Un état des lieux et une question…

La semaine dernière, j’évoquais l’importance de la régularité dans la pratique. Ce n’est pas cette année qu’il sera facile de suivre cette recommandation, même avec la meilleure volonté du monde, surtout dans certaines régions. Certes, le gouvernement a revu sa copie en autorisant les moins de 18 ans à fouler les tatamis, mais pour les adultes il faudra patienter encore au moins quinze jours, dans les fameuses régions en rouge. Nous ne sommes plus à quelques changements de programme près.

Combattre le virus réclame sans doute des réglages, des « adaptations à la situation », on aimerait juste un peu moins de cacophonie,  moins de divergences d’opinion entre les scientifiques et plus  de cohérence (et de vérité) de la part des politiques.

On ne peut que constater le manque d’accueil dans les hôpitaux, mais est-ce notre faute à nous, contribuables de base, si  l’argent public (notre argent) est mal utilisé ? D’autant que ceux qui sont en charge de cette « utilisation » ne sont jamais sanctionnés financièrement à titre personnel en cas de faute et de mauvaise gestion. Par contre, la sanction  est tombée pour des citoyens qui n’ont commis aucune  faute et qui ne demandaient qu’une chose : travailler. C’est juste insupportable !

Peut-être aussi qu’en six mois il aurait été possible de faire en sorte de  ne pas être pris au dépourvu face à cette deuxième vague pourtant  largement annoncée !

Il y a la gravité de la pandémie, mais maintenant commencent à se faire sentir les d’autres dommages. Nous entrons, pour certains domaines, dans une phase destructive sur bien des plans, c’est indiscutable.
Les aides promises, si les promesses sont tenues, sont de toutes les façons bien insuffisantes face au montant des préjudices.  Nous allons devoir faire face au chômage pour certains, aux faillites personnelles pour d’autres, des familles entières plongées dans la précarité et ensuite dans la misère avec  d’inévitables drames humains.

Sans compter que le fait que tout le monde ne soit pas impacté de le même manière a tendance à opposer certains secteurs à d’autres ; cela ne va pas dans le sens d’une indispensable cohésion sociale. Peut-être est-ce souhaité ?

Je ne pensais pas qu’un jour ce beau métier (professeur d’arts martiaux), celui de dispenser un savoir,  serait un jour attaqué de la sorte.  Ce métier qui a été aussi celui de ceux qui m’ont tout appris et que nous sommes encore nombreux à exercer.

Dans les arts martiaux, il y a trois types de victimes. Les pratiquants, les professeurs et nos disciplines.

Pour les pratiquants, la frustration est le premier effet négatif. Pour beaucoup en ce moment, elle s’accompagne d’un sentiment d’injustice, tout du moins d’incompréhension. Il y a la frustration consciente et celle qui l’est un peu moins, mais plus destructive. La première est très simple à expliquer : on est déçu, tout simplement. Déçu de devoir arrêter un processus de progression, déçu de ne plus passer un moment agréable durant lequel on fortifie son corps, améliore son esprit et tisse du lien social.  La deuxième, c’est tout notre corps (y compris notre tête) qui en pâti. C’est un secret pour personne que lors des entraînements nous fabriquons de l’endorphine, qui est une sorte de drogue naturelle (licite), mais dont il est difficile de se passer. Cette endorphine est aussi un antidépresseur naturel qui ne coute rien à la société. Or depuis plusieurs mois, on subit un sérieux sevrage. C’est dommageable pour chaque individu et par conséquent pour la collectivité. Les bienfaits du sport sur la santé sont connus, c’est presqu’irresponsable de s’en passer. On me dit qu’il y a plus grave, mais à force de tout reléguer au second plan, la vie va vite devenir « compliquée » et dépourvue de toute saveur.

Quant aux professeurs, pour ceux dont ce n’est pas le métier, c’est contrariant, même très contrariant, la responsabilité vis-à-vis d’un groupe que l’on se doit de faire progresser est remise en cause d’une certaine façon. Pour ceux dont c’est le métier, c’est catastrophique. J’emploie volontairement le mot de métier, plus noble que « travail ». Surtout un métier comme professeur, qui plus est, professeur d’un art. Ce qui nous conduit au mot artisan, les définitions du « Larousse » me conviennent parfaitement. En effet, il y en a deux, celle qui fait état de l’aspect purement administratif : «Travailleur indépendant, qui justifie d’une qualification professionnelle et d’une immatriculation au répertoire des métiers pour l’exercice, à son propre compte, d’une activité manuelle ». Et puis, la seconde qui reflète bien la réalité : « Personne qui pratique un métier manuel selon des normes traditionnelles ». Parfait !

Toute ma vie, j’ai travaillé, sans ne jamais rien réclamer à personne. Je comptais sur ma force de travail et mes compétences. Lorsque surgissaient des obstacles, je les franchissais, parfois dans la douleur, mais je ne reculais pas ! Confronté à l’INTERDICTION, la volonté ne sert à rien ! A moins de devenir hors-la-loi et s’exposer à une forte répression.

Dans notre domaine, les dernières victimes sont nos disciplines. Un arrêt comme celui que nous avons connu de mars à l’été dernier, en plus d’être inédit, est ravageur. Et, dans certaines régions, dès cette semaine, cela recommence, c’est un peu trop, quand même !  Le plus préoccupant, c’est la stigmatisation qui risque d’entourer nos arts de combat, freinant inévitablement de nouvelles vocations. Or, comme dans toutes les sociétés, s’il n’y a pas de renouvellement, il y a extinction de la race. Nous n’en sommes pas encore là, il n’est pas envisageable que les arts martiaux cessent de vivre, mais ce qui est important, c’est que les structures qui les accueillent et les professeurs qui les enseignent, puissent survivre. La vigilance et la combativité sont plus que jamais de mise, même pourvues de faibles moyens.
Juste une question pour conclure : pour combattre ce virus, n’y avait-il vraiment aucun autre moyen que celui de mettre notre pays à l’arrêt et de massacrer des pans entiers de notre économie ? Ce qui ne manquera pas d’anéantir d’autres vies.

eric@pariset.net

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