Les mouches de l’été !

Les fidèles connaissent presque par cœur l’histoire proposée dans les lignes qui suivent, mais comme l’été et les vacances, pour ceux qui ont la chance d’en bénéficier, sont propices à la détente et à la réflexion je ne résiste pas à publier une nouvelle fois ce conte extrait du précieux et délicieux recueil intitulé « contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Le livre en question aborde plusieurs thèmes illustrés par différentes petites histoires. Le récit proposé ci-dessous matérialise l’art de vaincre sans combattre, ce qui est pour le moins une conduite intelligente (et manifestement efficace). Il vient aussi en appui à l’article du 10 juillet consacré à la souplesse comportementale.

Trois mouches

Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. Trois rônins entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi.

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Retour gagnant…

Le 30 juin 2015, le dojo de la Bastille changeait de direction, je passais le relais à une autre équipe. Plusieurs années d’un conflit inéquitable et épuisant contre une propriétaire et une copropriété m’avaient fait saisir l’occasion qui se présentait à moi, à savoir une pause et goûter au bonheur que procure un peu de temps libre. Cette décision, dictée par la sagesse, qui est une autre vertu des arts martiaux, avait malgré tout désorienté bon nombre de fidèles.

J’avais mis le cap sur la Provence, une région qui m’est chère et je pensais pouvoir faire profiter de mon savoir et de mon expérience les personnes intéressées par le ju-jitsu ; mais les choses ne se passent pas toujours comme nous l’espérons, c’est ainsi ! Cette situation m’a incité à déménager à nouveau, à prendre la direction du « Grand-Ouest », me permettant du même coup d’opérer un rapprochement familial et de découvrir les charmes du Marais-Poitevin.

De mes deux expériences provinciales, je retiens qu’il n’est pas facile pour un parisien de se faire accepter, lorsque l’on travaille dans certains secteurs. Il y a quelques craintes, peut-être légitimes, qui ne manquent pas de se manifester de la part de personnes solidement implantées et qui n’apprécient pas forcément – ce que l’on nomme de façon négative – un « parachutage ». Et puis, dans certaines régions la non-appartenance à l‘institution fédérale « officielle » est souvent rédhibitoire. Enfin, la jalousie est une valeur sûre.

Ne pouvant pas rester inactif, j’ai donc décidé de « boucler la boucle » et d’effectuer un retour sur la capitale dès le mois de septembre prochain. Pour commencer, c’est au travers de deux soirées par semaines dans un club de l’Est parisien que j’aurai le plaisir de rassembler les fidèles qui, pour certains, n’attendent que cela !

Ce sera un réel plaisir de retrouver des étudiants convaincus, mais aussi d’initier des néophytes à notre belle discipline – le ju-jitsu – empreinte d’une richesse technique exceptionnelle, de fortes valeurs mentales et qui offre un engagement physique complet, contrôlé et adapté.

En attendant  de nouvelles « aventures martiales » et ce retour que je n’imagine pas autrement que gagnant, je souhaite à tous un bel été et de bonnes vacances à ceux qui auront la chance d’en bénéficier.

Les personnes intéressées peuvent me contacter par mail ou par téléphone. Les cours qui commenceront le 28 août s’adressent aux débutants, aux pratiquants d’autres disciplines et bien évidemment à tous les jujitsukas.

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J comme « Ju ».

Nous arrivons à la lettre J de mon dictionnaire : J comme Ju-Jitsu et Judo, mais tout simplement comme Ju, « la souplesse ».

Il s’agit là de souplesse comportementale, d’un état d’esprit, bien plus que de souplesse physique ; qualité que l’on ne reniera pas, bien au contraire. C’est cette souplesse comportementale qui donne son originalité et sa valeur ajoutée à nos deux arts martiaux, aussi bien en matière d’efficacité dans d’éventuels affrontements qu’en matière d’éduction, à la condition que ces disciplines soient enseignées dans l’esprit qui était celui du fondateur.

