Confessions

Certains s’habituent à ce confinement, ce serait mentir d’affirmer qu’il en est de même pour moi et sans doute pour d’autres ; par conséquent je n’ajouterai pas un mensonge supplémentaire en affirmant que tout va bien, des mensonges, des incohérences et autres annonces non suivies des faits, nous n’en manquons pas ces derniers temps.

C’est toujours une étrange ambiance qui règne dans les rues de nos villes pétrifiées et plus largement dans nos vies abîmées. Nous voilà au début de la quatrième semaine de confinement et à l’extérieur c’est encore un silence assourdissant qui nous empoigne, lorsque nous sortons quelques minutes pour éviter, en plus, de mourir de faim. A l’intérieur l’inquiétude ne nous lâche pas, avec des infos toujours angoissantes sur fond de matraquage anxiogène et culpabilisant.

Certes, il semble que n’existaient pas d’autres solutions (?) en dehors de ce confinement absolument surnaturel aux conséquences ravageuses.

Je n’ai pas honte d’avouer que je ne le vis pas facilement ; assurément je ne dois pas être le seul, mais il y a sans nul doute plus à plaindre que moi. D’ailleurs certains témoignages relatant des événements du passé  nous demandent de relativiser notre situation, mais est-il sain de se satisfaire d’une souffrance au prétexte qu’il y a pire ? Il y a toujours pire malheur, mais le malheur n’est pas un but en soi ; le combattre certainement, s’y complaire sûrement pas.

Je vis mal ce moment, pour plusieurs raisons qui sont davantage liées à une certaine incompréhension, qu’à une forme de désespérance.

Premièrement, comme indiqué plus haut, peut-être qu’avec davantage d’anticipation cette situation aurait pu être évitée et par là même l’extension de la maladie. Sans oublier qu’avec un service hospitalier abîmé comme il l’est depuis des années, il semble héroïque de combattre le mal.

Deuxièmement, à titre personnel, c’est seul que  j’assume cette épreuve, séparé de mes proches. Loin de moi l’exposition d’un larmoiement personnel indécent et d’un apitoiement déplacé sur mon sort. Il s’agit juste d’un fait. Et puis, on ne s’apitoie pas, on réagit. De la souffrance, il y en a au quotidien et depuis bien longtemps et dans beaucoup de secteurs. Il n’existe pas une famille qui n’ait pas traversé d’épreuves.

Troisièmement, existe l’inquiétude quant aux conséquences économiques. Elle est parfaitement fondée dans la mesure où il paraît inévitable que ces suites seront néfastes pour ne pas dire catastrophiques sur bien des plans, peut-être plus graves que le virus lui-même. C’est malheureusement les plus faibles et ceux qui sont dans les situations les plus précaires qui, une fois de plus, en pâtirons. Pour beaucoup il y a la peur de se retrouver sans travail, elle n’est pas honteuse. On peut ajouter à cela une suspicion quant à certaines promesses !

Quatrièmement, je suis plutôt un homme d’action qui n’aime pas trop « rester en place » et force est de constater que c’est assez compliqué en ce moment, même si je ne m’ennuie jamais, entre lecture, écriture, télé (sauf chaînes d’infos en continu), contacts via les différents moyens de communication. Je n’oublie pas un minimum d’activités physiques, forcément relativement minces dans un petit appartement. Nous n’avons pas tous les mêmes conditions de confinement. Être dans l’action, c’est aussi être utile, mais dans quel secteur ?
Et puis, il y a cette perte de liberté, peut-être indispensable (?) sur le fond, mais dérangeante dans la forme.

Enfin cinquièmement, cela peut paraître dérisoire, mais pour les confinés des villes et amoureux de la nature, il y a ce manque de verdure et de chlorophylle. Certains psychologues les jugent bénéfiques.

Il faut espérer sortir indemne (physiquement et surtout psychologiquement) de cet enfermement, surtout s’il  s’inscrit dans la durée. D’ailleurs, cette incertitude quand à une « remise en liberté » est un facteur négatif supplémentaire.

Je sais qu’au regard de ceux qui souffrent dans leur chair, ces remarques peuvent paraître décalées, c’est pour cette raison que je les pondère avec une expression positive en confiant que si j’ai quelque peu « fendu l’armure », c’est celle d’un samouraï qui – malgré tout –  ne renoncera jamais et ne sombrera pas dans un désespoir malsain. Que cette épreuve, une fois vaincue, puisse nous rendre plus forts, je l’espère ; différents, sans nul doute. J’espère surtout qu’elle nous attribuera un autre regard sur bien des personnes et modifiera certains comportements.

eric@pariset.net

Suite et fin du « tour de la semaines » du dojo

Lundi 30 mars

Le lundi.

