A propos des 16 techniques (la suite)…

Cet article fait suite à celui de la semaine dernière qui traitait et présentait les « 16 techniques ».

Les réactions suscitées par ces quelques lignes m’ont inspiré plusieurs commentaires.

Tout d’abord beaucoup reconnaissent, à juste titre, qu’il s’agit d’une bonne base de travail. Comment pourrait-il en être autrement dans la mesure où il est question de grandes techniques appartenant au patrimoine du ju-jitsu originel ? De mon point de vue, il s’agit non seulement d’une base, mais tout simplement d’un travail dans lequel sont étudiées plusieurs grandes techniques de notre discipline et, ce qui n’est pas de la moindre importance, les liaisons entre les différentes composantes.

Ensuite, certains parlent de « souvenirs » ; c’est touchant et sympathique, mais pour ce qui me concerne, ce ne sont pas des souvenirs, puisque cet enchainement est toujours inclus dans mon enseignement. Les souvenirs font partie du passé, or les « 16 techniques » appartiennent à mon présent.

Enfin, je ne partage pas le point de vue de ceux qui pensent que ce qui est étudié et pratiqué au travers de cet enchainement n’est pas réalisable « en vrai ». C’est le cas uniquement dans la mesure où on ne se donne pas la peine de répéter suffisamment afin d’améliorer, de peaufiner, de rechercher le détail, le geste parfait exécuté avec détermination, précision, vitesse, tout cela en étant capable de réagir, de s’adapter à la situation. Cela s’appelle l’entraînement.

C’est vrai que dans mon enseignement du ju-jitsu, une fois que les bases sont assimilées, la recherche permanente du perfectionnement technique en tentant de s’approcher du meilleur sera une quête qui peut avoir un effet rebutant chez certains.

Il est évident que beaucoup de techniques demandent du temps pour être efficaces, donc de la patience et de la détermination, autant de qualités qui doivent animer l’esprit d’un samouraï des temps modernes. Cependant certaines ripostes de base sont applicables très rapidement.

En effet, je ne parle pas pour moi, qui ai la chance de ne pas avoir été confronté à une agression, mais je pense à de nombreux témoignages venant de personnes de différents niveaux, âges, hommes et femmes, qui, grâce à des techniques de base du ju-jitsu se sont sorties d’une ou de plusieurs mauvaises et même très mauvaises situations.

Simplement, comme dans beaucoup de domaines, le miracle n’existe pas, encore moins « apprenez à vous défendre en dix leçons ». Il n’existe qu’une seule vérité, celle du travail qui, dans notre domaine s’appelle « étude et répétitions ».

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Régularité, rigueur et souvenirs…

Davantage que la quantité de cours suivis par semaine, c’est la régularité qui prime pour réaliser des progrès. Un quotidien souvent stressant (notamment pour les citadins) ajouté parfois à une boulimie d’activités diverses ne facilitent pas la mise en place d’un rythme qui pourra pourtant s’avérer bénéfique sur bien des plans.

Lorsqu’il est possible de s’imposer une certaine rigueur, par exemple celle de fidéliser son entraînement sur certains horaires , les résultats seront au rendez-vous ; pour progresser, mais aussi tout simplement pour adhérer à une forme de discipline, pour se prouver que nous sommes capables de nous soumettre à quelques efforts qui, finalement, ne sont pas des contraintes, mais qui, au final, nous offriront de belles autosatisfactions. Certains trouveront cela contradictoire dans la mesure où nous sommes aussi dans les loisirs qui devraient, selon certains, donner la liberté de s’entraîner quand bon nous semble.

S’entraîner quand on le veut et s’entraîner quand on le peut, ce n’est pas la même chose. Comme expliqué plus haut, le stress du quotidien lié aux contraintes de certains métiers et aux obligations familiales sont des raisons recevables, mais lorsque l’on va s’entrainer parce que l’on ne sait pas quoi faire, ou que l’on a rien à faire de mieux, c’est regrettable ; certes, nous sommes dans les loisirs mais nous pratiquons des disciplines particulières dans lesquelles « le mental » joue un rôle important, il n’est jamais inutile de le renforcer.

La régularité est bonne pour l’esprit, mais aussi pour le corps. Celui-ci à une mémoire, il se souvient et lui imposer des irrégularités dans une pratique ne fera que semer le trouble, ce qui ne manquera pas de créer des désordres qui ne pourront que s’avérer néfastes.

