Avoir 15 ans en 1969…

J’ai eu 66 ans avant-hier et je préfère « fêter » cet âge là en 2020  que célébrer  mes quinze ans !

Mes quinze  ans, je les ai eus en 1969, l’année durant laquelle la « Grippe de Hong-Kong » sévissait. Ce virus avait fait un million de victimes sur la planète et 40 000 en  France. Pourtant, je n’en conserve aucun souvenir et je ne suis d’ailleurs pas le seul dans cet état amnésique ! Et pour quelles raisons ? Sans doute l’absence de réseaux sociaux, de chaînes d’infos en continue et une conception du rapport à la vie (et à la mort)  différent ! Sans oublier le fameux principe de précaution tétanisant.

Toujours est-il que la vie continuait. En France, le général De Gaule quittait le pouvoir, Pompidou s’installait à L’Elysée, le Premier Ministre Chaban-Delmas nous proposait sa « nouvelle société ». Le Concorde effectuait son premier vol, Gainsbourg déclarait cette année « année érotique », Hallyday chantait « Que je t’aime »… Et puis, et surtout le 21 juillet, « On a marché sur la Lune ».

Effectivement, la vie continuait ! La vie sportive notamment. Les clubs d’arts martiaux fonctionnaient (avec accès aux vestiaires, question d’hygiène). Si tel n’avait pas été le cas, on peut légitimement se demander si nous n’aurions pas été privés du formidable essor que nos disciplines ont connu à partir du début des années 1970 et jusqu’à maintenant, et si – à titre personnel – j’aurais pu effectuer le parcours qui fût le mien. En fait, chacun pouvait continuer à préparer son futur métier et à travailler pour lui-même et pour la société ! Continuer à enseigner pour ce qui concerne les professeurs d’arts martiaux, continuer à partager et à éduquer !

Quels souvenirs conserveront les actuels adolescents de cette année 2020 ? De leurs quinze ans, du lycée, des sorties entre copains et des premiers émois d’amoureux « masqués » ? Mais aussi d’un épouvantable confinement durant lequel nos rues ressemblaient à des lendemains d’apocalypse, fréquentées par quelques personnes qui se croisaient avec un laissez-passer en poche et  des regards suspicieux au dessus du masque (pour ceux qui pouvaient s’en procurer). Sans oublier l’apparition d’horribles formules qui ne favorisent pas le « vivre-ensemble » comme « distanciation sociale » et « gestes barrières ».

Certes en 1969, des gens mourraient de la pandémie, comme c’est le cas à chaque fois dans ce genre de situation dramatique, comme ça l’est cette année et comme ça l’est (tout simplement si je puis dire) chaque jour, quelque soit la période. La différence, lors des autres épidémies, c’est que des pans entiers de la société n’avaient pas été sacrifiés et détruits et que la vie de ceux qui étaient épargnés n’avait pas été massacrée d’une autre manière. Enfin, pas toutes les vies ; pas celles, par exemple,  des donneurs d’ordres qui ont leur salaire à la fin du mois.

Le Président a affirmé que (comme je l’ai déjà récemment fait remarquer) les dirigeants avaient préféré la santé à l’économie ; ce qui n’empêche pas, ni de nouvelles victimes, ni l’épidémie de repartir (d’après ce qu’on nous dit). Mais, tout le monde n’a pas bénéficié du même « traitement économique » ! Ils ne sont pas majoritaires ceux qui ont tout perdu, ou presque ;  heureusement, mais ceux-là se posent légitimement la question suivante : si un seul décideur ou un seul ministre ou encore un membre du fameux Conseil scientifique, était privé du jour au lendemain (je dis bien du jour au lendemain) de la totalité des ses revenus et même davantage, comment réagirait-il, comment agirait-il ? Prendrait-il les mêmes décisions ? Et resterai-il longtemps « sur la touche » ?

On va m’opposer que mes propos sont l’émanation d’une rancœur, que je fais partie de ceux qui sous-estiment de façon irresponsable la gravité de ce virus et que, pourquoi pas, je serais un adepte de l’existence d’un complot mondial.
Autant répondre par avance.

Concernant le premier point, il ne s’agit pas de rancœur, juste d’une forte incompréhension et d’un ébahissement sans limite sur une autre forme de violence que représente cette décision brutale prise le 16 mars, sans appel et  aux allures de couperet. Sans oublier les nombreux revirements, aussi rapides que troublants.

Sur la deuxième point, je ne sous-estime absolument pas la gravité de la maladie, mais mes craintes sont les mêmes que face au chauffard qui peut m’emplafonner en pleine ligne droite, que de succomber à une grave maladie, à un accident cardiaque, à une attaque terroriste ; je me souviens de 2015 où par deux fois je me suis trouvé exactement à deux minutes des drames, etc.
Bref, je n’ignore pas que je vais mourir un jour, ce qui ne me réjouit pas, d’ailleurs ! Non, c’est plutôt la gestion brutale de cette crise qui m’interpelle.

