Violence et non-violence…

En ouverture d’un modeste article consacré à la violence (écrit à l’aide de mots simples) et pour l’illustrer, j’ai pensé publier cette petite leçon.
« L’aîné d’une tribu indienne explique la vie à son petit fils : « tu vois, en chacun de nous, deux loups s’affrontent en permanence : il y a le loup de la haine, du pessimisme et de l’égoïsme ; et il y a aussi le  loup de l’amour, de l’optimisme et de la générosité ». L’enfant demande : « Et quel est celui qui l’emporte ? ». Le sage répondit : « celui que tu nourris » ! »

Cela va sans dire que, comme beaucoup, je milite pour l’éradication de la violence, ce fléau qui enlaidit notre société. Il n’a cessé d’exister, les racines du mal sont profondes et les raisons multiples. Cependant il n’est pas interdit d’espérer, tout comme il n’est pas question d’abdiquer.

Il ne s’agit pas d’un exposé sur les origines et les causes des différentes formes de violences, je me limiterai à mon domaine de compétence et à l’impact positif que mon métier se doit d’apporter à la société. J’en profite pour rappeler qu’il n’existe pas que la violence physique, certaines violences mentales peuvent parfois être aussi redoutables.

Chaque professeur, quelle que soit la discipline qu’il enseigne, a un rôle majeur à jouer. Dans cette lutte, l’éducation est fondamentale, elle permet de prendre le mal à la racine. Certes, cela s’inscrit sur du long terme, mais cet enjeu le mérite.

Les professeurs d’arts martiaux ont une responsabilité encore plus importante dans la mesure où ils enseignent des techniques de combat, certaines à l’issue pouvant être fatale. Elles devront donc être considérées et enseignées avant tout comme des armes de dissuasion et utilisées exclusivement en dernier recours.

C’est toute la difficulté de la transmission de nos disciplines ; elle doit se faire dans un but éducatif et non destructif (bien que, comme indiqué plus haut, ce soit la vocation de la plupart des techniques). On ne répond pas à la violence par la violence. Cette affirmation pourra être considérée comme une sorte de poncif par certains, mais elle est pourtant vraie. Je sais que cette phrase a été dite et écrite à de nombreuses reprises. Il n’est jamais inutile « d’enfoncer le clou ».

Certains pensent que de tels propos sont empreints d’un angélisme inadapté, d’une naïveté déconcertante ou même de laxisme. Ceux-là ne peuvent pas être considérés comme des éducateurs responsables.

Etre contre la violence n’est pas forcément faire preuve d’inconscience ; lorsque l’on est agressé violemment, il faut être capable de riposter efficacement, avec un niveau technique et mental qui permet d’agir rapidement, mais avec nuance – dans la mesure du possible, sans ignorer les notions de légitime défense et de respect de la vie.

Il est navrant de constater que certaines méthodes de combat peuvent être utilisées à de mauvaises fins, ou enseignées de façon brutale, violente. Heureusement, il s’agit du fait d’une minorité de personnes ne pouvant être considérées ni comme des budokas, ni comme des enseignants.

Dans leur immense majorité, les professeurs de nos belles disciplines sont conscients de l’enjeu, ils ne se comportent pas comme des destructeurs, mais comme des éducateurs.

Le dojo !

Un DOJO n’est pas simplement un lieu où l’on transpire, c’est aussi un endroit dans lequel on s’inspire. Il doit y régner une ambiance particulière qui n’est pas celle d’une simple salle de sports, on doit y apprendre « quelque chose » de plus.

C’est le lieu dans lequel  on est censé « trouver sa voie » (traduction de dojo), c’est-à-dire le chemin. Le chemin de la sagesse, de la tolérance, de la détermination, bref le chemin de l’existence.

La voie qui permettra de s’élever sur le plan technique, mais aussi sur le plan mental. Les arts martiaux, enseignés et pratiqués comme ils doivent l’être, ne sont-ils pas des « Écoles de vie » ?

Malheureusement, ce n’est pas toujours la réalité, parfois les conditions ne sont pas réunies. D’abord, et nous n’y pouvons rien, certains équipements municipaux sont destinés à plusieurs disciplines sportives, autres que les arts martiaux, privant ainsi le lieu d’une certaine identité propice à l’étude bien particulière de nos disciplines.

Ensuite il y a ce que l’on peut appeler « l’esprit », celui qui est inculqué par le « maître des lieux », le professeur. C’est à lui qu’incombe la responsabilité de faire en sorte que les élèves trouvent leur voie, sur le plan technique, mais aussi sur le plan mental, comme indiqué plus haut.

