L’échauffement

Partie incontournable et indispensable d’une séance, l’échauffement est parfois vécu comme redondant, ennuyeux ou trop difficile.

C’est dommage, parce qu’il est indispensable et d’une grande utilité !

Sa vocation est de mettre le corps et l’esprit dans de bonnes dispositions pour l’ensemble de la séance. Il influence forcément la suite du cours. Il ne permet pas uniquement de limiter les risques de blessures, il donne aussi le ton pour la suite. Il ouvre le chemin !

Par définition il ne doit être ni trop long, ni trop difficile, il ne faut pas confondre échauffement et épuisement. Il doit être attractif, et non pas rébarbatif.

Les exercices peuvent être choisis en fonction du thème principal développé lors de la séance.

Sur un plan purement pratique, ce n’est pas tant le choix des exercices qui est important, mais la façon de les pratiquer. Certains que l’on a l’habitude d’exécuter pour s’échauffer peuvent être dangereux s’ils sont fait n’importe comment, trop fort, trop vite, ou trop longtemps.

D’autres auxquels on ne pense pas forcément  peuvent être proposés s’ils sont fait intelligemment, avec mesure. Par exemple des exercices d’opposition très codifiés au cours desquels les partenaires sont en parfaite osmose. C’est pour cette raison que, s’adressant à des débutants, on sera plus prudent avec une sélection de techniques qui devront rester « classiques ».

Si l’échauffement est utile pour éviter les blessures, il n’est pas un « blanc sain » pour le reste du cours durant lequel le professeur pourrait se permettre de faire travailler certaines techniques et exercices dangereux, sous prétexte que l’échauffement a été effectué. Mais la suite de la leçon, c’est un autre sujet !

En conclusion de ce petit article sur l’échauffement, on peut dire qu’il doit être court, attractif et pourquoi pas récréatif, nous sommes aussi dans le loisir. Il doit échauffer les principales articulations et groupes musculaires, solliciter le système cardio-pulmonaire et provoquer un bien être général qui sera un atout pour le reste de la séance.  Un bon échauffement sera la première des conditions pour une séance réussie.

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Professeur et entraîneur

Professeur et entraîneur : ce n’est pas pareil. Les objectifs sont différents, il en est de même pour les qualités indispensables à la fonction et le public auquel on s’adresse n’a pas les mêmes aspirations.

Sans professeur, il n’y aurait pas d’entraîneur, puisqu’on ne peut entraîner qu’une personne qui possède déjà un bagage technique conséquent. Or, parfois on constate que la case professeur est sautée au profit de celle d’entraîneur. En clair, inconsciemment ou pas, certains oublient leur statut de professeurs au profit de celui d’entraîneur.

Chacun son métier et chacun sa mission.

Je n’emploierai ni des mots trop savants, ni des formules trop compliquées pour donner mon humble point de vue.

Le métier de professeur est un des plus beaux métiers du monde mais aussi un des plus difficiles. Pour transmettre les connaissances que l’on possède, il faut de la patience, du bon sens et une bonne « boîte à outils » pédagogique.

Entraîneur, c’est différent, dans la mesure où on s’occupe de personnes qui doivent se surpasser, qui doivent « performer » (pour reprendre un mot « particulier »). Donc on s’adresse à des athlètes qui ont comme but « la gagne ».

Si l’entraîneur se substitue au professeur, il se coupe de la base, de ceux qui sont venus pour une simple pratique physique, pour se défouler, s’amuser ou apprendre à se défendre. Ce qui représente une majorité de personnes mises de coté, ou tout simplement qui ne commencerons pas. Les deux peuvent être compatibles, mais trop souvent l’entraîneur « oublie » le professeur, pourtant indispensable.

Que la compétition puisse être proposée, cela se comprend, mais souvent elle est imposée, même insidieusement avec une forme d’ostracisme involontaire.