Enfin, concernant le troisième point, je ne suis pas forcément un adepte de la théorie du complot, mais cela ne m’empêche pas de m’interroger, sans forcément avoir une opinion tranchée sur le fait de savoir s’il s’agit de manipulation, d’hystérie ou d’incompétence ?

A propos d’hystérie,  je suis effaré par une couverture médiatique absolument disproportionnée et qui ne manque pas d’entretenir  une véritable psychose et une angoisse permanente. Tout cela  dans une ambiance au travers de laquelle une méfiance générale s’installe et qui va durablement modifier nos relations sociales.

Je suis attristé par ce que nous vivons, c’est pour cela que je ne suis pas mécontent que mon adolescence, cette période de la vie durant laquelle se bâtit l’adulte que l’on deviendra, n’ait pas connu ce que nos jeunes connaissent aujourd’hui.

L’humanité a vécu d’horribles périodes, entre les pandémies, les guerres, les séismes et autres catastrophes, mais est-ce bien raisonnable d’affirmer que notre situation actuelle pourrait être pire en se référant à ces catastrophes  passées ?

D’abord, nous devons toujours rechercher le meilleur pour notre vie quotidienne en société, ensuite nous ignorons la gravité de ce qui nous attend. On nous le répète à longueur de temps et cela se confirme  un peu plus chaque jour : nous allons connaitre une  terrible crise économique qui imposera à certains  des conditions de vie dont ils ne pourront  se satisfaire au motif qu’il y aura eu peut-être pire avant.

Justement, je sais que le bien le plus précieux reste la santé et je suis heureux que malgré les épreuves, je dois un peu près encore en bonne santé  ! Je sais aussi  que certaines situations peuvent altérer cet état, aussi je déplore la brutalité et l’inégalité  avec lesquelles cette crise est gérée.

J’en profite aussi pour souligner qu’il y a des affirmations plus faciles à tenir lorsque l’on n’est pas directement concerné !

Pour conclure et à propos des années qui passent, puisqu’il est question d’anniversaire, je citerai Jean d’Ormesson : « cela ne me dérange pas de vieillir, c’est encore la meilleure façon de ne pas mourir » !

eric@pariset.net

Suite du dictionnaire avec le X comme boXe…

Certes, le mot boxe ne commence pas par un X, mais c’est bien cette consonne qui « claque » parmi les trois autres lettres. Et puis, pour l’illustrer au sein de mon dictionnaire des arts martiaux, il n’est pas facile de trouver des personnages et des éléments qui débutent par ce X en question. A moins d’inverser le dernier mot  d’arts martiauX.

J’ai pratiqué la boxe française et j’ai obtenu le brevet d’état en 1978. Je me suis entrainé à la boxe américaine chez Dominique Valéra, à l’époque où « le King » était installé rue de Chatillon dans le XIVème arrondissement. C’est le regretté Richard Dieu qui le secondait. La boxe américaine, c’était le nom que l’on attribuait aussi au Full Contact avant qu’il devienne le kick-boxing.

Aujourd’hui il existe différents types de boxe, avec des appellations diverses et parfois originales. De la boxe thaïlandaise à la boxe chinoise, sans oublier bien évidemment la plus connue, à savoir la boxe anglaise, que l’on surnommait aussi « le Noble Art » au début du XXème siècle. Certains proposent des variantes sous l’appellation de boxe-défense, gym-boxe, etc. Ces différentes boxes connaissent un franc succès depuis quelques années.

Des efforts ont été faits pour que ces disciplines soient avant tout, éducatives et non pas destructives. L’art et la manière de ne pas recevoir les coups de l’adversaire, surtout lorsqu’ à l’entraînement il devient « partenaire ».

Comme dans beaucoup de domaines et sans doute encore davantage dans les arts martiaux et les disciplines de combat, le professeur est déterminant, pour ses qualités techniques et pédagogiques, mais aussi et surtout pour l’état d’esprit qu’il installe lors des séances.

Les techniques utilisées sont de véritables armes (naturelles, mais armes quand même) cela peut donc rapidement dégénérer et devenir l’école de la violence. A fortiori dans les arts qui utilisent les « frappes ». Physiquement, mais aussi moralement, il peut y avoir de gros « dégâts ». Recevoir un « direct » en pleine figure n’entraînera peut-être pas plus de traumatismes physiques qu’un uchi-mata non contrôlé, mais psychologiquement, être atteint au visage (à la tête qui est en quelque sorte le « poste de commandement »), est plus difficilement acceptable. Il n’y a qu’à constater les expressions du visage lorsque c’est le cas. Sans compter que le cerveau – pour ceux qui sont dotés de ce précieux attribut – est un organe des plus fragiles et que la répétition des traumatismes à son égard entraîne fatalement des dommages irréversibles et dramatiques.