Dans la suite de mon tour de la semaine du dojo, nous en sommes donc au lundi. Mais ce jour là, tout du moins cette saison, il n’y a pas de séance au planning. De ce fait, aujourd’hui, j’ai pensé proposer un article technique sur les ukemis (les chutes). Un article sur ce que l’on pourrait appeler « un fondamental ».
Dans la pratique de la plupart des arts martiaux et en premier lieu en ju-jitsu, apprendre à chuter est une nécessité absolue. C’est également utile dans la vie courante. C’est une sorte d’assurance. Certes, nous ne tombons pas à longueur de journée, mais beaucoup de fâcheuses conséquences pourraient être évitées avec un minimum de maîtrise du « savoir se rétablir » ; sur de la neige, de la glace ou tout simplement après s’être « emmêlé les crayons ».
Lors des entraînements, les « brises chutes » (les ukemis en japonais) permettent l’étude et les répétitions des projections sur un partenaire qui pourra chuter sans dommage. Sans cette maitrise les progrès sont forcément impossibles dans le domaine des projections. Par conséquent il ne faut pas les négliger. Certains y sont réfractaires, mais peut-être faut-il appliquer un apprentissage progressif ? Tout en sachant que malgré tout la meilleure façon d’appendre à chuter, c’est de…chuter.
On distingue les chutes sur l’arrière et les chutes sur l’avant.
Dans chacune de ces catégories, il y a la chute qui se pratique sur un tatami et celle « de situation », c’est à dire en extérieur, si par malheur elle survient sur un sol dur, par accident, maladresse ou causée par une agression. Dans cette dernière situation il faudra tout à la fois se relever sans dommages et être opérationnel immédiatement.
Dans les deux cas de figure (dojo et « situation) il faudra préserver deux parties essentielles, la tête et les articulations. Pour la tête il suffira de « la rentrer », menton dans la poitrine. Pour les bras, sur un tatami on frappera au sol « bras tendus » paumes de main vers le sol, pour à la fois protéger les articulations et repartir l’onde de choc. Sur un sol dur on se limitera à ce que les bras soient tendus, à ce moment là on évitera de frapper. Si nous sommes bousculés et que l’on perd l’équilibre sur l’arrière, on essaiera de rouler sur une épaule en ayant préalablement pliée une jambe, pour se retrouver le plus vite possible debout face à un éventuel adversaire (photo 1).
Concernant la chute avant, il faudra se servir du bras avant comme d’une roue et d’un amortisseur. Là aussi il sera indispensable de protéger la tête avant tout et ensuite les articulations et notamment l’épaule. En dojo après avoir roulé, on se réceptionnera jambes tendues et parallèles. Dans la réalité à la réception, on pliera une jambe pour se retrouver face à l’endroit d’où l’on vient, face à un agresseur qui nous aurait poussé dans le dos (photo 2).
Tout cela est un peu technique, rien ne remplace le tatami à condition de pouvoir y accéder. Ce qui, nous l’espérons tous, arrivera le plus rapidement possible.
(Les photos sont extraites du livre « ju-jitsu-Défense personnelle ». Édition parue en 2000.)

Mardi 31 mars

Mardi
En attendant la reprise d’une activité qui commence sérieusement à nous manquer, nous continuons notre tour de la semaine en évoquant, jour par jour, les temps forts du dojo. Aujourd’hui nous abordons tout  naturellement le mardi.
Dans beaucoup de dojos, le mardi est traditionnellement un jour de fréquentation importante. Je l’ai constaté tout au long de ma carrière, sans jamais pouvoir fournir une explication rationnelle. Peut-être que le lundi permet de se « remettre » du week-end et que le mardi est le véritable premier jour de la semaine.
Durant cette  journée là, notre dojo propose trois séances. Une le midi et deux le soir. Cette saison, il faut l’admettre, les cours de la mi-journée ne rassemblent pas encore énormément d’élèves. Par contre, comme indiqué plus haut, les séances du mardi soir connaissent un beau succès.
A 19 h 00, ce sont plutôt les bases du ju-jitsu qui sont abordées. Le cours rassemble beaucoup de ceintures de couleur.
A 20 h 00, les ceintures foncées forment le « gros de la troupe ». Ce cours est dédié à tout ce qui touche la partie « corps à corps » du ju-jitsu, debout et au sol. Au sol on approfondit le travail à partir d’une situation, debout on décortique une grande technique. Les semaines d’avant le confinement nous avions passé sur le grille ippon-seoi-nage, tai-otoshi, uchi-mata et harai-goshi. Je fêterai le premier mardi en revenant sur deux de mes techniques préférées : ippon-seoi-nage, un « monument » du ju-jitsu et du judo et ko-uchi-gari, une technique tout en précision.
Vivement la reprise.

