Le maître et ses trois fils

En cette période d’activité ralentie et de fêtes, je vous propose une histoire de quelques lignes, petite en nombre de mots, mais grande dans le message qu’elle délivre. Comme toujours avec ces contes issus de la Chine et du Japon, nous ne sommes jamais déçus, ni par la forme et encore moins par le fond.

Il y avait autrefois un grand maître de kenjutsu (sabre) très célèbre dans tout le Japon qui, recevant la visite d’un autre grand maître, voulut illustrer l’enseignement qu’il avait donné à ses trois fils.

Le maître fit un clin d’œil à son invité et plaça un lourd vase de métal sur le coin des portes coulissantes, le cala avec un morceau de bambou et un petit clou, de façon à ce que le vase s’écrasât sur la tête du premier, qui, ouvrant la porte, entrerait dans la pièce.

Tout en bavardant et en buvant du thé, le maître appela son fils aîné qui vint aussitôt. Avant d’ouvrir, il sentit la présence du vase et l’endroit où il avait été placé. Il fit glisser la porte, passa sa main gauche par l’entrebâillement pour saisir le vase et continua à ouvrir la porte avec sa main droite. Puis, serrant le vase sur sa poitrine, il se glissa dans la pièce et refermant la porte derrière lui, il replaça le vase dans sa position initiale. Il avança alors et salua les deux maîtres. « Voici mon fils aîné, dit l’hôte en souriant, il a très bien saisi mon enseignement et il sera certainement un jour un maître de kenjutsu. »

Ayant appelé son deuxième fils, celui-ci entra sans hésitation, et n’attrapa le vase qu’au dernier moment?; il faillit le recevoir sur la tête. « Voici mon deuxième fils, dit le maître, il lui reste beaucoup à apprendre mais il s’améliore chaque jour. »

On appela alors le troisième fils. Entrant précipitamment dans la pièce, il reçut le vase sur la tête. Le coup fut sévère, mais avant que le vase n’atteigne les tatamis, il tira son sabre et d’un mouvement vif, coupa la pièce de métal en deux. « Voici mon fils cadet, Jiro, dit le vieil homme, c’est le benjamin de la famille, il lui reste une longue route à parcourir. »

Selon la formule?: « À méditer ».

Bonnes fêtes à tous.

2015, un certain bilan !

L’horreur, c’est le premier mot qui viendra à l’esprit à l’évocation de cette année qui touche à sa fin. Le 7 janvier, nous étions encore dans la première semaine du premier mois que l’effroyable nous frappait. Le 13 novembre il frappait à nouveau, nous laissant sidérés. Et puis, il y a eu le drame des migrants, les inondations meurtrières de l’automne dans les Alpes-Maritimes, la montée incessante du chômage, les tensions issues du scrutin régional, le nombre de tués sur les routes à nouveau en hausse et je dois en oublier ; ces événements n’embelliront pas les souvenirs attachés aux douze mois qui sont maintenant dernières nous.

Il y a eu aussi, sur le plan sportif, le triste constat que le sport préféré des Français se passait assez souvent sur le terrain judiciaire.

Après avoir évoqué le négatif (ô combien) en cherchant bien, il est heureusement possible de trouver des motifs de satisfaction, comme la manifestation de la solidarité dans le drame, le succès de la COP 21, si ce n’est au moins une nouvelle prise de conscience… Dans la famille des arts martiaux et des sports de combat nous avons la confirmation qu’en la personne de Teddy Rinner, nous détenons un phénomène.

