Mes démonstrations. Le début !

 

 

 

 

 

 

Même si elles n’ont pas été l’essentiel de ma vie professionnelle, celle-ci étant occupée à 99 % par l’enseignement, les démonstrations ont représenté de grands moments dans ma vie de budoka et elles ont largement participé à une modeste notoriété dans le monde des arts martiaux, dans notre pays et au-delà !

Leur préparation prenait du temps, mais j’éprouvais autant de plaisir dans l’élaboration de l’enchaînement  que lors de sa présentation.  La préparation était un travail minutieux qui consistait à choisir les techniques et les enchaînements, de façon à obtenir une présentation la plus complète possible de la discipline. Ensuite il y avait de nombreuses répétitions, cela  me rassurait et surtout j’avais à cœur d’essayer de proposer un travail soigné. La présentation, pour peu qu’elle soit appréciée, était la récompense de ce travail durant lequel les heures et la sueur n’étaient pas comptées.

Pour resituer les choses précisément, c’est au camp varois du Golfe-Bleu, bien souvent évoqué dans mes articles, que leur histoire a connu ses débuts.(Il s’agissait d’un camp de vacances où se tenait chaque été un stage international de judo.)

Cette première présentation n’avait pas grand-chose à voir avec les suivantes, elle  avait avant tout le goût des vacances, nous étions davantage dans l’animation d’une soirée d’été que dans l’ambiance d’un gala d’arts martiaux.

Comme dans beaucoup de villages de vacances les soirées proposent différents spectacles.

Nous étions en 1977. Cette année là, je dirigeais un stage de ju-jitsu durant le mois d’août en compagnie d’un élève de mon père, Michel Yacoubovitch. De dix ans mon ainé et cinquième dan à l’époque, il avait été un brillant compétiteur  de niveau national en judo et était convaincu lui aussi par la méthode de ju-jitsu.

Le responsable des animations nous avait demandé de mettre au point  une démonstration ayant pour  thème un combat à mains nues entre deux samouraïs.

Le scénario était le suivant : « Une légende raconte que certaines nuits de pleine lune, dans un jardin d’un temple japonais, les statuts représentant d’illustres samouraïs s’animent pour revivre les combats de leurs glorieux ancêtres ». Un peu « bateau » je l’admets, mais nous étions au mois d’août sur la côte d’azur.

Michel étant mon ainé en âge et en grade, c’est tout naturellement que le rôle d’Uke me fût attribué.

Bien qu’étant dans un centre où se déroulait l’un des plus grands rendez-vous du judo de la planète, nous étions à une époque où les tatamis n’étaient pas amovibles, c’est  sur le plancher de la scène du petit théâtre du village que nous dévions évoluer.
Nous avions donc décidé de présenter une démonstration uniquement composée de techniques effectuées au ralenti. Nous n’étions pas vraiment en tenue de samouraïs, ni même en kimonos, mais tout simplement en pantalon et torse nu ; jeunes, musclés et bronzés !

Le rideau se levait alors que j’étais porté en « kata-guruma » par mon partenaire ; tous les deux parfaitement statufiés. Un texte présentait le pitch et une musique asiatique suivait.

A partir de ce moment Michel me reposait et nous entamions un combat en donnant l’impression d’un film diffusé au ralenti. La prestation n’excédait pas quelques minutes elle était composée de techniques pouvant s’effectuer très lentement. L’ensemble étant accompagné d’un magnifique jeu de lumières.

Nous avons remporté un joli succès, cela  m’a donné l’envie de continuer et c’est donc par une douce nuit provençale qu’a débuté l’histoire de mes démonstrations.

La suite eu lieu assez vite, un mois après en septembre, à Paris au Stade de Coubertin, elle fera l’objet d’un prochain article.

Mon ju-jitsu

Aucune appropriation, ni prétention dans ses deux mots, mais juste l’expression de mes préférences.  Celles que j’éprouve en matière de ju-jitsu, une appellation dans laquelle on retrouve presqu’autant d’écoles que de pratiquants, avec souvent de grandes différences, non seulement techniques mais aussi « philosophiques ». C’est un autre sujet.

Le ju-jitsu que je pratique, enseigne et démontre (quand un virus ne vient pas l’interdire) c’est  tout naturellement en France, avec mon père que je l’ai appris. Il a été l’un des premiers judokas français à conquérir un palmarès exceptionnel, ce qui ne l’a pas empêché d’être passionné par les autres disciplines de combat. Sa croisade pour la réhabilitation du ju-jitsu au début des années 1970 en est la meilleure preuve. Ce que l’on appelé à l’époque la méthode « atémi ju-jitsu » qui soulignait la revalorisation du secteur des coups, m’a tout de suite séduit.