Mercredi 1er avril

Le mercredi…
On poursuit le tour de la semaine du dojo.
Le mercredi, dans tous les dojos de France c’est la journée des enfants. S’agissant de  notre première saison, il n’y a – pour le moment – qu’un seul cours à leur intention dans cette journée qui coupe la semaine et qui permet aux plus jeunes de se reposer de l’école pour se consacrer à une pratique physique dans le sport de leur choix (ou de celui de leurs parents). C’est la tranche d’âges des 7 à 10 ans que nous accueillons ce jour là. On peut déjà leur faire pratiquer beaucoup de techniques et la diversité du ju-jitsu leur convient parfaitement. Travail des « atemis » avec les gants, projections, travail au sol, mais aussi construction d’enchaînements qu’ils adorent étudier et démontrer. Et bien évidemment, les randoris, c’est à dire un travail d’opposition très codifié et strictement encadré, dans lequel l’aspect ludique n’est jamais absent. Depuis le mois de septembre les progrès sont là, c’est indiscutable. Une fois cette funeste période passée, il nous faudra rattraper le temps perdu. Il n’y aucune raison de ne pas y parvenir.
Le mercredi il y a aussi une deuxième séance ; celle-ci s’adresse principalement aux préados et adolescents, mais aussi à quelques adultes. Il s’agit d‘un cours de « boxe défense ». Travail tout en souplesse des membres supérieurs et inférieurs, pour un renforcement de la souplesse, de la tonicité, de la précision et du cardio. Après un bon échauffement assez ludique, on aborde une technique, puis des enchaînements « poings-pieds » ; enfin, quelques assauts pour un indispensable travail d’opposition codifiée et en déplacement. La séance se termine avec quelques défenses très simples sur différentes types de agressions. Tout cela dans une ambiance au travers de laquelle se marient l’indispensable concentration attachée à la
pratique d’une discipline de combat et la bonne humeur liée à un moment de loisir et de plaisir.

Jeudi 2 avril

Le jeudi
Aujourd’hui, c’est le dernier jour de notre « tour de la semaine du dojo » commencé vendredi dernier. Vous pouvez retrouver les autres journées dans les articles précédents.
Le jeudi, au dojo c’est le jour plus particulièrement consacré à l’atemi-waza, le travail des coups (exception faite pour la séance du midi).
Pour cela et durant une partie du cours on met un peu les gants ; de simples gants « toutes boxes ». Non pas pour se taper dessus, mais pour taper dessus (sur les gants), ce qui permet de travailler la précision et un léger contact pour quelques bonnes sensations.
Des petits assauts uniquement à base de poings permettent de s’échauffer d’une façon un peu différente, afin de mettre le corps dans de bonnes dispositions pour la suite de la séance. C’est aussi l’occasion, si cela se pratique intelligemment, d’inclure un agréable aspect ludique.
Ensuite, toujours en déplacement, un exercice « d’appel des coups », poings et pieds. Uke place ses gants en cible pour que Tori puisse répéter  différents atemi. C’est à Uke de « mener la danse » en diversifiant ses demandes, afin que Tori puisse répéter et diversifier ses techniques de percussion. Uke fera en sorte d’imposer des enchaînements cohérents.
Ensuite, en statique c’est le moment d’étudier, d’approfondir et de répéter une technique en particulier. Au restaurant il y a « le plat du jour », au dojo, c’est « la technique du jour ». En épluchant tel ou tel atemi, cela permet d’en travailler d’autres avec les enchaînements qui lui sont attachés.
Puis, sans les gants, on passe au travail de l’atemi du jour dans le cadre du ju-jitsu, en étudiant les enchaînements qui sont possibles avec les autres composantes ; projections et contrôles, différentes défenses, contre prises, etc.
Pour terminer la séance on remet les gants pour s’adonner à quelques assauts courtois  (comme on disait dans le temps). Façons de travailler les enchaînements, les défenses, la vitesse, le rythme et le cardio. Chacun a sa propre conception de cet exercice, me concernant, la priorité est donnée à la maîtrise, au contrôle, partant du principe que nous ne sommes pas là pour se faire mal, mais pour apprendre à ne pas se faire mal. Éducateur et non pas destructeur.

eric@pariset.net

Au fil des mois et des émois !