« Dans le temps », au célèbre dojo parisien de « La rue des Martyrs », il y avait cours de judo tous les soirs. Certains venaient les mardis et vendredis, d’autres les lundis et jeudi, ou encore les mercredis et samedis. Et bien, il ne serait venu à l’idée de personne de manquer une seule de ces séances ou de la déplacer sur un autre soir, sauf nécessité absolue due à un souci de santé. Il ne serait pas non plus venu à l’idée du judoka d’accepter une invitation ou d’organiser une réception lors de ces deux soirs.

A cette époque, ces réactions n’étaient peut-être pas le fruit d’une pleine conscience des bienfaits précités, mais sans aucun doute elles étaient dictées par une forme de respect plus important de la discipline que ça ne l’est actuellement ; ce n’est pas forcément la faute des pratiquants, mais d’une société qui nous abreuve immodérément de produits jetables, de zapping, de tests en tout genre, et puis certaines méthodes qui proposent davantage de violence que de technique et d’éducation n’œuvrent sans doute pas pour le respect que méritent nos disciplines. C’est bien dommage, ce n’est certainement pas la meilleure façon pour s’immerger complètement dans l’art martial.

Finissons par une note positive en déclarant qu’une pratique, même «hachée » est préférable à aucune pratique et qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour s’imposer une petite discipline, dans la mesure de nos possibilités.

La photo d’illustration représente le dojo de la Rue des Martyrs au début des années 1960. 

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Z comme…

Z comme Zen.

Aujourd’hui, concernant mon dictionnaire « amoureux » des arts martiaux, c’est la dernière lettre de l’alphabet qui est évoquée.

Cela aurait pu être Z comme Zorro, un des héros de mon enfance, celui qui combattait la tyrannie et l’injustice, mais nous sommes un peu éloignés des arts martiaux, bien que ce justicier masqué pratique l’escrime, une discipline noble dans laquelle l’esprit chevaleresque n’est pas éloigné de celui qui animait l’âme des samouraïs et qui continue d’animer celle de beaucoup de pratiquants d’arts martiaux.

Plus terre à terre (c’est le cas de le dire), j’aurais pu choisir Z comme zoories ; ces chaussures qui ne pas assez utilisées dans les dojos pour circuler en dehors des tatamis ; question d’hygiène et d’éducation.

Il aurait pu être question de la fameuse position « zenkutsu dachi » qui a fait souffrir plus d’un karatéka à ses débuts.

En fait, j’ai choisi Z comme Zen. Un mot qui nous apaise rien qu’à le lire, l’entendre, ou l’écrire. « Rester zen » ! Cette expression populaire qui, dans une version simplifiée, signifie « rester tranquille ». Une bonne dose de mysticisme entoure cette pratique issue de la religion bouddhiste. Des cours existent, mais chacun doit pouvoir appliquer sa propre « zenitude » qui consiste à apaiser l’esprit, et de ce fait le corps, ne serait-ce qu’en relativisant certains évènements qui nous assaillent, en leur donnant l’importance qu’ils méritent. Facile à dire, souvent moins facile à appliquer.

Chacun trouvera sa façon de faire, seul ou accompagné. Cette pratique interne est un excellent complément à celle des arts martiaux, qui doivent être considérés comme les arts de l’esprit, davantage que ceux de la guerre. Sagesse et art martial doivent être indissociables.

La sagesse, parce que les pratiques évoluent ; nous ne sommes plus au temps des samouraïs, où l’issue des affrontements étaient la mort d’un des deux combattants, même si nous avons conservé la plupart de leurs techniques de combat (pratiquées avec une finalité différente, heureusement) , leur esprit volontaire et leur Code d’honneur.

Pour conclure cet article et à l’attention de ceux qui seraient intéressés par cette pratique, je conseille le beau petit livre « zen », de Maxence Fermine aux éditions « Michel Lafon poche ».

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Y comme…

 

 

 

 

 

 

 

Avant l’été, mon « dictionnaire des arts martiaux » s’est arrêté à la lettre X. On peut retrouver sur le blog et la page Facebook du club les autres articles consacrés à chaque lettre de l’alphabet. Ils expliquent en quelques lignes mes choix en matière de personnalités, d’événements, de lieux et de techniques ; ceux et celles qui ont marqué ma vie de pratiquant et de professeur.