De la « technique (ou l’art) de la souplesse » que représentait le ju-jitsu, Jigoro Kano a voulu élargir le champ d’action de l’art martial avec le judo « voie de la souplesse » (jitsu = technique, art ; do = voie). Il souhaitait ainsi démontrer que cette « souplesse » était aussi bien un principe à adopter en opposition lors d’un affrontement physique, que dans le cadre des relations sociétales, professionnelles, familiales ; bref il souhaitait un quotidien rendu harmonieux grâce à l’application de ce précepte. Il ne s’agissait plus d’un simple principe de combat, mais aussi d’une règle de vie.

Ne pas s’opposer à la force brutale en pliant, évitant ainsi de rompre, comme dans « Le chêne et le roseau » est un principe intelligent, mais faire en sorte que cette force, cette puissance de l’adversaire se retourne contre lui, l’est encore davantage ; cela ne relève pas du miracle mais d’une technique, et même d’une technologie de pointe. L’appliquer dans les relations humaines est parfois plus difficile, et pourtant n’est-ce pas essentiel de faire en sorte d’anticiper pour « gérer » au mieux d’éventuels désaccords de façon à éviter les conséquences toujours désastreuses d’un conflit. C’est en cela que cette souplesse d’esprit est d’une inestimable valeur.

Cette souplesse comportementale ne doit pas être considérée comme un signe de faiblesse, bien au contraire ; n’y a-t-il pas plus belle victoire que celle remportée sans combattre, sans blessure physique ni mentale ?

Jigoro Kano n’hésitait pas non plus à évoquer l’utilité de ce principe dans le cadre professionnel, une sorte de « gagnant/gagnant ». N’y a-t-il pas meilleur accord que celui qui satisfait les deux parties ?  Lorsque le plus fort écrase le plus faible, dans la rue, dans les conflits familiaux, dans le monde du travail : est-ce vraiment une heureuse issue ?

L’acquisition de cette souplesse comportementale ne peut se faire que par l’éducation, la transmission. Cela nous ramène une fois de plus au rôle capital de l’enseignant. Dans les arts martiaux, celui-ci ne doit pas se limiter à être un distributeur de techniques, ni (quant il s’agit de l’aspect sportif) à celui d’un « brailleur » le week-end sur les bords d’un tatami de compétition. Le professeur remplira son rôle par l’apprentissage des techniques de combat, auxquelles seront attachées les valeurs morales inculquées de la façon la plus naturelle possible, en premier lieu par l’exemplarité.

Cette souplesse, ce « Ju », qui différencie l’art martial de la simple activité physique, n’est-il pas aussi et même tout simplement « une forme de philosophie » ? Cette philosophie qui doit permettre de conduire son existence avec sagesse, pour la quête du bien-être… du bonheur, tout simplement.

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Ippon Seoi Nage

C’est un article plus technique que je propose aujourd’hui avec la lettre I de mon dictionnaire, I comme Ippon Seoi Nage.

Mon but n’est pas de développer une étude approfondie, mais d’expliquer simplement les raisons de mon engouement pour cette projection qui est l’une des plus emblématiques du ju-jitsu et du judo. Elle est utilisée aussi bien en self-défense qu’en compétition. J’ai une affection particulière pour elle, et cela pour plusieurs raisons.

D’abord, c’est une des premières projections que l’on apprend, bien qu’elle ne se réalise pas aussi facilement que l’on puisse l’imaginer lorsque nous la regardons exécutée par un spécialiste. Mais, répondant à des principes naturels, si elle est bien expliquée, son apprentissage se fait assez rapidement ; elle offre une des premières satisfactions aux nouveaux étudiants. De plus, Tori (celui qui exécute), même s’il est encore balbutiant, ne rencontre pas de difficultés particulières pour bien retenir Uke (celui qui subit) dans la chute, ce qui est rassurant et sécurisant. L’aspect spectaculaire ne retire rien au plaisir de la réaliser ou de la voir bien exécutée.

