L’indispensable Uke

Tori et Uke sont deux « personnages » bien connus des pratiquants d’arts martiaux, notamment du ju-jitsu. Tori est celui qui exécute, Uke est celui qui subit.

Il serait injuste de se limiter à cette définition concernant le personnage qui a un rôle d’une importance équivalente à celui de Tori.

D’abord, sans Uke pas de Tori. Ensuite, la plupart du temps Tori exécute sa technique sur une initiative d’Uke ; en opposition il adapte sa riposte à l’action de ce dernier, à l’étude il se met dans les conditions optimales à la réalisation de la technique ou de l’enchaînement. Uke est celui qui impose le rythme.

Avant toute chose, il est un partenaire, pas un adversaire. Une relation de confiance absolue doit s’installer entre les deux protagonistes. Un Uke ça se respecte, il « prête » son corps et ses aptitudes. Dans l’étude technique, ou lors d’une démonstration, il se laisse faire, sans complaisance inutile, ce qui ne serait pas constructif pour Tori, mais sans résistance si la technique de ce dernier est correctement effectuée.

Il y a aussi le Uke du professeur. Chaque technique doit être praticable sur tout le monde, mais pour la clarté de l’explication, nous professeurs, nous avons toujours notre ou nos Uke préférés. J’en profite pour signaler que par définition Uke se prête au jeu et c’est une raison supplémentaire pour qu’il ne devienne pas le souffre douleur du professeur. J’en ai connu quelques-uns, sans doute en mal d’efficacité, qui ne se gênaient pas. Il y en a encore. Maltraiter quelqu’un qui se laisse faire ne prouve absolument rien si ce n’est un manque de compréhension de la mission qui est celle d’éducateur.

Dans ma carrière, en l’occurrence lors des démonstrations, j’ai plus souvent été Tori qu’Uke. Il n’empêche que les fois où je l’ai endossé j’ai aimé ce rôle, pour les raisons exposées plus haut. Donner le rythme de la démonstration, mettre son corps dans de bonnes dispositions. Lors d’une démonstration de ju-jitsu, par exemple, il doit la faire vivre. Sans un bon partenaire, Tori éprouvera des difficultés à démontrer ses capacités.

En club, durant les années d’étude, j’aimais contribuer à l’apprentissage et au perfectionnement de mes partenaires.

Dans cet article, je ne parle pas d’efficacité dans la réalité, puisque dans cette situation il n’est pas question d’un Uke, mais d’un agresseur. C’est l’occasion de rappeler que la réalité c’est la réalité et que l’entraînement c’est l’entraînement : on s’entraîne, on s’élève !

Peut-être et même sûrement, si nous nous sommes entraînés avec de bons Uke nous serons efficaces en cas d’agressions, puisque nous aurons pu aller au bout des actions lors des multiples et indispensables répétitions.

Certes, il y a sans doute des prédispositions physiques pour être un bon Uke, mais plus que tout il y a l’entraînement et l’état d’esprit.

Très jeune j’étais heureux quand le professeur me prenait comme Uke. Une de mes plus grandes fiertés a été le jour où Henri Courtine, qui a été l’un de mes professeurs, m’a déclaré que j’étais un « bon Uke ».

N’oublions pas qu’un bon Uke est recherché par les autres élèves du dojo : « Uke un ami pour la vie ».

www.jujitsuericpariset.com

Les 16 Techniques…

C’est en 1982 qu’a été créé cet enchaînement. Nous étions en plein renouveau du ju-jitsu en France.

Cette année-là se tenaient à Paris les deuxièmes championnats du monde de judo féminins. La fédération m’avait chargé de présenter une démonstration de ju-jitsu à cette occasion.

Avec une de mes élèves nous avions préparé une prestation. Marie-France Léglise était Tori et j’endossais le rôle d’Uke. La démonstration avait été conçue en deux parties. Une première très technique et une seconde très dynamique. Avec cette deuxième partie les « 16 techniques » étaient nées.