Aujourd’hui il s’agit donc de la lettre Y. Pour cette avant-dernière lettre de notre alphabet j’ai choisi un personnage illustre et une technique de projection particulière.

Y comme Yamashita Yasuhiro. Voilà un champion de judo exceptionnel. Tout champion est exceptionnel, mais celui-ci un peu plus. Il effectua une fabuleuse carrière dans la catégorie des poids lourds et en « toutes catégories » (épreuve dont on peut regretter la disparition) ; il réalisa, entre autres exploits, celui de rester invaincu  neuf années durant, entre 1977 et 1985 en alignant 203 victoires consécutives et 7 victoires partagées.

Redoutable aussi bien au sol que debout, il était animé d’un véritable esprit de samouraï, comme en témoigne sa victoire aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 ; alors blessé, c’est pour ainsi dire sur une jambe qu’il a réussit à venir à bout de ses derniers adversaires et par « ippon », s’octroyant ainsi un fabuleux sacre olympique. Aujourd’hui il occupe d’importantes fonctions au sein de la fédération internationale de judo.

Beaucoup aurait rêvé pouvoir assister à une confrontation entre cette légende et une autre du nom de  Teddy Rinner ; nous ne pourrons que l’imaginer.

Y comme Yama-Arashi. Voilà une technique particulière. D’abord par sa traduction qui signifie « tempête sur la montagne » ; les japonais savent avec talent allier efficacité et poésie. Ensuite, elle n’est pour ainsi dire plus enseignée, ni utilisée, ceci explique sans doute cela. On pourrait simplifier sa description en la comparant à une sorte d’eri-seoe-nage (bien que le pouce qui saisit le revers se place vers le bas et non pas vers le haut) pour la partie supérieur du corps et d’ harai-goshi pour le bas. Elle fût inventée par Shiro Saigo, élève de Jigoro Kano.

Ces anciennes techniques, même si elles ne sont plus pratiquées, ne doivent pas pour autant être oubliées, elles sont en quelque sorte un trésor inestimable que nous nous devons de préserver.

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Un beau compliment

Il y a quelques temps, à l’issue d’une séance à l’essai, une personne m’a dit qu’elle ne s’inscrirait pas chez moi, parce que : « ce n’était pas assez violent » ! Il s’agissait là d’un des plus beaux compliments qui m’était adressé.

Cette anecdote me permet de faire une suite au précédent article qui traitait de la rentrée coté professeur, avec une situation à laquelle beaucoup d’enseignants ont déjà été confrontés, celle de l’arrivée d’un pratiquant d’une autre discipline enseignée sous la direction d’un autre professeur.

Lorsqu’un nouveau venu se présente au dojo, on lui demande toujours s’il a déjà pratiqué et surtout avec qui ? La réponse rassure (ou pas) ! On est apaisé – en principe – lorsque que l’on connait l’enseignant en question et sa conception des arts martiaux ; attentif et attentiste quand on ne le connait pas et terriblement inquiet si, malheureusement, nous déplorons peu de points communs en termes de « philosophie » à propos des arts martiaux avec l’enseignant en question.

Ce n’est pas forcément que le professeur et la discipline soient mauvais, mais tout simplement que nous n’avons pas les mêmes codes et qu’une telle arrivée n’est pas vraiment souhaitable.

Dans mon enseignement l’aspect éducatif est déterminant, à longueur d’articles je ne cesse de le clamer : l’enseignement se doit d’être éducatif et non destructif; nous sommes là, non pas pour faire mal, mais pour apprendre à ne pas se faire mal.

Je ne revendique pas de détenir la vérité, mais ma conception non-violente de la pratique n’est pas compatible avec son contraire.

Donc, lorsque nous accueillons un pratiquant aux habitudes « très différentes » des nôtres, la tâche n’est pas désespérée, mais ardue ; beaucoup plus que lorsqu’il s’agit d’une personne vierge de tout enseignement.

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Éducateurs ou destructeurs ?

Avant de reprendre, dès la semaine prochaine, la publication régulière de billets inédits, je me permets de proposer une « rediffusion ». Je l’ai choisie parmi les articles qui ont touché le plus de personnes la saison passée ; aujourd’hui, c’est le troisième « best of » de l’été, avec un sujet qui me tient particulièrement à cœur et qui est directement en liaison avec la conception que j’ai du beau métier que j’ai la chance d’exercer depuis bien longtemps. (Article publie le 26 septembre 2018.)

