ni l’angoisse de la faillite personnelle – prise en plein mois de septembre, le mois des inscriptions, risque d’être fatale à ceux qui avaient réussi à passer la première vague !
Quelle tristesse. Je sais qu’il faut toujours garder l’espoir. « Tant qu’il y a de la vie… ». Je ne suis pas persuadé que ce genre de  formule ait encore un sens dans la situation actuelle. Il ne s’agit pas de pessimisme, mais de réalisme.
Il y a l’aspect assassin pour ceux dont c’est le métier, mais il y a aussi l’aspect affectif. Assister â un tel massacre ne peut laisser insensible ! Certes, il faut garder l’espoir, nous sommes des combattants, mais contre quel adversaire et avec quels moyens ? Entre ce virus et sa gestion, il y a fort à faire (surtout sa gestion). Quelle désolation !
eric@pariset.net

Régularité, rigueur et souvenirs.

Il s’agit d’un article déjà mis en ligne  il y presque un an, mais quelque peu remanié.

Pour peu que la crise laisse la possibilité et l’autorisation de pratiquer les disciplines de combat, la régularité sera un élément déterminant dans cette pratique.

Davantage que la quantité de cours suivis par semaine, c’est la régularité qui prime pour réaliser des progrès. Un quotidien stressant (il ne l’a sans doute jamais été autant qu’en ce moment) ajouté parfois à une boulimie d’activités diverses ne facilitent pas la mise en place d’un rythme qui pourra pourtant s’avérer bénéfique sur bien des plans.

Lorsqu’il est possible de s’imposer une certaine rigueur, par exemple celle de fidéliser son entraînement sur les mêmes horaires, les résultats sont au rendez-vous ; pour progresser, mais aussi tout simplement pour adhérer à une forme de discipline, dans le but de prouver que nous sommes capables d’être soumis à quelques efforts qui ne ressemblent pas à d’extraordinaires contraintes. Au final ils nous offriront de belles autosatisfactions.

S’entraîner quand on le veut et s’entraîner quand on le peut, ce n’est pas la même chose. Comme expliqué plus haut, le stress du quotidien lié aux contraintes de certains métiers et aux obligations familiales sont des raisons recevables, mais lorsque l’on va s’entrainer parce que l’on a rien à faire de mieux, c’est regrettable ; certes nous sommes dans les loisirs mais nous pratiquons des disciplines particulières dans lesquelles « le mental » joue un rôle important, il n’est jamais inutile de le renforcer, ça peut servir dans notre quotidien.

La régularité est bonne pour l’esprit, mais aussi pour le corps. Celui-ci à une mémoire, il se souvient et lui imposer des irrégularités dans une pratique ne fera que semer le trouble, ce qui ne manquera pas de créer de néfastes désordres.

« Dans le temps », au célèbre dojo parisien de « La rue des Martyrs », il y avait cours de judo tous les soirs. Certains venaient les mardis et vendredis, d’autres les lundis et jeudis, ou encore les mercredis et samedis.  Chaque soirée avait sa spécificité. Et bien, il ne serait venu à l’idée de personne de manquer une seule de ces séances ou de la déplacer sur un autre soir, sauf nécessité absolue due à un souci de santé.  Il ne serait pas non plus venu à l’idée d’accepter une invitation ou d’organiser une réception chez soi lors de ces deux soirs. L’entraînement passait avant le reste.

A cette époque, ces réactions n’étaient peut-être pas le fruit d’une pleine conscience des bienfaits précités, mais sans aucun doute elles étaient dictées par une forme de respect plus important de la discipline que ça ne l’est actuellement ; ce n’est pas forcément la faute des pratiquants, mais d’une société qui nous abreuve immodérément de produits jetables.