Les deux premiers qualificatifs que je lui associerais sont : simplicité et évolutivité.

Simplicité, dans la mesure où, à l’aide d’un enseignement adapté, tout le monde peut pratiquer cet art. Evolutif, justement parce que la richesse technique donne d’infinies possibilités d’évolution. Le nombre de techniques, les variantes et les différentes combinaisons sont sans limites.
Le principe de non-opposition qui parfois est oublié, lui confère une sorte d’universalité.

L’ensemble de ces éléments lui donne une efficacité incontestable en matière de self-défense. Le ju-jitsu est aussi une formidable méthode d’éducation physique et mentale.

La construction d’enchaînements dans lesquels on recherche la fluidité entre les différentes composantes m’a toujours passionné. On peut être performant dans les trois secteurs qui composent le ju-jitsu (coups, projections et contrôles) sans forcément faire preuve de fluidité lorsque que l’on doit les enchainer. Or, c’est cette capacité à enchainer les différentes techniques, qui fait l’efficacité et l’intérêt de notre ju-jitsu.

Que ce soit à l’occasion de mes démonstrations, mais bien plus encore dans mon enseignement, j’ai toujours apprécié cette création d’enchainements dans lesquels les techniques se suivent le plus naturellement possible. Partant du principe, par exemple, qu’un coup enchaîné avec une projection et un contrôle ne devaient faire qu’un. Loin d’une « salade composée », mais plus proche d’un plat unique dans lequel le liant donne toute la saveur.

Les livres et DVD présentés sur la photo d’illustration de cet article ne sont pas des recueils  de recettes de cuisine, mais bien composés de techniques et d’enchaînements de ju-jitsu. Leur publication  a été faite dans le but de servir de support à un enseignement qui ne peut se faire que sous la responsabilité d’un professeur. Cela a représenté un gros travail qui venait en complément de mon métier, des stages et des démonstrations effectués en France et à l’étranger. Mais la passion est un excellent pourvoyeur d’énergie.

Privé depuis quelques mois d’action pour cause de virus, l’exhumation des souvenirs  est un palliatif salvateur, en attendant de pouvoirs créer d’autres moments qui marquerons la mémoire. L’action, quand elle sera possible, se transformera forcément en souvenirs.

Est-ce que demain aujourd’hui sera hier ?

eric@pariset.net

Un état des lieux et une question…

La semaine dernière, j’évoquais l’importance de la régularité dans la pratique. Ce n’est pas cette année qu’il sera facile de suivre cette recommandation, même avec la meilleure volonté du monde, surtout dans certaines régions. Certes, le gouvernement a revu sa copie en autorisant les moins de 18 ans à fouler les tatamis, mais pour les adultes il faudra patienter encore au moins quinze jours, dans les fameuses régions en rouge. Nous ne sommes plus à quelques changements de programme près.

Combattre le virus réclame sans doute des réglages, des « adaptations à la situation », on aimerait juste un peu moins de cacophonie,  moins de divergences d’opinion entre les scientifiques et plus  de cohérence (et de vérité) de la part des politiques.

On ne peut que constater le manque d’accueil dans les hôpitaux, mais est-ce notre faute à nous, contribuables de base, si  l’argent public (notre argent) est mal utilisé ? D’autant que ceux qui sont en charge de cette « utilisation » ne sont jamais sanctionnés financièrement à titre personnel en cas de faute et de mauvaise gestion. Par contre, la sanction  est tombée pour des citoyens qui n’ont commis aucune  faute et qui ne demandaient qu’une chose : travailler. C’est juste insupportable !

Peut-être aussi qu’en six mois il aurait été possible de faire en sorte de  ne pas être pris au dépourvu face à cette deuxième vague pourtant  largement annoncée !

Il y a la gravité de la pandémie, mais maintenant commencent à se faire sentir les d’autres dommages. Nous entrons, pour certains domaines, dans une phase destructive sur bien des plans, c’est indiscutable.
Les aides promises, si les promesses sont tenues, sont de toutes les façons bien insuffisantes face au montant des préjudices.  Nous allons devoir faire face au chômage pour certains, aux faillites personnelles pour d’autres, des familles entières plongées dans la précarité et ensuite dans la misère avec  d’inévitables drames humains.

Sans compter que le fait que tout le monde ne soit pas impacté de le même manière a tendance à opposer certains secteurs à d’autres ; cela ne va pas dans le sens d’une indispensable cohésion sociale. Peut-être est-ce souhaité ?