Nous sommes au 2/3 de ce que l’on nomme la « saison sportive ». Ceci dans la mesure où l’on considère qu’une telle saison se finit le 30 juin et que par conséquent la suivante commence le 1er juillet.
Toujours est-il qu’ayant ouvert notre dojo le 1er juillet, nous sommes à quatre mois du premier anniversaire de ce lieu de partage !
Il n’est pas encore temps d’établir un bilan complet, mais simplement d’évoquer les points positifs et quelques autres.
En huit mois, beaucoup de choses se sont passées et diverses impressions et émotions ont pu s’exprimer.
D’abord il y a la joie liée à la réalisation d’un projet. Même si les difficultés sont importantes, les surmonter et aboutir sont autant de plaisir que seuls connaissent ceux qui ont la chance de pouvoir (ou de vouloir) le faire !
Chaque étape apporte ses propres sentiments. Du tout début de l’aventure lorsque l’on est dans la prospection avec les visites de locaux, jusqu’au tout premier cours que l’on assure, en passant par le suivi des travaux, notamment pour qu’il n’y ait pas de retard et que le dojo puisse être inauguré à la date prévue ; ce qui a été le cas au début du mois de juillet dernier.
Ensuite, même en plein été, tout va très vite, beaucoup de choses se passent ; des demandes de renseignements, des visites de curiosité, de politesse et d’amitié (qui font chaud au cœur et rendent insignifiantes les négligences et les coupables ingratitudes), les toutes premières séances dans lesquelles se mélangent novices et anciens ravis de retrouver « leur ju-jitsu », et je n’oublie pas la sueur sur tous les fronts, surtout l’été dernier ! Ensuite vient la rentrée, avec beaucoup de demandes de renseignements, d’initiations et d’inscriptions. Un brassage de population – aux niveaux techniques différents, représentant diverses professions, mais ayant en commun le désir de poursuivre ou de commencer la pratique d’un art martial accessible physiquement, et dans laquelle ne suinte aucune violence ! J’insiste sur ce point. En effet certains propos qui m’ont été rapportés sont édifiants ! Les mauvaises expériences sont légion et il est heureux qu’elles ne soient pas rédhibitoires pour la totalité de ceux qui les ont subies. Certaines pratiques font beaucoup de mal aux arts martiaux (et aux pratiquants) !
Une installation dans un nouveau quartier, même si celui-là ne m’est pas vraiment inconnu, ce sont de nouveaux voisins, une ambiance différente, de nouvelles habitudes, bref un environnement dans lequel il faudra se fondre.
Au bout de quelques semaines un rythme s’établit et l’on est heureux de voir s’élargir le cercle des élèves !
Certes, il ne serait pas objectif d’éluder les aspects négatifs, surtout que depuis le mois de décembre ils ne manquent pas. Des événements contre lesquels, tout du moins à notre modeste niveau, nous ne pouvons pas grand chose. D’abord la plus grande grève de l’histoire des transports en France et maintenant un virus « bizarre » ! Cela ne manque pas de perturber notre quotidien dans tous les domaines.
Quoiqu’il en soit, la volonté est une vertu qui ne manque pas à qui a consacré sa vie aux arts martiaux ; c’est dans cet état d’esprit que j’aborde la dernière partie de cette saison qui aura été celle d’un nouveau challenge que certains qualifiaient d’ambitieux (avais-je d’autres choix ?). Les obstacles sont faits pour être franchis et les problèmes pour être résolus. Lorsque l’on possède l’envie d’avancer et de créer, on avance deux fois plus vite. « Créer, c’est vivre deux fois ». Albert Camus.

eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

Randori

Il y a quelques semaines j’avais consacré un article aux méthodes d’entraînement. Parmi elles, il y a le randori, l’équivalent, en boxe, de l’assaut que l’on nommait aussi « l’assaut courtois », il y a un certain temps.

Le randori, ou l’assaut, c’est un peu la récompense de fin de séance. C’est le moment où l’on peut tester nos techniques dans un système d’affrontement très codifié et axé sur l’initiative, c’est-à-dire sur l’attaque ; l’aspect ludique ne doit jamais être absent de ces joutes respectueuses  avec lesquelles on perfectionne aussi la défense, puisqu’il est nécessaire de tenter d’esquiver les initiatives du partenaire.

Malheureusement, trop souvent le randori  est quelque peu dénaturé et confondu avec le « shai », c’est-à-dire le combat, la compétition (en judo, par exemple). C’est dommage. Ceci étant tout dépend des objectifs, ceux-ci ne sont pas les mêmes selon que l’on se situe dans une pratique loisir ou bien à l’occasion d’entraînements  de haut-niveau ; même si à ce stade là il devrait -aussi – être indispensable de ne pas négliger cet exercice.

En ju-jitsu on peut le pratiquer dans le domaine des coups (atemi-waza), des projections (nage-waza) et du sol (ne-waza).