Son principe de base consiste tout simplement à faire passer le partenaire « par-dessus nous », en se servant de son déséquilibre avant. Celui-ci étant obtenu de différentes manières, selon que l’on se situe en ju-jitsu ou en judo. Comme dans toutes les techniques il existe des variantes, elles sont fonction du gabarit, mais aussi de l’influence du professeur.

En ju-jitsu, elle est utilisée aussi bien sur des attaques venant de face, comme un coup « en marteau » en direction de la tête, que sur des saisies arrière, à la gorge ou au dessus des bras. En judo le nombre des opportunités, combinaisons, contres, liaisons debout-sol est colossal.

Ippon Seoi Nage, en règle générale, est pratiqué par des plus petits sur des plus grands, puisque passer sous le centre de gravité est la première des conditions. Bien exécutée, cette projection ne demande pas d’efforts physiques particuliers, ce qui par ailleurs doit être la condition de toutes les techniques, puisqu’à l’origine la non-opposition, l’utilisation de la force de l’adversaire et l’utilisation la plus rationnelle de notre propre énergie, sont les fondements du ju-jitsu. On pourrait facilement prendre Ippon Seoi Nage comme modèle pour expliquer des principes parfois négligés et même oubliés.

Enfin, si j’apprécie particulièrement cette technique c’est aussi parce qu’elle était l’un des redoutables « spéciaux » de mon père qui, lors de ses exploits sportifs, a « terrassé » plus d’un « grand » grâce à elle. Par atavisme, mimétisme et avec un excellent apprentissage, elle est devenue l’une de mes projections favorites.

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H comme Honneur

Nous arrivons à la lettre H de mon dictionnaire, H comme Honneur.

Pour les samouraïs il s’agissait d’une valeur qui n’avait pas de prix ; presque systématiquement sa perte les conduisait à l’acte ultime, le hara-kiri ou seppuku. Il est vrai que leur rapport à la mort était différent de celui qui est le nôtre. Il n’empêche, l’honneur est une des plus fortes valeurs que nous nous devons de défendre, à fortiori pour un pratiquant d’arts martiaux. Elle est inestimable et ne pas la respecter, surtout pour un éducateur, c’est commettre une faute inqualifiable.

Même dans notre beau pays, et jusqu’au siècle dernier, lorsque l’on estimait qu’il était bafoué, il était fréquent (et autorisé) de demander réparation à l’occasion d’un duel à l’épée ou au pistolet.

La définition qu’en donne le Larousse est la suivante : « Ensemble de principes qui incitent à mériter l’estime de soi et des autres ». Quels sont ces principes ? Et quelle est l’estime la plus précieuse, entre celle que l’on a de soi et celle que les autres nous portent ?

Les principes, d’abord. Dans le code moral du judo-ju-jitsu affiché dans tous les dojos (mais pas toujours appliqué) on peut lire à propos de l’honneur : « C’est être fidèle à la parole donnée ». Cela m’inspire trois remarques. D’abord l’honneur devrait figurer en première place et non pas en quatrième, comme c’est le cas, ensuite il pourrait tout simplement s’appeler le Code d’honneur, il existe bien le Code d’honneur des samouraïs ! Enfin, même si la fidélité peut englober un ensemble de principes, on peut être plus généreux dans l’énumération des qualités qui correspondent à l’idée que l’on se fait de l’honneur. L’honneur, c’est aussi le respect des autres (ceux qui le mérite), de son métier, de ses convictions, du gout de l’effort et de la rigueur. Parfois il s’agit d’un dépassement de soi lorsque cela est nécessaire, notamment face à l’adversité. Effectivement, c’est aussi le respect de la parole donnée, un comportement dans lequel est exclue toute traitrise ou lâcheté.

