Waki gatame, la suite…

La semaine dernière, sur ma page Facebook, je proposais différentes photos présentant plusieurs formes de waki-gatame.

Cette semaine on va un peu plus loin. Au cœur d’un été qui ne nous laissera pas que de bons souvenirs, je vous propose la « rediffusion » d’un article consacré à cette formidable technique de contrôle. Bonne lecture.

Voilà une technique que j’affectionne tout particulièrement. Peut-être est-ce parce que je la maîtrise assez bien que je l’affectionne, ou bien est-ce parce que je l’affectionne que je la maîtrise ; quelle est la conséquence de la cause ?

Cette clef est très peu, et même pas du tout, pratiquée en compétition de judo, bien qu’elle soit autorisée (sauf erreur de ma part) si elle est appliquée avec maîtrise. Par contre, en self-défense elle a toute sa place. On peut la pratiquer debout ou au sol, mais aussi en liaison « debout sol ».

Waki-gatame appartient aux « kansetsu-waza », les techniques de « clefs articulaires », appelées aussi les clefs aux bras, ou encore dans un temps lointain les armlock. Enfant, avec mes copains de tatami nous adorions prononcer ce mot, d’autant que ces techniques nous étaient interdites.

En self défense elles permettent la maîtrise d’une personne à qui ont inflige une douleur plus ou moins importante sur l’articulation, pouvant aller jusqu’à la luxation.

La maîtrise de ces techniques demande du temps et donc  beaucoup de patience. Elles offrent deux avantages : le premier d’être efficace, le second de permettre la maîtrise d’une personne sans forcément que ses jours soient mis en danger. Cet aspect ne doit pas être négligé, sur le plan de la légitime défense et sur celui du respect de la vie, tout simplement.

Le principe de waki-gatame est de verrouiller l’articulation du coude avec l’aisselle, tout en maintenant le poignet de l’adversaire avec les  deux mains qui sont l’un des deux  « points fixes » indispensables, l’autre étant l’articulation de l’épaule du partenaire ou de l’adversaire.

On peut l’appliquer sur des attaques en coup de poing, sur des saisies de face et sur l’arrière, dans certaines circonstances au sol et bien évidemment en riposte à des attaques à main armée.

Il n‘empêche que certains sont perplexes quant à une efficacité longue à acquérir. A ces doutes, j’opposerais deux arguments : d’abord celui de l’indispensable persévérance dont doit être doté un pratiquant d’arts martiaux, ensuite parce que  je connais beaucoup de personnes (pas forcément des hauts gradés) qui ont pu échapper à de sombres issues grâce à des techniques de clefs comme waki-gatame. L’efficacité est incontestable pour maîtriser un bras armé.

Il est certain qu’une multitude de détails entrent en ligne de compte, aussi bien en matière de précision que de positionnement du corps ;  les répétitions sont faites pour acquérir les qualités indispensables à une bonne efficacité.

Appréciant  cette clef, j’ai comme projet de créer un document pour la présenter sous  toutes ses formes à partir des  différentes opportunités, sans oublier les défenses et éventuelles contre-prises qui y sont attachées.

L’esthétique dans les arts martiaux.

La recherche du beau est-elle utile dans les arts martiaux ?

« Toute bonne technique est belle et gracieuse ; Elle est une figure dessinée dans l’espace où efficacité et beauté ne font qu’un. » « Les chaussons de la révolution ». Marc-Olivier Louveau

Il est bien entendu que si on sauve sa vie, lors d’une agression, on est loin de s’en soucier, c’est une évidence. Mais dans l’entrainement, qui occupe la plus grande partie de la vie d’un pratiquant, cette recherche du beau ne me semble pas inutile.

« Le beau est aussi utile que l’utile. Il ajouta après un silence : Plus peut-être. » « Les misérables » de Victor Hugo.

Même si ce n’est pas l’essentiel sur un plan purement utilitaire, ça ne gâche rien, loin de là, surtout quand on pratique une méthode de défense qui est aussi une méthode d’éducation physique et mentale.

Avec les arts martiaux nous avons la chance de posséder beaucoup de techniques qui peuvent à la fois être spectaculaires et efficaces, ce qui n’est absolument pas contradictoire.