« Décidément il est difficile d’accepter certaines vidéos qui proposent des séquences techniques ou encore des extraits de cours dans lesquels  émane davantage de violence que de maîtrise de soi. Et encore je n’évoque pas le « street fight » avec lequel on touche le fond. Non, l’article ci-dessous ne concerne que des images filmées dans certains dojos (s’il est encore possible d’utiliser cette appellation), parfois même sous le « regard »

de Jigoro Kano. Nous sommes loin de la technique et de la voie de la souplesse qu’il défendait et du système éducatif qu’il prônait. A  un moment où l’actualité nous déverse chaque jour son flot de drames en liaison directe avec la violence, il me semble qu’il n’est pas convenable et admissible d’oublier la mission d’éducateur attachée au rôle de professeur. Nous sommes des éducateurs sportifs et non pas des destructeurs. Que l’on ne s’y méprenne pas, je ne suis pas pour l’impunité, ni pour le laxisme, ni habité par un angélisme inadapté.  

Déjà, si une certaine discipline de base était respectée dans tous les dojos, aussi bien en ce qui concerne les arrivées en retard, les allées-venues  pieds nus en dehors des tatamis, ou bien encore l’harmonie dans les tenues, ce serait un bon début ; tout comme le serait le respect des lieux, du professeur, des partenaires (qui ne sont pas des adversaires) et du règlement. L’endroit dans lequel nous pratiquons (et dont certains se réclament sans craindre d’en usurper le sens) s’appelle le « dojo », ce qui signifie l’endroit ou l’on « trouve la voie ».  Si l’enseignant n’est pas en capacité de faire respecter les règles basiques, cela ne commence pas bien ! L’enseignement et la pratique des disciplines de combat que nous appelons arts martiaux doivent être entourés de précautions. Elles apprennent à se défendre, mais pas à devenir violent.

Les samouraïs, qui les pratiquaient n’étaient pas des tendres, mais nous avons évolué ; nous n’en sommes plus à réparer notre honneur en nous faisant « hara-kiri ». Nous continuons à nommer nos disciplines « arts martiaux » en nous réclamant de certaines de leurs valeurs, mais nous devons y associer l’aspect éducatif. Des attitudes dans lesquelles suinte une certaine violence ne manquent pas de s’imprimer dans les subconscients. Dans l’interprétation et la traduction qui sont les miennes, je considère davantage les arts martiaux comme étant les « arts de l’esprit » que les « arts de la guerre ». 

La lutte contre ce fléau  que représente  la violence  doit se faire de deux manières : par l’éducation et par la sanction. Le premier point (l’éducation) s’inscrit sur du long terme, même du très long terme. C’est là que nous, professeurs (dans notre domaine de compétence), nous avons notre rôle, même notre responsabilité. Certes, nous apprenons des techniques qui sont faites pour mettre hors d’état de nuire un individu qui veut du mal et certaines d’entre elles peuvent être fatales. Mais notre mission ne se limite pas à la distribution de techniques de défense (encore moins de « surviolence »), il est nécessaire que l’enseignement de ces techniques soit entouré de certaines précautions. Là encore, c’est au professeur d’insister sur les dangers qu’elles représentent si elles sont utilisées de façon inadaptée, en dehors des règles du respect de la vie et de la légitime défense. 

Quant au deuxième point, la sanction, la loi doit être appliquée. Dans ce domaine  nous sommes sous l’autorité des pouvoirs publics. Alors concentrons nous sur la nôtre et faisons en sorte de rester, aussi et avant tout, des éducateurs en commençant par faire respecter nos règles internes et en donnant une image dans laquelle les « armes naturelles » dont nous disposons, soient davantage des armes de dissuasion. Celles-ci nous apportant assurance et confiance mais certainement pas inconscience et suffisance.   