A titre personnel, 2015 aura marqué une rupture intervenue au beau milieu de l’année, puisque c’est le 30 juin que je laissais les clefs du dojo de la Bastille à une nouvelle équipe, me faisant ainsi vivre dans la foulée le premier mois de septembre sans rentrée depuis plus de quarante ans. Je ne reviendrai pas sur les raisons qui m’ont amené à faire ce choix, les fidèles de ce blog les connaissent. Les autres peuvent aller faire un tour sur le billet posté le 30 juin dernier. Six mois après, je peux, non pas établir un bilan, mais faire part de quelques impressions. D’abord, la masse d’événements prévisibles est inférieur à celle des surprises (bonnes et mauvaises.) Dans le désordre : un contre-avis médical a mis le doute quant à la pertinence de l’intervention chirurgicale au niveau de l’épaule abîmée. Le fait de réduire considérablement, pour ne pas dire complètement, l’activité professionnelle ne manque pas tant que cela. Cela permet de souffler, de se consacrer à d’autres sujets, tout en restant dans ce qui a marqué ma vie. Pour être tout à fait honnête, c’est le travail dans les conditions qui m’étaient imposées qui ne me manque pas. A l’inverse, ne plus avoir d’élèves à faire progresser, ne plus avoir d’organisation à mettre en place pour atteindre cet objectif, se passer des contacts quotidiens, sur et hors tatamis, ainsi que de certaines longues discussions aux sujets multiples?; tous ces aspects sont autant de manques. Cependant cet état de fait facilite la réflexion sur l’avenir, offre du temps pour étudier quelques pistes. Là aussi, s’apercevoir que l’on peut se tromper sur certaines d’entre elles que l’on croyait ouvertes et qui en fait ne le sont pas. Quoi qu’il en soit, cela permet de se reposer et ce n’est pas négligeable.

Pour ce qui est de cette nouvelle année que tous, nous souhaitons meilleure, que ce soit sur le plan national, sportif ou personnel, nul ne peut faire de pronostic : « Les hommes font ce qu’ils peuvent, le destin fait le reste », c’est une nouvelle fois sur une citation de l’un de mes chanteurs préférés (que les habitués auront reconnu) que je clôturerai un des derniers billets de 2015.

Passez tous de très bonnes fêtes de fin d’année.

 

Anatomie des 16 techniques, (troisième volet)

Je sais que ce blog est très majoritairement suivi par des pratiquants de ju-jitsu, mais aussi d’autres arts martiaux. Je n’ignore pas non plus que des personnes qui ne peuvent plus être présentes sur les tatamis se sont fidélisées auprès de ces articles. Mais, il y a aussi quelques personnes qui n’ont jamais enfilé de kimono et qui aiment bien suivre notre activité et « mon humeur » ainsi que l’état d’esprit qui anime notre activité. J’en suis ravi et je m’excuse auprès d’eux pour les quelques billets trop techniques, comme celui d’aujourd’hui, dans lesquels ils pourraient se sentir un peu perdus. Cela leur transmettra peut-être l’envie de franchir le Rubicon et ainsi d’appartenir à la famille des samouraïs de notre époque, en constatant notamment que dans notre art il n’est pas question de force mais de subtilités techniques comme en attestent les quatre situations présentées ci-dessous. Que ces fidèles lecteurs se rassurent, d’autres articles moins techniques continueront d’agrémenter ce blog. Les arts martiaux ne sont-ils pas – aussi – une « école de vie »??

Donc, aujourd’hui, troisième volet de la saga des 16 techniques commencée il y a un mois.

Dans la neuvième technique, UKE fait face à TORI et le saisit par les cheveux avec sa main droite. Ce dernier réagit en plaquant ses deux mains sur celle de son agresseur. Simultanément il porte MAE-GERI en ligne basse. En reculant largement, il applique une torsion de poignet sans relâcher la pression à l’aide de ses deux mains, jusqu’à ce qu’UKE soit à plat ventre. Il termine avec un ATEMI porté avec le coude au niveau de la nuque. L’action de torsion est renforcée par l’ATEMI et le déplacement sur l’arrière.

La dixième technique voit UKE se placer sur la droite de TORI, et mettre sa main gauche sur l’épaule la plus éloignée de celui-ci. TORI porte immédiatement HIJI sur le sternum. Il enchaîne avec O-GOSHI à droite et sans le moindre temps d’arrêt, en gardant le poignet (ou la manche) droit(e) de UKE, et en plaçant sa main droite sur le coude droit de UKE, il l’amène face au sol à l’aide d’UDE-GATAME. Outre l’ATEMI au plexus, l’efficacité est obtenue par le positionnement des hanches sous le centre de gravité de l’agresseur et par un déplacement sur la gauche lors de l’application de la clef.