Trouver la voie, c’est trouver le chemin qui mène aux progrès techniques et à la sagesse comportementale. Faire de sa pratique quelque chose d’utile pour soi et pour les autres. Il ne suffit pas d’afficher le code moral sur un mur du dojo et être ainsi en paix avec sa conscience, il faut aussi le respecter et le faire respecter.

Le dojo, n’est pas un endroit dans lequel seront vénérées quelques divinités que ce soit, mais simplement un lieu où l’on applique les principes de politesse élémentaire et de respect vis-à-vis du professeur et des autres élèves, du plus gradé au moins gradé, mais aussi de l’espace dans lequel nous étudions. Le dojo est un lieu d’étude, de partage et de respect.

C’est au professeur qu’incombe la responsabilité de faire respecter tous ces éléments. Comme arriver à l’heure, saluer en entrant dans le lieu, ne pas se déplacer pieds nus en dehors du tatami, veillez à ce que les « dogis » soient propres, saluer son partenaire dans une tenue correcte avant et après chaque changement, communiquer à voix basse, voilà quelques « bases » qui ne sont pas toujours respectées.

Dans un climat général qui se dégrade, avec notamment des actes inqualifiables, les professeurs d’arts martiaux sont investis, de par la nature de ce qu’ils enseignent, d’une responsabilité peut-être plus importante !

Ce serait incompréhensible qu’un professeur d’arts martiaux – dans lesquels la rigueur est l’une des principales vertus – ne se comporte pas de façon exemplaire et ne fasse pas respecter quelques règles élémentaires.

Plus qu’ailleurs, chez nous, l’exemple vient d’en haut !

De la tenue…

L’article de cette semaine a déjà été proposé, mais en ce début de saison il n’est peut-être pas inutile de le publier à nouveau, après l’avoir quelque peu remanié.
« L’habit ne fait pas le moine », un peu quand même.

Par facilité on l’appelle le « kimono », bien que ce nom désigne plus spécifiquement un vêtement porté « à la maison ».
Dans les arts martiaux, il existe plusieurs appellations qui désignent ce que l’on revêt dans un dojo ; parmi les plus répandues on trouve le judogi, le karategi, le keikogi. On évoque très peu le « jujitsugi ». Pour les principaux arts martiaux japonais  on peut le nommer « dogi ». En taekwondo, c’est le dobok.

Quel que soit son nom, cette tenue est importante et ne saurait être négligée ; j’y vois plusieurs raisons.

D’abord, chaque discipline sportive possède son « uniforme » ; il ne viendrait pas à l’idée d’un footballeur de se rendre sur un terrain de foot en judogi.

Ensuite, grâce à sa texture, cette tenue est pratique et hygiénique. Elle est résistante aux différents assauts et autres sévices qu’on lui fait subir. Elle est hygiénique, elle permet d’absorber les litres de sueur produits lors des entraînements.

Elle possède également comme vertu d’effacer toute distinction sociale. On ne frime pas vraiment dans un « gi ». Nous sommes tous égaux pour ces moments d’étude et de partage.

Enfin, dans le combat rapproché, elle évite une proximité qui peut  être  parfois rebutante pour certains et certaines.

Cette tenue, je la respecte au plus haut point ; n’est-elle pas mon principal « outil de travail » ?.  Elle est aussi  devenue au fil des années ma « deuxième peau ». Parfois elle a même été mon « bleu de travail », comme nous le verrons plus bas. Certains s’en affranchissent, c’est dommage, surtout dans des disciplines dites « à traditions ».
Que l’on ne cache pas, sous des prétextes d’évolution, un manque de rigueur et de respect à l’égard de notre histoire et de notre identité.

Au début des années 1970, à l’initiative du champion de judo néerlandais Anton Geesink, il y eut une tentative de kimonos de couleurs qui n’a pas vraiment connu le succès. Ensuite, au début des années 1990, le kimono bleu est apparu lors de certaines compétitions de judo, dans le but de faciliter la compréhension des combats. Dans le même esprit, j’ai moi-même opté pour cette couleur dans mes démonstrations et dans des ouvrages.

Quelques professeurs l’utilisent à l’occasion de leurs cours, cela a été mon cas durant un temps, pour « aérer » mes tenues de démonstration, à l’époque où j’en faisais. Une fois cette époque passée, je suis revenu à la pure tradition. Et puis un enseignant doit pouvoir se distinguer davantage par son savoir et son aura que par sa tenue.