Certes, dans l’esprit de certains, il est plus valorisant de s’occuper d’une élite, encore faut-il en avoir les capacités. Un entraîneur doit être un meneur d’hommes et de femmes, doté de qualités psychologiques pouvant s’adapter à chaque athlète. C’est volontairement que j’utilise le mot athlète pour souligner que les personnes qui ont droit à cette appellation appartiennent à une élite qui est forcément coupée de la base. Cette base qui, comme déjà indiqué plus haut, n’a ni les capacités nécessaires, ni  tout simplement l’envie d’appartenir à ce groupe, et qui risque d’être mise sur la touche, si le professeur n’est plus qu’un entraineur.

Cette base qui représente l’immense majorité des pratiquants a besoin d’un professeur, tout simplement. Et si possible un bon professeur. D’où l’importance qui doit être donnée à la formation des futurs enseignants, ne serait-ce que pour éviter cette confusion professeur/entraîneur.

Commencer à entraîner avant d’enseigner, c‘est comme apprendre à plonger sans que l’élève sache nager ! Ou pire, dans une piscine sans eau !

La description faite dans ces quelques lignes n’est pas une règle générale, tant mieux ! Mais il faut être prudent pour qu’elle ne le devienne pas !

Shime-waza, le travail des étranglements

Pour les néophytes, le mot étranglement est souvent effrayant. C’est une peur bien légitime, puisque cela signifie la perte de connaissance si la technique n’est pas maitrisée. Les pratiquants ne ressentent  pas la même crainte, puisqu’avec une parfaite  maitrise technique et le respect des signes d’abandons, les étranglements peuvent être travaillés sans danger. Inutile de préciser qu’ils sont d’une redoutable efficacité.

Leur étude consiste à les appliquer, mais aussi à apprendre à s’en défendre. Que ce soit contre des étranglements « sommaires » ou très techniques.

Les étranglements se pratiquent essentiellement à l’aide des membres supérieurs, mais lorsqu’on se trouve au sol, ils peuvent aussi  s’appliquer avec les jambes ; exemple, le fameux sankaku-jime.

On peut les appliquer en étant de face ou placé derrière le partenaire et cela debout comme au sol.

Il y a les étranglements sanguins et les étranglements respiratoires. Les premiers empêchent l’arrivée du sang au cerveau (ce qui permet de savoir si nous sommes pourvus de cet « instrument »). Les seconds provoquent l’asphyxie en bloquant la respiration. Dans le premier cas on s’endort, dans le second on étouffe !

On trouve aussi deux groupes dans cette famille de techniques. Un premier dans lequel on applique l’étranglement « à mains nues » et un second où l’on utilise les revers d’une veste.

Il est évident que leur étude doit s’entourer de précautions et de mise en garde. Au signal d’abandon qui consiste à frapper deux fois au sol ou sur une partie du corps avec la paume de la main, ou avec le pied (kime-no-kata), l’exécutant doit immédiatement arrêter son action.

Dans la réalité, il faudra être en mesure de « doser » l’action en question. Celle-ci consistant à mettre hors d’état de nuire l’agresseur, sans mettre ses jours en danger, en évitant d’être obligé de recourir aux techniques de réanimation : les techniques apprises lors des cours de secourisme ou dans l’étude des fameux « kuatsu ». Durant toute ma carrière de professeur, je n’ai jamais eu à déplorer d’incidents majeurs. Il est arrivé que des personnes perdent connaissance, mais la retrouvent immédiatement.

S’ils sont terriblement efficaces, il faut souligner que les appliquer sur quelqu’un qui résiste, requiert une longue pratique. Une longue pratique qui fournira de l’efficacité, mais aussi et surtout une indispensable sagesse.

Comme la plupart des techniques pratiquées dans les arts martiaux, les étranglements sont dangereux, mais pas davantage qu’un coup porté sur un point vital ou bien qu’une projection au cours de laquelle la tête de celui qui chute heurte violemment le sol.