Je ne pensais pas qu’un jour ce beau métier (professeur d’arts martiaux), celui de dispenser un savoir,  serait un jour attaqué de la sorte.  Ce métier qui a été aussi celui de ceux qui m’ont tout appris et que nous sommes encore nombreux à exercer.

Dans les arts martiaux, il y a trois types de victimes. Les pratiquants, les professeurs et nos disciplines.

Pour les pratiquants, la frustration est le premier effet négatif. Pour beaucoup en ce moment, elle s’accompagne d’un sentiment d’injustice, tout du moins d’incompréhension. Il y a la frustration consciente et celle qui l’est un peu moins, mais plus destructive. La première est très simple à expliquer : on est déçu, tout simplement. Déçu de devoir arrêter un processus de progression, déçu de ne plus passer un moment agréable durant lequel on fortifie son corps, améliore son esprit et tisse du lien social.  La deuxième, c’est tout notre corps (y compris notre tête) qui en pâti. C’est un secret pour personne que lors des entraînements nous fabriquons de l’endorphine, qui est une sorte de drogue naturelle (licite), mais dont il est difficile de se passer. Cette endorphine est aussi un antidépresseur naturel qui ne coute rien à la société. Or depuis plusieurs mois, on subit un sérieux sevrage. C’est dommageable pour chaque individu et par conséquent pour la collectivité. Les bienfaits du sport sur la santé sont connus, c’est presqu’irresponsable de s’en passer. On me dit qu’il y a plus grave, mais à force de tout reléguer au second plan, la vie va vite devenir « compliquée » et dépourvue de toute saveur.

Quant aux professeurs, pour ceux dont ce n’est pas le métier, c’est contrariant, même très contrariant, la responsabilité vis-à-vis d’un groupe que l’on se doit de faire progresser est remise en cause d’une certaine façon. Pour ceux dont c’est le métier, c’est catastrophique. J’emploie volontairement le mot de métier, plus noble que « travail ». Surtout un métier comme professeur, qui plus est, professeur d’un art. Ce qui nous conduit au mot artisan, les définitions du « Larousse » me conviennent parfaitement. En effet, il y en a deux, celle qui fait état de l’aspect purement administratif : «Travailleur indépendant, qui justifie d’une qualification professionnelle et d’une immatriculation au répertoire des métiers pour l’exercice, à son propre compte, d’une activité manuelle ». Et puis, la seconde qui reflète bien la réalité : « Personne qui pratique un métier manuel selon des normes traditionnelles ». Parfait !

Toute ma vie, j’ai travaillé, sans ne jamais rien réclamer à personne. Je comptais sur ma force de travail et mes compétences. Lorsque surgissaient des obstacles, je les franchissais, parfois dans la douleur, mais je ne reculais pas ! Confronté à l’INTERDICTION, la volonté ne sert à rien ! A moins de devenir hors-la-loi et s’exposer à une forte répression.

Dans notre domaine, les dernières victimes sont nos disciplines. Un arrêt comme celui que nous avons connu de mars à l’été dernier, en plus d’être inédit, est ravageur. Et, dans certaines régions, dès cette semaine, cela recommence, c’est un peu trop, quand même !  Le plus préoccupant, c’est la stigmatisation qui risque d’entourer nos arts de combat, freinant inévitablement de nouvelles vocations. Or, comme dans toutes les sociétés, s’il n’y a pas de renouvellement, il y a extinction de la race. Nous n’en sommes pas encore là, il n’est pas envisageable que les arts martiaux cessent de vivre, mais ce qui est important, c’est que les structures qui les accueillent et les professeurs qui les enseignent, puissent survivre. La vigilance et la combativité sont plus que jamais de mise, même pourvues de faibles moyens.
Juste une question pour conclure : pour combattre ce virus, n’y avait-il vraiment aucun autre moyen que celui de mettre notre pays à l’arrêt et de massacrer des pans entiers de notre économie ? Ce qui ne manquera pas d’anéantir d’autres vies.

eric@pariset.net

Nouveau coup dur ou coup de grâce ?