Dans cet article j’évoque les arts martiaux, mais d’autres sports de combats possèdent leur propre tenue (boxe, lutte, etc.), que les pratiquants arborent fièrement.

Enfin, l’utilisation de la « tenue de ville » (adaptée) pourra être considérée comme un complément à l’étude de la self-défense, dans des cours spécifiques. Ce pourra être aussi une approche et une étape avant de rejoindre le monde des budos.

Bilan et espoirs

Donc, le 26 en proposant un stage à Paris, je vais renouer avec un brin d’activité. Il était temps ! Cependant, « la remontada » risque d’être longue. On parle de reprise économique, tant mieux,  reste à savoir si cela va durer.

Cependant, les pouvoirs publics et la presse ont tendance à oublier tous ceux qui dans cette crise ont souffert, ceux qui ne s’en remettront pas et ceux qui se battent, souvent seuls,  pour survivre dans une indifférence assez édifiante. Il faudra faire aussi avec les inévitables séquelles physiques et psychologiques laissées par cette sale période.

A l’attention de ceux qui ignoreraient encore les raisons qui font que je me retrouve sans lieu de travail, c’est-à-dire sans dojo pour enseigner, mais aussi de ceux qu’il faudrait encore convaincre que la décision qui a été prise était la bonne, parce qu’il n’en existait pas d’autres, je propose ces quelques lignes (que personne n’est obligé de lire).

Le 16 mars 2020, le Président de la République nous informe que dès le lendemain (l’expression du jour au lendemain n’a jamais eu autant de sens) tous les établissements recevant du public devront fermer, au moins pour quinze jours (en fait cela a duré deux mois, et bien plus pour certaines activités, dont les arts martiaux).

Dans son allocution, je m’en souviens comme si c’était hier, pensez-donc je venais d’ouvrir quelques mois avant, il précisait que pour les locataires, les loyers seraient « bloqués » ; ce qui me paraissait être du bon sens, dans la mesure où si une interdiction, qui n’est ni de votre fait, ni de votre faute, est prononcée, il ne paraît pas concevable d’honorer un loyer pour un endroit que vous n’avez plus la possibilité d’exploiter. Or un mois après, ma propriétaire me harcelait afin que je règle l’échéance du mois d’avril, alors que nous savions à ce moment-là que la reprise d’activité ne se ferait pas avant l’été, au mieux ! La suite nous a donné raison, malheureusement. L’engagement qui avait été annoncé lors de l’intervention présidentielle n’a pas eu de suite, sans cynisme, j’ajoute que nous sommes un peu habitués à cela !

Je rappellerai les trois raisons essentielles qui m’on conduit à ne pas m’entêter, non pas par manque de combativité, bien au contraire, mais par lucidité et esprit de survie (je n’exagère pas). En effet, continuer était tout simplement suicidaire, je m’explique.

Il faut rappeler qu’il s’agissait d’un club privé avec des loyers parisiens. Il ne s’agissait pas d’un équipement municipal.

Ensuite, le dojo était presque « tout neuf », il n’avait pas l’antériorité qui lui aurait permis de bénéficier de réserves en matière de trésorerie : un « trésor de guerre ». Tout comme il ne pouvait prétendre au prêt garanti par l’état (qui aurait de toute façon alourdit le montant des dettes). Quant au Fond de solidarité, qui par ailleurs n’avait pas été mis en place au moment de la prise de décision de fermeture, toujours à cause de la jeunesse de l’entreprise, il n’aurait pas permis la survie.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, exerçant en « nom propre » ou dans d’autres termes en tant que « travailleur non salarié », j’étais en première ligne. Dans ce statut, il n’existe pas de dépôt de bilan, si ce n’est une faillite  personnelle qui vous exclut définitivement de la société. (Il n’existe pas non plus de chômage.)

Avant de prendre la décision, j’ai consulté un expert comptable, un avocat et un commissaire aux comptes. Pas un ne m’a conseillé de poursuivre, tous les trois m’ont recommandé de trouver au plus vite un accord avec la propriétaire pour une résiliation de bail à l’amiable, de façon à ne pas accumuler les dettes, notamment celles qui concernaient les loyers en question. En matière de baux commerciaux (les fameux 3-6-9) le locataire est engagé pour trois ans de loyer, il m’en restait plus de deux ans à honorer, avec le nombre de mois de fermeture que nous connaissons.