On pourra me reprocher une certaine redondance dans mes propos sur certains sujets, mais selon l’expression populaire, il n’est jamais inutile « d’enfoncer le clou » ! Il faut être volontaire et même obstiné pour de grandes causes, le combat contre la violence me semble en être une. Et encore,  cet article se limite aux méfaits engendrés par une violence comportementale, mais il y a aussi beaucoup à dire sur les conséquences physiques des pratiques extrêmes. »

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Best of, numéro 2 (…juste s’amuser)

Cette semaine nous continuons avec les articles publiés à la fois sur mon blog et sur Facebook avec ceux qui ont été les plus appréciés au cours de la saison écoulée. Après l’aspect utilitaire dont il était question la semaine passée, le 14 novembre dernier, c’était au tour du coté ludique d’être largement plébiscité. Même si dans l’article ci-dessous, c’est d’un enfant dont il s’agit, cela s’applique souvent aux adultes que nous sommes.

Bonne lecture.

Il ne veut pas gagner, juste s’amuser !
Je ne suis pas contre la compétition, mais contre les excès qui parfois l’accompagnent.
Avec un père au palmarès exceptionnel, il serait presque indécent de dénigrer cette forme d’expression, d’autant que, même si les circonstances ne m’ont pas permis de faire de même, j’ai pu apprécier le goût particulier de ces affrontements jusqu’au niveau national.
Ceci étant, il est dommage qu’un énorme pourcentage de l’enseignement dispensé, notamment dans les dojos, soit axé principalement et parfois exclusivement  sur ce que l’on appelle « la compète » au détriment des autres facettes offertes par nos disciplines. Celles-ci ayant  aussi et surtout une vocation éducative dans bien des domaines.
Me vient à l’esprit une scène banale dans laquelle la maman d’un enfant de sept ans se renseigne auprès d’un responsable de club en vue d’une prochaine inscription. Le responsable en question lui fournit les renseignements et conclut : «nous ferons tout pour qu’il aille en compétition et qu’il rapporte des médailles ». Ce à quoi la maman répond : «non, il ne veut pas gagner, mais juste s’amuser ».  On oublie souvent cette notion de jeu, pourtant basique, chez les enfants mais aussi chez les adultes ! Tout comme on oublie qu’il n’est pas nécessaire de rajouter immédiatement une pression avec des objectifs à atteindre, l’école en fournit déjà.
Est-ce que tout est fait pour satisfaire ceux qui viennent  pour s’amuser, se défouler, s’exprimer physiquement, apprendre une technique juste pour le plaisir de la réaliser et de l’améliorer, passer les ceintures, maîtriser la défense personnelle,  tout en sachant se contrôler, connaitre et respecter les règles de bonne conduite en société avec le Code moral, bref pratiquer un « loisir éducatif ».  Tout cela sans subir de pression ou encore  une sorte de stigmatisation qui pousse  à l’abandon si l’on n’adhère pas à cette  « championnite aiguë ».
Peut-être y aurait-il davantage de pratiquants si toutes les facettes des arts martiaux étaient systématiquement proposées.  C’est d’autant plus regrettable que cette course aux médailles   s’accompagne – parfois – d’excès et de l’absence des précautions  qui devraient être attachées à une pratique pour les enfants. Faire perdre du poids avant une compétition, par exemple.  Tout cela pour la photo d’un dirigeant dans la presse locale du lundi.
La compétition doit être proposée mais pas imposée, d’autant qu’elle ne peut être qu’une étape. Or, si on ne s’est  consacré qu’à cet aspect, une fois  que l’âge à partir duquel on ne peut plus participer à ces affrontements est atteint, c’est l’abandon qui survient inévitablement.
Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur ce que l’on pourrait appeler le « revers de la médaille », à savoir les conséquences néfastes de la compétition, mais comme il est toujours préférable de terminer sur une note positive, on peut le faire en affirmant que celle-ci apporte beaucoup de satisfactions (surtout à ceux qui gagnent) et qu’elle permet, à condition que le parcours soit bien encadré, de vivre une très belle expérience ! (J’évoque les disciplines dans lesquelles la compétition est possible.) Maintenant, on me dira que le marché économique qui entoure le sport de haut-niveau  est important et générateur de richesses, d’emplois, etc., ce qui est vrai, mais ce qui est vrai aussi, c’est que dans ce domaine  les excès ne manquent pas ; ceci est un autre sujet sur lequel nous pourrons débattre.

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Best of

Durant cette période estivale, j’ai pensé proposer chaque semaine un  article parmi ceux qui ont le plus « marqué » la saison qui vient de s’achever.