L’annonce faite par le ministre de la santé concernant la fermeture des salles de sports dans certaines régions est un nouveau coup (très) dur, on peut presque parler d’exécution !
Cette annonce – émanant d’une décision prise unilatéralement par des gens qui ne connaîtront jamais les fins de mois difficiles ni l’angoisse de la faillite personnelle – prise en plein mois de septembre, le mois des inscriptions, risque d’être fatale à ceux qui avaient réussi à passer la première vague !
Quelle tristesse. Je sais qu’il faut toujours garder l’espoir. « Tant qu’il y a de la vie… ». Je ne suis pas persuadé que ce genre de  formule ait encore un sens dans la situation actuelle. Il ne s’agit pas de pessimisme, mais de réalisme.
Il y a l’aspect assassin pour ceux dont c’est le métier, mais il y a aussi l’aspect affectif. Assister â un tel massacre ne peut laisser insensible ! Certes, il faut garder l’espoir, nous sommes des combattants, mais contre quel adversaire et avec quels moyens ? Entre ce virus et sa gestion, il y a fort à faire (surtout sa gestion). Quelle désolation !
eric@pariset.net

Régularité, rigueur et souvenirs.

Il s’agit d’un article déjà mis en ligne  il y presque un an, mais quelque peu remanié.

Pour peu que la crise laisse la possibilité et l’autorisation de pratiquer les disciplines de combat, la régularité sera un élément déterminant dans cette pratique.

Davantage que la quantité de cours suivis par semaine, c’est la régularité qui prime pour réaliser des progrès. Un quotidien stressant (il ne l’a sans doute jamais été autant qu’en ce moment) ajouté parfois à une boulimie d’activités diverses ne facilitent pas la mise en place d’un rythme qui pourra pourtant s’avérer bénéfique sur bien des plans.

Lorsqu’il est possible de s’imposer une certaine rigueur, par exemple celle de fidéliser son entraînement sur les mêmes horaires, les résultats sont au rendez-vous ; pour progresser, mais aussi tout simplement pour adhérer à une forme de discipline, dans le but de prouver que nous sommes capables d’être soumis à quelques efforts qui ne ressemblent pas à d’extraordinaires contraintes. Au final ils nous offriront de belles autosatisfactions.

S’entraîner quand on le veut et s’entraîner quand on le peut, ce n’est pas la même chose. Comme expliqué plus haut, le stress du quotidien lié aux contraintes de certains métiers et aux obligations familiales sont des raisons recevables, mais lorsque l’on va s’entrainer parce que l’on a rien à faire de mieux, c’est regrettable ; certes nous sommes dans les loisirs mais nous pratiquons des disciplines particulières dans lesquelles « le mental » joue un rôle important, il n’est jamais inutile de le renforcer, ça peut servir dans notre quotidien.

La régularité est bonne pour l’esprit, mais aussi pour le corps. Celui-ci à une mémoire, il se souvient et lui imposer des irrégularités dans une pratique ne fera que semer le trouble, ce qui ne manquera pas de créer de néfastes désordres.

« Dans le temps », au célèbre dojo parisien de « La rue des Martyrs », il y avait cours de judo tous les soirs. Certains venaient les mardis et vendredis, d’autres les lundis et jeudis, ou encore les mercredis et samedis.  Chaque soirée avait sa spécificité. Et bien, il ne serait venu à l’idée de personne de manquer une seule de ces séances ou de la déplacer sur un autre soir, sauf nécessité absolue due à un souci de santé.  Il ne serait pas non plus venu à l’idée d’accepter une invitation ou d’organiser une réception chez soi lors de ces deux soirs. L’entraînement passait avant le reste.

A cette époque, ces réactions n’étaient peut-être pas le fruit d’une pleine conscience des bienfaits précités, mais sans aucun doute elles étaient dictées par une forme de respect plus important de la discipline que ça ne l’est actuellement ; ce n’est pas forcément la faute des pratiquants, mais d’une société qui nous abreuve immodérément de produits jetables.

C’est bien dommage, ce n’est certainement pas la meilleure façon pour s’immerger complètement  dans l’art martial. Le professeur possède aussi sa part de responsabilité, dans la mesure où c’est à lui de proposer des méthodes d’apprentissage et d’entraînement attractives qui donneront l’envie de persévérer, ainsi qu’une ambiance à la fois sérieuse et légère.
Finissons par une note positive en déclarant qu’une pratique, même «hachée » est préférable à aucune pratique et qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et s’imposer une petite discipline, dans la mesure de nos possibilités.
Il n’a échappé à personne, surtout pas à moi, que cette année est particulière et que beaucoup de raisons ne favorisent pas la régularité, ni même la pratique et tout simplement l’inscription dans des disciplines dites de contact. Assister à cet état de fait en en ne disposant que d’une étroite marge de manœuvre, c’est difficile ! Espérons un coup de pouce du destin !