Je sais que ce n’est pas facile à comprendre lorsque l’on n’a pas de connaissance en matière d’entreprise privée. Heureusement, la majorité des personnes (même celles qui ne sont pas dans le privé)  ont compris que cette décision était la seule décision raisonnable qu’il fallait prendre ! Même si c’est ce qu’on appelle un coup dur, très dur !

Que l’on se rassure (ou pas),  je n’ai jamais baissé les bras, même si le combat est assez inégal, seul face au virus et à une gestion très surprenante. Par contre, il est vrai que je n’ai jamais cessé (au risque de me répéter) de dénoncer ce qui me semblait être une exécution en bonne et due forme. Je ne « radote » pas, j’exprime avec force et détermination une juste et saine colère, ce qui ne m’empêche pas d’être combatif, bien au contraire.

J’ai essayé durant ces dix-huit mois, de sauver l’essentiel, en appliquant les principes de non-opposition à la force brutale, de façon à pouvoir rebondir (bien que je ne sois pas un ballon). La première étape sera un stage proposé le 26 septembre à Paris. Ce sera déjà un bon début !

La loi du plus fort…et quelques autres réflexions. On continue parce que ce n’est pas fini

Loin de moi le désir de plomber l’ambiance estivale – elle n’est déjà  pas folichonne sur bien des plans, pas seulement sur celui de la météo -, mais juste l’envie d’exprimer quelques réflexions suite aux dégâts subis par certains depuis maintenant un an et demi.

N’ayant ni travail, ni vacances (forcément), je « bénéficie » donc d’un peu de temps libre, entre lecture, écriture, entraînement en solo et beaucoup de cogitations. Ceux qui soufflent à l’idée d’un article qu’ils jugeraient redondant, peuvent ne pas aller plus loin dans la lecture.

Oui, j’ai déjà traité le sujet à maintes reprises, mais lorsque l’on subit un tel préjudice sur une telle durée, on ne peut faire autrement que de continuer à réagir face à ce qui s’apparente à une forme d’injustice. Cela n’empêche pas d’agir et de chercher des solutions. Simplement pour le moment aucune n’est réalisable. Ce n’est ni par un manque d’inspiration, ni dû à l’absence de volonté, c’est une réalité ! (difficile à assumer.)

Avant d’envisager quelques possibilités, revenons un peu en arrière.
Un an et demi sans travail, certains attribuent cette situation au destin. C’est la vie, on me dit ! Il y a une part de vérité dans cette affirmation, mais juste une petite part. Ce virus qui nous est tombé dessus, certes c’est un peu comme la foudre qui s’abat de façon aléatoire. Mais j’y mettrai quelques objections.
D’abord, si l’être humain ne jouait pas un jeu dangereux avec « sa » planète, certaines catastrophes pourraient être évitées. Peut-être qu’il y a un peu de ça avec ce virus.
Ensuite, nous n’avons pas tous été touchés de la même manière et les conséquences n’ont pas été les mêmes. Il y a clairement une forme d’injustice dans la mesure où certains préjudices auraient pu, non pas être évités (quoique), mais partagés, pour que ce ne soit pas la loi du plus fort qui règne, une fois de plus.

Revenons sur l’iniquité qui caractérise cette crise. Comme dans toute catastrophe, il faut d’abord penser aux victimes. Cependant,  dans ce propos, j’évoque tous ceux qui n’ont pas contracté la maladie, c’est-à-dire la grande majorité de la population, et heureusement. Non, il s’agit des personnes que l’on appelle les « victimes collatérales ».
Dans cette crise sanitaire il y a trois grandes catégories (en matière de conséquences professionnelles, donc de survie). La première, la plus importante, regroupe tous ceux pour qui rien a changé, et tant mieux. Exception faite pour des restrictions dérangeantes sur le principe, mais l’essentiel, à savoir le travail, a été préservé. Certes, des mesures frôlant l’absurde, et même l’étant parfois complètement, ont été difficiles à accepter (nous en subissons encore quelques-unes). Il y a une deuxième catégorie qui rassemble ceux qui ont prospéré, le malheur des uns…on connaît la suite, tant mieux pour eux.  Enfin, la troisième catégorie, ceux qui ont tout perdu, je la connais bien. J’ajouterai quand même deux autres catégories. D’abord le personnel hospitalier, qui n’a rien perdu en termes de travail, mais qui par contre n’a compté ni ses heures, ni ses efforts, il est indispensable de continuer à leur rendre hommage ; à quand la revalorisation de cette profession ? Enfin, il y a ceux qui ont souffert dans leur métier, mais qui devraient s’en sortir, grâce à l’ancienneté de l’entreprise, grâce à des aides, ou tout simplement à de grosses réserves de trésorerie. Il faut toutefois espérer qu’il n’y ait pas de rechute.

