Une page se tourne…

imageIl est des pages qui, en se tournant, font davantage de bruit que d’autres. Il y a de cela quelques semaines, j’évoquais sur ce même blog les années qui finissent par le chiffre 5, en faisant le constat qu’elles ont toujours été pour moi riches en événements, heureux ou malheureux ! Mais c’est ainsi. J’avais détaillé l’année 1995 et m’apprêtais à en faire de même pour 2005. Ce sera pour plus tard. En effet, aujourd’hui, c’est le présent et donc 2015 qui fait l’actualité et qui ne trahit pas ce fait. Le 1er juillet, dans quelques jours, je vais, comme on dit, passer la main ! En clair, je vais cesser mon activité au sein du club que je dirige à la Bastille ; une nouvelle équipe prend la suite. L’endroit restera un club d’arts martiaux.

Pourquoi cela ? Tout d’abord parce qu’il fallait bien que cela arrive un jour ! Et que, tant qu’à faire, ce genre d’événement, tout comme bien d’autres, se supporte mieux lorsqu’il n’est pas subi. Ensuite, ayant commencé à enseigner à l’âge de 18 ans, depuis quelques années déjà l’envie, et pourquoi ne pas l’avouer, le besoin de travailler de façon différente et plus mesurée se faisait ressentir. Simplement, on ne peut pas toujours tout prévoir et au cours de la vie, le facteur chance entre bien souvent en ligne de compte. Par la faute d’un conflit, qui n’aurait jamais dû exister et qui m’a opposé à la copropriété de l’immeuble qui abrite notre dojo bien-aimé, j’ai perdu énormément de temps et d’énergie. Un combat parfaitement inégal, ou malheureusement le principe d’utilisation de la force de l’adversaire n’a pu être appliqué. Tout cela a repoussé une transmission qui aurait été moins brutale dans un contexte normal. Aujourd’hui se présente une opportunité que je ne peux me permettre de ne pas saisir. Certains seront surpris par la rapidité des événements, mais tant que n’existait aucune certitude, et pour des raisons évidentes, il n’était pas possible d’annoncer quoi que ce soit. Et puis, cela correspond à la fin d’une saison. Il aurait été plus ennuyeux que cela se réalise au mois de février, par exemple.

Après plusieurs décennies consacrées à la pratique et à l’enseignement des arts martiaux, l’envie et le besoin de souffler quelque peu ne me paraît pas illégitime. Et puis, d’une part « le spectacle continue » à cet endroit et, de plus, je ne quitte pas les tatamis. Mon kimono, tantôt blanc et tantôt « bleu de travail », n’est pas mis au clou. Il me sera toujours utile, mais différemment. Il me permettra de retrouver les passionnés de ju-jitsu d’une autre manière. Il ne s’agit donc pas d’un véritable adieu.

Des milliers de cours, la formation de plusieurs dizaines de ceintures noires, des centaines de stages, un nombre important de démonstrations, de multiples fonctions au sein de différentes commissions techniques nationales, souvent la semaine en dojo parisien et les week-ends en stage ou en démonstration en province et à l’étranger, sans oublier les heures et les heures d’entraînements et une carrière de compétiteur en judo. Bref, après quatre décennies au service de l’art martial, un sentiment de mission accomplie ne m’est pas étranger. Mais un tel rythme n’est pas compatible avec une vie normale. Continuer à transmettre, mais de façon plus rationnelle, loin de la pression qui est exercée sur un chef d’entreprise me semble plus raisonnable ! (Echapper au « Syndrome d’Atlas ») ! Et puis même si notre discipline se pratique de façon civilisée et ne s’apparente pas à une « école de la violence », il n’empêche qu’il s’agit d’un art de combat dans laquelle existe un investissement physique important qui fatalement laisse quelques séquelles.

Concernant le dojo et surtout mes élèves, que j’ai pris soin de prévenir individuellement, je comprends le désarroi qui pourra être le leur. Comme beaucoup de séparations, celle-ci ne s’effectuera pas sans une certaine douleur, mais vraisemblablement la qualité des innombrables souvenirs qui ont marqué toutes ces années atténuera ce sentiment. Et puis, il ne faut jamais dire jamais et peut-être, un jour ou l’autre, « ici ou là » on se retrouvera !

Photo : Mark Eacersall, ceinture noire EAJJ

Site ju-jitsu Eric Pariset : www.jujitsuericpariset.com

 

Commentaires

  • BONNE CHANCE POUR LA SUITE……………………….

    JE GARDE D’EXCELLENTS SOUVENIRS DES STAGES DE SOULAC DANS LES ANNEES 80

    michel moreau
    professeur à DOJO COUERONNAIS

  • Un grand merci pour tout.
    Pour ces années d’enseignement, pour le temps passé, pour le savoir-faire, la patience, le partage, l’excellence au sein du club, cette différence qui crée des moments uniques …
    Ils resteront gravés à jamais dans ma mémoire.

    J’ai encore à l’esprit les stages de Yerres, de Vanves, les coupes techniques.
    L’odeur du kimono mouillé après les randoris, le crissement si particulier sur le tatami, l’ ambiance conviviale au sein du club, où tout le monde se connaît, un peu comme une famille, un cercle..

    Bonne continuation, cher professeur et bonne chance pour la suite, avec toute ma gratitude et mon respect.

    Amicalement, J. LEVY

  • bonjour,
    bon courage pour cette nouvelle orientation de votre vie. Merci à vous pour l’enseignement que vous et de Mme j Liberman m’avez dispensé. Celui ci m’a été très précieux dans l’adversité même si je ne pratique plus depuis très longtemps à cause de problèmes de santé l’esprit demeure et c’est une force prodigieuse qui aide à vivre. Merci à vous, aux professeurs et aux élèves qui m’ont aidée durant ces 7 années de pratique.
    bien amicalement une ancienne élèves des années 80
    E.Minard

  • Une année c’est peu mais j’ai beaucoup appris sur le jujitsu et sur moi-même. On s’attache au lieu et au gens… Malgré les douleurs et les petites blessures, le jujitsu m’a apporté du calme et de la sérénité. J’ai trouvé une complémentarité entre votre discipline et le triathlon, comme un équilibre. Je vous suis très reconnaissante et j’espère que vous passerez au dojo. Merci.
    Leloup Chantal.

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