Le but du randori est avant tout de se perfectionner et d’essayer (en fonction du secteur dans lequel on souhaite le faire) de « passer » des techniques, d’aboutir et de résoudre différentes situations d’opposition ; pour les projections, de tenter de faire tomber un partenaire qui s’oppose intelligemment. C’est volontairement que j’utilise le mot de partenaire et non pas d’adversaire. Du latin par (avec) et ad (contre). C’est-à-dire que dans le randori, le partenaire travaille avec moi et non pas contre moi, il m’aide à progresser en proposant une opposition raisonnée, m’obligeant à travailler ma vitesse d’exécution, ma réactivité, ma condition physique, mais aussi – fatalement –  un système de défense axé exclusivement sur les esquives et non pas à l’aide de blocages qui annihilent toute initiative et par conséquent tout progrès. Imaginons deux joueurs de tennis à qui on « confisque » la balle !

Dans certains randori de projections ont peut même exclure toute technique de « contre direct » et n’autoriser que les contres répondant à l’appellation « go-no-sen » (l’attaque dans l’attaque). Le contre peut faire des dégâts physiques, mais aussi phycologiques en  limitant les initiatives de peur de subir un contre ravageur ; ce qui limitera obligatoirement les progrès.

Il y a très longtemps je bénéficiais de l’enseignement d’un professeur de boxe française, Marcel Le Saux, qui comparait l’assaut poing-pied à une conversation. Chacun s’exprimant à tour de rôle en développant ses arguments, évitant de parler en même temps et trop fort, pouvant couper la parole poliment si l’opportunité se présente, mais surtout en ne proférant ni invective, ni grossièreté. Belle métaphore.

eric@pariset.net   www.jujitsuericpariset.com

Souvenirs d’une belle préface

Christian Quidet (1932-2010) a été un très grand journaliste spécialisé dans le sport et notamment dans le judo. Dans les années 1970 il a beaucoup aidé cette discipline à franchir la barrière des médias.  Il a aussi occupé le poste de  directeur des sports sur « Antenne 2 », l’ancienne appellation de France 2, dans les années 1980. Nos disciplines martiales l’intéressaient au plus haut point, il leur a d’ailleurs consacré un magnifique ouvrage : « La fabuleuse histoire des arts martiaux ». En 1985, avant la parution de mon premier livre, je lui avais demandé s’il voulait bien m’honorer d’une préface ; il a accepté spontanément.  A  l’attention de ceux qui ne connaissaient pas ces quelques belles lignes, c’est avec plaisir que je les mets à nouveau  en ligne. D’autant plus que je trouve cette préface terriblement d’actualité.

     « La publication d’une progression française de ju-jitsu est un acte plus important qu’il n’y paraît. C’est la restauration, en France, du trésor des samouraïs qui, au fil de l’histoire, ont porté l’art du combat individuel à un degré de perfectionnement et de raffinement unique au monde.
       Cette version moderne de la self-défense japonaise, présentée par Eric Pariset, met à la disposition des éducateurs sportifs une méthode claire, précise et efficace.
       Elle offre à celles et à ceux qui s’en inspirent un bagage technique inestimable. Non pour leur apprendre à se battre mais pour dissuader les autres d’attaquer.
        C’est en ce sens que je crois beaucoup à la vulgarisation de la self-défense dans notre pays. Comme un remède à l’agressivité qui enlaidit notre société actuelle.
       Je félicite Eric Pariset de s’être intéressé et de s’être spécialisé dans le ju-jitsu qui est le meilleur complément à la pratique du judo.
       Le ju-jitsu ne doit pas être mis entre toutes les mains et ne peut être enseigné valablement que par ceux qui ont adhéré à l’esprit de son fondateur, le maître Jigoro Kano.
       Eric Pariset est de ceux-là. Il a été élevé dans une famille où les arts martiaux étaient considérés comme un Art et pratiqués comme une passion. Son père, Bernard Pariset, a participé au premier championnat du Monde au Japon en 1956 et a obtenu une superbe quatrième place. Plusieurs fois champion d’Europe il a légué, comme  les maîtres japonais d’autrefois, son savoir et sa sagesse à Eric.
      Ceinture noire, 5e Dan de Judo-Ju-Jitsu, Eric Pariset a été champion d’ile de France de Judo en 1983.
       Il s’est ensuite, spécialisé dans les démonstrations de Ju-Jitsu et de self-défense pour devenir, à   31 ans, le meilleur spécialiste français de cette discipline.
      « N’enseigne pas toute ta science à ton élève, qui sait s’il ne deviendra  pas un jour ton ennemi ».
       Fort heureusement, Eric Pariset n’a pas appliqué cette devise  chère aux anciens Maîtres d’armes japonais.
       Je l’en remercie et j’espère que vous serez nombreux à profiter de sa générosité.»