Donc, étant de la catégorie de ceux qui ont tout perdu, ou presque (sauf le mental), je peux en parler en connaissance de cause. Ce qui me vient spontanément à l’esprit, c’est qu’une fois encore, la loi du plus fort s’impose. Prenons l’exemple des loyers, déjà évoqué. Les établissements privés recevant du public obligés de payer les loyers alors qu’ils n’avaient pas le droit d’exercer, cela au motif que les propriétaires en ont besoin pour vivre. Mais les petits entrepreneurs n’ont-ils besoin de rien pour vivre ? Non seulement ils n’avaient pas les recettes pour assurer leur gagne-pain, mais ils devaient s’endetter pour des années afin de payer les loyers en question. Il aurait fallu que le gouvernement impose une équité, ce qui n’a pas été fait.

Autre exemple avec les assurances qui ont refusé de prendre en charge ce qui pour certains est tout simplement une perte d’exploitation. Ceci au motif que ce n’était pas prévu dans les contrats. Là aussi, le gouvernement aurait pu intervenir. Il ne manque pas d’imposer sa loi dans de nombreux domaines…

Donc, une fois de plus, ce sont les plus petits qui trinquent, ce n’est pas nouveau, c’est une raison pour continuer à s’indigner. Ouvrons juste une parenthèse qui nous ramène sur les tatamis avec cette loi du plus fort (sur un plan physique) qui en son temps a conduit bien du monde dans les clubs de judo, quand celui-ci est apparu en France avec des techniques et des principes permettant à un plus faible de venir à bout d’un plus fort. Dommage que dans le contexte actuel, il soit impossible d’appliquer ces beaux principes. Ne pas s’opposer à la force brutale, dans cette situation, ce serait de trouver d’autres solutions que celle de vouloir à tout prix faire son métier, en opérant une reconversion, par exemple ! Sérieusement, est-ce envisageable, est-ce raisonnable, à un certain âge et surtout quand on aime un métier « utile » ? Alors, il faut attendre, s’armer de patience, c’est ce que l’on me dit. Mais cela va faire un an et demi et cela n’est pas fini, si l’on en croit les dernières informations. Donc, il faudrait mourir en silence, et bien non ! Pourtant, cette période dans laquelle ne cessent  de s’imposer angoisse et incertitude ne peut qu’être néfaste à une bonne santé mentale et physique, il serait temps que cela cesse. On a beau être résistant, nous ne sommes pas composés de fer inoxydable.

Consacrer l’essentiel de mon énergie à chercher des solutions, cela fait dix huit mois que je m‘y attèle,  à moins, comme évoqué plus haut, d’opérer une reconversion fantaisiste et très aléatoire, aucune ne se présente, ou plus exactement n’est réalisable pour le moment.

Nos disciplines ont été très abimées, nous ne sommes pas encore sortis de cette crise, l’avenir est incertain. Aussi, remonter une structure privée, même si j’en avais les moyens, c’est un risque que je ne reprendrais pas dans le contexte actuel. Demander des créneaux horaires dans ma nouvelle ville c’est fait, sans réponse pour le moment. Faire des stages encore faut-il qu’il y ait des stagiaires, les sections adultes qui n’ont pu proposer que deux mois de pratique à leurs élèves la saison dernière sont fortement abîmées.

Alors, même si l’utilité n’est pas flagrante, je ne peux m’empêcher de continuer à exprimer une saine et légitime colère, mais sans jamais baisser la garde, à l’instar des samouraïs !

25 étés à Soulac !

La semaine dernière, dans mon article hebdomadaire, j’évoquais  mes cinquante années de métier. Durant ce demi-siècle, entre autres rassemblements, j’ai organisé et dirigé pendant vingt-cinq ans un stage d’été à Soulac-sur-Mer, dans le Sud-ouest de la France, en Gironde précisément.

En ce début de mois d’août, j’ai pensé que c’était le bon moment pour revenir sur ces stages qui se déroulaient à ce moment-là de l’année.