Dans mon enseignement je ne néglige aucune des trois composantes du ju-jitsu et l’atemi-waza (technique des coups) occupe la place qu’il mérite. Dans certaines séances un travail de renforcement à l’aide des gants – qui se rapproche de la boxe – est proposé. Une des spécificités du ju-jitsu réside dans le fait que « le coup » n’est pas une finalité, comme c’est le cas dans d’autres disciplines et notamment la boxe. Il faut donc en tenir compte lors de l’apprentissage et des entrainements.

Je vois plusieurs intérêts dans la pratique de la boxe (et de l’atémi-waza ) ; l’efficacité pour le travail à distance, pour arrêter ou déséquilibrer l’adversaire, mais aussi et surtout pour l’entraînement à ne pas recevoir les coups (esquives et parades). Ensuite, il y a incontestablement un travail « cardio » très complet, un apport de souplesse quand il est question des membres inférieurs et enfin je n’oublie pas deux aspects qui ne sont pas négligeables, à savoir l’expression corporelle et l’aspect ludique ; ce qui implique que la pratique doit être tout en contrôle, donc proposée intelligemment. Si tel n’est pas le cas, elle peut s’avérer destructrice et contre productive en terme d’éducation.

eric@pariset.net

 

Reprise…

On ne peut que se réjouir de la parution du décret qui autorise à nouveau – enfin – la pratique des sports de combat dans notre pays.

Malheureusement mon dojo parisien n’a pu se permettre d’attendre cette date qui signifie la fin d’une période aussi historique qu’inouïe.

Espérons que cette reprise sera complète et durable et que les contraintes sanitaires ne seront pas gênantes.

Tout comme il ne faudrait pas qu’une deuxième vague vienne la remettre en question ; on nous rebat les oreilles d’infos anxiogènes sur cette possibilité à longueur de journée.

Ensuite il serait souhaitable que les renouvellements d’adhésions ne soient pas encore moins importants que lors d’une saison « normale » ; chaque année 50 % d’adhérents ne reprennent pas le chemin du dojo. En début de saison, Il faut donc que ces abandons soient compensés par de nouvelles recrues. Celles-ci ne seront-elles pas frileuses par rapport à d’éventuels risques de contamination et/ou freinées pour des raisons économiques ?

Quant à mon dojo et sa triste fin, on me demande si je n’ai pas été trop vite ? A cela je répond qu’exerçant à titre privé avec un loyer parisien très important, je n’avais pas le choix. D’autant qu’il n’y a pas que le loyer et, comme expliqué plus haut, cette reprise risque d’être fragile. Surtout à Paris avec de grosses dépenses fixes et, par exemple, l’interdiction d’utilisation des vestiaires (en vigueur pour le moment) qui n’est pas compatible avec la vie d’une très grande ville. Imaginons un pratiquant en judogi dans le métro !

Il ne suffit pas d’avoir l’autorisation de reprendre. Ouvrir le dojo est une chose, avoir un nombre suffisant d’élèves pour faire face aux frais de fonctionnement et pouvoir « gagner sa vie » en est une autre !

Cette reprise, malgré des incertitudes fondées, est une excellente nouvelle pour tous les amoureux des arts martiaux. L’interdiction, en plus d’être frustrante physiquement, était dérangeante psychologiquement.

eric@pariset.net

Historique (et critique). Quelques réflexions et une question.

Le judo est apparu en France dans les années 1930. Il aura fallu attendre la date du 16 mars 2020 pour que lui, les autres arts martiaux et l’ensemble des sports de combat soient interdits de pratique, c’est historique !

Je cite le judo, parce qu’il s’agit du premier art martial à avoir été introduit dans notre pays, mais je n’oublie pas les sports de combats issus de notre continent,  comme les boxes (anglaises et françaises) et toutes les formes de luttes et pour lesquelles le même traitement a été infligé.
Pourtant, si on se réfère au siècle dernier, bien des épreuves ont dû être traversées ; que ce soit les deux conflits mondiaux, la grippe espagnole de 1918, la grippe asiatique de 1957, celle de Hong-Kong en 1969 ; je n’évoque que les plus importantes ! Jamais une telle interdiction n’avait frappé les sports de combat. Certes nous ne sommes pas les seuls, mais certaines activités et disciplines ont pu reprendre presque normalement.

Je ne commenterai pas les raisons qui nous ont amenés à cette situation, mais j’aborderai seulement la situation, « notre situation », à nous, pratiquants et enseignants !