Il s’agissait de 16 réponses à 16 attaques différentes. La priorité était la diversité technique et la rapidité d’exécution.

Ensuite elles ont été intégrées au programme « option ju-jitsu », c’est ainsi qu’avaient été appelés les grades attribués à ceux qui choisissaient cette discipline. Cette formule a cessé en 1995, mais ça, c’est une autre histoire et c’est bien dommage.

Cet enchaînement est toujours présent dans mon programme d’enseignement. J’y vois plusieurs avantages.

D’abord un apprentissage technique sur diverses attaques. Avec des réponses emblématiques de notre discipline.

Ensuite, lorsque l’enchaînement est réalisé à vitesse réelle, il est le reflet d’un combat durant lequel les automatismes et la condition physique seront développés.

Puis, c’est un « pont » entre le judo et le ju-jitsu (qui normalement n’est pas utile), ou plus exactement il permet de travailler les grandes projections du judo dans leur vocation première : la défense. Ce « pont »peut être emprunté dans un sens, comme dans un autre. Les judokas s’y retrouvaient facilement et les ju-jitsukas bénéficiaient d’un apprentissage sur des situations très concrètes. Malheureusement à l’époque cela n’a pas été bien compris (ou admis).

L’apprentissage se fera d’abord technique par technique, ensuite il faudra les mémoriser et les enchaîner. On pourra commencer par le faire avec les quatre premières, puis de la cinquième à la huitième, de la neuvième à la douzième et de la treizième à la seizième. Puis, les huit premières et les huit dernières et enfin les seize dans leur intégralité.

Enfin, pour le professeur, cet enchaînement servira de base de travail. Il pourra faire étudier des ripostes différentes à chaque attaque. Des réponses à thème (contrôles, liaisons). Des contres qui permettront de renforcer les techniques. On pourra aussi travailler l’enchaînement avec plusieurs Uke. Sans oublier la possibilité de demander aux élèves de mettre des réponses de leur choix.

Il pourra évidemment faire une belle fin de démonstration, ce qui était son origine.

En conclusion il s’agit d’un travail technique et physique pour l’élève et un formidable « outil » pour le professeur. Tout cela en parfaite cohérence avec l’esprit du judo-jujitsu.

S’il a été retiré à un moment des programmes « officiels » c’est peut-être qu’il dérangeait des gens qui n’étaient pas à l’aise avec cet indéfectible lien entre les deux disciplines qui, en vérité, ne sont qu’une. J’y reviendrai.

(En photo d’illustration un extrait d’une planche murale parue dans les années 1980.)

www.jujitsuericpariset.com

Irréaliste, irréalisable ?

Quelques fois on peut entendre ou lire que les techniques de ju-jitsu sont irréalistes, donc irréalisables en matière de self défense.

On se doute que ce n’est pas mon point de vue. D’autant plus que j’ai une liste de témoignages prouvant le contraire, de la part d’élèves et anciens élèves, de tous les âges et de tous les niveaux.

Il est vrai que la maîtrise dépend de la personne qui pratique. Si elle ne se donne pas la peine d’étudier on ne peut rien pour elle.

J’en profite pour préciser que tout le monde a le droit de donner son avis, à la condition que cela se fasse avec la politesse et le respect que nous enseignent les arts martiaux. D’autre part nous sommes impatients de découvrir les prestations de ceux qui sont plus habiles dans la critique que dans la démonstration.

Pour en revenir à l’aspect purement utilitaire, c’est vrai que certaines techniques demandent du travail, du temps et de la patience, mais au final, il y a une incontestable efficacité, dans tous les domaines, pour peu qu’on se donne la peine de les étudier sérieusement et de les répéter régulièrement.

Et puis, à ceux qui estiment que les techniques et les enchaînements sont compliqués, ils doivent savoir qu’existe une progression. Il y a d’abord l’apprentissage de ripostes très simples. Cet apprentissage construit de solides bases sur lesquelles viendront s’élever naturellement des techniques plus élaborés et des enchaînements.