Christian Quidet.
Responsable du service des Sports d’Antenne 2*
Avril 1985.

eric@pariset.net       www.jujitsuericpariset.com      Facebook : Club Jujitsu Eric Pariset

Les méthodes d’entraînement

La semaine dernière,  le vendredi à thème était consacré aux « méthodes d’entraînement ». A l’aide de ce billet hebdo, j’ai souhaité donner ma conception de ces exercices incontournables qui viennent en complément de l’apprentissage technique. Ce sont des exercices de renforcement possédant chacun dans son domaine une spécificité. Ils permettent de renforcer la vitesse, les automatismes, la tonicité, la forme de corps, le placement, les déplacements, etc. Ils renforcent ces qualités  dans le domaine de l’atemi-waza (le travail de coups), le nage-waza (les projections) et aussi dans le ne-waza (le travail au sol). Ils  peuvent se faire seul ou à deux (le plus souvent), mais aussi à plusieurs, statiques ou en déplacement.
Il y a les exercices qui consistent à faire d’inlassables répétitions sans aucune opposition de la part du partenaire et d’autres qui se font avec une opposition plus ou moins importante, mais toujours conventionnelle.
Par conséquent on peut définir deux groupes : le premier où le partenaire ne produit aucune opposition et le second au cours duquel  il offre une certaine résistance qui permet de se renforcer en situation d’opposition relative.
La plus connue de ces méthodes d’entraînement est l’uchi-komi ; elle consiste à répéter une technique de projection sans faire chuter, juste en soulevant le partenaire. On peut aussi effectuer cette répétition dans le domaine de l’atemi-waza et du ne-Waza. L’uchi-komi peut s’effectuer dans « le vide », c’est-à-dire tout seul, mais le plus souvent avec un partenaire.
On trouve ensuite (plus particulièrement dans le domaine des projections) le nage-komi qui consiste à se faire chuter à tour de rôle, ou plusieurs fois de suite. Et puis, il y a le randori (qui n’est pas un véritable combat) et qui offre un travail en opposition « mesurée », sur un thème précis, au sol et debout, en atemi-waza et en projections. On oublie bien trop souvent des exercices tels que le kakari-geiko et le yaku-soku-geiko. Le premier permet à Tori de renforcer son système d’attaque sans la peur de contre prise de la part d’Uke. Celui-ci se contentant d’essayer d’esquiver les initiatives de Tori, l’obligeant ainsi à s’adapter et à trouver d’autres solutions.
Le second, le yaku-soku-geiko, permet aux deux protagonistes de se faire chuter chacun son tour. Une sorte de nage-komi en déplacement. (Il peut également être pratiqué en atemi-waza.) On peut faire une variante en y ajoutant une certaine opposition, sans contre prises, juste à l’aide d’esquives. Ces exercices sont bien évidemment axés sur l’initiative.
Une autre méthode – que mes élèves connaissent bien – consiste à répéter une technique de défense sur une situation précise, puis une seconde et de les enchaîner vite et fort, sans temps d’arrêt ; de même avec une troisième et ainsi de suite, jusqu’à six, ce qui est déjà très bien.
Enfin, on peut aussi considérer les katas comme des méthodes d’entraînement, puisqu’ils sont le reflet d’un combat. Un combat pré arrangé, certes, mais qui permet d’affûter les techniques et d’acquérir des automatismes.
Il est certain que ces exercices, lorsqu’ils sont réalisées avec un partenaire, offrent un côté ludique qui n’existe pas quand on s’entraîne seul ; le plaisir se retrouvera alors dans les progrès réalisés grâce à la rigueur que l’on se sera imposée lors de ces répétitions qui parfois peuvent sembler un peu ingrates, mais ô combien utiles. Alors, au travail !
eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

« Bras de fer », retraite et solidarité.

Dans un dojo, comme dans beaucoup d’associations sportives, toute discussion politique ou religieuse est bannie. Aussi je ne saurais déroger à cette règle ; il n’est donc pas question de prendre parti, Il s’agit juste de s’étonner que perdure  une situation qui est préjudiciable à beaucoup de domaines. Ce qui est regrettable, c’est cette incapacité à trouver une solution satisfaisant l’intérêt général. Les dirigeants et les différents responsables ne montrent pas l’exemple ; certes, eux ne sont pas impactés, pas le moins du monde, ils sont parfaitement à l’abri ; est-ce une raison pour être à la limite de l’irrespect et de l’irresponsabilité ? Notamment quand on voit les usagers des transports en commun voyager dans des conditions que l’on n’accepterait pas de faire subir à des animaux. Sans parler des autres dommages collatéraux.

