Historique (et critique). Quelques réflexions et une question.

Le judo est apparu en France dans les années 1930. Il aura fallu attendre la date du 16 mars 2020 pour que lui, les autres arts martiaux et l’ensemble des sports de combat soient interdits de pratique, c’est historique !

Je cite le judo, parce qu’il s’agit du premier art martial à avoir été introduit dans notre pays, mais je n’oublie pas les sports de combats issus de notre continent,  comme les boxes (anglaises et françaises) et toutes les formes de luttes et pour lesquelles le même traitement a été infligé.
Pourtant, si on se réfère au siècle dernier, bien des épreuves ont dû être traversées ; que ce soit les deux conflits mondiaux, la grippe espagnole de 1918, la grippe asiatique de 1957, celle de Hong-Kong en 1969 ; je n’évoque que les plus importantes ! Jamais une telle interdiction n’avait frappé les sports de combat. Certes nous ne sommes pas les seuls, mais certaines activités et disciplines ont pu reprendre presque normalement.

Je ne commenterai pas les raisons qui nous ont amenés à cette situation, mais j’aborderai seulement la situation, « notre situation », à nous, pratiquants et enseignants !

Entre le 16 mars et le 1er septembre (date d’une éventuelle reprise pour nos « disciplines chéries »), il y aura eu des dégâts. Combien d’abandons et donc de non-renouvellements seront à déplorer ? Ensuite, combien de nouvelles inscriptions ne se feront pas ? Combien de pertes de licences pour les fédérations et puis, pour ce qui concerne les dojos privés, combien de fermetures ? Quel désastre !

Le Président de la République a déclaré que, cette fois, nos dirigeants avaient fait le choix de la santé et non pas celui de l’économie. Très bien, mais je ne pense pas que ce soit exact. Pour que ça le soit, il aurait fallu que tout le monde (y compris et surtout au plus haut niveau) soit impacté de la même manière.

Durant cette sombre période (qui manifestement n’est pas terminée) nous n’avons pas tous été égaux ; certains, je suis extrêmement bien placé pour le savoir, ont tout perdu sur le plan professionnel, ce qui génère forcément un impact négatif – pour le moins – sur le plan personnel, psychologique et par conséquent physique. Donc pourquoi nos dirigeants ne mettraient-ils pas leurs paroles en acte en montrant l’exemple ?

Si nos décideurs, y compris au plus haut sommet de l’état, s’étaient trouvés  dépourvus de tout revenu pour plusieurs  mois et sans perspectives vraiment optimistes, n’auraient-ils pas essayé de trouver d’autres solutions qu’un arrêt total d’activité ou bien des palliatifs à hauteur de leurs préjudices ? Question en attente d’une éventuelle réponse !

eric@pariset.net

Un double W

Un deuxième W pour mon dictionnaire !

Voici une technique que j’affectionne tout particulièrement. Peut-être est-ce parce que je la maîtrise assez bien que je l’affectionne, ou bien est-ce parce que je l’affectionne que je la maîtrise ; il s’agit là d’une autre version de « l’œuf ou la poule ».

Waki-gatame appartient aux « kansetsu-waza », les techniques de clefs articulaires. Pour les néophytes, elles permettent de maîtriser une personne en lui infligeant une douleur plus ou moins importante en forçant l’articulation dans le sens où elle n’est pas faite pour cela. Quand j’étais enfant, on nommait ces moyens de soumission « arm-lock ». Cette appellation était d’autant plus magique et mystérieuse que nous n’avions pas le droit de pratiquer ces fameuses clefs.

La maîtrise de cette famille de techniques demande du temps, beaucoup de patience. Elles offrent deux avantages. Le premier d’être efficaces, le second de permettre la maîtrise d’une personne sans forcément mettre ses jours en danger. Cet aspect ne doit pas être négligé, sur le plan de la légitime défense et sur celui du respect de la vie, tout simplement.

Waki-gatame offre des opportunités debout et au sol. Son principe est de verrouiller l’articulation du coude avec l’aisselle, tout en maintenant le poignet de l’adversaire avec nos  deux mains ; elles sont l’un des deux indispensables « points fixes ». L’autre étant l’articulation de l’épaule.