La beauté du geste, le style et une forme d’élégance ne sont pas incompatibles avec l’efficacité. Ce n’est pas parce qu’une technique est belle et spectaculaire qu’elle n’est pas efficace et à contrario, ce n’est pas parce qu’une technique n’est pas belle qu’elle est efficace.

La quête du beau est une motivation supplémentaire  et lorsqu’on l’atteint, c’est un accomplissement qui nous offre une belle satisfaction. C’est le résultat de beaucoup de travail, d’efforts et de rigueur, donc de progrès y compris dans le domaine de l’efficacité pure, c’est un sain encouragement à persévérer.

Qui ne s’est pas émerveillé devant un parfait uchi-mata, par exemple, et n’a pas ressenti une intense satisfaction en le réalisant (ou en s’en approchant)  ?

L’aspect spectaculaire  suscite aussi des vocations. Beaucoup ont été impressionnés  à l’occasion de galas d’arts martiaux par des démonstrations où l’aspect spectaculaire ne contestait en rien l’efficacité des techniques démontrées, ni de ceux qui les exécutaient.

Dans les années 1980 et 1990, J’ai eu la chance de participer à de nombreuses soirées d’arts martiaux en compagnie de personnalités, et je défie qui que soit de mettre en doute l’efficacité de Dominique Valéra,d’ Angelo Parisi, ou de Christian Tissier, pour ne citer qu’eux et pourtant leurs prestations et leurs techniques étaient spectaculaires.

L’esthétique, c’est aussi un style, une prestance. On peut trouver du beau tout simplement dans une attitude, « une garde », comme on apprécierait une sculpture.

Certes la beauté est subjective et puis, elle ne se trouve pas que dans le geste, mais aussi dans le comportement !

N’oublions surtout pas que nous pratiquons un art martial et qu’il y a donc le mot art. L’art de savoir se défendre, l’art de savoir s’élever mentalement et physiquement, l’art qui apprend à se surpasser dans tous les domaines, pas simplement de détruire, mais surtout l’art de construire.

Juste un exemple, pour ceux qui ne seraient pas convaincus. Si on se place sur un plan purement utilitaire, un des critères incontournables sera la précision pour obtenir la meilleure efficacité, et bien dans la recherche de l’esthétique ce sera une quête identique.

Et puis, tout simplement « qui peut le plus, peut le moins ». Pour illustrer ce dicton, je terminerais avec une sorte de parallèle par une citation qui n’est pas celle d’un expert en arts martiaux, mais de Woody Allen : « L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible. » Comprenne qui voudra (ou pourra).

La recherche du beau n’est pas une perte de temps, elle participe à la quête d’une perfection globale. A commencer par une « belle éducation. »

Pour une pratique éducative et non destructive

Nous sommes à un mois de la rentrée et même si pour moi elle est encore incertaine, j’ai pensé écrire quelques lignes à propos d’un sujet qui me tient à cœur, à savoir « la pratique éducative ».

Sur la carte professionnelle des enseignants de disciplines de combat, il est bien spécifié « éducateur sportif » et non pas « destructeur sportif ». Certes, nous enseignons des techniques qui, à la base, sont faites pour mettre hors d’état de nuire et même complètement hors d’état pour certaines.

C’est toute la difficulté et tout l’intérêt que de transformer des techniques qui sont des armes de destruction en moyens d’éducation physique et mentale. Une nuance que tout le monde n’est pas capable d’offrir.

Un enseignement des « arts de combat » qui se veut éducatif doit être entouré de mille précautions. Les notions de légitime défense, d’intégrité physique, de respect de son corps et de celui de son partenaire ne doivent pas être négligées, et tout simplement de respect de la vie. A l’entraînement nous travaillons avec des partenaires et non pas avec des adversaires. Du latin PAR : avec et AD : contre.

Une pratique se doit d’être éducative sur le plan physique, mais aussi mental, tel que le prônait Jigoro Kano et même, un peu avant, les fondateurs de la boxe française dans notre pays.

Éducative physiquement, dans la mesure où elle doit permettre le développement de qualités physiques en proposant une pratique adaptée qui va apporter une bonne condition physique, ainsi que des qualités de souplesse et de tonicité musculaire. Comme déjà indiqué plus haut, ces techniques sont faites pour détruire, mais elles doivent aussi être des moyens d’évolution physique, tout en conservant leur efficacité ; être en capacité de concilier les deux n’est pas toujours compris.