L’intérêt est de toujours progresser, de se perfectionner, d’avancer, de découvrir le détail qui permettra de peaufiner une technique pour l’appliquer le plus finement possible. On n’oublie pas non plus que « qui peut le plus peut le moins ».

Certains styles ou écoles de ju-jitsu se sont spécialisées en bannissant l’aspect utilitaire au profit de l’aspect compétitif. Mais à l’origine le ju-jitsu est une méthode de combat, une des plus anciennes, elle propose l’utilisation de toutes les armes naturelles du corps pour contrôler un adversaire. Cette pluralité technique offre la possibilité d’adapter la riposte à la gravité de l’agression.

Le ju-jitsu traversé les années et même les siècles, avec des hauts et des bas en termes de notoriété, mais tel le phénix, il renaît de ses cendres. Me concernant, il n’est pas question de retourner ma veste en le présentant sous une appellation plus à la mode.

Pour qu’une pratique s’inscrive dans la durée, ce qui est une des conditions pour progresser et être efficace, il faut des motivations. Peaufiner les techniques de base, mais aussi en découvrir de nouvelles et de nouveaux enchaînements. Cela s’appelle « s’élever », ce qui est la fonction de « l’élève ». Ne pas se limiter dans la découverte, ne pas se satisfaire du minimum au risque de stagner, de se scléroser. C’est vrai que l’effort, la patience, la persévérance ne sont pas forcément dans l’ère du temps. On veut être efficace le plus rapidement possible, sans effort. Mais ça, ça n’est pas possible !

Quant à l’intérêt de certaines vidéos il réside dans le fait de susciter l’envie en présentant un contenu plus élaboré qui rassemble efficacité, finesse et (pourquoi pas) esthétisme. Des exemples qui donnent envie d’évoluer aux personnes ouvertes d’esprit.

D’autres vidéos montrent des élèves en répétition, et s’ils répètent c’est justement pour … progresser !

Il ne faut pas oublier que c’est autant le pratiquant que la méthode (à condition qu’elle soit complète) qui procure l’efficacité. Sans oublier le principal acteur, à savoir le professeur, avec sa maitrise technique et sa pédagogie pour construire sans se contenter de détruire.

www.jujitsuericpariset.com

Ju-jitsu : fiche technique

Screenshot

Tout au long de cette saison nous aurons l’occasion de revenir sur la composition technique du ju-jitsu, mais aussi sur son histoire.

Aujourd’hui, c’est une fiche technique qui est proposée. Elle permettra de souligner la fantastique richesse de cette discipline qui n’a rien à envier à des « expressions » à la mode !

D’abord il y a le travail debout et le travail au sol.

Ensuite il y a les trois composantes : les coups (l’atemi-waza), les projections (le nage-waza) et les contrôles (le katame-waza). Il est important de signaler qu’il ne s’agit pas d’un mélange de techniques issues d’autres arts martiaux, mais au contraire, d’une discipline à part entière.

On retrouve ces trois groupes dans le travail debout. Le sol, lui, se compose des contrôles et des coups ; les projections n’ont pas lieu d’être dans ce domaine, puisqu’elles servent justement à amener au sol.

Dans les coups (l’atemi-waza), il y a ceux qui concernent les membres supérieurs et ceux qui utilisent les membres inférieurs. Pour les bras : coups de poings, de coudes, avec la paume et le tranchant de la main, avec les doigts. Pour les jambes : coups de pieds et de genoux.

Concernant les projections (nage waza) (c’est le domaine le plus riche) il y a les techniques de jambes, de hanches, d’épaules, de bras et les techniques de sacrifice.

Dans les contrôles (katame waza), on trouve les clés, les étranglements et les immobilisations. Là aussi, chacune de ces familles est composée de nombreuses façons de maîtriser. Clefs de bras, de poignets, de jambes. En hyper extension ou en torsion. Pour les étranglements, ceux exécutés à mains nues ou à l’aide du tissu, avec les bras ou avec les jambes, de face et en étant placé derrière. Quant aux immobilisations, elles sont nombreuses : contrôle avec les côtes, à cheval et par l’arrière.