Entre le 16 mars et le 1er septembre (date d’une éventuelle reprise pour nos « disciplines chéries »), il y aura eu des dégâts. Combien d’abandons et donc de non-renouvellements seront à déplorer ? Ensuite, combien de nouvelles inscriptions ne se feront pas ? Combien de pertes de licences pour les fédérations et puis, pour ce qui concerne les dojos privés, combien de fermetures ? Quel désastre !

Le Président de la République a déclaré que, cette fois, nos dirigeants avaient fait le choix de la santé et non pas celui de l’économie. Très bien, mais je ne pense pas que ce soit exact. Pour que ça le soit, il aurait fallu que tout le monde (y compris et surtout au plus haut niveau) soit impacté de la même manière.

Durant cette sombre période (qui manifestement n’est pas terminée) nous n’avons pas tous été égaux ; certains, je suis extrêmement bien placé pour le savoir, ont tout perdu sur le plan professionnel, ce qui génère forcément un impact négatif – pour le moins – sur le plan personnel, psychologique et par conséquent physique. Donc pourquoi nos dirigeants ne mettraient-ils pas leurs paroles en acte en montrant l’exemple ?

Si nos décideurs, y compris au plus haut sommet de l’état, s’étaient trouvés  dépourvus de tout revenu pour plusieurs  mois et sans perspectives vraiment optimistes, n’auraient-ils pas essayé de trouver d’autres solutions qu’un arrêt total d’activité ou bien des palliatifs à hauteur de leurs préjudices ? Question en attente d’une éventuelle réponse !

eric@pariset.net

Un double W

Un deuxième W pour mon dictionnaire !

Voici une technique que j’affectionne tout particulièrement. Peut-être est-ce parce que je la maîtrise assez bien que je l’affectionne, ou bien est-ce parce que je l’affectionne que je la maîtrise ; il s’agit là d’une autre version de « l’œuf ou la poule ».

Waki-gatame appartient aux « kansetsu-waza », les techniques de clefs articulaires. Pour les néophytes, elles permettent de maîtriser une personne en lui infligeant une douleur plus ou moins importante en forçant l’articulation dans le sens où elle n’est pas faite pour cela. Quand j’étais enfant, on nommait ces moyens de soumission « arm-lock ». Cette appellation était d’autant plus magique et mystérieuse que nous n’avions pas le droit de pratiquer ces fameuses clefs.

La maîtrise de cette famille de techniques demande du temps, beaucoup de patience. Elles offrent deux avantages. Le premier d’être efficaces, le second de permettre la maîtrise d’une personne sans forcément mettre ses jours en danger. Cet aspect ne doit pas être négligé, sur le plan de la légitime défense et sur celui du respect de la vie, tout simplement.

Waki-gatame offre des opportunités debout et au sol. Son principe est de verrouiller l’articulation du coude avec l’aisselle, tout en maintenant le poignet de l’adversaire avec nos  deux mains ; elles sont l’un des deux indispensables « points fixes ». L’autre étant l’articulation de l’épaule.

On peut l’appliquer sur des attaques en coup de poing, sur des saisies de face et arrières, dans certaines circonstances au sol et bien évidement sur des attaques à main armée, notamment contre arme blanche.

Certains ne sont pas convaincus par l’efficacité des clefs. A ces doutes, j’opposerais deux arguments : d’abord celui de la persévérance dont doit être doté un pratiquant d’arts martiaux et ensuite parce que  je connais beaucoup de personnes (pas forcément des hauts gradés) qui ont pu échapper à des issues fatales grâce à des techniques de clefs comme waki-gatame.

Il est incontestable qu’il faut beaucoup de finesse et qu’une multitude de petits détails ne peuvent être ignorés, aussi bien en matière de précision que de postures corporelles. La persévérance dans leur étude apporte énormément de satisfaction et de récompenses.

Appréciant énormément cette clef, j’ai comme projet de créer un document qui présenterait toutes ses formes, mais aussi les différentes opportunités, les défenses et contre-prises qui y sont attachées. Vidéo ou petit livret, ou les deux !
A suivre…

Dictionnaire, la suite. W comme Waza.

Malgré des circonstances vraiment exceptionnelles – c’est le moins que l’on puisse dire -, je continue à décliner les lettres de ce dictionnaire qui touche bientôt à sa fin. Aujourd’hui, c’est le W qui est mis à l’honneur. W comme Waza.

Waza, voilà un mot couramment utilisé par les pratiquants et enseignants de ju-jitsu. On le traduit communément par «travail », mais utiliser « technique » est plus proche de la vérité et correspond mieux à ce qu’il représente réellement. Il est aussi moins rébarbatif que le mot travail qui, il y a quelques siècles, évoquait un instrument de torture.