Pourtant nous bénéficions de suffisamment d’expérience et de recul, malgré tout certaines pratiques sont encore trop « accidentogènes » soit par négligence, soit par une idéologie tendant à affirmer qu’il faut faire comme dans la réalité. En oubliant que la réalité, c’est la réalité et que l’entraînement c’est l’entraînement. La violence lors d’une agression est telle qu’il ne semble pas sain de la transposer dans le dojo. Et puis, le bon sens veut que si on se blesse fréquemment, on s’entraîne moins souvent et que par conséquent, on progresse moins. Et tout simplement, au lieu d’améliorer son corps, petit à petit, blessure après blessure, on le détériore.

Donc, pour éviter cela il faut que l’enseignant respecte certaines consignes et adapte son enseignement à sa « population », que ce soit en termes de niveau technique, de condition physique et d’âge. Il doit insister sur la dangerosité de certaines techniques réalisées sans contrôle et qu’avec une pratique adaptée, on peut tout à la fois devenir efficace sans se blesser.

Certes nous ne pratiquons pas du « tricot », et les risques encourus sont plus importants dans nos activités, mais l’expérience, les compétences et la vigilance du professeur sont les principales garanties qui limitent les risques de blessures. Que ce soit dans les pratiques utilitaires, sportives et encore davantage quand il s’agit de loisirs. La grande majorité des futurs élèves et des élèves recherche une pratique accessible physiquement et dans laquelle les risques de blessure sont limités. Les pratiques extrêmes ont un fan-club qui n’est pas majoritaire.

N’oublions pas que Jigoro Kano avait défini deux critères dans sa sélection de techniques : efficacité et sécurité. Pour cela il en avait éradiquées certaines et mis au point toute une série de méthodes d’entraînement, du kata au randori, qui permettaient de progresser en proposant une pratique d’opposition codifiée et donc intelligente, éducative et non destructive.

« On ne franchit pas les portes d’un dojo pour se faire mal, mais pour apprendre à ne pas se faire mal. »

Enfin, et c’est presque l’essentiel, il ne faut pas oublier l’état d’esprit, c’est-à-dire l’aspect mental. Dans ce domaine aussi, le rôle du professeur est primordial, il se doit de combattre la violence et non pas de l’exacerber. Dans le domaine de la self défense les techniques seront enseignées en insistant sur le fait qu’elles ne devront être utilisées qu’en cas d’extrême nécessité. Elles sont une « assurance », pas un permis de détruire.

L’objectif d’un art de combat est de s’élever mentalement, techniquement et physiquement : « le Shin-Gi-Tai » de Jigoro Kano.

Ju-jitsu et vacances

C’est en août 1986 qu’a eu lieu le premier stage ju-jitsu à Soulac-sur-Mer. Je m’y étais rendu à l’automne précédent, « en reconnaissance ». C’est à cette occasion que j’avais rencontré Fréderic Fétis. Il s’occupait du Centre Capdeville, là où une majorité de stagiaires logeaient durant plusieurs saisons. Chaque été, durant vingt-cinq années, nous nous retrouvions, ce qui n’a pas manqué de tisser des liens. En plus, j’étais souvent reçu à la table de la famille Fétis. Ce sera un grand plaisir de nous retrouver dans un mois.

Donc, dans quelques semaines, je vais retrouver les forêts de pins, les maisons « soulacaises», les dunes, les kilomètres de plage et bien évidemment l’océan.  Nous sommes dans une station balnéaire à taille humaine. J’avoue que c’est le côté un peu sauvage qui m’avait séduit. Que ceux qui douteraient du dynamisme de la « Perle du Médoc » se rassurent, ils ne s’ ennuieront pas. Je pense qu’à Soulac, chacun trouve ce qu’il cherche et du 14 au 19 août, on trouvera aussi du ju-jistu.

Les séances se dérouleront chaque matin de 9 h 00 à 12 h 00, au dojo municipal. Il est encore possible de se décider, il reste de la place, il faut juste s’assurer de pouvoir être hébergé.