Cette aventure avait commencé en 1986. Auparavant c’est dans le département de Lot-et-Garonne, au Temple-sur-Lot, que je me rendais pour ces rendez-vous qui marquent l’été. Les pratiquants d’arts martiaux connaissent  cet endroit, beaucoup d’experts sont venus dispenser leur savoir.

Si j’ai opté pour les bords de l’Atlantique en 1986,  c’est pour répondre à la demande d’un nombre important de stagiaires qui  venaient en famille ;  les accompagnateurs souhaitaient que leur soient proposées davantage d’activités pendant que le ju-jistuka, ou la ju-jitsukate,  suait sur les tatamis. Il faut avouer aussi  qu’en France,  à l’époque, nous étions davantage mer que campagne.

Donc, à l’automne 1985, j’ai envoyé une lettre à presque toutes les stations balnéaires de l’Atlantique pour leur exposer le projet. C’est Soulac qui a répondu en premier. Après un week-end de reconnaissance en octobre, j’ai opté pour cette belle petite citée. Je n’imaginais pas que nous y retournerions pendant un quart de siècle, sans aucune interruption.

Jean-François-Pintat, le Maire de l’époque, avant que ce soit son fils Xavier qui prenne la suite, a répondu à notre demande rapidement, mais encore fallait-il que j’ai un coup de cœur pour me décider, ce fût le cas. Je ne voulais pas d’une trop grande station balnéaire, nous en connaissons beaucoup de très belles, mais par nature, je préfère des endroits à l’animation mesurée.  Ce qui m’a plu à Soulac, c’est tout simplement la nature. D’un côté l’océan avec des kilomètres de sable fin et de l’autre, la forêt de pins. Au milieu, c’est plus un village qu’une ville : une ambiance familiale, beaucoup d’activités, mais comme indiqué plus haut, suffisamment de calme pour ceux qui viennent (aussi) pour se reposer. Je n’oublie pas une architecture remarquable avec les inimitables villas soulacaises, toutes plus belles les unes que les autres.

Concernant l’hébergement, les premières années, la presque totalité des stagiaires logeait au Centre Capdeville, un centre initialement réservé aux footballeurs. Il était dirigé par Christian Fétis, une personnalité du football français. Ensuite, c’est son fils Frédéric qui a repris les rennes. Nous sommes restés en contact, de solides rapports amicaux s’étaient installés entre nous. J’étais souvent invité à la table de la famille, pour mon plus grand plaisir, j’ai toujours été merveilleusement bien reçu.

La dernière édition du stage de Soulac a eu lieu en 2010. A cette époque la gestion de mon dojo parisien était assez « écrasante », et comme cela arrive dans la vie, j’avais besoin de faire une pause et de profiter de l’été, pour me reposer et reposer un peu le kimono (pour les puristes, je rappelle que j’utilise souvent ce mot qui n’est pas le mot exact, mais c’est celui-ci qui est communément utilisé, peut-être à tort).

Ces stages rassemblaient des jujitsukas venus de toute la France, mais aussi de l’étranger : Belgique, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, et bien d’autres pays.

Beaucoup de souvenirs me reviennent à l’esprit en pensant à ces étés. En plus des séances en kimono avec un programme technique très copieux et une intensité physique conséquente, s’imposent les séances en extérieur au milieu des arbres, mais aussi au bord de l’océan. Arriver  à neuf heures du matin  et découvrir une plage déserte pour pratiquer  sur un sable adapté à notre activité grâce à la marée basse, il faut l’avoir fait au moins une fois.

Il n’est pas exclu de programmer une nouvelle édition l’année prochaine, en espérant que nous serons, à ce moment-là, sortis de cette situation qui, depuis le début, a plus particulièrement pénalisé nos belles disciplines.

A toutes et à tous, je souhaite un beau mois d’août, avec ou sans stage, avec ou sans vacances.

La nostalgie

Longtemps considérée comme un sentiment négatif, elle a tendance à être réhabilitée. Différentes études lui ont attribué des effets positifs.
Alors, qu’elle soit attachée à certains de mes articles, n’apporte ni contestation ni reniement de ma part.

La nostalgie s’appuie sur l’évocation de souvenirs heureux que l’on regrette. Elle ne consiste pas uniquement à s’épancher sur les malheurs du moment qui nous sont imposés, elle ranime des souvenirs qui peuvent nous apporter une bouffée d’oxygène mental.

«Demain aujourd’hui sera hier ».
Et puis en tant que pratiquant d’arts martiaux, l’évocation des souvenirs est aussi le moyen de rappeler le passé sur lequel nous avons construit notre présent. Ce n’est pas propre à nos disciplines, mais peut-être davantage, dans la mesure où elles sont qualifiées à juste titre de « disciplines à traditions ».