Il ne faut pas confondre honneur et héroïsme. Se montrer héroïque mérite les honneurs, mais le bon accomplissement de notre vie quotidienne, sans faillir, est aussi « tout à notre honneur », comme l’accomplissement d’une mission qui nous a été confiée. L’honneur, c’est tout simplement pouvoir se regarder dans la glace en toute sérénité. Personne ne peut revendiquer la perfection, tout le monde a sa part d’ombre et ses défauts, mais il y a des actes et des agissements qui font baisser le front.

Ensuite, entre l’estime que l’on a de soi et celle des autres vis-à-vis de nous, quelle est la plus importante ? Sans hésiter, celle envers soi-même. Traiter avec sa propre conscience est difficile. Quant à l’estime des autres, cela dépend de « qui sont les autres » ; une simple remarque d’une personne que l’on respecte est mille fois plus importante que les déblatérations d’un individu que l’on méprise et/ou qui n’a rien accompli de convenable, ce qui va souvent de paire.

Pour conclure, je pense que la défense de son honneur ou de celle d’une personne que l’on aime, que l’on admire et que l’on respecte est un devoir.

Le but de cet article est de donner en quelques lignes mon avis sur une valeur qui mérite davantage de développement, ce qui ne manquera pas d’être fait à l’occasion de la parution future – du moins je l’espère – de « mon dictionnaire (complet) des arts martiaux ».

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Geesink, un géant avec un grand G

Dans mon dictionnaire la lettre G ne pouvait être consacrée qu’à Anton Geesink. Pour moi, il représente un géant en 3 G. Géant par sa taille, par sa carrière et pour l’enfant que j’étais.

Un géant par sa taille d’abord. Un mètre quatre vingt dix huit ! Pour un hollandais, ce n’est pas exceptionnel, mais son mètre quatre vingt dix huit à lui, l’était. Ce ne sont pas uniquement des prédispositions naturelles qui lui ont donné ce corps d’athlète hors-normes, mais aussi un travail de Titan, une appellation qui lui sied très bien, par ailleurs. C’est aussi le résultat de séances d’entraînement monstrueuses sur les tatamis, mais également en extérieur avec une musculation faite à l’aide d’éléments naturels, comme avec les troncs d’arbres du Massif des Maures en été. Un gabarit de poids lourds, mais avec la rapidité d’un poids léger et tout en haut de ce corps une volonté de fer.

Un géant par son œuvre. Une carrière phénoménale ; il a eu tous les titres, dont le plus prestigieux : champion olympique à Tokyo en 1964 en clouant au tapis le japonais Kaminaga. Ce jour là, c’est toute une nation qu’il a fait pleurer. Il a bien sûr été champion du Monde, en signant un autre exploit lors de la troisième édition de ces « mondiaux » à Paris en 1961 en battant à la suite, les trois meilleurs poids lourds japonais du moment ; en ¼ de finale, ½ finale et finale. Il s’agissait de Kaminaga (déjà), Koga et Sone. Par ippon, s’il vous plait. Il possédait toutes les qualités requises : une parfaite technique debout et au sol, une rapidité exceptionnelle, une puissance surnaturelle et une volonté indestructible.

Enfin, un géant pour l’enfant que j’étais. La première fois que j’ai vu Anton Geesink, j’avais quatre ans et c’était au Camp du Golf bleu à Beauvallon-sur-mer, en face de Saint-Tropez. Chaque été, dans les années 1950, 1960 et jusqu’en 1990, les meilleurs judokas mondiaux s’y rassemblaient. Mon père avec Henri Courtine et Anton Geesink assuraient l’encadrement au tout début de l’aventure de ce club qui alliait «vacances et judo ». Ceux qui l’ont fréquenté, ne serait-ce qu’une seule fois, ne peuvent l’oublier. Donc, nous passions presque les trois mois d’été dans le Var et c’est là que pour la première fois j’ai approché Anton Geesink. L’enfant de quatre ans que j’étais n’avait aucune idée de ce que représentait un palmarès de judoka, par contre ce géant l’impressionnait, par sa taille bien sûr, mais aussi par sa musculature, par un visage volontaire, un timbre de voix très grave, bref, il était fascinant . Comme beaucoup de néerlandais il parlait plusieurs langues dont un français presque parfait, avec cet accent et cette voix qui raisonnent encore dans ma tête aujourd’hui.