Tout cela représente une richesse technique inestimable. Elle permet de faire face à toutes les situations et surtout de satisfaire des gabarits différents et les préférences.

Cependant, la vraie richesse de notre discipline réside dans le nombre incroyable de combinaisons qu’il est possible de réaliser avec l’enchaînement de ses composantes. Cela génère une efficacité incontestable en self défense, mais aussi en matière de développement corporel : souplesse, tonicité, vitesse, sens du combat. Sans oublier l’accomplissement psychologique, sur lequel il ne sera pas inutile de revenir ; celui qui différencie l’art martial, qui en fait une « École de vie ».

Comme indiqué plus haut, au fil de la saison et des articles nous présenterons les principales techniques (et celles que j’affectionne plus particulièrement).

Évidemment, entrer dans un dojo pour pratiquer, c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

www.jujitsuericpariset.com

Une nouvelle rentrée

Dans les arts martiaux aussi il est question de rentrée.

Il y a toujours un peu d’appréhension à reprendre après un longue coupure. En effet, si le club a été fermé durant deux mois et que nous n’avons pas participé à un stage estival, la reprise devra s’effectuer doucement.

À cette date, plusieurs groupes de pratiquants sont concernés. Ceux qui continuent, ceux qui abandonnent, ceux qui commencent et ceux qui changent d’activité. Et puis, il y a le professeur.

« Examinons » ces cinq catégories.

D’abord ceux qui poursuivent dans la même discipline. Ils sont convaincus, motivés, déterminés, fidèles et désireux de continuer à progresser. Ils ont aussi l’envie de partager leur savoir.

Puis, ceux qui changent de discipline. D’abord par obligation : un déménagement par exemple et l’absence d’un club proposant notre discipline à proximité du nouveau lieu de vie. Ou l’envie de découvrir d’autres horizons, ou bien la prise de conscience que l’on s’est trompé. Ou encore la curiosité et/ou la complémentarité.

Ensuite, nous trouvons ceux qui commencent, qui désirent entrer dans le monde des arts martiaux. Par envie ou grâce à une relation qui les a convaincu de venir faire un essai.

Quelle que soit la catégorie, la première décision à prendre, c’est celle de faire preuve de régularité. S’astreindre à mettre en priorité la séance qui est au planning hebdomadaire du dojo et non pas venir que lorsqu’on a pas mieux à faire.

Je sais que le mot « astreinte » est fort en contrainte et qu’il n’est pas vraiment tendance, mais il n’est pas possible de progresser sans un minimum de rigueur.

Pour les débutants, il faut trouver la bonne discipline et le bon professeur. La réputation, les qualifications et le « feeling », seront les guides. Il est préférable de ne pas se tromper, les arts martiaux enseignent des techniques qui peuvent être dangereuses si leur apprentissage n’est pas entouré de certaines précautions. Il s’agit de les enseigner de façon éducative et non pas destructive.

Enfin, la dernière catégorie regroupe ceux qui abandonnent. Les motifs sont multiples : de l’obligation pour raison de santé, aux bouleversements personnels (professionnels ou familiaux), en passant tout simplement par un manque de motivation ou une tendance à toujours tout abandonner. Dommage !

Quant au professeur, lui aussi fera sa rentrée. Même après plusieurs années et même plusieurs décennies, la lassitude n’existe pas, il y a toujours un peu de stress et d’excitation. Mais aussi beaucoup de plaisir.

Le stress par rapport aux responsabilités, l’excitation parce que à chaque fois c’est un nouveau challenge qui se présente. Quant au plaisir, c’est celui de retrouver des élèves qui nous sont fidèles, d’en rencontrer d’autres et de mettre sa passion à leur service.