Dans la onzième technique et à l’instar de la septième, UKE applique une violente poussée de face et déséquilibre ainsi TORI qui se retrouve sur le dos. A ce moment, il y a un temps de lutte au cours duquel UKE saisit TORI à la gorge. Celui-ci place ces pieds sur le ventre de UKE, passe ses mains sous les avant-bras et saisit la veste de l’adversaire au niveau des revers. Il est en position pour le faire passer par-dessus. Le déséquilibre est obtenu par une «action-réaction» à l’aide des jambes et un accompagnement des deux mains vers le haut.

Dans la douzième, UKE porte un très large coup de poing circulaire en direction du visage (Il ne s’agit pas là d’un ATEMI très technique.) TORI effectue une esquive rotative accompagnée d’un grand déplacement qui le place sur la gauche de UKE. Il? « l’alpague » au niveau des épaules et lui applique KO-SOTO-GARI avec son pied droit. Dans cette action, là aussi, le déséquilibre est d’abord obtenu par la réaction de UKE qui n’ayant pas trouvé d’opposition se retrouve penché sur l’avant et tente alors de se rééquilibrer. TORI accentue cette tentative de reprise d’équilibre par une forte traction sur l’arrière. Appliquant ainsi le principe d’addition de forces. La projection s’effectue par un fauchage précis du pied gauche de UKE avec le pied droit, dans la direction du talon vers les orteils. Cela doit donner l’impression à UKE qu’un tapis lui serait tiré sous les pieds.

Dans ce « carré » la fluidité dans l’application des enchaînements est déterminante.

Très vite, sur ce blog, la suite et la fin de notre enchaînement bien-aimé.

Un week-end en ju-jitsu

sans-titre (7)Samedi et dimanche derniers, à l’initiative de l’Ecole atémi-ju-jitsu, se tenait à Monts en Touraine un grand rassemblement autour du ju-jitsu. Des pratiquants issus des clubs affiliés à l’EAJJ se sont retrouvés deux jours durant. Personnellement, ce fut un plaisir de pouvoir assurer mon rôle de directeur technique.

Ces deux jours ont été d’une intensité importante. En plus du stage qui fut le point fort, il y a eu une réunion de la commission technique, l’assemblée générale annuelle et un passage de grades. Cette forte activité, le nombre important de stagiaires, le travail constructif de la commission technique, le très bon niveau constaté lors des prestations qui conduisent aux grades supérieurs, et ? fait non négligeable – l’excellente ambiance qui régnait, sont autant de signes de l’excellente santé de notre association qui défend avec ardeur une forme de travail précieuse.

A noter que la fédération qui nous «?chapote?» (la Fédération européenne de karaté et d’arts martiaux traditionnels) nous avait délégué deux membres de son comité directeur, en tant qu’observateurs. Je crois qu’ils ont été impressionnés favorablement.

Parmi le travail effectué par la commission technique, il y a eu l’harmonisation de notre goshin-jitsu et la définition précise de ce que nous attendions des candidats aux grades lors de la présentation de ce kata, il en a été de même pour nos 16 techniques.

Tout ce qui s’est déroulé durant ces deux journées est important, mais j’insisterai sur le message qui a été adressé aux professeurs. Ce sont eux qui sont chargés de la transmission. C’est d’ailleurs le rôle premier d’une association comme l’EAJJ que de former ceux qui ensuite assureront l’enseignement auprès des élèves. Cela n’empêche pas les rassemblements comme ceux de ces deux journées. Dans ces occasions, en plus du travail effectué, la manifestation du plaisir de côtoyer des pratiquants venus d’horizons divers est évidente. Ce sont là de grands moments d’échanges.

A bientôt sur d’autres tatamis.