Celui qui arrive en tête (selon un compteur visible « coté administrateur » de la page du club)  est un billet publié le 27 janvier dernier et qui était consacré à…la self-défense. Ce n’est pas très étonnant et cela amène à s’interroger sur l’orientation ultra sportive prise par bon nombre d’arts martiaux, alors que c’est l’aspect utilitaire qui est largement plébiscité.

Bonne lecture

Self-défense et notamment défense contre armes.

Cet article proposé (sur mon blog et Facebook) est un peu plus long qu’à l’habitude ; le sujet le mérite.

C’est un secteur délicat en matière de self-défense que celui des défenses contre armes. Toute agression peut engendrer de désastreuses conséquences, à fortiori lorsque c’est à main armée. Les conseils en la matière pullulent sur les réseaux ; je ne me permettrai pas de porter de jugement à leur égard, d’autres n’hésitent pas ; je me contenterai de prodiguer quelques recommandations issues de mon expérience, non pas en tant que familier des combats de rue (très loin de là), mais tout simplement comme professeur qui enseigne depuis plusieurs décennies et qui a aussi collecté un nombre important de témoignages rapportés par des personnes (élèves ou professeurs, hauts-gradés ou pas, jeunes ou plus âgés, hommes ou femmes) qui ont pu se sortir indemnes d’agressions . Les quelques lignes qui suivent sont donc le fruit d’expérience, de témoignages et… du simple bon sens.

Commençons par le bon sens avec des conseils basiques et évidents qui s’appliquent – si on le peut – à toutes formes d’agressions et en l’occurrence celles avec arme. D’abord en évitant les endroits à risque, ensuite en favorisant la fuite (nul ne connais l’issue d’un affrontement) ; si celle-ci n’est pas possible, entamer un dialogue, une négociation. Si malheureusement l’affrontement est inévitable, il faut d’abord savoir que tout le monde n’a pas la même lucidité dans ces moments. Nous ne sommes pas tous égaux psychologiquement lors d’une agression. Pour savoir comment on réagi face à une telle situation, il faut avoir une expérience en la matière ; si tel n’est pas le cas, il est totalement déconseillé de se tester de son propre chef dans de telles conditions, c’est juste inimaginable (et répréhensible). Lorsque l’on est professeur, l’obligation de mettre en garde ses élèves sur les dangers et les conséquences multiples d’une agression, est obligatoire. On doit aussi se souvenir que la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre ; il ne s’agit pas de lâcheté, mais d’intelligence.

Quand l’affrontement semble inévitable, il est évident, que plusieurs facteurs entreront en ligne de compte, dont un qui n’est pas mince, je veux parler de la chance. Ensuite, la maitrise technique et les automatismes feront la différence ; cette maitrise sera acquise par l’apprentissage et le perfectionnement technique, pour ce qui concerne les automatismes, des centaines et des centaines de répétitions seront indispensables. Une bonne condition physique et une tonicité correcte ne gâcheront rien. Enfin, il ne faut jamais arrêter l’entrainement d’autant plus qu’à un certain moment on doit avoir découvert dans la pratique d’autres intérêts que l’unique coté utilitaire (c’est plus sain), même s’il est la raison première de l’élaboration de méthodes de combat.

Tous ces conseils et ceux qui suivent, sont encore plus vrais quand il s’agit d’attaques avec une arme ; surtout lorsqu’il est question d’objets tranchants ; le couteau excluant bon nombre de projections, celles-ci imposant un contact incompatible avec l’acier tranchant ou piquant. Parer ou bloquer l’attaque représente l’évidente première phase. La deuxième étant le coup (l’atemi) – ou plusieurs – pour fixer, stopper et déséquilibrer l’adversaire.

Enfin, pour finaliser face à une arme blanche, la maitrise des clefs est indispensable, à moins d’être persuadé que l’utilisation des coups sera d’une radicalité permettant de se passer de l’étude des contrôles en clef de soumission ; cet état d’esprit s’apparente peut-être à une forme de présomption !