Encore une fois, c’est au professeur qu’incombe la responsabilité d’apprendre correctement les  techniques, en entourant leur apprentissage des indispensables consignes de sécurité.

Vaincre sans combattre, deuxième…

Laisser mûrir le coq !

Une partie du pays à la chance d’être encore en vacances et dans ces périodes, j’ai l’habitude de remplacer l’article technique hebdomadaire par un délicieux petit conte. Une de ces histoires qui sont des « leçons de vie ». Aussi, aujourd’hui je continue avec le concept du « vaincre sans combattre ». Je n’ignore pas que cette savoureuse histoire a déjà  eu sa place sur le blog et la page Facebook, mais on ne s’en lasse pas.

Laisser mûrir le coq. « Le roi de Tcheou avait confié à Chi Hsing Tseu le dressage d’un coq de combat prometteur, qui paraissait doué et combatif. Le roi était donc en droit de s’attendre à un dressage rapide… et il ne comprenait vraiment pas que dix jours après le début de l’entraînement il n’ait toujours pas eu de nouvelles des progrès du volatile. Il décida d’aller en personne trouver Chi pour lui demander si le coq était prêt. -« Oh non, sire, il est loin d’être suffisamment mûr. Il est encore fier et coléreux », répondit Chi. De nouveau dix jours passèrent. Le roi, impatient, se renseigna auprès de Chi qui lui déclara : – « Le coq a fait des progrès, majesté, mais il n’est pas encore prêt car il réagit dès qu’il sent la présence d’un autre coq. » Dix jours plus tard, le roi, irrité d’avoir déjà tant attendu, vint chercher le coq pour le faire combattre. Chi s’interposa et expliqua : – « Pas maintenant, c’est beaucoup trop tôt ! Votre coq n’a pas complètement perdu tout désir de combat et sa fougue est toujours prête à se manifester. » Le roi ne comprenait pas très bien ce que radotait ce vieux Chi. La vitalité et la fougue de l’animal n’étaient-elles pas la garantie de son efficacité ?! Enfin, comme Chi Hsing Tseu était le dresseur le plus réputé du royaume, il lui fit confiance malgré tout et attendit. Dix jours s’écoulèrent. La patience du souverain était à bout. Cette fois, le roi était décidé à mettre fin au dressage. Il fit venir Chi et le lui annonça sur un ton qui trahissait sa mauvaise humeur. Chi prit la parole en souriant pour dire : – « De toute façon, le coq est presque mûr. En effet, quand il entend chanter d’autres coqs il ne réagit même plus, il demeure indifférent aux provocations, immobile comme s’il était de bois. Ses qualités sont maintenant solidement ancrées en lui et sa force intérieure s’est considérablement développée. »Effectivement, quand le roi voulut le faire combattre, les autres coqs n’étaient visiblement pas de taille à lutter avec lui. D’ailleurs ils ne s’y risquaient même pas car ils s’enfuyaient dès qu’ils l’apercevaient. »

 

Petite histoire

Cette semaine, à la place de l’article technique, une petite histoire savoureuse extraite du recueil « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

L’art de vaincre sans combattre. L’intelligence au service de la victoire. Un concept qui n’a pas d’âge, et pourtant…

« Le célèbre Maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d’autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n’arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maitrise du sabre. A l’écouter, il était le champion toutes catégories du Japon. C’est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l’écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous ? Pas vraiment, car Bokuden restait à l’écart et ne paraissait pas le moins du monde gober toutes ces sornettes. Le samouraï s’en aperçut et, vexé, il s’approcha de Bokuden pour lui dire : «Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot » ? Budoken répondit calmement :

-« Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu. »

Le samouraï se gratta le crâne et demanda :

– « Mais alors, quelle est ton école ? »

– « C’est l’école du combat sans armes. »

– « Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ?

– « Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C’est un sacré défi. »

Exaspéré, le samouraï continua :

-« Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ? »

– « Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne ! »

Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bukuden suggéra qu’il serait préférable d’aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d’attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre, dégaina son sabre, prêt au combat.