La photo d’illustration représente le dojo de la Rue des martyrs à Paris, au début des années 1960.

eric@pariset.net

La tenue

Après avoir évoqué le dojo il y a quinze jours, puis le professeur la semaine dernière, aujourd’hui intéressons nous à « la tenue ».

« L’habit ne fait pas le moine », un peu quand même.

Par facilité on l’appelle le « kimono », mais ce nom désigne plus spécifiquement un vêtement, très joli, par ailleurs.

Chaque art martial possède sa propre appellation pour désigner ce que l’on revêt dans un dojo ; parmi les plus répandues on trouve le judogi, le karategi, le keikogi. On évoque très peu le « jujitsugi ». Pour les principaux arts martiaux japonais  on peut le nommer « dogi ». En taekwondo, c’est le dobok. Quel que soit son nom, cette tenue est importante et ne saurait être négligée ; j’y vois plusieurs raisons.

D’abord, chaque discipline sportive possède son « uniforme » ; il ne viendrait pas à l’idée d’un footballeur de se rendre sur un terrain de foot en judogi.

Ensuite, grâce à sa texture cette tenue est pratique et hygiénique. Elle est résistante aux différents assauts et autres sévices qu’on lui fait subir. Elle est hygiénique, elle permet d’absorber les litres de sueur produits lors des entraînements. Cette uniformité possède également comme vertu d’effacer toute distinction sociale. On ne frime pas vraiment dans un « gi ». Nous sommes tous égaux pour ces moments d’étude et de partage. Enfin, dans le combat rapproché elle évite une proximité qui peut  être rebutante pour certains et certaines.

Cette tenue, je la respecte au plus haut point ; n’est-elle pas mon principal « outil de travail » ? (quand on a du travail).  Elle est aussi  devenue au fil des années ma « deuxième peau ». Parfois elle a même été mon « bleu de travail », comme nous le verrons plus bas. Certains s’en affranchissent quelques fois,  c’est dommage, surtout dans des disciplines dites à traditions.

Au début des années 1970, à l’initiative du champion de judo néerlandais Anton Geesink, il y eut une tentative de kimonos de couleurs qui n’a pas vraiment connu le succès. Ensuite, au début des années 1990, le kimono bleu est apparu lors de certaines compétitions de judo, dans le but de facilité la compréhension des combats. Dans le même esprit, j’ai moi-même opté pour cette couleur dans mes démonstrations et dans des ouvrages. Quelques professeurs l’utilisent à l’occasion de leurs cours, cela a été mon cas durant quelques temps, pour « aérer » mes tenues de démonstration, à l’époque où j’en faisais. Une fois cette époque passée, je suis revenu à la pure tradition. Et puis un enseignant doit pouvoir se distingue davantage par son savoir et son aura que par sa tenue.

Dans cet article j’évoque les arts martiaux, mais d’autres sports de combats possèdent leur propre tenue (boxe, lutte, etc.) et continuent à l’arborer fièrement.

Enfin, l’utilisation de la « tenue de ville » (adaptée) pourra être considérée comme un complément à l’étude de la self-défense, dans des cours spécifiques. Ce pourra être aussi une approche et une étape avant de rejoindre le monde des budos.

En illustration, un kimono ayant appartenu à Jigoro Kano !

Une rentrée

Même si je ne participe pas à celle-ci, je sais ce que représente « la rentrée » pour tous les professeurs et notamment ceux qui enseignent les arts martiaux.

Je n’ignore pas que cette année, elle aura un goût particulier, elle sentira davantage le gel hydroalcoolique que la transpiration, pour peu que le masque nous permette de faire la distinction.
Cela ne m’empêche pas de ranimer quelques souvenirs d’une période à la saveur particulière.

A l’approche de chaque mois de septembre, ce sont des sentiments différents qui se mélangent : une  certaine mélancolie due à la fin des vacances, mais aussi le plaisir de retrouver amis et habitudes, celui de pouvoir à nouveau  revêtir le judogi et de fouler les tatamis, et puis il y a ce sentiment de revenir chargé d’énergie et de projets.

Chaque rentrée  est un nouveau départ, une nouvelle aventure. Pour les professeurs, c’est à chaque fois une remise en question ;  rien n’est jamais acquis.

Et puis, si c’est le moment de retrouver les fidèles, c’est aussi celui d’accueillir de nouveaux élèves. Que ce soit des enfants, des préados, des adolescents ou de jeunes adultes ou…des moins jeunes, pour peu que votre enseignement et que les créneaux horaires proposés s’adaptent  à toutes ces tranches d’âges et à toutes les conditions physiques.