Concernant le stage, nous serons moins nombreux que lors des premières sessions, il y a quelques raisons à cela, nous y reviendrons ultérieurement. Quant au programme, toutes le facettes du ju-jitsu que je pratique et enseigne seront travaillées.

Les cours se déroulant le matin, l’après-midi est libre, l’appellation ju-jitsu-vacances prend alors tout son sens.

Pour ceux qui seraient de passage dans la région à ce moment-là, il sera possible de s’inscrire pour une ou  deux séances, à la carte.

En espérant avoir convaincu ceux qui ne savaient pas où aller et quoi faire entre le 14 et le 19 août.

Bonnes vacances à ceux qui ont la chance de pouvoir partir et dans tous les cas, bel été à toutes et à tous.

Palmarès des articles 2021/2022

Chaque semaine sur la page professionnelle de Facebook  (Club Jujitsu Eric Pariset)  je publie un article qui traite de différents sujets attachés aux arts martiaux. Je le partage sur ma page personnelle et sur ce blog.

En tant qu’administrateur de la page professionnelle,  je bénéficie d’un compteur qui indique le nombre de « personnes atteintes ».

Depuis quelques années, au mois de juillet, je donne le nom des trois premiers articles de la saison écoulée et la date de leur parution, mais aussi, je publie à nouveau l’article le plus regardé.

Cette année, c’est « Il ne veut pas gagner, il veut juste s’amuser » qui remporte la palme (vous le retrouvez un peu plus bas). Je rappelle qu’il s’agit d’une histoire vraie et qui devrait « poser question », si je peux me permettre.

Cet article a été publié le 7 octobre dernier.

Juste derrière c’est un sujet consacré aux grades mis en ligne le 18 novembre 2021 et enfin, en troisième position nous trouvons un écrit sur les différences fondamentales entre professeur et entraîneur. Des différences qui ne semblent toujours pas évidentes pour certains.

Donc, pour résumer : en premier les enfants, en deuxième les grades et en troisième l’enseignement.

Comme promis, ci-dessous, l’article arrivé en tête.

D’abord s’amuser !

Je ne suis pas contre la compétition, mais contre les excès qui parfois l’accompagnent.

Avec un père au palmarès exceptionnel, il serait presque indécent de dénigrer cette forme d’expression, d’autant que, même si les circonstances ne m’ont pas permis de faire de même, j’ai pu apprécier le goût particulier de ces affrontements jusqu’au niveau national.

Ceci étant, il est dommage qu’un énorme pourcentage de l’enseignement dispensé, notamment dans les dojos, soit axé principalement et parfois exclusivement sur ce que l’on appelle couramment « la compète », au détriment des autres facettes offertes par nos disciplines et qui ont aussi et surtout une vocation éducative dans bien des domaines.

Me vient à l’esprit une scène banale dans laquelle la maman d’un enfant se renseigne auprès d’un responsable de club en vue d’une prochaine inscription. Le responsable en question lui fournit les renseignements et conclut : «nous ferons tout pour qu’il aille en compétition et qu’il gagne des médailles ». Ce à quoi la maman répond : «non, il ne veut pas gagner, il veut juste s’amuser ».

On oublie souvent cette notion de jeu, pourtant basique, chez les enfants mais aussi chez les adultes ! Tout comme on oublie qu’il n’est pas nécessaire de rajouter immédiatement une pression avec des objectifs à atteindre, l’école et la société en fournissent déjà.

Est-ce que tout est fait pour satisfaire ceux qui viennent pour s’amuser, se défouler, s’exprimer physiquement, apprendre une technique juste pour le plaisir de la réaliser et de l’améliorer, passer les ceintures, maîtriser la défense personnelle, tout en sachant se contrôler, connaître et respecter les règles de bonne conduite en société avec le Code moral, bref pratiquer un « loisir éducatif et récréatif » ? Tout cela sans subir de pression ou encore une sorte de stigmatisation qui pousse à l’abandon si l’on n’adhère pas à cette « championnite aiguë ».

