« Le chemin des dans »

« La ceinture noire n’est pas un aboutissement, mais un accomplissement. » Cette réflexion émanant d’un de mes élèves, et que je me plais à citer régulièrement, me semble une évidence, encore fallait-il trouver les mots justes pour l’exprimer. Cependant, lorsque l’on analyse les chiffres et que l’on constate le peu de candidats aux dans supérieurs, comparativement au premier, on s’interroge. La belle expression prendrait alors la forme d’un vœu, mais elle ne reflète malheureusement pas la réalité. Comment se fait-il qu’une fois la ceinture noire atteinte, la majorité des pratiquants renoncent à gravir les autres échelons, alors que pourtant la  plupart continuent à s’adonner régulièrement à leur passion ?
J’y vois quelques raisons.
D’abord, pour le 2e dan, la couleur de la ceinture ne change pas. Elle restera noire jusqu’au 6e. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à une époque florissaient des barrettes sur les ceintures, équivalentes au nombre de dans. Un peu comme à l’armée (!). Ensuite, dans les grades d’expression technique, nous proposons un programme chargé qui demande des sacrifices en matière de temps. Cela n’est pas forcément compatible avec la vie parfois compliquée de notre époque. Le souvenir d’incalculables heures de répétition, à peaufiner le moindre détail, à bachoter le programme par ceinture, à amortir les innombrables chutes, etc., tout cela nous hante quelque peu. L’on se dit que nous sommes repartis pour plusieurs mois. Et puis parfois, le partenaire avec lequel nous nous étions bien entendus lors des répétitions et avec qui nous avions partagé la liesse de la réussite, et bien ce partenaire a déménagé ! Alors la nécessité de repartir à la recherche du parfait binôme s’impose à nous. Et ce n’est pas si simple. Nous l’avions déjà évoqué sur ce même blog.
Et enfin, pour certains, la ceinture noire représente ? malgré tout ? une sorte de « bâton de maréchal ». Non pas un aboutissement signifiant l’arrêt des visites au dojo, mais le sentiment  (souvent inexact) que nous ne pourrons mieux faire, que nous avons atteint notre maximum. Des problèmes de santé peuvent aussi contraindre au renoncement.
A l’inverse, décider de passer les grades supérieurs, c’est se remettre en question, c’est s’astreindre à un entraînement encore plus régulier, donc à réaliser des progrès. C’est s’imposer de la rigueur en adoptant un rythme de répétions et c’est aussi s’assurer une bonne dose d’adrénaline à l’approche de l’examen (se faire un peu peur). Et enfin, en cas de succès, l’assurance de la satisfaction du travail accompli contribuera à notre bonheur. S’il y a échec, on mesurera notre taux de volonté à nous remettre très vite au travail.
En guise de conclusion, je dirai que dans les arts martiaux existe un système de grades, alors pourquoi ne pas se prendre au jeu, si la santé nous le permet ! Quoi qu’il en soit, passer les grades, ou pas, l’essentiel reste de pratiquer, d’être présent au dojo, ne serait-ce que pour aider les moins gradés. C’est une tradition propre à nos disciplines et il est indispensable que cela reste ainsi. Et puis, nous avons toujours à apprendre et à découvrir, quels que soient notre niveau et notre âge.
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com

Violence

Les faits divers regorgent d’actes de violence et ce n’est malheureusement pas nouveau. Mais, il y a une époque où ceux-ci n’étaient pas aussi largement relayés, comme ils le sont maintenant, notamment à l’aide des réseaux sociaux. Est-ce une raison pour s’en satisfaire et ne pas continuer le combat contre ce fléau qui enlaidit notre société depuis des lustres ? Chacun, à sa place, a son rôle à jouer. Celui des professeurs est important. Enseigner les arts martiaux avec une bonne pédagogie et surtout un état d’esprit qui présente nos disciplines comme étant des systèmes de self-défense, certes, mais aussi inculquer aux étudiants des principes de contrôle, de maîtrise et de respect, telle doit être la mission. Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme, nous pratiquons des disciplines de combat, mais il n’est pas utile de proposer une pratique violente dans les dojos. Se défendre, oui, mais ne pas oublier, comme cela était rappelé dans un conte que j’avais publié sur ce blog l’été dernier, que la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre. Maintenant, il n’est pas non plus nécessaire de diffuser des images de combat de disciplines aux règles « très larges » ou inexistantes dans lesquelles le respect de l’adversaire n’est pas flagrant. Assister, par exemple, à des frappes sur une personne à terre n’est pas forcément le meilleur remède à cette lutte contre la violence.
Il est certain que ni un enseignement mal adapté, ni des images par trop violentes ne sont les seuls responsables d’agissements violents, mais d’une certaine façon ils les cautionnent et leur existence et surtout leur diffusion ne vont certainement pas dans la bonne direction, la bonne voie : le fameux DO des arts martiaux.
Site du club de ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com