C’est bien dommage, ce n’est certainement pas la meilleure façon pour s’immerger complètement  dans l’art martial. Le professeur possède aussi sa part de responsabilité, dans la mesure où c’est à lui de proposer des méthodes d’apprentissage et d’entraînement attractives qui donneront l’envie de persévérer, ainsi qu’une ambiance à la fois sérieuse et légère.
Finissons par une note positive en déclarant qu’une pratique, même «hachée » est préférable à aucune pratique et qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et s’imposer une petite discipline, dans la mesure de nos possibilités.
Il n’a échappé à personne, surtout pas à moi, que cette année est particulière et que beaucoup de raisons ne favorisent pas la régularité, ni même la pratique et tout simplement l’inscription dans des disciplines dites de contact. Assister à cet état de fait en en ne disposant que d’une étroite marge de manœuvre, c’est difficile ! Espérons un coup de pouce du destin !

La photo d’illustration représente le dojo de la Rue des martyrs à Paris, au début des années 1960.

eric@pariset.net

La tenue

Après avoir évoqué le dojo il y a quinze jours, puis le professeur la semaine dernière, aujourd’hui intéressons nous à « la tenue ».

« L’habit ne fait pas le moine », un peu quand même.

Par facilité on l’appelle le « kimono », mais ce nom désigne plus spécifiquement un vêtement, très joli, par ailleurs.

Chaque art martial possède sa propre appellation pour désigner ce que l’on revêt dans un dojo ; parmi les plus répandues on trouve le judogi, le karategi, le keikogi. On évoque très peu le « jujitsugi ». Pour les principaux arts martiaux japonais  on peut le nommer « dogi ». En taekwondo, c’est le dobok. Quel que soit son nom, cette tenue est importante et ne saurait être négligée ; j’y vois plusieurs raisons.

D’abord, chaque discipline sportive possède son « uniforme » ; il ne viendrait pas à l’idée d’un footballeur de se rendre sur un terrain de foot en judogi.

Ensuite, grâce à sa texture cette tenue est pratique et hygiénique. Elle est résistante aux différents assauts et autres sévices qu’on lui fait subir. Elle est hygiénique, elle permet d’absorber les litres de sueur produits lors des entraînements. Cette uniformité possède également comme vertu d’effacer toute distinction sociale. On ne frime pas vraiment dans un « gi ». Nous sommes tous égaux pour ces moments d’étude et de partage. Enfin, dans le combat rapproché elle évite une proximité qui peut  être rebutante pour certains et certaines.

Cette tenue, je la respecte au plus haut point ; n’est-elle pas mon principal « outil de travail » ? (quand on a du travail).  Elle est aussi  devenue au fil des années ma « deuxième peau ». Parfois elle a même été mon « bleu de travail », comme nous le verrons plus bas. Certains s’en affranchissent quelques fois,  c’est dommage, surtout dans des disciplines dites à traditions.

Au début des années 1970, à l’initiative du champion de judo néerlandais Anton Geesink, il y eut une tentative de kimonos de couleurs qui n’a pas vraiment connu le succès. Ensuite, au début des années 1990, le kimono bleu est apparu lors de certaines compétitions de judo, dans le but de facilité la compréhension des combats. Dans le même esprit, j’ai moi-même opté pour cette couleur dans mes démonstrations et dans des ouvrages. Quelques professeurs l’utilisent à l’occasion de leurs cours, cela a été mon cas durant quelques temps, pour « aérer » mes tenues de démonstration, à l’époque où j’en faisais. Une fois cette époque passée, je suis revenu à la pure tradition. Et puis un enseignant doit pouvoir se distingue davantage par son savoir et son aura que par sa tenue.

Dans cet article j’évoque les arts martiaux, mais d’autres sports de combats possèdent leur propre tenue (boxe, lutte, etc.) et continuent à l’arborer fièrement.

Enfin, l’utilisation de la « tenue de ville » (adaptée) pourra être considérée comme un complément à l’étude de la self-défense, dans des cours spécifiques. Ce pourra être aussi une approche et une étape avant de rejoindre le monde des budos.

En illustration, un kimono ayant appartenu à Jigoro Kano !

Une rentrée

Même si je ne participe pas à celle-ci, je sais ce que représente « la rentrée » pour tous les professeurs et notamment ceux qui enseignent les arts martiaux.

Je n’ignore pas que cette année, elle aura un goût particulier, elle sentira davantage le gel hydroalcoolique que la transpiration, pour peu que le masque nous permette de faire la distinction.
Cela ne m’empêche pas de ranimer quelques souvenirs d’une période à la saveur particulière.