Coté « anciens », pour ceux qui n’ont pas fait de stages d’été, c’est le moment de remettre le judogi, de retrouver des sensations et des courbatures dans les jours qui suivront.

Pour un dojo, chaque année se présente  la nécessité de renouveler près de  50% de l’effectif, puisque selon les statistiques, c’est environ le pourcentage d’abandon d’une saison à l’autre ; un vrai défi ! Espérons que ce  ne soit pas encore plus difficile cette année, avec les évènements que nous subissons depuis quelques mois.

Pour ceux qui souhaitent entrer dans le monde des arts martiaux se pose la question du choix de la discipline. Ce qui n’est pas une mince affaire. Les motivations sont importantes. Est-ce le coté utilitaire, l’aspect entretien  physique, l’interne, etc. ? Les disciplines sont nombreuses, le débutant à de quoi s’interroger !

Ceci étant, c’est bien souvent un ami ou un membre de la famille qui fait découvrir le lieu dans lequel il s’épanouit. La proximité est aussi souvent déterminante.  A l’inverse, la réputation d’un dojo, elle peut faire franchir de bonnes distances.

Quoiqu’il en soit, il ne faut pas hésiter à demander de participer à une séance d’essai, bien que je crois que cette année, pour cause de Covid, cela ne sera pas autorisé. Je ne sais d’ailleurs pas s’il sera même permit de regarder un cours, tout simplement. C’est dommage, parce qu’avant de s’engager pour un an, il est préférable d’essayer. Une raison supplémentaire d’être inquiet pour cette saison.

Revenons, sur le problème des abandons. Quelles  en sont les raisons ? Je ne les ai jamais vraiment quantifiées, mais les principales sont les suivantes : la lassitude, l’impression de s’être trompé, que ce qui est proposé par le dojo ne correspond pas à ce que nous attendions. Il y des motifs qui s’imposent, comme un déménagement, un changement de vie personnelle ou professionnelle. Et puis des plus graves avec de sérieuses blessures et bien évidemment la maladie. Enfin, il existe une autre raison, celle qui concerne ceux qui ne persistent en rien et qui abandonnent en tout. Ceux-là ne sont pas majoritaires, heureusement.  Enfin, sans user d’un esprit grinçant, on ne peut faire autrement qu’évoquer ceux pour qui le dojo a fermé pour cause de Coronavirus.

Espérons que la majorité de ces lieux de culture, d’éducation physique et mentale tiendront le coup, grâce à leur ancienneté.

A tous et à toutes, je souhaite une bonne rentrée. Pour les néophytes, si vous avez le désir d’entrer dans le monde des arts martiaux, c’est que vous faites preuve de bon goût ; si vous avez la chance de tomber sur un professeur qui répond à vos aspirations, vous ne pourrez que passer une excellente année et bien d’autres encore,  c’est l’objectif lorsque l’on commence l’étude et la pratique de nos disciplines !

eric@pariset.net

Sans blague…

Dans un récent entretien (Match du 20 août) le Président de la République a déclaré qu’il n’était pas possible de mettre un pays à l’arrêt. Sans blague ! C’est pourtant ce qui a été fait au mois de mars et je suis bien placé pour confirmer que c’est destructeur.

Surtout pour une toute jeune entreprise qui n’avait pas eu le temps de constituer des réserves, avec une propriétaire qui exigeait ses loyers, avec des mois de fermeture qui s’enchainaient (et donc des dettes de loyers qui s’amoncelaient) et l’absence totale de visibilité. Je n’oublie pas l’abandon de l’état et des assurances.

Je sais que tout cela appartient au passé, à un passé que certains jugent stérile et presque inconvenant  de ressasser ; facile à dire lorsque l’on n’est pas concerné directement par la violence de l’évènement. Tout cela ne s’efface pas quand les désastreuses conséquences sont vécues au quotidien.

Ne plus pouvoir exercer son métier est traumatisant et presque humiliant. Aux problèmes purement matériels s’ajoute l’aspect psychologique  qui ne peut qu’entraîner des effets négatifs sur le plan physique. Sans compter que presque six mois sans mettre le judogi, c’est un record personnel. L’impossibilité de pratiquer et d’enseigner un art qui a été toute ma vie et pour lequel j’ai sacrifié beaucoup, par choix et par passion, est un choc. Je n’oublie pas une douloureuse désorganisation de la vie privée.

Donc, par devoir et par nécessité, tournons-nous vers le futur, même s’il est incertain, surtout à quelques jours d’une rentrée qui s’annonce «spéciale».