 

Anatomie des 16 techniques, la suite…

Nous poursuivons l’analyse des «16 techniques» entreprise il y a quinze jours sur ce même blog. Nous avions étudié les quatre premières. Aujourd’hui, passons aux quatre suivantes

Dans la cinquième, UKE saisit TORI par la tête avec son bras gauche. Le déséquilibre arrière pour l’application de TE-GURUMA est obtenu à l’aide d’une action de la main droite au niveau du menton de UKE et qui se répercute directement sur les cervicales. (Dans la réalité, il sera également possible d’agir sur des points très sensibles, en appliquant, par exemple, les doigts dans les yeux et/ou en saisissant les cheveux.) Au passage TORI applique TSUKKAKE au niveau de l’abdomen, pour « fixer » l’adversaire. Sans relâcher l’action de la main droite sur l’arrière, TORI place sa main gauche entre les jambes de UKE pour passer sous le centre de gravité. L’efficacité s’obtient par un simple principe de bascule : la main droite agit sur l’arrière et vers le bas tandis que la main gauche effectue une traction du bas vers le haut. TORI projette ainsi UKE avec TE-GURUMA.

Pour la sixième technique, avec sa main droite, UKE saisit la manche gauche de TORI en tirant, façon « arrachage » de sac à main. Celui-ci ne résiste pas, il pivote sur son pied gauche et porte MAE-GERI à droite au niveau du ventre. Il obtient un déséquilibre sur l’avant, et en poursuivant son pivot sur sa gauche il applique IPPON-SEOE-NAGE à droite.

Avec la septième, nous abordons une des techniques les plus complexes de notre enchaînement. D’abord, parce qu’elle comporte deux phases distinctes. Ce qui demande, en plus de la maîtrise technique indispensable à leur réalisation, une parfaite fluidité. De plus, cette phase intervient au milieu de l’enchaînement et risque de nuire à son ensemble en cas de cafouillage. Donc, TORI est surpris et amené au sol par une forte poussée. Il se retrouve sur le dos et l’avancée de UKE sa réaction première est de placer son pied droit sur son ventre, de façon à lui appliquer une forme de TOMOE-NAGE à partir du sol (ce qui explique la position pointe vers l’extérieur pour le pied en question.) Sur la défense de UKE, TORI va le renverser sur l’arrière en lui fauchant ses deux points d’appui. Pour cela, à partir de sa position sur le dos, il pivote sur sa gauche et engage son bras gauche derrière la jambe droite et son pied gauche derrière la jambe gauche. D’une action combinée de l’avant-bras et du mollet gauche, il fauche et écarte les deux appuis de son adversaire. Le pied droit, qui est resté au niveau du ventre de UKE, renforce cette action par une forte poussée. Une fois UKE sur le dos, TORI vient le fixer sur les cervicales en engageant sa main droite entre les jambes de façon à venir saisir le revers droit de la veste de UKE. La main gauche se place devant la gorge et saisit l’autre revers. Il conclut ainsi avec l’étranglement KATA-JUJI-JIME.

Dans la huitième, il s’agit du simple enchaînement de deux techniques, à savoir (sur une tentative de saisie de face) YOKO-GERI porté au niveau de la poitrine avec la jambe droite suivi d’O-SOTO-GARI à gauche. Nous sommes dans une logique de liaison : obtenir un déséquilibre arrière pour projeter dans cette direction. A noter que ceux qui n’arrivent pas à «monter la jambe» peuvent se contenter d’un coup de pied au niveau de l’abdomen, à ce moment-là, il leur sera indispensable de compenser à l’aide d’un rapide TEICHO de la main gauche au menton afin d’obtenir le déséquilibre approprié.

En résumé, voici les grands principes de ces quatre techniques : Dans la cinquième, c’est celui de la bascule, tout en passant sous le centre de gravité. Pour la sixième, le déséquilibre avant est obtenu grâce à MAE-GERI, il faut additionner à cela la force centrifuge créée par le déplacement de TORI. La septième propose le principe d’action-réaction ajouté au fauchage simultané des deux points d’appui. Quant à la huitième, il s’agit d’appliquer une logique d’enchaînement en fonction du déséquilibre obtenu avec l’ATEMI.