Budoken enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s’élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

Budoken se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur l’île déserte et il lui cria – « Tu vois, c’est cela, vaincre sans arme ! »

Les sutemi…

Ils sont l’illustration parfaite du principe de non opposition et de celui de l’utilisation de la force de l’adversaire. Dans notre langue, nous les appelons les « techniques de sacrifices », en effet, pour les appliquer il faut s’effacer devant l’adversaire en se mettant volontairement au sol, sur le dos ou le flanc. Les sutemis sont de fait praticables par tous les gabarits et notamment les plus faibles sur les plus forts.  Par conséquent, une fois bien maîtrisés, leur efficacité est redoutable. Tomoe-nage la fameuse « planchette japonaise » est le plus célèbre d’entre eux.

Dans leur exécution, non seulement on ne s’oppose pas à la force de l’adversaire, mais on y ajoute la nôtre. Même dénué de toute puissance, il suffit de « conduire » celle de l’opposant. A partir de là, « tout le monde peut faire tomber tout le monde ». Nous sommes au cœur de l’efficacité du ju-jitsu tel qu’il doit être enseigné et pratiqué.

Certes sans action offensive de l’adversaire, il est impossible d’appliquer ces principes d’addition de force, mais le ju-jitsu (bien présenté) a toujours revendiqué le titre de méthode de défense et non pas d’attaque.

En judo, avec l’avènement de la compétition et des catégories de poids, certaines projections ont dû être adaptées, c’est le cas des sutemis ; dans la mesure où, à technique (presque) équivalente et à poids égal, les principes de base n’ont plus les même effets, y compris celui de la surprise pour la personne qui en agresse une autre et qui n’envisage pas forcément que celle-ci puisse se défendre en utilisant de telles techniques. Le meilleur exemple d’adaptation, pour lequel on peut presque utiliser le terme de nouvelle technique, s’appelle tomoe-nage avec l’apparition du yoko-tomoe-nage. Cette dernière forme ne trouvant sa raison d’être que dans le randori et le combat de judo. Il n’existe pas vraiment d’applications en self défense. Une analyse approfondie de cette belle technique pourra faire un beau sujet par la suite.

Il y a donc des différences techniques mais aussi d’utilisation selon que l’on se trouve dans le cadre de la (self) défense ou bien dans celui du judo.  Ne serait-ce que dans la rue, sur un sol dur, nous nous placerons sur le dos qu’en dernière analyse, lorsque la poussée est tellement forte que nous sommes déjà en déséquilibre et que l’application de techniques, comme hiza-guruma, par exemple, qui nous laisserait debout, n’est plus possible. A l’inverse, en judo les sutemis peuvent être pratiqués directement, comme toute autre technique.

Il existe aussi les « makikomi », ils sont un peu les « cousins éloignés » des sutemis. Littéralement, il s’agit de techniques d’enroulement. Le corps de Tori venant au contact de celui d’Uke pour l’entraîner avec lui jusqu’au sol. La différence essentielle réside dans le fait que pour les sutemis, il y a séparation des corps durant l’action et que pour les makikomi, c’est l’inverse, l’efficacité se réalisant dans le plus étroit contact entre les deux protagonistes (au profit de Tori, évidemment, qui emmène le corps d’Uke avec le sien dans une synergie rotative). Le point commun étant que dans les deux cas l’idée est d’entraîner l’adversaire au sol en y allant soi-même.

La maîtrise de ces « techniques de sacrifices » requiert de la patience, comme toutes les autres, mais leur parfaite exécution, qui donne l’impression d’agir sans aucun effort et même de façon un peu magique, procure une joie supérieure à celle ressentie dans la réalisation des autres projections. C’est en tout cas un sentiment que je ne pense pas être le seul à partager.