Malheureusement, il est difficile d’évoquer l’avenir de notre société en générale et celui des arts martiaux en particulier, sans être perplexe. Depuis le mois de mars, nous sommes entrés dans  une autre vie, une drôle de vie que certains appellent « la vie d’après », je ne suis pas persuadé qu’elle sera meilleure !
Heureusement tous les secteurs d’activité, ne sont pas touchés de la même manière, mais je crains que le mien ait du mal à se remettre de cette crise, ou alors il faudra du temps.

Revenons à cet avenir pour lequel je ne peux éviter d’être inquiet, même si l’esprit combattif qui est le mien ne m’abandonne pas (mais pour quel combat et contre quel adversaire ?), certains évènements nous dépassent.

Manifestement je ne suis pas le seul à ressentir de l’inquiétude, puisque selon un sondage, 74% des français éprouvent ce sentiment au moment où j’écris ces lignes.

Je suis inquiet aussi pour la discipline que je pratique et enseigne depuis des décennies.  Et si, avec les autres arts martiaux et sports de combat, elle était reléguée au rang d’espèce « en voie de disparition » ? Je ne pense pas exagérer, je regarde les informations. On nous dit à longueur de journée qu’une deuxième vague semble inévitable. Imaginons un seul instant qu’une nouvelle fermeture administrative frappe certains établissements recevant du public ! Les salles de sports et surtout les dojos seront forcément concernés. Les clubs qui ont pu résister à la première vague, grâce à leur ancienneté et qui espéraient vivre une rentrée « normale », auront du mal à résister à un deuxième assaut.
Même en excluant le scénario d’une nouvelle fermeture,  l’inquiétude face au virus, entretenue par un climat anxiogène comme on n’en n’a jamais connu, entrainera inévitablement des abandons et un nombre beaucoup moins important de nouvelles inscriptions.
Qu’en sera-t-il de l’exception accordée à certaines disciplines par rapport au port du masque ? Avec cette obligation qui se généralise, l’exception tiendra-t-elle encore longtemps ?  Que se passera-t-il alors à ce moment là ? Sachant que cette mesure est tout simplement incompatible avec une pratique de nos activités.

Et puis, sera-t-il possible d’appliquer le protocole sanitaire imposé ? Est-ce que tous les dojos en auront les moyens humains et matériels ? Enfin, ne manquera pas de se poser un problème de responsabilité que certains élus ou dirigeants ne souhaiteront peut-être pas assumer.
Par leurs vertus éducatives qui ne sont plus à prouver, les arts martiaux ont pourtant plus que jamais, leur place dans notre société qui ne souffre pas que du virus.

A  titre personnel, pour le moment, aucune décision ne peut être prise. Comme beaucoup, je ne peux qu’attendre (Il est des moments de la vie où une reconversion professionnelle ne semble pas réaliste, quoique !).

Alors, il faudra patienter et se nourrir d’espoir, tout en ne pouvant éviter de ruminer à propos de ces derniers mois vécus – pour certains – avec un fort sentiment d’injustice, puisque, me concernant, il s’agit, ni plus ni moins, d’une perte d’exploitation qui n’est pas indemnisée. C’est violent, brutale et inacceptable.

Espérons aussi que la gestion actuelle de cette crise réponde à une logique et que la nouvelle vie qui nous est imposée et dans laquelle les barrières sociales sont devenues la règle ne détruise pas le « vivre ensemble ». Il me semble que la méfiance, pour ne pas employer le mot de peur, ait envahit le quotidien de bon nombre d’entre nous.
Il nous faudra donc être armés de patience, d’espoir et de courage (les samouraïs n’en manquent pas) mais aussi parfois d’une certaine perspicacité pour deviner vers quoi
« on nous conduit ».

eric@pariset.net

Z comme Z (suite et fin du dictionnaire)

Aujourd’hui, avec la lettre Z, nous arrivons à la fin de mon dictionnaire.

Cela aurait pu être Z comme Zorro, un des héros de mon enfance, celui qui combattait la tyrannie et l’injustice, mais nous sommes un peu éloignés des arts martiaux, bien que ce justicier masqué pratique l’escrime, une discipline noble dans laquelle l’esprit chevaleresque n’est pas éloigné de celui qui animait l’âme des samouraïs et qui continue d’animer celle de beaucoup de pratiquants d’arts martiaux.

Plus terre à terre (c’est le cas de le dire), j’aurais pu choisir Z comme zoories ; ces chaussures qui ne pas assez utilisées dans les dojos pour circuler en dehors des tatamis ; question d’hygiène et d’éducation.

Il aurait pu être question de la fameuse position « zenkutsu dachi » qui a fait souffrir plus d’un karatéka à ses débuts.