On peut l’appliquer sur des attaques en coup de poing, sur des saisies de face et arrières, dans certaines circonstances au sol et bien évidement sur des attaques à main armée, notamment contre arme blanche.

Certains ne sont pas convaincus par l’efficacité des clefs. A ces doutes, j’opposerais deux arguments : d’abord celui de la persévérance dont doit être doté un pratiquant d’arts martiaux et ensuite parce que  je connais beaucoup de personnes (pas forcément des hauts gradés) qui ont pu échapper à des issues fatales grâce à des techniques de clefs comme waki-gatame.

Il est incontestable qu’il faut beaucoup de finesse et qu’une multitude de petits détails ne peuvent être ignorés, aussi bien en matière de précision que de postures corporelles. La persévérance dans leur étude apporte énormément de satisfaction et de récompenses.

Appréciant énormément cette clef, j’ai comme projet de créer un document qui présenterait toutes ses formes, mais aussi les différentes opportunités, les défenses et contre-prises qui y sont attachées. Vidéo ou petit livret, ou les deux !
A suivre…

Quelques « V » en réserve !

La lettre V de mon dictionnaire faisait état de la « non-violence ». Cependant au moment de l’élaboration de ce dictionnaire  j’avais mis quelques V en réserve.

Dans ces moments difficiles (le mot est faible), celui qui me vient spontanément à l’esprit est le V de volonté. Depuis quelques temps, pour certains, il ne faut pas en être dépourvu afin de s’extraire de ce marasme dans lequel nous avons été plongés, surtout quand il s’agit de le faire (presque) tout seul.

V comme Victoire. Pas forcément celle conquise sur les tatamis, ou dans les stades, mais celle que l’on obtient sur soi-même ; pas celle qui consiste – parfois – à écraser ou humilier un adversaire, mais celle qui permet de s’élever. « Ce qui est important ce n’est pas tant d’être meilleur que les autres, mais d’être meilleur soi-même ». Paroles, on ne peut plus sages, de Jigoro Kano.

V comme Vérité. Sans elle, pas de confiance, pas de relations durables.

V comme Valeur. Des valeurs morales avant tout ; celles que l’on retrouve dans le Code moral affiché dans les dojos (pas toujours respecté, par ailleurs).

V comme Vitesse et Vélocité. Des qualités physiques importantes dans tous les sports et encore davantage dans les disciplines de combat. Que ce soit pour porter une attaque ou pour parer celles de l’adversaire. Mais aussi, parfois, dans le quotidien pour prendre des décisions !

V comme Valéra. Dominique Valéra. Un monument des arts martiaux français (et mondiaux). Karatéka exceptionnel au palmarès qui ne l’est pas moins. Dans les années 1970, c’est lui qui a introduit dans notre pays « le Full-Contact » ancêtre du Kick-Boxing. Valéra, c’est une technique, un physique, un caractère et «une gueule ».

Pour conclure je peux citer des « V exécrables », comme Vanité, Vantardise et Vulgarité. J’ai quelques fois rencontré des personnages qui n’étaient pas dépourvus d’un, ou de plusieurs, de ces défauts. Je n’oublie pas le V de Vilenie. La Vilenie humaine, chacun d’entre nous, un jour ou l’autre et plus ou moins, n’a pas manqué d’en être la victime. Souvent elle incite à un autre V, celui de Vengeance ; même si l’on ressent un puissant besoin d’en user, elle n’est bien souvent qu’une perte de temps et d’énergie.

Pour terminer sur V positif, j’affirme que j’ai aussi croisé la route de Valeureux personnages.

eric@pariset.net

V comme non-Violence !

Pour la lettre V de mon dictionnaire, j’ai choisi le mot « violence », plus exactement « non-violence ». Comme beaucoup je milite pour l’éradication de ce fléau, sans ignorer qu’il a toujours existé, les racines sont profondes et les raisons multiples. Cependant il n’est pas interdit d’espérer, tout comme il n’est pas question d’abdiquer.