Tori et Uke, amis pour la vie

Tori et Uke sont deux personnages bien connus des pratiquants d’arts martiaux et notamment des ju-jitsukas. Pour les novices et afin de faciliter les présentations, nous pourrions expliquer que dans ce couple d’inséparables, Tori incarne « le gentil » et Uke « le méchant ».

Cette définition, même si elle facilite l’identification des rôles, est un peu réductrice dans la mesure où les deux protagonistes, dans ces positions interchangeables, sont complémentaires et non pas adversaires. Sans Uke, Tori n’existe pas. Dire que c’est Tori qui conclut une action est plus juste pour signifier les implications respectives.

Une traduction littérale nous révèle que Tori est celui qui « prend » ou « choisit » et Uke celui qui « reçoit » ou « subit ». Cela semble assez explicite.

Dans la connivence qui unit ces deux personnages, il n’existe aucune rivalité, ils doivent être continuellement en quête d’une parfaite osmose.

Bien souvent c’est Tori qui attire davantage l’attention et le rôle d’Uke n’est  pas toujours considéré à sa juste valeur et parfois même il peut paraître ingrat. Or, son rôle est déterminant. C’est grâce à lui que Tori réalise ses progrès, qu’il peut ouvrir et élargir son champ des connaissances. En plus d’une parfaite maîtrise de la chute,  Uke doit être capable d’adopter toutes les situations, les postures et les réactions qui peuvent se présenter à son partenaire. Il se doit d’être d’une disponibilité corporelle totale, malléable à souhait, dans le bon sens du terme. Il doit «jouer le jeu ».

Pour parfaitement maîtriser une technique ou un enchaînement, il est indispensable de pouvoir les répéter des dizaines, des centaines, des milliers de fois. Imaginons un seul instant le faire sur un mauvais partenaire, pire encore sur un partenaire qui résiste systématiquement ! Pas de répétition, pas de progrès.

Le rôle d’Uke étant déterminant, il serait presque préférable d’être d’abord un bon Uke avant de devenir un bon Tori. Au-delà de cette constatation, somme toute assez logique, par l’intermédiaire de ce billet, c’est l’occasion de rendre hommage à ces personnages qui doivent être interchangeables et rappeler qu’entre eux il n’y a pas ni vainqueur ni vaincu, mais une victoire commune, celle de la conquête du savoir.

Les katas…

L’article technique de cette semaine est consacré aux katas.

Il n’est pas inutile de revenir aux premières raisons d’être des katas. Les quelques lignes qui suivent ne sont que l’émanation de mon point de vue. « L’évolution vient du partage des opinions ».

On traduit kata par le mot « forme ». Pour plus de clarté on peut ajouter « imposée ».

Ils sont des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement, ils permettent la codification, la transmission et même la sauvegarde des techniques et des principes de bases. Ils sont les garants de nos traditions.

Malheureusement, considérés parfois comme des  « passages obligés » pour accéder au grade supérieur, ils ne sont abordés que dans cette optique ! Qu’ils intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation, cela semble juste, mais leur utilité est plus importante que cela, heureusement. Ils ne sont pas non plus une machine à recaler, dans laquelle se nichent parfois quelques abus d’autorité (comprenne qui pourra, ou qui voudra).

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème et de leur faire traverser les âges, ce sont aussi de formidables méthodes d’entraînement.  En effet, ils représentent souvent un combat (le goshin-jitsu-no-kata notamment), certes un combat codifié pour des raisons évidentes de sécurité, mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement ;  en conséquence, les attaques de Uke doivent être sincères et fortes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant, mais aussi qu’elles soient  réalistes et donc efficaces.

Pour les judokas, certains katas sont aussi l’occasion d’étudier des techniques « oubliées »,  interdites en compétition, c’est le cas du kime-no-kata et du goshin-jitsu-no-kata.

Le kata est également un exercice de style, certaines attitudes doivent être respectées. C’est ce qui différencie l’art martial de la simple méthode de combat ou de self-défense.