A l’approche de chaque mois de septembre, ce sont des sentiments différents qui se mélangent : une  certaine mélancolie due à la fin des vacances, mais aussi le plaisir de retrouver amis et habitudes, celui de pouvoir à nouveau  revêtir le judogi et de fouler les tatamis, et puis il y a ce sentiment de revenir chargé d’énergie et de projets.

Chaque rentrée  est un nouveau départ, une nouvelle aventure. Pour les professeurs, c’est à chaque fois une remise en question ;  rien n’est jamais acquis.

Et puis, si c’est le moment de retrouver les fidèles, c’est aussi celui d’accueillir de nouveaux élèves. Que ce soit des enfants, des préados, des adolescents ou de jeunes adultes ou…des moins jeunes, pour peu que votre enseignement et que les créneaux horaires proposés s’adaptent  à toutes ces tranches d’âges et à toutes les conditions physiques.

Coté « anciens », pour ceux qui n’ont pas fait de stages d’été, c’est le moment de remettre le judogi, de retrouver des sensations et des courbatures dans les jours qui suivront.

Pour un dojo, chaque année se présente  la nécessité de renouveler près de  50% de l’effectif, puisque selon les statistiques, c’est environ le pourcentage d’abandon d’une saison à l’autre ; un vrai défi ! Espérons que ce  ne soit pas encore plus difficile cette année, avec les évènements que nous subissons depuis quelques mois.

Pour ceux qui souhaitent entrer dans le monde des arts martiaux se pose la question du choix de la discipline. Ce qui n’est pas une mince affaire. Les motivations sont importantes. Est-ce le coté utilitaire, l’aspect entretien  physique, l’interne, etc. ? Les disciplines sont nombreuses, le débutant à de quoi s’interroger !

Ceci étant, c’est bien souvent un ami ou un membre de la famille qui fait découvrir le lieu dans lequel il s’épanouit. La proximité est aussi souvent déterminante.  A l’inverse, la réputation d’un dojo, elle peut faire franchir de bonnes distances.

Quoiqu’il en soit, il ne faut pas hésiter à demander de participer à une séance d’essai, bien que je crois que cette année, pour cause de Covid, cela ne sera pas autorisé. Je ne sais d’ailleurs pas s’il sera même permit de regarder un cours, tout simplement. C’est dommage, parce qu’avant de s’engager pour un an, il est préférable d’essayer. Une raison supplémentaire d’être inquiet pour cette saison.

Revenons, sur le problème des abandons. Quelles  en sont les raisons ? Je ne les ai jamais vraiment quantifiées, mais les principales sont les suivantes : la lassitude, l’impression de s’être trompé, que ce qui est proposé par le dojo ne correspond pas à ce que nous attendions. Il y des motifs qui s’imposent, comme un déménagement, un changement de vie personnelle ou professionnelle. Et puis des plus graves avec de sérieuses blessures et bien évidemment la maladie. Enfin, il existe une autre raison, celle qui concerne ceux qui ne persistent en rien et qui abandonnent en tout. Ceux-là ne sont pas majoritaires, heureusement.  Enfin, sans user d’un esprit grinçant, on ne peut faire autrement qu’évoquer ceux pour qui le dojo a fermé pour cause de Coronavirus.

Espérons que la majorité de ces lieux de culture, d’éducation physique et mentale tiendront le coup, grâce à leur ancienneté.

A tous et à toutes, je souhaite une bonne rentrée. Pour les néophytes, si vous avez le désir d’entrer dans le monde des arts martiaux, c’est que vous faites preuve de bon goût ; si vous avez la chance de tomber sur un professeur qui répond à vos aspirations, vous ne pourrez que passer une excellente année et bien d’autres encore,  c’est l’objectif lorsque l’on commence l’étude et la pratique de nos disciplines !

eric@pariset.net

Sans blague…

Dans un récent entretien (Match du 20 août) le Président de la République a déclaré qu’il n’était pas possible de mettre un pays à l’arrêt. Sans blague ! C’est pourtant ce qui a été fait au mois de mars et je suis bien placé pour confirmer que c’est destructeur.