Et puis, entre lui et mon père, il y avait toute une histoire sur laquelle je ne manquerai pas de revenir plus tard. On peut juste dire que les deux hommes – adversaires sur les tatamis – s’appréciaient et se respectaient au-delà de l’imaginable. En 2000, dans un entretien publié dans le journal l’Equipe, Geesink déclarait que, hors japon, l’adversaire qu’il redoutait le plus s’appelait Bernard Pariset. Autre hommage que je n’oublierai jamais, en janvier 2005 il avait tenu à être présent lors de la cérémonie organisée par la fédération française de judo pour rendre hommage à mon père, disparu tragiquement quelques semaines avant. Il avait pris la parole pour lui rendre un vibrant hommage, avec gravité, émotion, mais aussi avec humour. Un humour particulier qui me plaisait énormément.

Lors d’une suite à cet article consacré à ce géant, je reviendrai sur des impressions, des sentiments et des anecdotes plus personnelles.

Anton Geesink était né en 1935 à Utrecht, une rue porte son nom dans cette ville, il nous a quittés en 2010.

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F comme être le Fils, ou la Fille, de…

Nous arrivons à le lettre F de mon dictionnaire, F comme être le Fils de…Bernard Pariset.

Etre le fils ou la fille de quelqu’un, cela arrive à tout le monde. Etre le fils ou la fille d’une personnalité, même dans un petit cercle comme celui du judo de l’époque, c’est singulier ! A fortiori quand le chemin emprunté est identique à celui du parent en question.

Personnellement, dès la plus jeune enfance, se manifestait un sentiment de fierté, ensuite s’imposait la nécessité de faire mes preuves.

Ce n’était pas banal d’avoir un père champion de judo, surtout à un moment de l’histoire où cette discipline était moins connue dans notre pays, que les catégories de poids n’existaient pas et que sa réputation était celle du « petit qui faisait tomber les grands ». Dans le milieu sportif et même au-delà il était presque considéré comme un héros, en tout cas il l’était pour moi. Ensuite, qu’il devienne mon professeur, me faisant ainsi profiter d’un enseignement exceptionnel, était une chance. Comme cela en a été une autre, qu’il m’apprenne mon métier.

Le parcours de mon père et sa forte personnalité ajoutés au fait que je sois fils unique m’ont placé parfois dans des situations difficiles ; en fonction de certaines circonstances dans lesquelles sévit la jalousie, par exemple.

Comme indiqué plus haut en introduction, cette situation impose de « faire ses preuves », la comparaison ne peut être évitée de la part de certains. Lorsque l’on est un peu plus « affuté » dans la réflexion, on admet que « comparaison n’est pas raison » et que les époques ne sont pas les mêmes, les disciplines et les arts évoluent, la société aussi. Et puis, il y a les circonstances, les hasards et les nécessités, les aspirations personnelles, etc. Par exemple, je me suis tout de suite passionné par la remise en valeur du ju-jitsu (initiée justement par mon père, ancien compétiteur et pourtant fervent défenseur de l’aspect utilitaire et traditionnel du ju-jitsu). Cette belle croisade m’a permis, tout en construisant quelque chose, de me faire connaitre et reconnaitre avec des actions différentes, mais en restant dans le même milieu.

Mon père ne considérait pas comme un aboutissement le fait que je me constitue un palmarès important en judo, il estimait que l’essentiel était que j’apprenne bien mon métier et que je l’exerce tout aussi bien. Il connaissait parfaitement les conséquences en termes de séquelles physiques engendrées par le haut niveau dans les sports de combats ainsi que les aléas de la victoire.