Les pratiquants d’arts martiaux, peuvent affirmer que nous sommes loin des préceptes de Jigoro Kano et des principes de son judo ; il les voulait universels et applicables dans tous les domaines, pour une meilleure vie en société. Or, dans ce conflit, chacun est arc-bouté sur ses positions et on assiste à un indécent « bras de fer ». Il semble invraisemblable que n’existe pas de solution. L’objectif de ces quelques lignes n’est pas de désigner un « coupable » (mon statut ne me l’autorise pas), mais tout simplement de faire le constat navrant que des personnes arrivées à un tel niveau de responsabilité soient dans l’incapacité de trouver une sortie de crise.
Quant à moi, « retraite et solidarité », ne bénéficiant ni de l’une ni de l’autre, j’ai du mal à évoquer le sujet. Même si je prends un plaisir sans limite à continuer à transmettre, il est évident qu’avec une solidarité corporative, j’aurais pu assouvir cette passion de la transmission sans avoir la nécessité de me relancer dans le challenge dans lequel je me suis engagé à l’âge de la retraite ;  celle des indépendants étant loin d’être viable, je n’avais pas d’autre choix. Ce choix, à contre courant, et qui demande beaucoup de sacrifices, m’offrira cependant de très belles récompenses, à savoir la fierté engendrée par une mission accomplie et la satisfaction que procure un métier que l’on aime. Sans oublier que je ne devrai rien à personne, hormis aux nombreux élèves qui peuplent ce dojo qui est d’ores et déjà une belle réussite.

eric@pariset.net   www.jujitsuericpariset.com

Dernier article de l’année : tel armurier, telle arme…

Comme la semaine dernière,  c’est une petite histoire issue du savoureux livre « contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon » que je propose aujourd’hui en guise d’article. Dans celle qui suit, il est question de l’esprit (le shin). L’aboutissement de notre travail semble, en effet, être le reflet de notre âme. Que cette lecture entraîne une réflexion positive à l’aube d’une nouvelle année.

« Le sabre est l’âme du samouraï », nous dit l’une des plus vieilles maximes du Bushido, la Voie du guerrier. Symbole de virilité, de loyauté et de courage, le sabre est l’arme favorite du samouraï. Mais dans la tradition japonaise, le sabre est plus qu’un instrument redoutable, plus qu’un symbole philosophique : c’est une arme magique. Il peut être maléfique ou bénéfique selon la personnalité du forgeron et du propriétaire. Le sabre est comme le prolongement de ceux qui le manient, il s’imprègne mystérieusement des vibrations qui émanent de leur être.
Les anciens Japonais, inspirés par l’antique religion Shinto, ne conçoivent la fabrication du sabre que comme un travail alchimique où l’harmonie intérieure du forgeron est plus importante que ses capacités techniques. Avant de forger une lame, le maître armurier passait plusieurs jours à méditer, puis il se purifiait en procédant à des ablutions d’eau froide. Revêtant des vêtements blancs, il se mettait alors au travail, dans les meilleures conditions intérieures pour donner naissance à une arme de qualité.
Masamune et Marasama étaient d’habiles armuriers, qui vivaient au début du XIVe siècle. Tous deux fabriquaient des sabres d’une très grande qualité. Murasama, au caractère violent, était un personnage taciturne et violent. Il avait la sinistre réputation de forger des lames redoutables qui poussaient leurs propriétaires à de sanglants combats ou qui, parfois, blessaient ceux qui les manipulaient. Ces armes, assoiffées de sang, furent rapidement tenues pour maléfiques. Par contre, Masamune était un forgeron d’une très grande sérénité qui se livrait à un rituel de purification pour forger ses lames. Elles sont considérées aujourd’hui comme les meilleures du pays.
Un homme, qui voulait tester la différence de qualité entre les modes de fabrication des deux armuriers plaça un sabre de Marasama dans un cours d’eau. Chaque feuille dérivant à la surface, qui touchait la lame, fut coupée en deux. Ensuite, un sabre fabriqué par Masamune fut placé dans le cours d’eau. Les feuilles semblaient éviter la lame. Aucune d’elles ne fut coupée, elles glissaient toutes, intactes, le long du tranchant comme si celui-ci voulait les épargner.
L’homme rendit alors son verdict : « La Murasama est terrible, la Masamune est humaine »

eric@pariset.net  www.jujitsuericpariset.com

Une démonstration convaincante

Comme à chaque période durant laquelle certains ont la chance de profiter de quelques jours de repos, en lieu et place de mon billet hebdomadaire, je propose une petite histoire. Issue du savoureux livre « contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ». Des histoires qui ont été réunies par Pascal Fauliot aux éditions Albin Michel.

Plusieurs chapitres le compose, avec chacun un thème particulier. Celui de ce jour appartient à « l’art de vaincre sans combattre ». . Il s’agit d’un conte, mais allez savoir…

Une démonstration convaincante.