Je finirai cet article avec quelques exemples qui sont autant de témoignages recueillis auprès de personnes que j’ai fréquentées et qui ont été victimes d’agressions (notamment avec armes). Grâce à leur technique elles ont pu se sortir d’affaire. Il y a d’abord ce haut gradé dans la police et dans le ju-jitsu qui a pu, grâce à un waki-gatame de bonne facture, maitriser quelqu’un qui lui brandissait un revolver sur le front ; puis, cette ceinture noire féminine qui a sorti un importun de la rame de métro avec un tai-sabaki (déplacement du corps) ; ensuite un « presque débutant », ceinture orange au moment des faits et qui a désarmé un agresseur muni d’un couteau en utilisant une clef au bras très basique (ude-gatame) ; ce septuagénaire haut gradé – mais septuagénaire quand même – qui a « confisqué » le revolver d’un voleur de portefeuille avec un contrôle au niveau du poignet ; certes il s’agissait d’un jouet mais la victime potentielle l’ignorait ; enfin, je termine avec ce monsieur qui, juste après sa première leçon, a réussi à se débarrasser d’un voleur de sacoche dans le métro en appliquant une technique qu’il venait de répéter quelques minutes plus tôt.

Il y a bien d’autres exemples ; et puis il y a ceux et celles qui affirment qu’à partir du moment où ils ou elles ont commencé à pratiquer, ne se sont plus jamais fait embêter, alors que c’était fréquemment le cas avant : cela s’explique assez facilement par une certaine assurance qui émane de la personne possédant quelques moyens de ne pas subir. L’assurance en question étant ressentie par l’agresseur qui n’insistera pas, n’étant pas un exemple de courage de par sa nature. Cependant il ne faut pas tout miser sur cette assurance.

Enfin, je finirai par un clin d’œil à l’attention de ceux qui affirment que leur méthode est la meilleure, tout en critiquant parfois les autres, en leur soumettant l’idée qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises méthodes, à partir du moment où l’on étudie toutes les formes de ripostes à toutes les situations d’attaques et que toutes les « armes naturelles » du corps sont utilisées. Par contre, il y a des bons et des moins bons professeurs et des élèves avec des qualités et des compétences naturelles moins développées ; ce sont d’ailleurs souvent ceux-là qui persistent et progressent le plus.

Une toute dernière recommandation : le package « sachez vous défendre en tant de séances », ça n’existe pas. Etude, perfectionnement, entrainement et répétitions sont les uniques recettes, non pas de l’invincibilité, elle n’existe pas non plus, mais pour cultiver et augmenter un potentiel naturel.

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Résumé du « dictionnaire »

Il y a quelques mois, sur mon blog et sur Facebook, j’ai entrepris la rédaction d’un « modeste dictionnaire des arts martiaux » dans lequel j’évoque ce qui m’a marqué dans ma vie de pratiquant. Ce sont des personnalités qui forment l’essentiel de cet abécédaire, mais y sont aussi rassemblés des techniques, des lieux, des évènements et des objets qui ne m’ont pas laissé insensible.

A ce jour il ne reste plus que deux lettres, le Y et le Z ; je les traiterai à la rentrée. Pour beaucoup de pratiquants c’est le début des grandes vacances, j’ai pensé proposer un résumé de chaque mot, ou personnalité qui ont composé ce dictionnaire, ceci à l’aide d’une ou deux lignes très significatives. Aujourd’hui, c’est une première partie qui est proposée, la seconde le sera la semaine prochaine.

A comme arts martiaux : le ju-jitsu et le judo, évidemment, mais tous les autres aussi sont une grande partie de mon univers.

B comme Bercy : ça été un peu « mon jardin ». Le plaisir et l’honneur de démontrer le ju-jitsu que j’aime devant 15 000 personnes à douze reprises.

C comme Henri Courtine : un deuxième père, un « père spirituel » ; c’était d’ailleurs le meilleur ami du mien, un judoka au style aussi élégant qu’efficace ; aujourd’hui il est le seul français 10ème dan

D comme démonstrations : il y a eu les démos de Bercy, mais il y a eu aussi des centaines de galas en province et à l’étranger. Elles sont une grande partie de ma vie et de ma carrière.

E comme enchaînements : les enchaînements qui ont composé mes démonstrations, mais aussi et surtout les enchaînements techniques tels que les « 16 techniques », les 16 Bis, les 16 Ter, etc. Le sentiment d’avoir été utile !

F comme Fils de quelqu’un : une fierté, une responsabilité, un nom à préserver, un prénom à se faire. Pas facile d’être le fils de Bernard Pariset dans le monde des arts martiaux.