Il est des techniques qui peuvent apporter des critiques quant aux difficultés qu’elles imposent. Il est vrai que l’on peut toujours penser que se satisfaire d’une pratique simpliste fera l’affaire et qu’en cas d’agression les fioritures ne seront pas de mise. Ce qui est vrai dans la réalité. Mais pour espérer être efficace dans cette réalité, on ne peut faire autrement que de se surpasser à l’entraînement.  Deuxièmement, « qui peut le plus, peut le moins ». Troisièmement, aucune des techniques travaillées n’est illogique quant à leur liaison et par conséquent à leur efficacité. Et comme indiqué il y a quinze jours, elles répondent toutes à des évidences de déséquilibre, soit par des principes mécaniques, soit par l’utilisation des points sensibles de l’agresseur. Mais pour être efficaces, elles demandent de la vitesse de réaction et d’exécution ainsi que de la maitrise technique. Autant de qualités qui ne s’obtiennent pas en dehors d’une pratique régulière et rigoureuse. Enfin, régler des problèmes après avoir patiemment étudié les solutions qui en viennent à bout est aussi le travail d’un pratiquant d’arts martiaux et une très grande satisfaction personnelle lorsque la maîtrise est acquise. Si tant est…

 

Montréal 1995 et…abominable actualité !

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Sur la photo, je suis en compagnie d’André Ohayon, (sur la droite de l’image), Jean Frenette, Olivier Hermeline et Laurent Rabillon (sur la gauche.)

Il était prévu de consacrer l’intégralité de ce billet à l’évocation des vingt ans de la démonstration que j’avais effectuée à Montréal en 1995. Cependant on ne peut mettre de côté les événements dramatiques que nous venons de subir et vaquer à nos occupations comme si de rien n’était. Ne pas oublier (comment le pourrions-nous??), mais aussi continuer à vivre normalement. En 1995, déjà, notre pays subissait une vague d’attentats meurtriers. Quelques jours après l’horreur que nous venons de vivre, il est désolant de constater que la violence et l’abominable ne nous lâchent malheureusement pas !

Bien que dans les moments que nous vivons, chaque mot peut se transformer en allusion inappropriée et surtout mal interprétée, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a là une raison supplémentaire pour lutter contre toute forme de violence dans tous les domaines y compris et surtout dans l’enseignement, la pratique et la promotion des activités physiques, dont les arts martiaux font partie !

Revenons donc à cet anniversaire et à Montréal.

Cela va faire exactement vingt?ans. C’était le troisième jeudi de novembre, celui du beaujolais nouveau?! Dans l’avion qui nous menait dans la belle province du Québec, nous avions d’ailleurs eu droit à un ballon de cette boisson qui partage les opinions. Il ne s’agit pas d’une chronique œnologique, mais cette évocation fait figure de point de repère. Le troisième jeudi du mois de novembre?1995, en compagnie d’Olivier Hermeline, d’André Ohayon et de Laurent Rabillon, je m’envolais pour Montréal afin de démontrer notre ju-jitsu outre-Atlantique. C’était à l’occasion d’un gala d’arts martiaux organisé par Jean Frenette, le karatéka champion de kata artistique qui avait véritablement enflammé Bercy quelques années auparavant.

En fait, ce jeudi-là, nous n’étions que trois. L’un de mes partenaires ayant oublié son passeport, il avait dû remettre son départ au lendemain. Le fait que l’on parle français à Montréal était sans doute la cause de cet acte manqué.

Comme toujours, lors de tels déplacements, l’activité principale n’est pas touristique. Outre la démonstration, nous sommes tributaires des organisateurs et des différentes obligations de communications qui leur sont imposées. Beaucoup de temps passé en car, dans cette mégapole dont les rues mesurent parfois plusieurs kilomètres.