Surtout pour une toute jeune entreprise qui n’avait pas eu le temps de constituer des réserves, avec une propriétaire qui exigeait ses loyers, avec des mois de fermeture qui s’enchainaient (et donc des dettes de loyers qui s’amoncelaient) et l’absence totale de visibilité. Je n’oublie pas l’abandon de l’état et des assurances.

Je sais que tout cela appartient au passé, à un passé que certains jugent stérile et presque inconvenant  de ressasser ; facile à dire lorsque l’on n’est pas concerné directement par la violence de l’évènement. Tout cela ne s’efface pas quand les désastreuses conséquences sont vécues au quotidien.

Ne plus pouvoir exercer son métier est traumatisant et presque humiliant. Aux problèmes purement matériels s’ajoute l’aspect psychologique  qui ne peut qu’entraîner des effets négatifs sur le plan physique. Sans compter que presque six mois sans mettre le judogi, c’est un record personnel. L’impossibilité de pratiquer et d’enseigner un art qui a été toute ma vie et pour lequel j’ai sacrifié beaucoup, par choix et par passion, est un choc. Je n’oublie pas une douloureuse désorganisation de la vie privée.

Donc, par devoir et par nécessité, tournons-nous vers le futur, même s’il est incertain, surtout à quelques jours d’une rentrée qui s’annonce «spéciale».

Malheureusement, il est difficile d’évoquer l’avenir de notre société en générale et celui des arts martiaux en particulier, sans être perplexe. Depuis le mois de mars, nous sommes entrés dans  une autre vie, une drôle de vie que certains appellent « la vie d’après », je ne suis pas persuadé qu’elle sera meilleure !
Heureusement tous les secteurs d’activité, ne sont pas touchés de la même manière, mais je crains que le mien ait du mal à se remettre de cette crise, ou alors il faudra du temps.

Revenons à cet avenir pour lequel je ne peux éviter d’être inquiet, même si l’esprit combattif qui est le mien ne m’abandonne pas (mais pour quel combat et contre quel adversaire ?), certains évènements nous dépassent.

Manifestement je ne suis pas le seul à ressentir de l’inquiétude, puisque selon un sondage, 74% des français éprouvent ce sentiment au moment où j’écris ces lignes.

Je suis inquiet aussi pour la discipline que je pratique et enseigne depuis des décennies.  Et si, avec les autres arts martiaux et sports de combat, elle était reléguée au rang d’espèce « en voie de disparition » ? Je ne pense pas exagérer, je regarde les informations. On nous dit à longueur de journée qu’une deuxième vague semble inévitable. Imaginons un seul instant qu’une nouvelle fermeture administrative frappe certains établissements recevant du public ! Les salles de sports et surtout les dojos seront forcément concernés. Les clubs qui ont pu résister à la première vague, grâce à leur ancienneté et qui espéraient vivre une rentrée « normale », auront du mal à résister à un deuxième assaut.
Même en excluant le scénario d’une nouvelle fermeture,  l’inquiétude face au virus, entretenue par un climat anxiogène comme on n’en n’a jamais connu, entrainera inévitablement des abandons et un nombre beaucoup moins important de nouvelles inscriptions.
Qu’en sera-t-il de l’exception accordée à certaines disciplines par rapport au port du masque ? Avec cette obligation qui se généralise, l’exception tiendra-t-elle encore longtemps ?  Que se passera-t-il alors à ce moment là ? Sachant que cette mesure est tout simplement incompatible avec une pratique de nos activités.

Et puis, sera-t-il possible d’appliquer le protocole sanitaire imposé ? Est-ce que tous les dojos en auront les moyens humains et matériels ? Enfin, ne manquera pas de se poser un problème de responsabilité que certains élus ou dirigeants ne souhaiteront peut-être pas assumer.
Par leurs vertus éducatives qui ne sont plus à prouver, les arts martiaux ont pourtant plus que jamais, leur place dans notre société qui ne souffre pas que du virus.

A  titre personnel, pour le moment, aucune décision ne peut être prise. Comme beaucoup, je ne peux qu’attendre (Il est des moments de la vie où une reconversion professionnelle ne semble pas réaliste, quoique !).