Peut-être y aurait-il davantage de pratiquants si toutes les facettes des arts martiaux étaient systématiquement proposées. C’est d’autant plus regrettable que cette course aux médailles s’accompagne – parfois – d’excès et de l’absence de précautions qui devraient être attachées à une pratique pour les enfants. Faire perdre du poids avant une compétition, par exemple. Tout cela pour la photo d’un dirigeant dans la presse locale du lundi.

La compétition doit être proposée mais pas imposée, d’autant qu’elle ne peut être qu’une étape. Or, si on ne s’est consacré qu’à cet aspect, une fois que l’âge à partir duquel on ne peut plus participer à ces affrontements est atteint, c’est l’abandon qui survient inévitablement.

Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur ce que l’on pourrait appeler le « revers de la médaille », à savoir les conséquences néfastes de la compétition, mais comme il est toujours préférable de terminer sur une note positive, on peut le faire en affirmant que celle-ci apporte beaucoup de satisfactions (surtout à ceux qui gagnent) et qu’elle permet, à condition que le parcours soit bien encadré, de vivre une très belle expérience ! (J’évoque les disciplines dans lesquelles la compétition est possible.)

Maintenant, on me dira que le marché économique qui entoure le sport de haut-niveau est important et générateur de richesses, d’emplois, etc., ce qui est vrai, mais ce qui est vrai aussi, c’est que dans ce domaine les excès néfastes ne manquent pas ; ceci est un autre sujet à propos duquel nous pourrons débattre.

eric@pariset.net

 

Fin juin : bilan et combat…

Dans notre activité, le mois de juin est propice à établir le bilan de la saison qui s’achève et pour envisager la prochaine. A titre personnel, celle-ci a commencé en pouvant remettre le « blanc de travail », alors que durant la saison précédente (2020/2021) cela n’avait pas été le cas ; du jamais vu dans ma carrière.

Les quelques stages que j’ai pu encadrer ces neuf derniers mois ont été une bouffée d’oxygène pour le moral, mais on ne peut pas encore parler de redressement professionnelle, loin s’en faut ; il y a des catastrophes qui ne se réparent pas d’un coup de baguette magique, même avec une volonté sans faille.

Revenons sur les trois derniers mois de juin :

En juin 2019, c’est avec une joie non dissimulée que j’ouvre un nouveau dojo à Paris, après plusieurs années difficiles dues à quelques coups du sort.

Un an après, en juin 2020, ce n’est pas un coup du sort, mais une injustice, qui m’oblige à rendre les clés du tout jeune dojo.

En juin 2021, c’était très spécial, en effet, comme indiqué plus haut, c’était la première fois dans ma vie de pratiquant, que je ne mettais pas le kimono durant la totalité d’une saison.

Et en ce 30 juin 2022, qu’en est-il ?

Beaucoup d’entreprises ont bénéficié d’aides, elles ont pu éviter la fermeture (pour le moment), et c’est tant mieux. Cependant, et c’est loin d’être une consolation, je ne suis pas le seul à ne pas avoir pu profiter de ces aides et à être plongé dans une situation difficile( le mot est faible ) en étant privé de travail et donc de revenus – ou si peu – depuis deux ans (et ce n’est pas fini) ; il faut mesurer ce que cela signifie. Comme nous représentons une quantité négligeable, sans moyen de pression, nous sommes ignorés.

J’ajoute qu’à la perte de l’outil de travail, donc de travail sans droits au chômage, il faut ajouter la perte sans aucune indemnisation de l’intégralité de l’investissement réalisé juste quelques mois auparavant. C’est juste monstrueux, là aussi, les mots sont pesés…

Donc, ce mois de juin sonne la fin d’une saison durant laquelle il a fallu tenter de réparer d’immenses dégâts.

A la volonté de reconstruire pour ne pas sombrer et à l’énergie que cela représente, s’ajoutent au fil des mois, les doutes, l’incertitude et les angoisses qu’engendrent inévitablement une telle situation. Il s’agit depuis deux ans d’une vie dans laquelle toute sérénité s’est enfuie et les plaisirs évanouis. La vie n’est plus la même et beaucoup de projets personnels ne seront plus réalisables.