Vers le 20 novembre, l’été indien est bel et bien terminé, l’hiver a largement pris ses quartiers. Quatre jours de froid intense avec en prime une belle tempête de neige dans la nuit du samedi au dimanche. A l’inverse de notre pays dans lequel quelques flocons peuvent entraîner une paralysie partielle et parfois totale, là-bas la vie continue normalement même avec un tapis de neige imposant.

Concernant le gala par lui-même, je n’ai plus souvenir de l’intégralité du programme proposé, mais Jean Frenette avait pensé le spectacle en deux parties, en «?panachant » intervenants français et nord-américains. Dans la délégation française figurait mon ami Christian Tissier, aux démonstrations d’aïkido toujours impeccables. Notre hôte était un peu la star de la soirée. Quant à nous, nous avons présenté la prestation qui était celle produite quelques mois auparavant dans l’enceinte de Bercy. Une petite entorse de la cheville en tout début de démo a ajouté une pression imprévue et c’est en serrant les dents dix minutes durant que j’ai pu assurer le spectacle.

La contrepartie fut une terrible boiterie pendant plusieurs jours et la conjugaison de cette blessure avec les trottoirs enneigés a donné à ce dimanche des allures de chemin de croix. Quatre jours éprouvants mais enthousiasmants, tout comme la qualité des souvenirs qui me reviennent vingt années plus tard.

La semaine prochaine, nous continuerons à « disséquer » nos 16 techniques.

Anatomie des 16 techniques

C’est un billet, assez technique que je vous propose cette semaine.

Les « 16 techniques » ont été créées en 1982, pour les besoins d’une démonstration de ju-jitsu à l’occasion des deuxièmes championnats du monde féminins de judo qui se déroulaient à Paris. Sur ce blog, plusieurs articles ont été consacrés à l’histoire de cet enchaînement qui est l’un des piliers de notre enseignement. Aujourd’hui, l’intention est d’analyser de la façon la plus simple (mais pas simpliste) ce qui peut être considéré comme un de nos katas modernes.

Lors de cette première démonstration, face à la différence de gabarit entre TORI et UKE, il était indispensable de mettre en avant les grands principes de base du ju-jitsu. Utilisation de la force de l’adversaire, de la gravitation, suppression de points d’appuis, etc. Le tout à l’aide de techniques qui retiennent l’attention, donc spectaculaires.

Pour commencer cette étude, nous nous limiterons aux quatre premières.

En tout premier, UKE saisit le revers de TORI en exerçant une traction. La riposte consiste à ne pas résister et à aller dans le sens de l’attaque, en y ajoutant deux atémis (teicho au visage et shuto dans la saignée du coude) afin de renforcer la perte d’équilibre du à la non-résistance de TORI. Celui-ci obtenant un excellente opportunité pour appliquer o-soto-gari (grand fauchage extérieur).

Dans la deuxième technique (une saisie à la gorge de face en poussant), il s’agit de l’exemple parfait de l’utilisation de la force de l’adversaire par une technique de sacrifice de son propre corps afin de faire passer celui de l’agresseur « par-dessus ». C’est l’application de la fameuse « planchette japonaise », à savoir tomoe-nage.

Pour la troisième, sur une saisie arrière à la gorge, l’action consiste à faire passer l’adversaire par-dessus notre centre de gravité en nous plaçant juste en dessous du sien. Ainsi, grâce à un principe de bascule très simple, on applique une des plus fameuses techniques de projection, je veux parler d’ippon-seoe-nage.

Enfin, la quatrième technique consiste à supprimer purement et simplement l’unique point d’appui sur lequel UKE s’est placé en portant un coup de pied circulaire en direction des côtes de TORI. C’est une grande technique de jambe, o-uchi-gari qui projette l’attaquant sur l’arrière.

Ces principes sont le fondement même de notre discipline. Il est utile de les rappeler aux confirmés et indispensable de les inculquer aux débutants. C’est aussi apporter la preuve qu’à l’origine toutes les techniques sont faites pour qu’un moins fort physiquement puisse faire tomber un plus fort ! (Ce qui n’est malheureusement plus tout à fait le cas dans le judo moderne.) Lorsque l’on a compris de tels principes qui ne relèvent pas d’une énorme expertise en géométrie, l’apprentissage en est grandement favorisé, et par conséquent les progrès ne manqueront pas de suivre.