Alors, il faudra patienter et se nourrir d’espoir, tout en ne pouvant éviter de ruminer à propos de ces derniers mois vécus – pour certains – avec un fort sentiment d’injustice, puisque, me concernant, il s’agit, ni plus ni moins, d’une perte d’exploitation qui n’est pas indemnisée. C’est violent, brutale et inacceptable.

Espérons aussi que la gestion actuelle de cette crise réponde à une logique et que la nouvelle vie qui nous est imposée et dans laquelle les barrières sociales sont devenues la règle ne détruise pas le « vivre ensemble ». Il me semble que la méfiance, pour ne pas employer le mot de peur, ait envahit le quotidien de bon nombre d’entre nous.
Il nous faudra donc être armés de patience, d’espoir et de courage (les samouraïs n’en manquent pas) mais aussi parfois d’une certaine perspicacité pour deviner vers quoi
« on nous conduit ».

eric@pariset.net

Louis Renaudeau

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de Louis Renaudeau. Professeur de judo- ju-jitsu à La Roche-sur-Yon en Vendée, Il a animé le Judo-Club Yonnais durant une grande partie de sa vie.

Il était un excellent professeur capable de satisfaire toutes les tranches d’âges et toutes les aspirations, mais Il faisait aussi partie des infatigables entrepreneurs qui font avancés les choses. Doté d’une énergie hors du commun, il n’a cessé d’animer et de dynamiser ce dojo qui lui sera définitivement identifié.

Je l’avais rencontré en 1982, lorsque nous étions au début de l’aventure de l’atémi-ju-jitsu en France. C’était à Chamonix, à Pâques, à l’occasion du premier stage qui rassemblait des professeurs de judo qui souhaitaient se former dans cet aspect utilitaire et traditionnel qu’est le ju-jitsu. J’avais l’honneur et le plaisir d’encadrer ce rassemblement.

Après les entraînements quotidiens, nous nous retrouvions le soir autour d’une bonne bière (toujours avec modération) pour refaire le Monde (des arts martiaux et du ju-jitsu). Nous avions liées de solides relations qui dépassaient celles de collègues, il s’agissait d’une solide amitié.

A la suite de ce stage, nous avons eu une longue collaboration de plusieurs années, faite de stages et galas qu’il savait programmer et organiser avec un talent hors du commun. Entre La Roche et Les Herbiers, l’autre club du fief vendéen dont il avait également la charge, j’ai du me rendre une dizaine de fois dans ce beau département qui n’est plus très loin de chez moi, maintenant.

Je crois qu’à un moment donné, sous sa férule, le JCY comptait environ 650 adhérents, dont une section ju-jitsu qui a regroupé très vite 150 élèves. Que ce soit pour les stages ou pour les galas, à chaque fois j’ai bénéficié du meilleur accueil possible. Mes séjours en Vendée sont inoubliables.

C’était une personne d’une gentillesse extraordinaire, mais qui bénéficiant de l’autorité naturelle indispensable à un professeur et un entrepreneur.

A toute sa famille et à tous les membres du Judo-Club Yonnais, je présente mes plus sincères condoléances.

eric@pariset.net

Z comme Z (suite et fin du dictionnaire)

Aujourd’hui, avec la lettre Z, nous arrivons à la fin de mon dictionnaire.

Cela aurait pu être Z comme Zorro, un des héros de mon enfance, celui qui combattait la tyrannie et l’injustice, mais nous sommes un peu éloignés des arts martiaux, bien que ce justicier masqué pratique l’escrime, une discipline noble dans laquelle l’esprit chevaleresque n’est pas éloigné de celui qui animait l’âme des samouraïs et qui continue d’animer celle de beaucoup de pratiquants d’arts martiaux.

Plus terre à terre (c’est le cas de le dire), j’aurais pu choisir Z comme zoories ; ces chaussures qui ne pas assez utilisées dans les dojos pour circuler en dehors des tatamis ; question d’hygiène et d’éducation.

Il aurait pu être question de la fameuse position « zenkutsu dachi » qui a fait souffrir plus d’un karatéka à ses débuts.