Malgré tout, le combat continu et il ne consiste pas uniquement à se plaindre en dénonçant une injustice qui demande réparation, loin de là, mais aussi à retrousser les manches du judogi pour essayer de rebondir. Cependant, ce n’est pas facile, curieusement beaucoup de portes se ferment – ou ne s’ouvrent pas -, allez savoir pourquoi ? Quant à l’hypothèse de me relancer dans l’aventure d’un dojo privé, avec ce que je viens de vivre, c’est à dire une fermeture imposée et non indemnisée, il faudrait être irresponsable (et en avoir les moyens). Et puis, on ne peut pas affirmer que les feux soient « au vert » ; entre le virus qui revient, la guerre en Ukraine, le pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil, etc.

Le plus enrageant, c’est que cela aurait pu être évité ou réparé. Évité avec une gestion différente, réparé avec davantage de solidarité. L’entraide mutuelle, chère à Jigoro Kano, n’est pas souvent appliquée.

Ceux et celles qui n’ont pas failli se reconnaîtront, ils ont fait dans la mesure de leurs moyens, je les remercie du fond du cœur. Je sais aussi que beaucoup auraient voulu apporter leur pierre, mais ils n’en n’avaient pas la possibilité. Il y a une troisième catégorie qui n’a pas bougé, alors qu’elle aurait pu ! Sans oublier une « sous catégorie » (le double sens est bien choisi), qui ne s’est pas gênée pour mettre des bâtons dans les roues ; ce n’est pas à mon âge que de tels comportements m’étonneront.

En cette fin juin, dans une vie qui n’est plus la même, je reste positif et combatif. Concernant, le fameux « rebond » que très gentiment beaucoup me prédisent, il faut admettre qu’il est plus difficile à réaliser avec une balle un peu usée. Mais pas question d’abandonner !

Entre les deux saisons il y aura le stage de Soulac qui sera une belle parenthèse et un grand moment de partage, dans ce lieu qui nous a accueillis merveilleusement pendant vingt-cinq années, entre 1986 et 2010. En espérant que la 7ème vague de ce virus, avec laquelle on recommence à nous inquiéter, ne viendra pas à nouveau tout massacrer et hypothéquer la rentrée.

Normalement, très prochainement, je devrais avoir quelques bonnes nouvelles à annoncer. Peut-être un peu de lumière au bout du tunnel.

En attendant, je souhaite à toutes et à tous un bel été et une reprise gagnante en septembre.

J’ajouterai pour conclure que je ne suis ni aigri, ni envieux par rapport à ceux qui n’ont pas souffert professionnellement durant cette crise. Par contre, c’est mon mépris le plus profond que je réserve aux quelques « donneurs de leçons » qui, quoiqu’il arrive, seront toujours à l’abri !

Les 16 techniques (et compagnie)

Plusieurs articles ont déjà évoqué « les 16 techniques ». Celui que je propose aujourd’hui permet d’insister sur l’outil que représente cet enchaînement né aux débuts des années 1980 pour les besoins d’une démonstration.

« Les 16 techniques », peuvent se suffire à elles-mêmes. On peut travailler chacune d’entre elles en détail, avant de mettre l’accent sur l’exercice qui consiste à les enchaîner vite et fort. Dans ces deux premières phases, l’aspect technique puis l’aspect physique seront travaillés.

L’ensemble de ces techniques est important. Elles font partie du patrimoine, elles permettent l’acquisition de mouvements fondamentaux, tout en faisant découvrir ou renforcer des principes tout aussi fondamentaux comme la non-opposition, l’utilisation de la force de l’adversaire, entre autres.

Concernant l’aspect physique, lorsqu’elles sont enchainées, elles permettent de renforcer les automatismes et la condition physique.

Mais, et c’est important, elles offrent au professeur de multiples outils d’un grand intérêt.

Dans un premier temps, on peut étudier des enchaînements qui envisagent différentes réactions de la part d’Uke. Ce qui n’est pas saugrenu. Ensuite, on peut étudier des contre prises à chaque technique. Étudier un contre entrera dans le processus de renforcement, il nous éclaire sur les points sensibles.

Et ce n’est pas tout. On peut aussi confier aux élèves la « mission » de mettre une réponse de son choix, différente de l’originale. On peut lui imposer un thème, par exemple que la riposte appartienne à une famille précise : clés, étranglements. On peut aussi lui demander de mette une liaison debout sol, pour les techniques qui n’en possèdent pas.