Ces explications peuvent paraître sommaires à certains, mais c’est un peu le but. Dans un premier temps, il est indispensable de globaliser afin de faciliter une rapide compréhension. Il sera toujours temps ? et même nécessaire ? d’entrer davantage dans les détails par la suite.

La suite, bientôt…

Bloc-notes

Le billet posté il y a quinze jours a suscité un intérêt phénoménal. Il traitait du projet (!?) de création d’une nouvelle progression par la FFJDA, dans laquelle serait inclus l’aspect self-défense du ju-jitsu. Relayé par Facebook, cet article a atteint cinq fois plus de personnes que la moyenne des autres billets sur ce réseau social. Pourquoi une telle audience?? Assurément le sujet (la self-défense) passionne. Mais, sans doute aussi la polémique qui découle de cette prise de conscience étonnante. Cela prouve, si besoin était, que tous ceux qui se reconnaissent depuis des lustres dans l’intérêt du développement du ju-jitsu sous son aspect premier ne sont pas des utopistes. Mais que de temps perdu ! Et puis, il sera intéressant de voir quelle sera la suite donnée à ce projet.

Pour ce qui nous concerne, à l’EAJJ, un tel intérêt ne peut que nous conforter dans la poursuite de notre chemin, d’autant que nous possédons une belle avance en matière de contenu technique. De plus, le fait d’avoir rejoint la FEKAMT depuis quelques saisons nous donne davantage de poids et de moyens. L’assemblée générale et le rassemblement des 10 et 11 octobre derniers à Gien ont permis de confirmer qu’il y avait un intérêt certain à regrouper des arts martiaux qui ont en commun la passion d’une forme de pratique traditionnelle, tout cela avec une totale liberté quant au contenu des programmes techniques de chaque école.

Les 28 et 29?novembre prochains, à Monts, ce sera au tour de l’EAJJ de tenir son A.G. Un stage tous niveaux sera également proposé, ainsi qu’un passage de grades. Ce sera aussi l’occasion de réunir les membres de la Commission technique. Un week-end chargé en perspective.

Enfin, pour terminer ce billet en forme de bloc-notes, j’informe qu’un nouveau livre est en préparation. Il portera sur un enchaînement inédit de quinze techniques mettant en valeur l’atémi-waza et le katame-waza, avec en bonus, les articles du blog de cette année riche en événements, pour le moins?!

 

Kodokan Goshin-jitsu : une référence !

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Déménager a entre autres intérêts de devoir trier, classer et bien souvent c’est l’occasion de mettre la main sur des objets, des documents, des photos, etc. que l’on croyait disparus. Mieux encore, quelquefois on découvre des choses que l’on ne pensait pas posséder, sorte de cadeaux du ciel. C’est un peu le cas avec le document dont j’ai le plaisir de vous proposer un extrait. Il s’agit d’un petit opuscule paru en janvier 1957, sous le titre de Kodokan goshin-jitsu et je ne sais par quel miracle il a atterri dans un carton. L’illustration de ce billet présente la première technique du kata. On se doit d’opérer une « lecture inversée », aussi bien pour l’ordre des pages, lorsque l’on consulte l’ouvrage, que pour suivre les photos qui illustrent chacune d’entre elles. Il faut donc commencer par la photo qui est en haut et à droite, puis en bas à droite, en haut à gauche et en bas à gauche.

Ce document est précieux. Pour le pratiquant que je suis, il a une valeur inestimable. Tout d’abord pour son côté historique, le kata a été créé en 1956, nous sommes donc au plus près, il s’agit en quelque sorte de « la référence ». Ensuite, parce qu’à une période où d’incessants changements sont imposés, avec différents risques, dont celui de dénaturer le sens originel, cela permet de remettre les pendules à l’heure. Ces changements ne servant qu’à valoriser les personnes qui se targuent de détenir la dernière version !