A tous et à toutes, je souhaite une bonne rentrée pleine d’inspiration et de transpiration, de belles retrouvailles et de rencontres souvent passionnantes.

www.jujitsuericpariset.com

Toujours à propos de self défense

Entre ceux qui disent que cela ne sert à rien d’apprendre à se défendre, ceux qui affirment que leur méthode est la meilleure, ceux qui critiquent les techniques qu’ils ne maîtrisent pas et ceux qui disent que l’expérience de la rue est la seule qui vaille, il y a des réflexions plus modérées à émettre concernant la pratique de la self défense.

D’abord l’invincibilité n’existe pas. Ensuite, la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre, sans pour cela être traité de pleutre. Ensuite, nous avons tous en nous un potentiel défensif, ce potentiel, si minime soit-il, grandira avec la pratique. C’est un peu comme un mur que l’on construit, brique après brique, sans jamais atteindre les cieux.

Concernant la méthode la « plus efficace ». Avant toute chose, c’est davantage le professeur et l’élève qui priment, dans la mesure où nous avons tous deux bras et deux jambes. Ensuite, il y a le professeur, justement, avec son bagage technique et sa pédagogie, et l’élève, évidemment, avec sa régularité.

Maintenant il est vrai que l’on peut classer les disciplines de combat et les arts martiaux en trois grandes catégories. D’abord celle où la pratique en compétition est très développée. Ensuite l’art martial disons plus traditionnel où la recherche d’un travail interne prédomine avec celle d’un bien-être physique et mental et pourquoi pas du loisir. Enfin la troisième dans laquelle l’aspect purement utilitaire est revendiqué.

Une fois évoqué cela, il faut reconnaître que personne ne remettra en question l’efficacité, en cas d’agression, d’un pratiquant d’une de ces catégories en cas d’agression. Un athlète de haut-niveau se sortira plus facilement d’une agression qu’une personne non pratiquante, sans aucun doute. Quant à celui qui pratique un art disons plus traditionnel, sa pratique consiste quand même à répéter des gestes de combat.

Quant à ceux qui prétendent que seule l’expérience de la rue permet l’efficacité, ils ne sont pas sérieux. Nous sommes des éducateurs sportifs, non pas des exterminateurs. Dans la rue, ça se finit mal, en général.

Enfin, à l’attention de ceux qui critiquent systématiquement les autres méthodes et les techniques qu’ils ne maîtrisent pas, le droit de ne pas aimer ou de ne pas être d’accord existe, encore faut-il l’exprimer avec respect. Une valeur qui fait de plus en plus défaut. Il est inquiétant que ce soit l’expression manifestée par des personnes qui s’affirment pratiquantes de sport de combat et/ou d’arts martiaux, encore davantage s’ils sont professeurs.

Bonne rentrée à tous, quelque soit votre choix : pratiquez !

P.S. au risque de décevoir : l’efficacité totale en dix leçons, ça n’existe pas ! Ni même en une saison !

www.jujitsuericpariset.com

Shin-gi-tai : réfléchir, construire et agir

Même en été, peut-être surtout en été, il n’est pas interdit de réfléchir.

Shin-Gi-Tai : voilà un concept que les pratiquants d’arts martiaux connaissent.

Tout du moins, ils l’ont entendu sans forcément y prêter l’attention qu’il mérite.

Il est pourtant le fondement d’une bonne pratique martiale, tout comme il est utile à toute activité et création dans la vie en général.

Cela résume la conception que Jigoro Kano, le créateur du judo, avait de son art et quelles étaient ses priorités.

Ces mots sont les murs porteurs d’une bonne pratique et plus largement d’une existence.

Shin désigne l’esprit, Gi la technique et Tai le corps. L’ordre n’est pas le fruit du hasard.

D’une manière générale, en prenant l’exemple de la construction d’une maison. Une personne établit un projet (le shin), une autre fait les plans (le gi, la technique) et une troisième la bâti (le tai, le corps).