Faire travailler aussi bien à droite qu’à gauche, pourra aussi être proposé.

Enfin, un Tori qui défend et deux Uke qui alternent les attaques, fournira de l’originalité et un sacré renforcement des automatismes et de la condition physique.

La liste présentée n’est pas exhaustive.

Voilà donc un enchaînement qui n’est pas un véritable « couteau suisse », mais plus exactement un « couteau japonais ».

Pour info, nous aborderons ce thème à l’occasion du prochain « dimanche ju-jitsu » le 26 juin prochain à Paris.

eric@pariset.net

Utile…

Chaque métier (je préfère ce mot à celui de travail) possède ses utilités, dont celle de subvenir à nos besoins et à ceux dont on a la charge. Ensuite, il est incontestable que certains métiers ont une utilité plus directe.

Je pense avoir la chance d’exercer une profession qui n’en est pas dénuée (quand je n’en suis pas privé). « Professeur » est une belle appellation. Certains n’ont pas hésité à l’appeler « le plus beau métier du Monde ». Cependant, comme dans beaucoup de professions, on ne peut échapper à quelques incompétences et/ou à des usurpateurs.

Dans les arts martiaux nous avons une triple utilité. L’éducation physique, l’aspect « purement utilitaire »  avec la self-défense et enfin une formation mentale et morale.

L’éducation physique, avec des répétitions qui développent de façon harmonieuse les parties de notre corps qui sont aussi nos « armes naturelles ». Ce renforcement s’acquiert de façon plus agréable que par l’intermédiaire de machines quelque peu austères. Et puis, cette pratique se faisant dans un sens naturel, les risques de blessures sont moins importants que celles provoquées par un développement disons « artificiel ». Nous ne faisons que révéler des qualités et des compétences intrinsèques. On fera l’acquisition de souplesse, de tonicité, de précision et de vitesse. Tout cela au service, entre autre, de notre « science du combat ».

Cette science, pour ce qui concerne le ju-jitsu, est utile sur un plan purement pratique (c’est son ADN), il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas en convenir ; j’ai consacré un bon nombre d’articles sur le sujet, on peut les retrouver sur mon blog. Les techniques ont été souvent utiles à des personnes lâchement agressées (être agressé lâchement est une sorte de pléonasme).

Sur le plan psychologique, ce qui n’est pas le moins important, les bienfaits de l’exercice physique ne sont plus à démontrer. Mais l’étude des arts martiaux (correctement enseignés) se doit aussi d’inculquer des valeurs morales utiles à la vie en société, entre autre, elle doit participer à la lutte contre la violence, ce fléau qui ne fait que progresser, et non pas l’exacerber. Le professeur ne doit pas se contenter de dispenser de la technique, il doit aussi inculquer de l’éthique. Enfin, un enseignement sérieux n’interdit pas que s’invite dans les séances un aspect ludique qui contribuera à un bien être général. Ce qui est bon pour la tête est bon pour le corps et inversement.

Renforcer la confiance en soi, offrir du bien être et participer à une bonne éducation générale, voilà les principaux bienfaits offerts par une pratique bien encadrée et correctement animée.

Ces quelques lignes ne manqueront pas de faire la démonstration du caractère UTILE de ma profession. Bien évidemment, j’en suis très fier.

L’échauffement

Partie incontournable et indispensable d’une séance, l’échauffement est parfois vécu comme redondant, ennuyeux ou trop difficile.

C’est dommage, parce qu’il est indispensable et d’une grande utilité !

Sa vocation est de mettre le corps et l’esprit dans de bonnes dispositions pour l’ensemble de la séance. Il influence forcément la suite du cours. Il ne permet pas uniquement de limiter les risques de blessures, il donne aussi le ton pour la suite. Il ouvre le chemin !

Par définition il ne doit être ni trop long, ni trop difficile, il ne faut pas confondre échauffement et épuisement. Il doit être attractif, et non pas rébarbatif.

Les exercices peuvent être choisis en fonction du thème principal développé lors de la séance.

Sur un plan purement pratique, ce n’est pas tant le choix des exercices qui est important, mais la façon de les pratiquer. Certains que l’on a l’habitude d’exécuter pour s’échauffer peuvent être dangereux s’ils sont fait n’importe comment, trop fort, trop vite, ou trop longtemps.