« Un ronin rendit visite à Matajuro Yagyu, illustre Maître de l’Art du sabre, avec la ferme intention de le défier pour vérifier si sa réputation n’était pas surfaite.

Le Maître Yagyu tenta d’expliquer au ronin que le motif de sa visite était stupide et qu’il ne voyait aucune raison de relever le défi. Mais le visiteur, qui avait l’air d’être un expert redoutable avide de célébrité, était décidé d’aller jusqu’au bout. Afin de provoquer le Maître, il n’hésita pas à le traiter de lâche.

Matajuro Yagyu n’en perdit pas pour autant son calme mais il fit signe au ronin de le suivre dans son jardin. Il indiqua ensuite du doigt le sommet d’un arbre. Etait-ce une ruse pour détourner l’attention ? Le visiteur plaça sa main sur la poignée de son sabre, recula de quelques pas avant de jeter un coup d’œil dans la direction indiquée. Deux oiseaux se tenaient effectivement sur une branche. Et alors ?

Sans cesser de les regarder, le Maître Yagyu respira profondément jusqu’à ce qu’il laisse jaillir un Kiaï, un cri d’une puissance formidable. Foudroyés, les deux oiseaux tombèrent au sol, inanimés.

« Qu’en pensez-vous » ? demanda Matajuro Yagyu à son visiteur.

« In… incroyable… », balbutia le ronin, visiblement ébranlé comme si le kiaï l’avait lui aussi transpercé.

« Mais vous n’avez pas encore vu le plus remarquable… »

Le second Kiaï du Maître Yagyu retentit alors. Cette fois, les oiseaux battirent des ailes et s’envolèrent.

Le ronin aussi. »

eric@pariset.net   www.jujitsuericpariset.com

Palmarès 2019

Chaque semaine j’ai le plaisir de proposer un article, à la fois sur le blog et sur la page Facebook du club. Du coté « administrateur », je bénéficie d’un compteur qui me permet de connaitre le nombre de personnes « touchées » par ce billet hebdomadaire.

Cette année trois articles se détachent largement avec environ 10.000 visites. En premier arrive celui consacré à la self-défense, en deuxième celui qui évoque le triste anniversaire de la disparition de mon père en 2004 et en troisième l’ouverture du nouveau dojo en juillet dernier.

Ce classement prouve que la self-défense est un sujet brulant, qu’il intéresse et passionne beaucoup de monde, même si ce n’est pas toujours avoué. Cet intérêt est assez logique, dans la mesure où la défense de notre intégrité et – dans certaines circonstances – de notre vie, mais aussi de celle d’une personne lâchement agressée, nous est logiquement chère. De tout temps ce sujet a attiré un large public, qui parfois s’est laissé abuser par quelques charlatans. Il a également déclenché beaucoup de débats et de polémiques. Certains n’hésitant pas à affirmer qu’ils possédaient la meilleure méthode, d’autres affirmant que pour être efficace dans la rue, il fallait s’entraîner…dans la rue ! Heureusement, il existe des experts qui, en plus d’une technique efficace, dispensent des conseils empreints de bon sens et de sagesse.

En second, se place l’article consacré à la disparition de mon père, Bernard Pariset, il y a quinze ans. A cette occasion j’avais publié un extrait de mon dictionnaire des arts martiaux. La belle place de cet hommage, je pense qu’elle est due au respect pour une personnalité qui a marqué le monde du judo et des arts martiaux, mais aussi à l’expression de l’admiration et de la reconnaissance d’un fils pour son père et celle d’un élève à l’intention de son professeur. Sur ce dernier point, je suis assez bien placé pour savoir que ce n’est pas toujours le cas. Le devoir de mémoire, perd souvent…la mémoire.

En troisième position, on trouve le sujet qui évoque l’ouverture du nouveau dojo. Ce n’est pas un petit évènement, tout au moins à titre personnel. Manifestement pour beaucoup de personnes aussi ; cela a marqué les esprits. Quelles que soient les raisons de cet engouement, elles me touchent et m’encouragent. Peut-être que ce large partage salue une volonté de rebondir et une certaine capacité à franchir les obstacles que la vie place devant nous. Peut-être tout simplement, s’agit-il du plaisir provoqué par la naissance d’un lieu d’apprentissage et de partage autour d’un art martial efficace et qui défend de fortes valeurs éducatives.

Vous pouvez retrouver ces trois articles à l’aide des liens ci-dessous.

Les deux semaines à venir seront marquées par les fêtes de fin d’année ; comme à chaque fois lors de ces périodes de vacances, c’est une belle histoire que je proposerai  à la place des billets hebdomadaires ; un conte qui offre une douce méditation salvatrice.

Joyeuse fêtes de fin d’année à tous. A bientôt, « ici où là ».

eric@parset.net  www.jujitsuericpariset.com