G comme Anton Geesink : le géant hollandais, « la gloire de mon père » qui a réussi à le battre une fois, c’était en finale des championnats d’Europe toutes catégories en 1955 devant un stade de Coubertin en folie. Ensuite Anton Geesink – entre autres exploits – a fait pleurer tout un pays en terrassant le japonais Kaminaga lors de la finale des J.O. de Tokyo en 1964.

H comme honneur : vaste programme ! Il ne suffit pas d’utiliser le mot ou de l’afficher sur le mur du dojo, encore faut-il en être pourvu !

I comme Ippon seoi nage. Ma projection favorite, celle qui illustre bien des principes de notre discipline, « le petit qui passe sous le grand » !

J comme Ju-jitsu : comment pourrait-il en être autrement pour moi. Mais J comme judo aussi.

K comme Jigoro Kano : il a ressuscité le ju-jitsu, nous lui devons la mise en place d’une méthode d’éducation physique et mentale intemporelle.

L comme Jean-Claude Leroy : un judoka exceptionnellement talentueux, un des plus beaux (et efficace) uchi-mata de la planète, un ami et même presqu’un grand frère ; à partir de 1973 nous avons fait un grand bout de chemin ensemble, pour la cause du ju-jitsu notamment ; c’était avant que la maladie ne l’emporte bien trop tôt.

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W comme Waza (suite de mon dictionnaire des arts martiaux)

Waza, voilà un mot couramment utilisé par les pratiquants et enseignants de ju-jitsu. On le traduit communément par «travail », mais utiliser « technique » est plus proche de la vérité et correspond mieux à ce qu’il représente réellement. Il est aussi moins rébarbatif que le mot travail qui, il y a quelques siècles, évoquait un instrument de torture.

Ceci étant, « technique » se traduit également par « jitsu » (ju-jitsu : technique de la souplesse). Le japonais, comme beaucoup de langues, possède plusieurs traductions pour un même mot ; avec sans doute quelques nuances.

Les trois grandes familles « de waza » sont l’atemi-waza : les techniques de coups, le nage-waza : les techniques de projections et le katame-waza : les techniques de contrôles. Ces trois familles se trouvent aussi bien dans le tai-chi-waza (techniques debout) que dans le ne-waza (techniques au sol).

La recherche de la finesse technique sera la quête de chaque pratiquant ; le geste parfait, réalisé avec précision et rapidité, mais aussi, n’en déplaise à certains, avec style et élégance. Personnellement je n’assimile pas le mot technique à ce qui est réalisé avec une unique brutalité.

Chacun des trois grands groupes offre des subdivisions. Dans l’atemi-waza il y a ce qui est pratiqué avec les membres supérieurs (te-waza) et ceux avec les jambes (geri-waza). Pour les projections, les sous-groupes sont nombreux, du koshi-waza qui qualifie les projections réalisées à l’aide des hanches, jusqu’aux techniques de sacrifice (sutemi-waza), en passant par les techniques de jambes (ashi-waza). Quant aux techniques de contrôles, elles réunissent les immobilisations avec l’osae-waza, les étranglements et les clefs avec respectivement le shime-waza et le kantsetsu-waza.

Chaque pratiquant a ses préférences. Il y a deux catégories de techniques que l’on affectionne plus particulièrement, il y a celles que nous faisons bien, nos « spéciaux » et celles qui nous font rêver, peut-être justement parce qu’elles représentent un challenge.

A titre personnel, j’apprécie les techniques qui regroupent trois critères : l’efficacité, l’esthétisme et la sécurité dans la pratique en opposition. J’ai un faible pour le nage-waza (les projections) ; quoi de plus beau qu’un uchi-mata parfaitement exécuté, par exemple ?

Certes, dans le combat de rue, lorsque sa vie ou celle d’un tiers en dépend, il n’est pas question de « faire dans la finesse technique », il est question de sauver sa vie ou sa dignité, ou bien celles d’une personne en danger. Mais, d’une part nous ne sommes pas agressés tous les jours et d’autre part la recherche de la perfection dans tous les domaines, y compris celui de l’esthétisme, demande des efforts, lesquels efforts seront forcément générateurs d’efficacité dans l’art et la manière de s’extirper d’une mauvaise situation. « Le beau est plus utile que l’utile » Victor Hugo.

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