En fait, j’ai choisi Z comme Zen. Un mot qui nous apaise rien qu’à le lire, l’entendre, ou l’écrire. « Rester zen » ! Cette expression populaire qui, dans une version simplifiée, signifie « rester tranquille ».

Une bonne dose de mysticisme entoure cette pratique issue de la religion bouddhiste. Des cours existent, mais chacun doit pouvoir appliquer sa propre « zenitude » qui consiste à apaiser l’esprit, et de ce fait le corps, ne serait-ce qu’en relativisant certains évènements qui nous assaillent, en leur donnant l’importance qu’ils méritent. Facile à dire, souvent moins facile à appliquer, surtout depuis quelques mois.

Chacun trouvera sa façon de faire, seul ou accompagné. Cette pratique interne est un excellent complément à celle des arts martiaux, qui doivent être considérés comme les arts de l’esprit, davantage que ceux de la guerre. Sagesse et art martial sont indissociables (lorsque leur pratique est autorisée).

Pour conclure cet article et à l’attention de ceux qui seraient intéressés par cette pratique, je conseille le beau petit livre « zen », de Maxence Fermine aux éditions « Michel Lafon poche ».

eric@pariset.net

Bloc notes estival et de circonstances…

Bloc notes amère-acide
La rentrée « masquée », ou pas ?
Dans quelques semaines, ce sera la rentrée. Depuis le 11 juillet, la pratique des sports de combat est autorisée, mais il ne sera  pas facile de convaincre les élèves (et futurs élèves) qu’il n’existe aucun danger à s’affranchir du masque lors des entraînements qui se déroulent dans un espace clos, alors que l’objet  en question (le masque) va devenir obligatoire, même à l’extérieur pour des raisons de sécurité ! Que penser et que faire ? Sachant que cela parait difficile, si ce n’est impossible de pratiquer masqué.
Historique
Revenons sur cette  autorisation  effective, qui date du 11 juillet. Depuis la mi-mars et avec les vacances scolaires qui voient la fermeture de la plupart des clubs, ce sera au final presque six mois sans entraînement ! Ce n’est jamais arrivé depuis que le judo (le premier art martial asiatique introduit en France) existe dans notre pays, c’est-à-dire  au cœur des années 1930. C’est donc historique. Même durant les deux pandémies précédentes, la grippe asiatique de 1957 et celle de Hong-Kong en 1969, mais aussi la seconde guerre mondiale, avec toutes ses horreurs,  les activités continuaient, notamment les activités sportives. Pendant le second conflit mondial, non seulement les clubs de judo  existant restaient ouverts, mais il y en a même qui voyaient le jour. Ce fût le cas du « Club Français de Jiu-jitsu », un dojo mythique qui me tient particulièrement à cœur et pour cause, c’est là que mon père débutait  en 1947 et que j’ai porté mon premier kimono en 1958. Si ce dojo n’avait pas vu le jour, peut-être que c’est un autre destin que j’aurais connu, une autre activité professionnelle et finalement, avec un peu de chance, un métier qui n’aurait pas été sacrifié et massacré.
Mauvaise pioche
Enseigner les arts martiaux avec le statut de travailleur indépendant, voilà deux mauvais choix. Cependant, comme indiqué plus haut il s’agit d’une première, il fallait être un très grand devin pour savoir qu’une telle interdiction dévastatrice nous serait un jour imposée.
Violence
Toujours dans le même registre. Alors que l’on parle de violence physique, à juste titre, il ne faudrait pas ignorer une autre forme de violence, la violence psychologique et ses effets tout aussi dévastateurs. Seulement ils sont moins visibles, puisque c’est à l’intérieur que ca se passe.  Prenons un exemple (que je connais bien) : lorsque du jour au lendemain vous perdez votre outil de travail et par conséquent votre travail, qu’avec un statut d’indépendant vous ne bénéficiez pas du chômage et que les aides et dédommagements  sont ridicules, et bien, c’est d’une violence inouïe ! Il faut être bien éduqué mentalement pour ne pas être en proie à des réactions en phase avec ce que vous subissez et être combatif pour repartir tout seul à l’assaut. Ces dispositions psychologiques positives relèvent  des gènes, de l’éducation et d’une pratique des arts martiaux dans un environnement sain. Espérons  que nos disciplines, dotées de fortes valeurs éducatives et utiles à notre société bien malade, survivront  aux difficiles traitements imposés, et que la « deuxième vague » dont on nous parle â longueur de journée ne viendra pas leur donner le coup de grâce.
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