Il faut en retenir le côté sobre, sans fioritures aucunes ; l’essentiel y est démontré. Cela nous laisse une trace pour que l’on se souvienne d’où nous venons.

Une technique par double page, à l’instar de celle qui est démontrée, et simplement quatre photos pour chaque phase du kata.

L’ouvrage date et paraît quelque peu vieillot quant à la qualité de l’impression, mais ce qui y est démontré suffit pour corroborer la conception qui est la mienne vis-à-vis de ces exercices que l’on nomme katas et pour celui-ci en particulier. Conception que je ne manque pas de faire partager très souvent par l’intermédiaire de ce blog. J’invite les nouveaux venus à ne pas hésiter à consulter les articles qui en font état !

Le kata est une mémoire et un exercice, avant tout !

Prise de conscience ?

img047En feuilletant le dernier numéro du magazine de la Fédération de judo Judo mag, j’ai pu constater, dans les quelques pages consacrées au ju-jitsu, plus exactement au judo-ju-jitsu, qu’il y était évoqué la nécessité de ne pas négliger l’aspect utilitaire de notre discipline bien-aimée. Qu’il était par conséquent utile d’accoler le mot self-défense à celui de ju-jitsu et qu’une progression était en cours de réalisation. Les bras m’en sont tombés. Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous ! Il était temps, mais cela ne manque pas d’appeler quelques remarques.

La première, pourquoi cette décision, et pourquoi maintenant ? La deuxième, ce projet va-t-il être suivi d’effet ? La troisième, de quelle façon ?

Reprenons et détaillons ces remarques.

Premièrement, cette décision doit faire suite à une prise de conscience. D’abord que le développement du ju-jitsu sous sa forme « combat » est un triple non-sens. Outre le fait qu’un art martial traditionnel ne peut se pratiquer en compétition d’affrontements directs, cette forme de travail ne permet pas de capter une population qui est intéressée par l’aspect utilitaire. Enfin, développer le « ju-jitsu combat », c’est proposer une forme de concurrence au judo. Concernant le travail technique actuel il aura quand même fallu vingt ans pour s’apercevoir qu’il ne correspondait pas à une certaine demande ! (La dernière progression mise en place datant de 1995.) La baisse notable des licenciés due, entre autres, à la mise en place des nouveaux rythmes scolaires a sans doute déclenché une interrogation quant aux différents moyens d’enrayer cette inflexion. Le ju-jitsu bénéficie subitement d’un intérêt inattendu !

Deuxième point : cela va-t-il rester au niveau d’un projet ? Et troisièmement, s’il existe une vraie volonté, de quelle manière va-t-elle se concrétiser ? Il est indiqué sur l’article en question que la mise en place d’une progression française intégrant le ju-jitsu-self-défense est en bonne voie. Ce sera donc une nouvelle progression avec un nouveau programme. De quoi décourager quelque peu les professeurs qui devront à nouveau devoir faire face à d’incessants changements. En espérant que ce ne soit pas une autre « usine à gaz », comme celle mise en place il y a vingt ans et qui avait suscité la réprobation de certains dont je fais partie. En souhaitant aussi que les programmes de grades n’imposent pas des thèmes en inadéquation avec l’aspiration des élèves. En clair qu’ils ne soient pas surchargés de judo, et que le jour de l’examen, l’ensemble du  jury connaisse le programme ! Et puis, je ne vois pas trop ce qui pourrait être inventé de plus en matière technique. A toujours vouloir faire du nouveau on en arrive à faire, parfois, n’importe quoi !

Saluons quand même cette prise de conscience.  Tout comme il faut saluer le fait de reconnaître que ce qui avait été proposé en son temps n’était pas cohérent.

Pour ce qui nous concerne, avec l’EAJJ, sous l’égide de la FEKAMT, ces prises de conscience ne nous concernent pas, notre « boîte à outils » étant parfaitement garnie depuis bon nombre d’années. En témoigne la couverture de l’ouvrage présentée en accompagnement de cet article, datant de…1985 !