En fait, j’ai choisi Z comme Zen. Un mot qui nous apaise rien qu’à le lire, l’entendre, ou l’écrire. « Rester zen » ! Cette expression populaire qui, dans une version simplifiée, signifie « rester tranquille ».

Une bonne dose de mysticisme entoure cette pratique issue de la religion bouddhiste. Des cours existent, mais chacun doit pouvoir appliquer sa propre « zenitude » qui consiste à apaiser l’esprit, et de ce fait le corps, ne serait-ce qu’en relativisant certains évènements qui nous assaillent, en leur donnant l’importance qu’ils méritent. Facile à dire, souvent moins facile à appliquer, surtout depuis quelques mois.

Chacun trouvera sa façon de faire, seul ou accompagné. Cette pratique interne est un excellent complément à celle des arts martiaux, qui doivent être considérés comme les arts de l’esprit, davantage que ceux de la guerre. Sagesse et art martial sont indissociables (lorsque leur pratique est autorisée).

Pour conclure cet article et à l’attention de ceux qui seraient intéressés par cette pratique, je conseille le beau petit livre « zen », de Maxence Fermine aux éditions « Michel Lafon poche ».

eric@pariset.net

Souvenirs de Golfe Bleu…

Après un article assez sombre mercredi dernier, aujourd’hui direction le soleil et la Provence. Exactement à Beauvallon-sur-Mer, un hameau situé sur la commune de Grimaud,  juste à coté de Sainte-Maxime et en face de Saint-Tropez. C’est un voyage vers le soleil et dans le temps que je vous propose en vous emmenant, quelques décennies plus tôt, dans un lieu magique qui malheureusement n’existe plus : le Golfe Bleu.
À l’initiative de Gérard et Armande Néél, couple de professeurs de judo au fort tempérament, fut ouvert dans les années 1950, à 300 mètres de la mer, au milieu d’une forêt de mimosas, de chênes lièges et de pins parasols, un centre de vacances un peu sur le modèle du « Club-Med ». Le couple avait comme projet de rassembler durant l’été des judokas et leurs familles pour des périodes d’une semaine ou plus. Le centre fonctionnant du 15 juin au 30 septembre. Au début, l’hébergement – quelque peu spartiate – se faisait dans des paillottes avec de la terre battue comme revêtement de sol ! Un tatami, protégé par un toit, mais ouvert sur les côtés, se trouvait au centre du village de vacances. Deux heures de techniques tous les matins et… deux heures de randoris toutes les fins d’après-midi. Pour encadrer tout cela, ce sont les meilleurs champions qui sont passés par ce lieu, ceci jusqu’à la fermeture du centre à la fin des années 1980 ! Mais ce sont les débuts de l’aventure qui sont assez fascinants et qui me laissent tant de souvenirs. En effet, mon père faisait partie de l’encadrement des premières années, avec bien sûr son « alter-ego » Henri Courtine et le fameux géant néerlandais (un pléonasme) Anton Geesink. Le centre recevait des  judokas de toute l’Europe, et même de plus loin. Souvent des équipes nationales venaient préparer les saisons suivantes. Dans ce lieu unique  une ceinture jaune pouvait faire le combat de sa vie avec un Champion du monde. Pour ma part et à l’âge qui était le mien, il ne s’agissait pas d’entraînement, mais tout simplement d’un endroit, ou pendant une petite dizaine d’années, j’ai vécu, de juin à septembre (à l’époque la rentrée des classes se faisait vers le 21 septembre) des vacances que je peux classer parmi les plus beaux moments de ma vie. Elles m’ont permis d’assister à des combats d’entraînements d’anthologie, de côtoyer les sommités du judo et des arts martiaux, de créer des amitiés indéfectibles et de faire de cette région ma région de cœur.
Aujourd’hui, un célèbre promoteur a mis fin à la colline magique. Seul rescapé, le restaurant-plage « Le Pingouin bleu », tenu par Pierrot, le fils de la famille. Si un jour vous passez par là, n’hésitez pas, vous serez bien accueillis et vous serez à quelques pas d’un lieu chargé d’une histoire comme on n’en connaîtra plus !