Il ne s’agit pas d’un exposé sur les origines et les causes des différentes formes de violences, je me limiterai à mon domaine de compétence professionnelle et à l’impact positif que mon métier se doit d’apporter à la société. Je tiens à préciser qu’il n’existe pas que la violence physique, certaines violences mentales peuvent parfois être aussi redoutables, même davantage.

Chaque professeur, quelque soit sa place et quelque soit la discipline qu’il enseigne, a un rôle à jouer. Dans cette lutte l’éducation est fondamentale, elle permet de prendre le mal à la racine. Certes, cela s’inscrit sur du long terme, mais cet enjeu le mérite.

Les professeurs d’arts martiaux ont une responsabilité encore plus importante dans la mesure où ils enseignent des techniques de combat, certaines à l’issue pouvant être fatale. Elles devront donc être considérées et enseignées avant tout comme des armes de dissuasion et être utilisées exclusivement en dernier recours.

C’est toute la difficulté de la transmission de nos disciplines ; elle doit se faire dans un but éducatif et non destructif (bien que, comme indiqué plus haut, ce soit la vocation de la plupart des techniques). On ne répond pas à la violence par la violence. Je sais que cette phrase a été dite et écrite à de nombreuses reprises et que certains considèrent de tels propos comme empreints d’un angélisme inadapté, d’une naïveté déconcertante ou même, pour certains, d’un laxisme répréhensible. Ceux-là ne doivent pas être considérés comme des éducateurs responsables.

Etre contre la violence n’est pas forcément faire preuve d’inconscience ; lorsque l’on est agressé violemment, il faut être capable de riposter efficacement, avec un niveau technique et mental qui permet d’agir rapidement, mais avec nuance dans la mesure du possible, sans ignorer les notions de légitime défense et de respect de la vie.

Faire le constat que certains arts martiaux peuvent être utilisés à de mauvaises fins, ou enseignés de façon brutale, violente, est navrant ; heureusement, c’est le fait d’une minorité de personnes qui ne peuvent être considérées ni comme des éducateurs, ni comme des budokas. Dans leur immense majorité  les enseignants sont heureusement conscients de l’enjeu.

eric@pariset.net    www.jujitsuericpariset.com

 

Quelques bons moments

Il n’y a pas eu que des mauvais moments dans cette saison écourtée (de manière brutale) ! Elle me laisse quelques bons souvenirs. Les débuts du dojo ont été agréables et prometteurs sur bien des plans, mais en dehors de ce lieu (disparu trop tôt), II y a eu quelques rassemblements très forts, en France et à l’étranger.
Pour cause de lancement du nouveau club, j’avais volontairement limité les déplacements afin de me concentrer sur ce nouveau chalenge, ce qui ne m’a pas empêché de répondre à quelques invitations. En Bourgogne, à Joigny en janvier chez mon ami, le très impliqué Michel Baillet et deux fois aux Pays-Bas en octobre et en janvier, à l’invitation de l’IMAF Pays-Bas.
Un peu entre les deux, c’est à dire au dojo avec des personnes venues de l’extérieur, plusieurs stages ont été organisés. C’était le moment de faire de nouvelles connaissances et de retrouver des pratiquants n’appartenant pas à mon groupe d’élèves, mais qui se sont fidélisés sur ces rendez-vous dominicaux. Simples « kyus » ou professeurs chevronnés, c’était toujours un grand plaisir de les recevoir et de pratiquer le ju-jitsu que nous aimons. Je n’oublie pas une matinée passée au « Carreau du Temple », en février, dans le quartier du Marais » à l’initiative du « Paris Hapkido », un groupe qui fait preuve d’un bel esprit de partage et d’un formidable dynamisme. Un petit album souvenir des escapades hors dojo, ainsi que des stages parisiens du dimanche est à votre disposition sur la page Facebook du club !

 

Histoire d’un dojo éphémère.

Il y a un an,  si on m’avait dit que je vivrai ce que je vis actuellement, je ne l’aurai bien évidemment jamais cru.  Il y a un an, je signai le bail pour le dojo de la rue Victor Chevreuil. Inutile d’insister sur le plaisir qu’était le mien, bien loin du marasme dans lequel nous sommes beaucoup à être plongés depuis plusieurs mois.