Dans nos disciplines, notamment en ju-jitsu, l’esprit permet de visualiser la technique, les répétitions de l’assimiler et le corps de la réaliser.

Autre interprétation concernant ce « classement » : en avançant en âge, la vivacité d’esprit reste, la technique est acquise, même si elle est utilisée de façon moins percutante. Quant au corps (le physique), à partir d’un certain moment il subit une inévitable altération.

C’est donc l’esprit qui domine. C’est lui qui élabore, construit et affine cette technique qui renforce le corps, c’est l’esprit qui dirige nos actions. Il mène notre existence, grâce (ou à cause) des décisions que nous prenons. Il nous permet de réfléchir, d’agir et de réagir.

C’est en respectant ce triptyque que l’art martial devient plus qu’une simple utilisation brutale de nos moyens physiques, il nous permet de guider nos comportements dans le respect d’un code moral. Il structure notre existence !

Le fondateur du judo ne voulait pas faire de son art qu’une simple méthode de combat, mais aussi une méthode d’éducation physique et mentale, une École de vie.

www.jujitsuericpariset.com

La défense dans la ville…

Hier, sur la page personnelle de Facebook, j’ai proposé un extrait de l’émission qui avait lancé la série télévisée réalisée en 1986 « La défense dans la ville ». Il était question d’aller un peu plus loin aujourd’hui dans sa présentation avec l’article proposé ci-dessous.

Cela se passait en 1986. Au sein de la FFJDA la revalorisation du ju-jitsu self défense portait ses fruits. Les stages de formation des professeurs se succédaient à un bon rythme, j’avais eu l’honneur et le plaisir d’encadrer les premiers, notamment à Chamonix en 1982.

Une commission technique fédérale avait été créée et de nombreuses sections ju-jitsu voyaient le jour avec chacune d’elles un nombre impressionnant de nouveaux adhérents. L’idée avait alors germé de proposer une série destinée à « vulgariser » le ju-jitsu en le présentant sous sa forme très utilitaire ; on m’avait confié la conception de vingt-six clips de six minutes, chacun destiné à passer à une heure de bonne écoute sur une grande chaîne de télé.

Grâce à Christian Quidet, célèbre journaliste sportif et Directeur des sports sur « Antenne 2 » devenue « France 2 », c’est tout naturellement sur cette chaîne que ça se passait.

A chaque épisode était présentée une agression en extérieur, puis l’étude technique de sa riposte en dojo. Enfin nous retournions en extérieur pour voir l’agressé venir à bout de son agresseur grâce à la riposte apprise et répétée.

Le tournage s’était étalé sur environ six mois, de septembre 1986 jusqu’en février 1987. Les épisodes étaient proposés pendant l’émission « Stade 2 » que l’on pouvait voir le samedi après-midi.

A l’occasion du lancement de la série, une émission spéciale avait été prévue, c’était au mois de mars 1987. Une bonne demi-heure de direct, juste avant la diffusion du premier épisode ; ça commençait bien.

Sur le plan purement pratique, l’idée était de montrer diverses formes d’agressions et différents profils « d’agressés ». Défenses sur coups de poing et coups de pied, sur saisies, au sol, contre armes. Tout cela présenté par des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes. Les séquences se déroulaient dans la rue, mais aussi en pavillon, en appartement, au DAB d’une banque, dans un square, à la terrasse d’un café, etc. Sans oublier des scènes tournées dans le métro.

Malheureusement les téléspectateurs n’ont pu assister à la totalité des épisodes, la diffusion s’est arrêtée brutalement après le sixième épisode, pour des raisons que j’ignore encore.

Dommage, cela n’entrait pas en concurrence avec le judo, mais comme le disait si justement Christian Quidet, le ju-jitsu pouvait être à la fois sa meilleure approche et/ou son complément naturel.