Quant on appartient au même milieu, les responsabilités sont importantes. Elles vous obligent à continuer à faire briller le nom qui vous a été légué. Je pense ne pas avoir démérité grace à quelques actions en faveur du ju-jitsu.

Maintenant, il faut être franc, le besoin de s’affranchir existe, comme celui de faire ses preuves pour être reconnu – par et pour son travail – bref, tout en assurant la pérennité du patronyme on ressent le besoin de « se faire un prénom ».

A ce sujet, il y a une anecdote que j’aime beaucoup et que je n’ai aucun scrupule à raconter dans la mesure où c’est mon père lui-même qui me l’avait rapportée.

Cela se passait au milieu des années 1980. Louis Renaudeau, professeur en Vendée, à La Roche-sur-Yon et aux Herbiers, avait souhaité que ce soit mon père (le plus haut gradé du judo français avec Henri Courtine) qui vienne lui remettre son 5ème dan.

Avant de continuer, il faut souligner que j’étais venu à de multiples reprises dans le bocage vendéen pour y animer des stages et participer à des galas magistralement organisés par Louis Renaudeau. Au début de la cérémonie, et avant la remise du grade, la personne qui officiait au micro faisait état du palmarès exceptionnel de mon père : champion de France et d’Europe toutes catégories, demi-finaliste aux championnats du Monde toutes catégories, ainsi que des titres de toutes les fonctions qu’il avait occupées : entraîneur national, directeur des équipes de France, membre de la Commission nationale des grades, etc. Puis, il marqua un temps avant de conclure cette présentation par : « et papa d’Eric Pariset ». C’est à ce moment qu’une clameur venue de l’assistance s’est manifestée, ainsi que des applaudissements, qui pouvaient laisser à penser qu’enfin… on leur annonçait une référence ! Je le répète, si ce n’avait été mon père lui-même qui m’en avait fait part, jamais je ne me serais permis d’évoquer cette séquence. J’avoue avoir été touché par celle-ci qui prenait d’autant plus de saveur qu’elle était rapportée par mon père lui-même. Il l’avait fait avec un humour emprunt d’une certaine fierté, du moins il me semble.

Ses connaissances, son parcours, mais aussi son caractère, son charisme, sa rapidité de réaction (pas seulement sur les tatamis) et bien d’autres qualités, même si parfois il n’était pas tendre dans ces principes éducatifs, forment un ensemble qui me permet d’affirmer que je ne suis pas le « fils de personne ».

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E comme Enchaînements. (3ème partie.)

Nous arrivons au troisième et dernier volet consacré à la lettre E de mon dictionnaire : E comme Enchaînement. Le premier volet proposait une présentation générale des enchaînements créés, le deuxième était consacré aux plus important d’entre eux, à savoir les « 16 techniques ». Aujourd’hui je propose un rapide historique de ceux qui sont venus après.

Très vite, à la suite des « 16 », sont apparues les « 16 bis » et les « 16 ter ». Leur appellation ne relève pas d’une forte originalité, à l’inverse de leur composition. A partir de placements et d’attaques identiques à celles des « 16 de base », des combinaisons plus élaborées et d’un niveau plus élevé sont proposées. L’objectif étant toujours le même : s’élever et progresser dans le domaine technique.

Par la suite, avec les « 16 contrôles », un autre enchaînement original a vu le jour. Une fois de plus, dans le souci de faciliter la mémorisation, les attaques sont identiques à celles des « 16 », mais les ripostes sont uniquement consacrées au domaine des contrôles en clefs. C’est une façon d’élargir encore et toujours le panel technique, mais aussi de mettre l’accent sur les moyens de maitriser un adversaire – en fonction des circonstances – et sans forcément que cela lui soit fatal ; Il est utile de prendre en considération l’aspect « légitime défense », mais également celui du respect de la vie.