J’avais quitté Paris en 2015 et après quelques temps de réflexion, je  décidai de regagner la capitale pour y retrouver des habitudes qui me manquaient et un environnement que je connaissais. De plus, j’étais persuadé de pouvoir y exercer plus facilement mon métier.  Il fallait donc trouver un nouveau lieu. Après une  longue période de recherches infructueuses, un endroit qui correspondait à mes aspirations m’a été proposé.

La taille modeste de ce local me satisfaisait.  Elle me permettait de remettre le pied à l’étrier sans  trop de risques (!), avec comme objectif celui de proposer un « dojo familial » dans lequel tout le monde se connaitrait, où la qualité de l’ambiance serait aussi importante que les techniques enseignées et pratiquées.

Placé dans un arrondissement qui m’est familier pour y être presque né, pour y avoir résidé, pour y avoir fait une partie de ma scolarité et pour m’y être occupé de plusieurs  dojos,  je n’agissais pas en  terre inconnue.

C’est donc le 20 mai de l’année dernière qu’une agence immobilière me contactait pour m’informer de la disponibilité de ce local qui rassemblait plusieurs  critères favorables.  Je l’avais déjà visité juste avant de quitter la capitale, mais au dernier moment, c’est le départ en province qui avait été préféré.

Ensuite tout est allé très vite. Une nouvelle visite pour la forme et nous avons procédé à la signature le 27 mai.

Après un mois de juin  de cohabitation entre les anciens locataires et les ouvriers qui effectuaient les  travaux nécessaires,  le dojo était opérationnel pour l’inauguration prévue le 28 juin. Nous étions  en plein cœur de la première canicule de l’été et cela avait provoqué quelques inquiétudes, en l’occurrence au moment de la livraison et de l’installation des tatamis. Les restrictions de circulation dues à la pollution provoquée par les fortes chaleurs avaient été déclenchées.  Heureusement le camion de la SFJAM NORIS France possédait le bon sésame pour entrer dans la capitale.

Il n’est pas évident de se relancer à un âge qui flirte avec celui de la retraite et surtout après des années passées à régler des problèmes  qui polluent le mental. Bien évidemment, si j’avais su que ce qui m’attendait  allait être bien pire que tout ce que j’avais vécu, je me serais abstenu ! Mais ce genre de constat est stérile !  De toutes les façons, vu l’inconsistance de la retraite des indépendants et l’absence d’entraide de la part de ceux qui auraient pu en faire usage,   je n’avais pas trop le choix. Et puis,
retrouver des habitudes et des élèves (certains sont aussi des amis) qui ont en commun l’amour d’une certaine forme de ju-jitsu, m’enthousiasmait au plus haut point ; pouvoir partager sa passion est un sacré moteur et une grande chance. .

Ouvrant le dojo en juillet, je ne m’attendais pas à accueillir un nombre considérable  d’élèves, les vacances sont les vacances ! Il n’empêche que nous avons fonctionné avec un effectif correct dans lequel se côtoyaient de nouvelles vocations et de fidèles gradés.

De ce fait, le mois de septembre arriva après un bon rodage estival. Les inscriptions affluèrent (de quatre à soixante dix ans),  des « anciens » et des nouveaux  (agréablement surpris de découvrir une discipline complète techniquement et surtout accessible)  ont rapidement animé ce nouveau dojo. Octobre prit la suite de la même manière  jusqu’aux  vacances  de la Toussaint. Novembre s’est déroulé correctement, mais les choses ont commencé à se compliquer au début du mois de décembre avec une grève des transports d’une durée inédite dans notre pays. Deux mois de trafic très perturbé, parfois paralysé, forcément la fréquentation des cours adultes s’en est ressentie. Ensuite, il a fallu faire avec le calme traditionnel des  vacances de février.

Au milieu de tout cela, je n’oublie le pot de fin d’année, un lundi de décembre ; un moment chaleureux, qui pour cause de grève n’a pas rassemblé autant d’élèves qu’il aurait du.

J’attendais donc avec impatience le mois de mars. Ce mois qui fête la renaissance de la nature est souvent propice à de nouvelles vocations dans le domaine des activités physiques de toutes sortes.