Jean Pucci et son équipe de techniciens – de l’image et du son – avaient réalisé une série de très haute qualité. Grâce aux réseaux sociaux j’ai pu conserver d’excellents contacts amicaux avec le réalisateur.

la photo d’illustration est extraite d’un numéro de « Karaté-Bushido » de l’année 1987. www.jujitsuericpariset.com

Reprise

Dans moins d’un mois, nous reprendrons le chemin des dojos. Enfin, pour ceux qui auront décidé de continuer une activité commencée la saison passée ou il y a plusieurs années.

On a raison d’affirmer qu’il n’est pas possible d’arrêter la pratique d’un art martial, sauf cas de force majeure, ou encore avec le sentiment de s’être trompé, ce qui se révèle très vite, lors des premières leçons.

Cette pratique ne s’inscrit pas que dans le loisir, c’est un peu plus que cela. On pourra me dire que c’est le cas de beaucoup de sports, ce qui est vrai, cependant cela l’est davantage dans nos disciplines.

Chaque sport est une éducation physique, mais Jigoro Kano en créant le judo a voulu en faire également une méthode d’éducation mentale ; une École de vie.

Développer des qualités techniques, renforcer le physique, mais aussi inculquer de fortes valeurs mentales.

Sur le plan technique, il y a la recherche de la perfection, de la finesse technique, de l’harmonie entre le corps et l’esprit. Tout cela demande beaucoup de temps, de patience, de rigueur et d’efforts. La satisfaction sera la récompense que seuls peuvent connaître ceux qui n’auront pas abandonné à la première occasion.

J’ai souvent insisté sur le fait qu’il était plus simple de céder à la facilité, qu’à chaque fois il était possible de trouver une bonne excuse pour faire l’impasse sur une séance. Mais que jamais ne s’était manifesté le regret de s’être fait violence en se rendant à l’entraînement (s’agit-il de violence, d’ailleurs?).

Aller au dojo n’a rien à voir avec aller au cinéma ou à une soirée avec des copains, si agréable soit-elle !

L’inscription dans un dojo est une sorte de pacte que l’on signe avec soi-même. On ne pourra donc s’en prendre qu’à soi si ce pacte est rompu. Respecter un engagement est un acte d’une valeur inestimable. Avec soi ou n’importe quelle personne.

La pratique est singulière d’autant plus que les arts martiaux ont la particularité de proposer des techniques qui permettent de maîtriser un adversaire, et même davantage. Il y a là une raison supplémentaire de s’investir avec sérieux, ce qui n’empêchera pas de trouver un aspect ludique qui participe à l’épanouissement et à l’acquisition d’un bien être supplémentaire.

Maintenant, il est incontestable qu’il ne faut pas se tromper au moment du choix de la discipline et plus encore du dojo et du professeur.

Quant à l’envie de « papillonner », d’essayer plusieurs disciplines, pourquoi pas ? Mais c’est la meilleure façon de ne pas en approfondir une.

Une vie ne suffira pas pour maîtriser parfaitement un art martial, alors une saison, et parfois moins… Certes, cela peut paraître rébarbatif de s’investir totalement, surtout à une époque où l’on regarde les vidéos en accéléré, mais est-ce une (bonne) raison pour céder à l’air du temps ?

En attendant, bonne vacances pour les aoûtiens. Et retour sur les tatamis en pleine forme !

www.jujitsuericpariset.com

Les incontournables « trois mouches »

Une courte histoire qui permet de découvrir ou redécouvrir (puisque je la propose chaque été) une leçon de sagesse issue du précieux et délicieux recueil intitulé « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Quelque soit la saison, ces lignes ne peuvent qu’être bénéfiques.

Le récit proposé ci-dessous matérialise l’art de vaincre sans combattre, ce qui est pour le moins une conduite dans laquelle intelligence et efficacité se marient à merveille.

« Trois mouches »

« Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant.

Trois rônins* entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï.

Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main.

Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir.

Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi. »

(*Ronin, selon la définition du Larousse : Samouraï qui quittait le service de son maître et se mettait à parcourir le pays en quête d’aventures.)

www.jujitsuericpariset.com