Évoquer le passé, c’est aussi se souvenir de ceux qui nous ont aidées à devenir ce que nous sommes. De nos enseignants qui nous ont d’abord donné l’envie de commencer, ensuite de continuer et qui nous ont délivré un bagage technique et parfois mental. Je dis parfois, parce que la mémoire n’est pas toujours au rendez-vous.

Être tourné résolument vers le futur, ne signifie pas qu’il faille ignorer le passé. Parfois, il est  important de l’écraser, lorsqu’il est question d’évènements négatifs. (Nous ne manquerons pas de travail dans quelques temps.)

L’évocation des bons souvenirs n’est donc pas mauvaise en soi, et même indispensable, elle peut faire office d’antidépresseur naturel. Cela n’implique pas forcément l’affirmation que « c’ était mieux avant » (quoique depuis dix-huit mois, il serait légitime de se poser la question), mais que c’était différent. Le tout est de savoir faire le tri. Mais pour être tout à fait franc en me servant d’une formule déjà très utilisée, je préfère avoir eu quinze ans en 1969 qu’en 2020.

Dans cette période de présent douloureux (ô combien) et d’avenir immédiat incertain, et sans m’enfermer dans mon passé, je n’abandonnerai ni l’évocation d’évènements positifs, ni les hommages aux glorieux aînés.

Cela n’empêche pas d’envisager l’avenir, même si depuis quelque temps, nous ne sommes pas vraiment maîtres de notre destin.

La photo d’illustration qui doit dater du milieu des années 1950 et que j’ai déjà utilisée, représente le dojo parisien de la Rue des Martyrs, ce lieu dans lequel j’ai acquis la plus grande partie de mon savoir, mais aussi où j’ai appris mon métier.

Trois fils (et sixième sens)

C’est avec plaisir que je renoue avec une petite habitude, celle de proposer – de temps en temps – une petite histoire qui nous vient du Japon ou de Chine. Au delà du plaisir de la lecture il y a forcément matière à réflexion !

« Il y avait autrefois un grand maître de kenjutsu (sabre) très célèbre dans tout le Japon qui, recevant la visite d’un autre grand maître, voulut illustrer l’enseignement qu’il avait donné à ses trois fils.

Le maître fit un clin d’œil à son invité et plaça un lourd vase de métal sur le coin des portes coulissantes, le cala avec un morceau de bambou et un petit clou, de façon à ce que le vase s’écrasât sur la tête du premier, qui, ouvrant la porte, entrerait dans la pièce.

Tout en bavardant et en buvant du thé, le maître appela son fils aîné qui vint aussitôt. Avant d’ouvrir, il sentit la présence du vase et l’endroit où il avait été placé. Il fit glisser la porte, passa sa main gauche par l’entrebâillement pour saisir le vase et continua à ouvrir la porte avec sa main droite. Puis, serrant le vase sur sa poitrine, il se glissa dans la pièce et refermant la porte derrière lui, il replaça le vase dans sa position initiale. Il avança alors et salua les deux maîtres. « Voici mon fils aîné, dit l’hôte en souriant, il a très bien saisi mon enseignement et il sera certainement un jour un maître de kenjutsu. »

Ayant appelé son deuxième fils, celui-ci entra sans hésitation, et n’attrapa le vase qu’au dernier moment ; il faillit le recevoir sur la tête. « Voici mon deuxième fils, dit le maître, il lui reste beaucoup à apprendre mais il s’améliore chaque jour. »

On appela alors le troisième fils. Entrant précipitamment dans la pièce, il reçut le vase sur la tête. Le coup fut sévère, mais avant que le vase n’atteigne les tatamis, il tira son sabre et d’un mouvement vif, coupa la pièce de métal en deux. « Voici mon fils cadet, Jiro, dit le vieil homme, c’est le benjamin de la famille, il lui reste une longue route à parcourir. »

1995. Reuilly, Bercy, Soulac, Montréal et fédération !

La semaine dernière j’évoquais l’année 1989, une année riche en événements et en émotions. Cette semaine je m’intéresse au cru 1995, très chargé en activités professionnelles.

En avril, mon dojo s’installait dans un nouveau lieu parisien : Boulevard de Reuilly. Il s’agit du XIIème arrondissement que je connais bien, à deux pas de la Rue Victor Chevreuil, là où, l’an dernier, mon dernier club a été terrassé par le virus.