Ceci étant, « technique » se traduit également par « jitsu » (ju-jitsu : technique de la souplesse). Le japonais, comme beaucoup de langues, possède plusieurs traductions pour un même mot ; avec sans doute quelques nuances.

Les trois grandes familles « de waza » sont l’atemi-waza : les techniques de coups, le nage-waza : les techniques de projections et le katame-waza : les techniques de contrôles. Ces trois familles se trouvent aussi bien dans le tai-chi-waza (techniques debout) que dans le ne-waza (techniques au sol).

La recherche de la finesse technique sera la quête de chaque pratiquant ; le geste parfait, réalisé avec précision et rapidité, mais aussi, n’en déplaise à certains, avec style et élégance. Personnellement je n’assimile pas le mot technique à ce qui est réalisé avec une unique brutalité.

Chacun des trois grands groupes offre des subdivisions. Dans l’atemi-waza il y a ce qui est pratiqué avec les membres supérieurs (te-waza) et ceux avec les jambes (geri-waza). Pour les projections, les sous-groupes sont nombreux, du koshi-waza qui qualifie les projections réalisées à l’aide des hanches, jusqu’aux techniques de sacrifice (sutemi-waza), en passant par les techniques de jambes (ashi-waza). Quant aux techniques de contrôles, elles réunissent les immobilisations avec l’osae-waza, les étranglements et les clefs avec respectivement le shime-waza et le kantsetsu-waza.

Chaque pratiquant a ses préférences. Il y a deux catégories de techniques que l’on affectionne plus particulièrement, il y a celles que nous faisons bien, nos « spéciaux » et celles qui nous font rêver, peut-être justement parce qu’elles représentent un challenge.

A titre personnel, j’apprécie les techniques qui regroupent trois critères : l’efficacité, l’esthétisme et la sécurité dans la pratique en opposition. J’ai un faible pour le nage-waza (les projections) ; quoi de plus beau qu’un uchi-mata parfaitement exécuté, par exemple ?

Certes, dans le combat de rue, lorsque sa vie ou celle d’un tiers en dépend, il n’est pas question de « faire dans la finesse technique », il est question de sauver sa vie ou sa dignité, ou bien celles d’une personne en danger. Mais, d’une part nous ne sommes pas agressés tous les jours et d’autre part la recherche de la perfection dans tous les domaines, y compris celui de l’esthétisme, demande des efforts, lesquels efforts seront forcément générateurs d’efficacité dans l’art et la manière de s’extirper d’une mauvaise situation. « Le beau est plus utile que l’utile » Victor Hugo.

 

Quelques « V » en réserve !

La lettre V de mon dictionnaire faisait état de la « non-violence ». Cependant au moment de l’élaboration de ce dictionnaire  j’avais mis quelques V en réserve.

Dans ces moments difficiles (le mot est faible), celui qui me vient spontanément à l’esprit est le V de volonté. Depuis quelques temps, pour certains, il ne faut pas en être dépourvu afin de s’extraire de ce marasme dans lequel nous avons été plongés, surtout quand il s’agit de le faire (presque) tout seul.

V comme Victoire. Pas forcément celle conquise sur les tatamis, ou dans les stades, mais celle que l’on obtient sur soi-même ; pas celle qui consiste – parfois – à écraser ou humilier un adversaire, mais celle qui permet de s’élever. « Ce qui est important ce n’est pas tant d’être meilleur que les autres, mais d’être meilleur soi-même ». Paroles, on ne peut plus sages, de Jigoro Kano.

V comme Vérité. Sans elle, pas de confiance, pas de relations durables.

V comme Valeur. Des valeurs morales avant tout ; celles que l’on retrouve dans le Code moral affiché dans les dojos (pas toujours respecté, par ailleurs).

V comme Vitesse et Vélocité. Des qualités physiques importantes dans tous les sports et encore davantage dans les disciplines de combat. Que ce soit pour porter une attaque ou pour parer celles de l’adversaire. Mais aussi, parfois, dans le quotidien pour prendre des décisions !

V comme Valéra. Dominique Valéra. Un monument des arts martiaux français (et mondiaux). Karatéka exceptionnel au palmarès qui ne l’est pas moins. Dans les années 1970, c’est lui qui a introduit dans notre pays « le Full-Contact » ancêtre du Kick-Boxing. Valéra, c’est une technique, un physique, un caractère et «une gueule ».

Pour conclure je peux citer des « V exécrables », comme Vanité, Vantardise et Vulgarité. J’ai quelques fois rencontré des personnages qui n’étaient pas dépourvus d’un, ou de plusieurs, de ces défauts. Je n’oublie pas le V de Vilenie. La Vilenie humaine, chacun d’entre nous, un jour ou l’autre et plus ou moins, n’a pas manqué d’en être la victime. Souvent elle incite à un autre V, celui de Vengeance ; même si l’on ressent un puissant besoin d’en user, elle n’est bien souvent qu’une perte de temps et d’énergie.