Mais le 16 mars, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’est abattu sur notre pays avec, pour cause de virus envahissant,  une fermeture aussi imprévisible que brutale, aussi inédite que cataclysmique et un confinement que nous n’avions jamais connu et surtout jamais envisagé. Les conséquences allaient tout de suite se révéler catastrophiques.

Comme indiqué dans mon précédent message, après plus de trois mois maintenant d’une totale inactivité et surtout avec une forte incertitude quant à une date de reprise des activités dites de « contact », c’est imposée à moi l’obligation de mettre un terme à l’exploitation de dojo. J’ai d’ailleurs appris depuis l’envoi de cette correspondance,  que d’autres  venaient de subir  le même sort et qu’ils n’étaient  malheureusement pas les derniers. Cela ne me console guère. Les dojos privés, situés dans des grandes villes comme Paris, avec des loyers  très importants sont fatalement les premières victimes. Et puis, le notre n’avait que quelques mois d’existence, il prenait tout juste son envol. Comme en aviation, le « décollage » est un moment délicat, parfois dangereux, la preuve.

En plus de l’aspect purement matériel, pour  ceux dont c’est un métier à plein temps et par conséquent  l’unique source de revenu, se greffe un important aspect phycologique. N’est-ce pas la mise au rebut de nos disciplines ?  Ce n’est pas simplement mon métier qui est attaqué, ce qui en soi est déjà d’une terrible gravité, mais c’est aussi un art, une science. Imaginons la disparition de la peinture, de la musique, de la sculpture et de quelques savoirs !

Juste avant cet horrible confinement moyenâgeux, en plus d’un indispensable esprit combatif, j’étais animé aussi par des pensées  un peu plus légères. Le calendrier avait été consulté pour commencer à établir le planning des « ponts » du mois de mai, afin d’envisager quelques jours de repos bien mérités et surtout pour arrêter la date à laquelle nous pourrions fêter le premier anniversaire de ce dojo.  Aurais-je pu imaginer un seul instant être obligé de rendre les clefs à peine un an après les avoir reçues ? Même si au regard des évènements cette absence d’anniversaire peut paraitre dérisoire, il y a des traditions et des symboles qui se respectent. D’ailleurs, si nous avions pu nous retrouver avec les élèves le temps d’une soirée, cela  aurait été la meilleure preuve d’existence de ce club.

Même animé par l’absolue nécessité de faire face et de rebondir, il s’agit d’un coup d’une sévère brutalité et d’un abominable gâchis. Ne plus pouvoir exercer son  métier et ne plus transmettre son savoir est terrifiant ! Je n’oublie ni l’espoir ni l’énergie que j’avais placés dans ce projet, ni les débuts prometteurs de ce lieu qui d’emblée avait été apprécié dans le quartier et au-delà !

Je profite de ce moment pour remercier tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien avec des messages plus touchants les uns que les autres. Ces messages ont été salvateurs, mais ils me torturent aussi en alimentant encore davantage les inévitables regrets.  Ma plus grande fierté, à la lecture de ces témoignages, c’est d’avoir pu satisfaire aussi bien des enfants de quatre ans que des personnes plus âgées qui, comme certaines me l’ont confié, ne pensaient jamais pouvoir remettre les pieds sur un tatami. Le sentiment, manifestement réel, d’avoir été utile et d’être maintenant plongé dans une inutilité que j’espère provisoire, est minant.   Mon plus grand regret est d’être dans l’obligation d’arrêter alors que ceux qui fréquentaient ce dojo manifestaient un enthousiasme flagrant. Je ne peux faire refluer  un gout amer et beaucoup d’interrogations sur ce terrible évènement, mais aussi sur sa gestion au jour le jour. De même qu’une certaine  sensation d’avoir été quelque peu lâché ne me quitte pas vraiment ; non pas par mes élèves, loin de là, mais par les pouvoirs publics et autres organismes de prévoyance.

Quelques jours après avoir adressé une  lettre à mes élèves pour leur annoncer la terrible nouvelle, je  l’ai mise le 29 mai dernier sur  Facebook en « lettre ouverte »  et c’est avec une énorme surprise que j’ai constaté, grâce à un compteur que je consulte sur « l’admin » du compte du club, que près de 85 000 personnes on été « touchées » par cet article. Il faut savoir que pour une publication classique, le chiffre se situe entre 1 000 et 2 000.