Toujours au printemps de cette année 1995, je démontre  une nouvelle fois le ju-jitsu au festival de Bercy pour y présenter une prestation  que je considère comme l’une de mes plus abouties techniquement. Les invités spéciaux étaient les sumotori, mais d’autres experts, champions  et habitués des galas ont pu enrichir cette soirée par leur talent : Jean Frenette, Kim Silver, Christian Tissier, David Douillet, etc. Que ceux que j’oublie me pardonnent. C’est par une belle séance de dédicaces que s’est clôturée cette soirée.

Ensuite, durant l’été, nous avons fêté la dixième édition du stage de Soulac-sur-Mer, un rendez-vous à l’inaltérable succès. Pendant un quart de siècle, de 1986 à 2010, nous sommes restés fidèles à ce lieu. Il n’est pas impossible que nous puissions y organiser une session en 2022. Vraisemblablement, beaucoup de pratiquants ne seraient pas insensibles à cette initiative.

A l’automne c’est une traversée de l’Atlantique que j’effectuais en compagnie de mes partenaires du moment : Olivier Hermeline, André Ohayon et Laurent Rabillon. Nous étions invités à présenter notre démonstration à Montréal.  L’initiateur de ce projet n’était autre que Jean Frenette, le karatéka québécois, champions de katas artistiques. Quatre jours passés dans la « belle province » pour notre plus grand bonheur et pour la fabrique de solides souvenirs.

C’est aussi à la fin de cette année que, n’étant plus du tout en phase avec ses orientations prises en matière de ju-jitsu, je quittais la FFJDA. Je ne me résignais pas à l’abandon d’une forme de travail que j’avais apprise, enseignée et démontrée avec plaisir et avec un succès qui ne se démentait pas. A l’extérieur de cette institution j’ai pu continuer à enseigner un ju-jitsu aux techniques compatibles entre elles et aux formes de corps proches de celles qui animaient le fondateur du judo. Un paradoxe, mais c’est ainsi !

En résumé, ce fût une année bien replie, comme beaucoup d’autres, mais peut-être un peu plus !

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Aujourd’hui  je « fête » deux anniversaires qui en termes de souvenirs sont aux antipodes, bien qu’intimement liés.

Il y a deux ans, jour pour jour, je signais le bail du local de la Rue Victor Chevreuil à Paris, pour y ouvrir un nouveau dojo. Après une période passée en province et un indispensable repos, j’avais décidé de « remonter » à Paris afin de repartir au combat. Certes,  à un âge qui correspond davantage à celui de la retraite, mais il y a des métiers où il est difficile de s’y résoudre. Dans ce nouveau dojo j’avais mis beaucoup d’espoirs et d’énergie. Même si dans chaque entreprise privée il y a toujours une part de risques, ceux-là étaient calculés, je ne partais pas dans l’inconnu. C’était sans compter avec un évènement planétaire que personne n’avait pu deviner : ce que nous allions vivre était inédit.

Un an après, il y a donc précisément douze mois, le virus balayait tous les espoirs, l’énergie et les économies mises dans cette nouvelle entreprise. Un dojo privé, s’il offre une grande liberté d’entreprendre, implique des frais de fonctionnement importants, ne serait-ce qu’avec le loyer (surtout dans la capitale). Le dojo étant trop jeune pour avoir eu le temps de constituer un « trésor de guerre » et pour profiter des quelques aides allouées, face à une propriétaire intraitable, la rupture du bail s’est imposée.

Je ne suis pas un cas isolé, beaucoup d’entreprises (les plus jeunes et les plus modestes) ont mis « la clé sous le porte » (une expression qui n’avait jamais été autant prononcée). D’ailleurs l’euphorie de ces derniers jours, grâce au retour à une « vie presque normale » ne doit pas nous faire oublier ceux qui sont restés sur le « bord du chemin ». Surtout que, sans jouer les oiseaux de mauvaise augure, ce n’est sans doute pas fini, bien malheureusement.

Maintenant, il est inutile de ressasser le passé, il faut regarder devant. A titre personnel, n’ayant plus d’outil de travail, ce ne sera évidemment pas simple.  En effet il n’est plus possible matériellement d’envisager une réouverture. Aussi il faudra de l’imagination et de l’énergie pour trouver des solutions de remplacement. Il n’est pas question de baisser les bras. Bien que meurtri par la violence des événements, l’esprit cogite à 100%, il est accompagné d’une solide volonté.