Pour terminer sur V positif, j’affirme que j’ai aussi croisé la route de Valeureux personnages.

eric@pariset.net

V comme non-Violence !

Pour la lettre V de mon dictionnaire, j’ai choisi le mot « violence », plus exactement « non-violence ». Comme beaucoup je milite pour l’éradication de ce fléau, sans ignorer qu’il a toujours existé, les racines sont profondes et les raisons multiples. Cependant il n’est pas interdit d’espérer, tout comme il n’est pas question d’abdiquer.

Il ne s’agit pas d’un exposé sur les origines et les causes des différentes formes de violences, je me limiterai à mon domaine de compétence professionnelle et à l’impact positif que mon métier se doit d’apporter à la société. Je tiens à préciser qu’il n’existe pas que la violence physique, certaines violences mentales peuvent parfois être aussi redoutables, même davantage.

Chaque professeur, quelque soit sa place et quelque soit la discipline qu’il enseigne, a un rôle à jouer. Dans cette lutte l’éducation est fondamentale, elle permet de prendre le mal à la racine. Certes, cela s’inscrit sur du long terme, mais cet enjeu le mérite.

Les professeurs d’arts martiaux ont une responsabilité encore plus importante dans la mesure où ils enseignent des techniques de combat, certaines à l’issue pouvant être fatale. Elles devront donc être considérées et enseignées avant tout comme des armes de dissuasion et être utilisées exclusivement en dernier recours.

C’est toute la difficulté de la transmission de nos disciplines ; elle doit se faire dans un but éducatif et non destructif (bien que, comme indiqué plus haut, ce soit la vocation de la plupart des techniques). On ne répond pas à la violence par la violence. Je sais que cette phrase a été dite et écrite à de nombreuses reprises et que certains considèrent de tels propos comme empreints d’un angélisme inadapté, d’une naïveté déconcertante ou même, pour certains, d’un laxisme répréhensible. Ceux-là ne doivent pas être considérés comme des éducateurs responsables.

Etre contre la violence n’est pas forcément faire preuve d’inconscience ; lorsque l’on est agressé violemment, il faut être capable de riposter efficacement, avec un niveau technique et mental qui permet d’agir rapidement, mais avec nuance dans la mesure du possible, sans ignorer les notions de légitime défense et de respect de la vie.

Faire le constat que certains arts martiaux peuvent être utilisés à de mauvaises fins, ou enseignés de façon brutale, violente, est navrant ; heureusement, c’est le fait d’une minorité de personnes qui ne peuvent être considérées ni comme des éducateurs, ni comme des budokas. Dans leur immense majorité  les enseignants sont heureusement conscients de l’enjeu.

eric@pariset.net    www.jujitsuericpariset.com

 

Quelques bons moments

Il n’y a pas eu que des mauvais moments dans cette saison écourtée (de manière brutale) ! Elle me laisse quelques bons souvenirs. Les débuts du dojo ont été agréables et prometteurs sur bien des plans, mais en dehors de ce lieu (disparu trop tôt), II y a eu quelques rassemblements très forts, en France et à l’étranger.
Pour cause de lancement du nouveau club, j’avais volontairement limité les déplacements afin de me concentrer sur ce nouveau chalenge, ce qui ne m’a pas empêché de répondre à quelques invitations. En Bourgogne, à Joigny en janvier chez mon ami, le très impliqué Michel Baillet et deux fois aux Pays-Bas en octobre et en janvier, à l’invitation de l’IMAF Pays-Bas.
Un peu entre les deux, c’est à dire au dojo avec des personnes venues de l’extérieur, plusieurs stages ont été organisés. C’était le moment de faire de nouvelles connaissances et de retrouver des pratiquants n’appartenant pas à mon groupe d’élèves, mais qui se sont fidélisés sur ces rendez-vous dominicaux. Simples « kyus » ou professeurs chevronnés, c’était toujours un grand plaisir de les recevoir et de pratiquer le ju-jitsu que nous aimons. Je n’oublie pas une matinée passée au « Carreau du Temple », en février, dans le quartier du Marais » à l’initiative du « Paris Hapkido », un groupe qui fait preuve d’un bel esprit de partage et d’un formidable dynamisme. Un petit album souvenir des escapades hors dojo, ainsi que des stages parisiens du dimanche est à votre disposition sur la page Facebook du club !

 

Histoire d’un dojo éphémère.