J’ai pensé ajouter à cet article quelques commentaires en rapport avec la carte postale qui l’illustre, mais aussi une description de ce qui faisait nos journées.

Toutes les prises de vue de cette carte qui date de 1974 font remonter de très forts souvenirs, mais il y en a une qui me marque particulièrement (en dehors d’Anton Geesink, hors catégorie), c’est celle qui se trouve en haut et à gauche. Elle représente le chemin qui descendait à la plage. Avec mon amie d’enfance Katy, la fille d’Henri Courtine, accompagnés de nos mères, nous allions tous les matins sur cette petite plage qui appartenait au camp de vacances. Nos pères étaient sur les tatamis pour le cours technique.  Après beaucoup de temps passé dans l’eau, nous remontions vers les 13 h 00. Il fallait d’abord traverser la route qui longe le littoral, la Nationale 98, ou bien emprunter un sinistre souterrain. Nous commencions alors à gravir le chemin qui nous menait au centre. La première partie se déroulait sous un soleil de plomb et puis d’un seul coup nous entrions dans un tunnel formé par de mimosas. Une délicieuse ombre naturelle nous délivrait d’une chaleur accablante. Seuls les végétaux peuvent procurer un tel bien-être. Avant de rejoindre la « salle à manger » installée sous des platanes centenaires qui nous abritaient eux aussi  de l’astre solaire, nous passions par le bloc sanitaire pour un efficace dessalage. L’après midi, après l’indispensable sieste, nous ne retournions pas à la plage. Les judokas suaient sang et eau dans leurs judogis, les compagnes assistaient bien souvent aux exploits de leurs moitiés, assises sur les bancs qui entouraient le dojo de plein air. Je précise qu’à l’époque, très peu de femmes pratiquaient le judo, c’est pour cette raison que j’emploi le mot compagne et non pas compagnon. Quant à nous, les plus jeunes, nous nous retrouvions pour nous livrer à différentes activités. Les enfants savent toujours s’occuper lorsqu’ils sont ensembles, même sans écran, Dieu merci. Après l’entraînement, nous nous retrouvions tous pour le dîner, et juste un peu avant la fin du repas, avec la permission des parents, il y avait un grand moment que nous attendions tous, nous les enfants,  c’était lorsque nous investissions le tatami, jusqu’à ce que nos parents qui finissaient la soirée au bar viennent nous arracher à ce lieu transformé en véritable cours de récréation. Le dimanche, le judo faisait une pause. Bien souvent pour se reposer et surtout pour chercher et trouver un peu de fraîcheur, nous montions dans l’arrière pays, pique-niquer au pied d’un magnifique village, qui à l’époque était abandonné : Bargème. Je me souviens qu’en ce temps un petit ruisseau qui descendait de la montagne nous permettait de mettre les melons au frais. Voilà le genre d’image dont je me souviens avec une précision hallucinante. Ce n’est pas la seule,  on n’échappe pas à son enfance. Avant de redescendre dans la fournaise, s’imposait une halte à Bargemon, autre village typique du Haut-Var, pour un dîner où la charcuterie régionale et les écrevisses faisaient bon ménage dans les assiettes. Le retour était un peu laborieux dans la mesure où pour rejoindre Beauvallon, la route n’était absolument pas celle qui existe maintenant. Traverser ce qu’on appelle le « Gratte-loup » qui est une partie du magnifique Massif des Maures,  relevait presque de l’exploit, surtout de nuit. Entre Le Muy (ceux qui se rendent dans le golfe de Saint-Tropez connaissent bien ce nom, puisque c’est là que se situe la sortie de l’autoroute) et la côte il fallait une heure et demi, alors que trente minutes suffisent maintenant. Les virages qui étaient la cause de ce trajet sans fin représentaient parfois une véritable épreuve pour nos estomacs. Après une nuit, quelques fois en compagnie de nos amis les moustiques, nous étions prêts pour une nouvelle semaine de vacances inoubliables.

J’avais déjà proposé un article sur le Golfe bleu en 2008 sur mon blog, il avait suscité beaucoup de commentaires élogieux, manifestement je ne suis pas le seul à être marqué par cette histoire.