Quant aux « 24 techniques », leur histoire – déjà évoquée il y a quelques temps sur ce blog – est très simple : en 1992, un professeur de judo ignorant tout (ou presque) du ju-jitsu était venu me trouver afin que je l’aide à préparer l’unité de valeur  ju-jitsu pour l’acquisition de son 5ème dan technique judo-ju-jitsu. Pour cette U.V. il était demandé de présenter un enchaînement libre dans lequel devait être démontrés les différents aspects de notre discipline (c’était l’époque où dans le « grande institution » était encore pratiqué un « ju-jitsu normal »). Nous ne bénéficiions pas de beaucoup de temps, il fallait donc procéder avec méthode, de façon à proposer le plus possible de situations d’attaques et mettre en face un maximum de techniques, de familles de techniques, de schémas de riposte, de finalités et , détail important, que ce soit assez facile à mémoriser ; cela explique les huit séries dans lesquelles on trouve dans chacune d’elles, trois attaques appartenant à un même groupe. Trois défenses à mi-distance, trois sur coups de poing, trois sur coups de pied, puis sur saisies avec bras tendus, puis « au corps à corps », ensuite sur couteau, bâton et revolver.

Enfin, il y a un dernier enchaînement, mis au point en 2015, et qui propose quinze défenses sur diverses attaques et pour lesquelles les ripostes mettent en valeur la liaison « coups-contrôles » (atemi-waza et katame-waza).

Je n’oublie pas les « 16 atemis », mais je les mets un peu à part dans la mesure où cet exercice est le fruit d’une collaboration « père-fils ». En s’inspirant des katas tels que le kime-no-kata et le goshin-jitsu il permet de progresser dans un domaine qui, dans notre art, ne doit pas être considéré comme une finalité, mais qui facilite la possibilité d’y parvenir. Dans certaines situations, il procure un déséquilibre indispensable. Il est aussi utile de rappeler qu’en ju-jitsu l’atemi-waza doit être pratiqué dans des postures qui facilitent les liaisons avec les autres composantes (projections et contrôles).

Un dernier mot à l’attention de ceux qui pourrait s’interroger sur la redondance du chiffre 16 pour leur signifier qu’il ne s’agit pas de raisons mystérieuses, n’y mystiques, mais simplement du fruit du hasard.

D’autres enchaînements, issus de recherches personnelles et d’expérience sont « en gestation ».

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E comme Enchaînement (2ème partie)

Comme promis voici le deuxième des trois volets consacrés à la lettre E de mon dictionnaire des arts martiaux. C’est le mot enchaînement que j’avais retenu ; les lignes qui suivent sont la continuité de celles parues il y a deux semaines sur ce blog. Aujourd’hui c’est l’histoire de l’enchaînement le plus connu que j’ai eu le plaisir de réaliser qui est proposée, je veux parler des « 16 techniques ».

Les « 16 techniques » ont été créées pour les besoins d’une démonstration présentée à l’occasion des championnats du Monde de judo féminin qui se déroulaient à Paris en 1982. A l’époque les championnats masculins et féminins étaient dissociés.

Pour un nombre important d’élèves, j’enseignais déjà le ju-jitsu depuis presque dix années dans le dojo parisien de la rue des Martyrs ; puis grâce au pouvoir de persuasion de mon père, la fédération de judo se décida à (re)mettre en valeur cet art martial au niveau national. La méthode « atemi-ju-jitsu » était déjà créée, il restait à la diffuser par différents moyens parmi lesquels il y avait les démonstrations. On m’avait confié en grande partie la responsabilité de ce secteur et notamment celle de présenter une prestation dans laquelle le rôle de Tori (celui qui fait « le gentil ») serait tenu par une femme, puisqu’il s’agissait de démontrer le ju-jitsu lors du rendez-vous mondial évoqué plus haut. J’avais parmi mes élèves une personne qui possédait les qualités requises ; elle s’appelait Marie-France Léglise. Pour l’occasion, j’avais endossé le rôle d’Uke (celui qui subit, « le méchant »). Il est utile de rappeler que dans l’étude et la pratique des arts martiaux, les rôles de Tori et d’Uke sont d’importance égale : sans Uke, pas de Tori (le contraire s’impose aussi).