Il y a un an,  si on m’avait dit que je vivrai ce que je vis actuellement, je ne l’aurai bien évidemment jamais cru.  Il y a un an, je signai le bail pour le dojo de la rue Victor Chevreuil. Inutile d’insister sur le plaisir qu’était le mien, bien loin du marasme dans lequel nous sommes beaucoup à être plongés depuis plusieurs mois.

J’avais quitté Paris en 2015 et après quelques temps de réflexion, je  décidai de regagner la capitale pour y retrouver des habitudes qui me manquaient et un environnement que je connaissais. De plus, j’étais persuadé de pouvoir y exercer plus facilement mon métier.  Il fallait donc trouver un nouveau lieu. Après une  longue période de recherches infructueuses, un endroit qui correspondait à mes aspirations m’a été proposé.

La taille modeste de ce local me satisfaisait.  Elle me permettait de remettre le pied à l’étrier sans  trop de risques (!), avec comme objectif celui de proposer un « dojo familial » dans lequel tout le monde se connaitrait, où la qualité de l’ambiance serait aussi importante que les techniques enseignées et pratiquées.

Placé dans un arrondissement qui m’est familier pour y être presque né, pour y avoir résidé, pour y avoir fait une partie de ma scolarité et pour m’y être occupé de plusieurs  dojos,  je n’agissais pas en  terre inconnue.

C’est donc le 20 mai de l’année dernière qu’une agence immobilière me contactait pour m’informer de la disponibilité de ce local qui rassemblait plusieurs  critères favorables.  Je l’avais déjà visité juste avant de quitter la capitale, mais au dernier moment, c’est le départ en province qui avait été préféré.

Ensuite tout est allé très vite. Une nouvelle visite pour la forme et nous avons procédé à la signature le 27 mai.

Après un mois de juin  de cohabitation entre les anciens locataires et les ouvriers qui effectuaient les  travaux nécessaires,  le dojo était opérationnel pour l’inauguration prévue le 28 juin. Nous étions  en plein cœur de la première canicule de l’été et cela avait provoqué quelques inquiétudes, en l’occurrence au moment de la livraison et de l’installation des tatamis. Les restrictions de circulation dues à la pollution provoquée par les fortes chaleurs avaient été déclenchées.  Heureusement le camion de la SFJAM NORIS France possédait le bon sésame pour entrer dans la capitale.

Il n’est pas évident de se relancer à un âge qui flirte avec celui de la retraite et surtout après des années passées à régler des problèmes  qui polluent le mental. Bien évidemment, si j’avais su que ce qui m’attendait  allait être bien pire que tout ce que j’avais vécu, je me serais abstenu ! Mais ce genre de constat est stérile !  De toutes les façons, vu l’inconsistance de la retraite des indépendants et l’absence d’entraide de la part de ceux qui auraient pu en faire usage,   je n’avais pas trop le choix. Et puis,
retrouver des habitudes et des élèves (certains sont aussi des amis) qui ont en commun l’amour d’une certaine forme de ju-jitsu, m’enthousiasmait au plus haut point ; pouvoir partager sa passion est un sacré moteur et une grande chance. .

Ouvrant le dojo en juillet, je ne m’attendais pas à accueillir un nombre considérable  d’élèves, les vacances sont les vacances ! Il n’empêche que nous avons fonctionné avec un effectif correct dans lequel se côtoyaient de nouvelles vocations et de fidèles gradés.

De ce fait, le mois de septembre arriva après un bon rodage estival. Les inscriptions affluèrent (de quatre à soixante dix ans),  des « anciens » et des nouveaux  (agréablement surpris de découvrir une discipline complète techniquement et surtout accessible)  ont rapidement animé ce nouveau dojo. Octobre prit la suite de la même manière  jusqu’aux  vacances  de la Toussaint. Novembre s’est déroulé correctement, mais les choses ont commencé à se compliquer au début du mois de décembre avec une grève des transports d’une durée inédite dans notre pays. Deux mois de trafic très perturbé, parfois paralysé, forcément la fréquentation des cours adultes s’en est ressentie. Ensuite, il a fallu faire avec le calme traditionnel des  vacances de février.

Au milieu de tout cela, je n’oublie le pot de fin d’année, un lundi de décembre ; un moment chaleureux, qui pour cause de grève n’a pas rassemblé autant d’élèves qu’il aurait du.

J’attendais donc avec impatience le mois de mars. Ce mois qui fête la renaissance de la nature est souvent propice à de nouvelles vocations dans le domaine des activités physiques de toutes sortes.

Mais le 16 mars, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’est abattu sur notre pays avec, pour cause de virus envahissant,  une fermeture aussi imprévisible que brutale, aussi inédite que cataclysmique et un confinement que nous n’avions jamais connu et surtout jamais envisagé. Les conséquences allaient tout de suite se révéler catastrophiques.