D’autres auxquels on ne pense pas forcément  peuvent être proposés s’ils sont fait intelligemment, avec mesure. Par exemple des exercices d’opposition très codifiés au cours desquels les partenaires sont en parfaite osmose. C’est pour cette raison que, s’adressant à des débutants, on sera plus prudent avec une sélection de techniques qui devront rester « classiques ».

Si l’échauffement est utile pour éviter les blessures, il n’est pas un « blanc seing » pour le reste du cours durant lequel le professeur pourrait se permettre de faire travailler certaines techniques et exercices dangereux, sous prétexte que l’échauffement a été effectué. Mais la suite de la leçon, c’est un autre sujet !

En conclusion de ce petit article sur l’échauffement, on peut dire qu’il doit être court, attractif et pourquoi pas récréatif, nous sommes aussi dans le loisir. Il doit échauffer les principales articulations et groupes musculaires, solliciter le système cardio-pulmonaire et provoquer un bien être général qui sera un atout pour le reste de la séance.  Un bon échauffement sera la première des conditions pour une séance réussie.

www.jujitsuericpariset.com

 

Professeur et entraîneur

Professeur et entraîneur : ce n’est pas pareil. Les objectifs sont différents, il en est de même pour les qualités indispensables à la fonction et le public auquel on s’adresse n’a pas les mêmes aspirations.

Sans professeur, il n’y aurait pas d’entraîneur, puisqu’on ne peut entraîner qu’une personne qui possède déjà un bagage technique conséquent. Or, parfois on constate que la case professeur est sautée au profit de celle d’entraîneur. En clair, inconsciemment ou pas, certains oublient leur statut de professeurs au profit de celui d’entraîneur.

Chacun son métier et chacun sa mission.

Je n’emploierai ni des mots trop savants, ni des formules trop compliquées pour donner mon humble point de vue.

Le métier de professeur est un des plus beaux métiers du monde mais aussi un des plus difficiles. Pour transmettre les connaissances que l’on possède, il faut de la patience, du bon sens et une bonne « boîte à outils » pédagogique.

Entraîneur, c’est différent, dans la mesure où on s’occupe de personnes qui doivent se surpasser, qui doivent « performer » (pour reprendre un mot « particulier »). Donc on s’adresse à des athlètes qui ont comme but « la gagne ».

Si l’entraîneur se substitue au professeur, il se coupe de la base, de ceux qui sont venus pour une simple pratique physique, pour se défouler, s’amuser ou apprendre à se défendre. Ce qui représente une majorité de personnes mises de coté, ou tout simplement qui ne commencerons pas. Les deux peuvent être compatibles, mais trop souvent l’entraîneur « oublie » le professeur, pourtant indispensable.

Que la compétition puisse être proposée, cela se comprend, mais souvent elle est imposée, même insidieusement avec une forme d’ostracisme involontaire.

Certes, dans l’esprit de certains, il est plus valorisant de s’occuper d’une élite, encore faut-il en avoir les capacités. Un entraîneur doit être un meneur d’hommes et de femmes, doté de qualités psychologiques pouvant s’adapter à chaque athlète. C’est volontairement que j’utilise le mot athlète pour souligner que les personnes qui ont droit à cette appellation appartiennent à une élite qui est forcément coupée de la base. Cette base qui, comme déjà indiqué plus haut, n’a ni les capacités nécessaires, ni  tout simplement l’envie d’appartenir à ce groupe, et qui risque d’être mise sur la touche, si le professeur n’est plus qu’un entraineur.

Cette base qui représente l’immense majorité des pratiquants a besoin d’un professeur, tout simplement. Et si possible un bon professeur. D’où l’importance qui doit être donnée à la formation des futurs enseignants, ne serait-ce que pour éviter cette confusion professeur/entraîneur.

Commencer à entraîner avant d’enseigner, c‘est comme apprendre à plonger sans que l’élève sache nager ! Ou pire, dans une piscine sans eau !

La description faite dans ces quelques lignes n’est pas une règle générale, tant mieux ! Mais il faut être prudent pour qu’elle ne le devienne pas !