Ils sont aussi, tout simplement une addition de techniques intéressantes à pratiquer individuellement. Il n’est pas nécessaire d’attendre que se profile à l’horizon un examen pour commencer à les étudier.

Lors de l’exécution d’un kata, à l’occasion d’un examen, l’évaluation doit se faire, avant tout, en tenant compte de l’efficacité des ripostes de Tori, celles-ci  répondant aux attaques de Uke dont la sincérité doit être incontestable. Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il est indispensable  de respecter l’ordre de la présentation, les déplacements et emplacements. Enfin il faudra être attentif à l’attitude générale dans laquelle doivent être exclus désinvolture et relâchement corporel.

Cependant, un problème et un mystère demeurent et entourent les katas : il s’agit de ces incessantes modifications dont ils sont les victimes de la part des organismes « officiels ». Cela a pour effet de décourager les élèves, de désorienter les professeurs et le jury, allant jusqu’à discréditer ces exercices.

En conclusion, je pense que pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme partie intégrante de la pratique  et non pas comme un passage imposé pour l’accession à un grade supérieur.


 

Mes 16 techniques

C’est pour les besoins d’une démonstration qu’est né cet enchaînement.

Nous étions en 1982, le remise en valeur du ju-jitsu battait son plein et j’avais été sollicité pour produire une prestation à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de judo féminins qui se déroulaient à Paris. Il était entendu que le rôle de Tori serait tenu par une femme. Ce fût une de mes élèves, Marie-France Léglise qui était « la gentille », j’officiais dans le rôle « du méchant ». (Je n’ai pas toujours été Tori.)

J’avais donc mis au point une démonstration en deux parties. Une première dans laquelle chaque technique était démontrée d’abord au ralenti, puis à vitesse normale, et, stage  une seconde qui proposait un enchaînement très rapide. Les 16 Techniques étaient nées.

A titre personnel, je ne les ai jamais abandonnées. Plusieurs raisons à cela.

D’abord, elles sont d’une indiscutable efficacité pour peu qu’on se donne la peine de les assimiler et de les répéter. Certes, il ne faut pas nier la difficulté de bien maîtriser certaines projections, mais évoluer n’est-il pas un but dans la vie ? Si ce n’est « le » but, quelque soit le domaine !

Cet enchaînement permet de renforcer son savoir-faire technique sur un nombre varié d’attaques et de ripostes. Des ripostes qui proposent des coups, des projections et des contrôles, et les fameuses liaisons qui font la force du ju-jitsu.

Il est aussi un moyen d’acquérir des qualités indispensables, comme les automatismes, la vitesse d’exécution et il améliore la condition physique.

Cet enchaînement est également une sérieuse base de travail. En effet, à partir de chaque technique, il est possible de proposer ce que j’appelle des « déclinaisons » : enchaînements à partir de réactions de Uke, mise en place de ripostes différentes à chaque attaque, avec la possibilité d’imposer un thème : par exemple ne proposer que des clefs ou bien des étranglements ou encore des projections différentes des originelles.

On peut aussi envisager d’étudier des contre prises, même si, s’agissant de self défense, cela peut paraître surprenant, mais pour renforcer une technique, étudier les moyens d’y échapper n’est pas inutile.

Les détracteurs trouvent cet enchaînement trop difficile et lui opposent le fait que l’on peut faire plus simple en matière de self défense,  ce qui est vrai ! Mais rien n’empêche le professeur de proposer dans un premier temps des ripostes plus faciles. Ensuite, « qui peut le plus, peut le moins » ; viser plus haut, c’est une façon de ne pas se scléroser et puisque nous sommes dans les proverbes et citations faciles, on peut citer celle-là : « qui n’avance pas recule ».

Il est également utile de se souvenir que nous pratiquons un art martial, avec une histoire et un patrimoine technique que nous ne pouvons pas renier et que cette discipline est aussi un moyen d’épanouissement physique et mental. Même si l‘aspect utilitaire est incontournable, il ne serait pas sain de se limiter à celui-ci à longueur de saison.