Donc, j’avais mis au point une démonstration en deux parties. Une première « très technique », une seconde plus dynamique, en « guise de final ».

En première partie étaient démontrées des techniques de défense, d’abord au ralenti puis à vitesse réelle. Nous proposions plusieurs situations d’agressions face auxquelles étaient présentées une variété importante de schémas de ripostes, de composantes et de techniques.

La deuxième et dernière partie était une sorte de « cascade» d’attaques et de défenses dans laquelle les mouvements choisis étaient aussi importants que la vitesse à laquelle ils devaient être exécutés et enchaînés. J’avais retenu deux critères essentiels : la diversité, bien sûr, mais aussi faire en sorte qu’il y ait le moins de perte de temps possible entre chaque mouvement et pour cela il fallait éviter les déplacements trop importants.

Très vite, cette fin de démonstration a été retenue pour devenir les « 16 techniques » et a été inclue dans les programmes de grades. Cela en faisait aussi une excellente méthode d’entraînement. Une simple analyse montrerait que par l’intermédiaire de ces grandes techniques sont démontrés aussi les principes de non-opposition, d’utilisation de la force de l’adversaire ainsi que des principes mécaniques de bascules et de suppression de point d’appui, bref, un ju-jitsu fidèle à son histoire et à ses fondamentaux.

Dans le troisième et dernier article, je proposerai un résumé des autres créations.

L’enchaînement dont il a été question aujourd’hui étant le plus important, il m’a paru indispensable de lui consacrer une page entière.

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Agréable surprise…(et deuxième partie)

Dimanche dernier, Facebook (et ses anniversaires) me proposait de partager une nouvelle fois une publication mise en ligne deux années plus tôt ; aussi c’est la première partie de la démonstration effectuée à Dortmund en 1991 que j’ai publiée à nouveau (vous pouvez donc la retrouver sur ma page personnelle). La deuxième partie étant au présent article.

Ce gala était organisé par une revue allemande dirigée par Norbert Schiffer, éminent journaliste et budoka. Entre autres experts, j’étais en compagnie ce jour là de Christian Tissier pour l’aïkido et de Jean Frenette pour le karaté artistique.

J’ai été agréablement surpris par le nombre important de « likes », de partages et de commentaires que cette publication a engendrés. Cela m’a donné l’envie de lui consacrer un article.

Il ressort de ces commentaires une certaine nostalgie et des regrets par rapport à une forme de travail qui n’est plus démontrée et surtout qui n’est plus travaillée dans certaines sphères, notamment dans la fédération qui est en charge de façon « officielle » de la gestion du ju-jitsu. Comment ne pas être d’accord avec les regrets exprimés et ceux qui les formulent. Mais il en est ainsi, cela fait partie des paradoxes que ne cesse de croiser notre vie. Celui-ci en est un beau spécimen, dans la mesure où il révèle que ce n’est pas une forme de ju-jitsu proche du judo qui a été retenue dans une institution en charge du…judo, entre autres.

Certains dont je fais partie continuent à pratiquer et à enseigner avec bonheur cette forme de ju-jitsu qui, lorsqu’elle est proposée à des novices, est adaptée pédagogiquement et techniquement. Elle rencontre un engouement auprès de ceux qui la découvrent comme auprès de ceux qui s’y perfectionnent. Malheureusement elle ne bénéficie pas d’une gestion d’envergure au plan national. Cela demande beaucoup d’énergie, d’investissement et donc de temps.

Continuer à pratiquer (pour ceux qui le peuvent), à enseigner et à rester fidèle à une forme de travail dans laquelle on s’exprime et on s’épanoui, reste l’essentiel.

Je remercie tous ceux qui se sont manifestés par leurs appréciations, leurs partages et leurs commentaires.

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