Comme indiqué dans mon précédent message, après plus de trois mois maintenant d’une totale inactivité et surtout avec une forte incertitude quant à une date de reprise des activités dites de « contact », c’est imposée à moi l’obligation de mettre un terme à l’exploitation de dojo. J’ai d’ailleurs appris depuis l’envoi de cette correspondance,  que d’autres  venaient de subir  le même sort et qu’ils n’étaient  malheureusement pas les derniers. Cela ne me console guère. Les dojos privés, situés dans des grandes villes comme Paris, avec des loyers  très importants sont fatalement les premières victimes. Et puis, le notre n’avait que quelques mois d’existence, il prenait tout juste son envol. Comme en aviation, le « décollage » est un moment délicat, parfois dangereux, la preuve.

En plus de l’aspect purement matériel, pour  ceux dont c’est un métier à plein temps et par conséquent  l’unique source de revenu, se greffe un important aspect phycologique. N’est-ce pas la mise au rebut de nos disciplines ?  Ce n’est pas simplement mon métier qui est attaqué, ce qui en soi est déjà d’une terrible gravité, mais c’est aussi un art, une science. Imaginons la disparition de la peinture, de la musique, de la sculpture et de quelques savoirs !

Juste avant cet horrible confinement moyenâgeux, en plus d’un indispensable esprit combatif, j’étais animé aussi par des pensées  un peu plus légères. Le calendrier avait été consulté pour commencer à établir le planning des « ponts » du mois de mai, afin d’envisager quelques jours de repos bien mérités et surtout pour arrêter la date à laquelle nous pourrions fêter le premier anniversaire de ce dojo.  Aurais-je pu imaginer un seul instant être obligé de rendre les clefs à peine un an après les avoir reçues ? Même si au regard des évènements cette absence d’anniversaire peut paraitre dérisoire, il y a des traditions et des symboles qui se respectent. D’ailleurs, si nous avions pu nous retrouver avec les élèves le temps d’une soirée, cela  aurait été la meilleure preuve d’existence de ce club.

Même animé par l’absolue nécessité de faire face et de rebondir, il s’agit d’un coup d’une sévère brutalité et d’un abominable gâchis. Ne plus pouvoir exercer son  métier et ne plus transmettre son savoir est terrifiant ! Je n’oublie ni l’espoir ni l’énergie que j’avais placés dans ce projet, ni les débuts prometteurs de ce lieu qui d’emblée avait été apprécié dans le quartier et au-delà !

Je profite de ce moment pour remercier tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien avec des messages plus touchants les uns que les autres. Ces messages ont été salvateurs, mais ils me torturent aussi en alimentant encore davantage les inévitables regrets.  Ma plus grande fierté, à la lecture de ces témoignages, c’est d’avoir pu satisfaire aussi bien des enfants de quatre ans que des personnes plus âgées qui, comme certaines me l’ont confié, ne pensaient jamais pouvoir remettre les pieds sur un tatami. Le sentiment, manifestement réel, d’avoir été utile et d’être maintenant plongé dans une inutilité que j’espère provisoire, est minant.   Mon plus grand regret est d’être dans l’obligation d’arrêter alors que ceux qui fréquentaient ce dojo manifestaient un enthousiasme flagrant. Je ne peux faire refluer  un gout amer et beaucoup d’interrogations sur ce terrible évènement, mais aussi sur sa gestion au jour le jour. De même qu’une certaine  sensation d’avoir été quelque peu lâché ne me quitte pas vraiment ; non pas par mes élèves, loin de là, mais par les pouvoirs publics et autres organismes de prévoyance.

Quelques jours après avoir adressé une  lettre à mes élèves pour leur annoncer la terrible nouvelle, je  l’ai mise le 29 mai dernier sur  Facebook en « lettre ouverte »  et c’est avec une énorme surprise que j’ai constaté, grâce à un compteur que je consulte sur « l’admin » du compte du club, que près de 85 000 personnes on été « touchées » par cet article. Il faut savoir que pour une publication classique, le chiffre se situe entre 1 000 et 2 000.

Là aussi, sont apparus d’innombrables messages d’une extraordinaire gentillesse. Quelques uns m’ont même proposé différentes formes d’aides pour sauver le dojo ; mais face à tant d’incertitude (plus exactement face à la certitude qu’il fallait stopper l’hémorragie)  il n’aurait pas été convenable  – et tout simplement impossible – de les accepter. D’autres ont commencé à évoquer « l’après », avec des possibilités de collaborations, preuve que l’aventure va pouvoir continuer, tôt ou tard, différente sans doute, mais au travers de laquelle il sera toujours question de ju-jitsu.

Il faudra attendre  que les  arts martiaux retrouvent  une pratique « normale » ;  nous ne pouvons faire autrement que de la souhaiter et le plus rapidement possible.

eric@pariset.net