Il ne faut pas oublier non plus qu’à cette époque (en 1982), l’objectif  était de respecter l’histoire en rendant indissociables judo et ju-jitsu, en les considérant comme complémentaires. Le ju-jitsu peut être une façon d’apprendre les techniques de judo dans leur utilisation première, ce qui de mon point de vue est un excellent moyen. Malheureusement cela n’a pas toujours été compris.

« Les 16 techniques » sont une preuve indiscutable du lien qui existe entre le judo et le ju-jitsu, comment pourrait-il en être autrement ?

Enfin, les enseigner, les pratiquer et les démontrer sont à chaque fois de véritables moments de plaisir !

(La couverture qui sert d’illustration à cet article est celle d’un livre qui présente, entre autres, cet enchaînement.)

Les liaisons

Voilà un sujet qui me tient particulièrement à cœur, à savoir les liaisons que l’on trouve en ju-jitsu.

Le Ju-jitsu propose des techniques de coups, de projections et de contrôles : l’atemi-waza, le nage-waza et le katame-waza. L’étude et la maîtrise de ces trois composantes est indispensable, mais ce qui l’est tout autant, c’est la capacité à les enchaîner avec une parfaite fluidité. Exemple : bien maîtriser un mae-geri et un o-soto-gari est une chose, bien maîtriser l’enchaînement de ces deux techniques en est une autre. C’est ce qui représente une grande part de l’efficacité de cet art.

Le ju-jitsu n’est pas un « assemblage », c’est-à-dire un mélange de plusieurs disciplines, il est une entité, un bloc. Nous devons être en capacité de nous adapter immédiatement à une situation donnée, que ce soit à distance ou bien en corps à corps et surtout être capable de passer de l’une à l’autre. C’est le principe de ce que j’appelle « la liaison », cette liaison sur laquelle j’insiste et que j’aborde régulièrement dans mon enseignement.

Pour que cette liaison soit possible, certains impératifs doivent être respectés, comme la garde par exemple. Une garde trop basse sur les jambes ne permettra pas d’obtenir l’indispensable fluidité dans la liaison d’un coup avec une projection. Mais aussi – bien que soient indispensables les répétitions de techniques secteur par secteur, il faudra le plus souvent possible travailler des enchaînements dans lesquels nous trouverons au moins deux des composantes du ju-jitsu. Un coup enchaîné avec une projection, ou avec un contrôle, ou mieux encore, une liaison des trois composantes.

Ces enchaînements peuvent aussi se travailler sous forme d’uchi-komi (des répétitions sans chute) avec un partenaire. Mais aussi seul, « dans le vide ».

J’ai évoqué les liaisons « coups-projections », mais les liaisons «debout-sol », sont tout aussi importantes (on les retrouve également en judo). Enchaîner le plus vite possible, une projection avec une clef,  sera aussi important que maîtriser chacune des deux techniques en question. On devra pratiquer régulièrement des enchaînements dans lesquels on recherchera à ce qu’il y ait le moins de temps morts possible entre la projection et le contrôle.

L’étude et les répétitions d’enchaînements tels que les katas ou des exercices plus récents comme les « 16 techniques » doivent figurer régulièrement au programme des cours et pas simplement à l’approche des passages de grades, ce qui  malheureusement est parfois le cas.

Enfin, il est incontestable que chacun possède ses préférences, pour des raisons intrinsèques, ou par admiration. Cela n’interdit pas d’essayer de s’améliorer dans le ou les domaine(s) pour lesquelles les prédispositions naturelles ne sont pas au rendez-vous.

Alors, au travail.

Pour illustrer cet article et en guise d’exemple, la première technique des « 24 techniques » (en compagnie d’Alain Aden, en 1994.) Extrait du livre « Enchaînements de base et avancés ».