Là aussi, sont apparus d’innombrables messages d’une extraordinaire gentillesse. Quelques uns m’ont même proposé différentes formes d’aides pour sauver le dojo ; mais face à tant d’incertitude (plus exactement face à la certitude qu’il fallait stopper l’hémorragie)  il n’aurait pas été convenable  – et tout simplement impossible – de les accepter. D’autres ont commencé à évoquer « l’après », avec des possibilités de collaborations, preuve que l’aventure va pouvoir continuer, tôt ou tard, différente sans doute, mais au travers de laquelle il sera toujours question de ju-jitsu.

Il faudra attendre  que les  arts martiaux retrouvent  une pratique « normale » ;  nous ne pouvons faire autrement que de la souhaiter et le plus rapidement possible.

eric@pariset.net

Pour la lettre U de mon dictionnaire…

Pour la lettre U de mon dictionnaire c’est le mot Utile que j’ai choisi.

Cet article prend un sens particulier dans la période que nous vivons et particulièrement dans la situation qui est actuellement la mienne.

Chaque métier (je préfère ce mot à celui de travail) possède ses utilités ; la première étant de subvenir à nos besoins et à ceux dont nous pouvons avoir la charge. Ensuite, bien qu’il n’y en ait pas un qui soit inutile, certains métiers ont une influence plus directe sur le bien être de nos contemporains ou sur celui des générations futures. La médecine et la recherche en sont deux exemples.

De mon point de vue, viennent ensuite ceux qui sont liés à l’éducation. Je pense avoir la chance d’exercer une profession qui n’est pas dénuée de responsabilité, ni d’utilité. Et puis, « Professeur » est un beau titre (même si d’autres noms, plus administratifs que représentatifs remplacent cette belle terminologie). Certains n’ont pas hésité à l’appeler « le plus beau métier du Monde ». Comme dans beaucoup de professions, on ne peut échapper à quelques incompétences, c’est une autre histoire.

Dans les arts martiaux nous avons une triple utilité. L’éducation physique, l’aspect « purement utilitaire » (justement) avec la self-défense et enfin une formation mentale et morale.

L’éducation physique, avec des répétitions qui développent de façon harmonieuse les parties de notre corps qui sont aussi nos « armes naturelles ». Ce renforcement s’acquiert de façon plus agréable que par l’intermédiaire de machines inhumaines et austères. Et puis, cette pratique se faisant dans un « sens physique  naturel », les risques de blessures sont moins importants que celles provoquées par un développement disons « artificiel ». Nous ne faisons que révéler des qualités et des compétences intrinsèques. On obtiendra de la souplesse, de la tonicité, de la précision et de la vitesse dans l’exécution des techniques et dans l’acquisition des réflexes. On améliora aussi notre condition physique. Tout cela étant au service de notre « science du combat ».

Cette science, pour ce qui concerne le ju-jitsu, est utile sur un plan purement pratique (c’est son ADN), il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas en convenir ; j’ai consacré un bon nombre d’articles sur le sujet, on peut les retrouver sur mon blog. Les techniques ont été souvent utiles à des personnes lâchement agressées (être agressé lâchement est une sorte de pléonasme).

Enfin, sur le plan mental, ce qui n’est pas le moindre, les bienfaits de l’exercice physique ne sont plus à démontrer. L’étude des arts martiaux (correctement enseignés) inculque des valeurs morales utiles à la vie en société ; enfin, un enseignement sérieux et ludique apporte un bien être général. Ce qui est bon pour la tête est utile et bon pour le corps.

Voilà les principaux bienfaits offerts par une pratique bien encadrée et correctement animée ; ces quelques lignes ne manqueront pas de faire la démonstration du caractère UTILE de ma profession (lorsque je peux l’exercer), j’en suis fier.

eric@pariset.net

Lette ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Lors de votre allocution du 16 mars dernier au cours de laquelle vous nous annonciez le confinement de la nation aux fins de lutter contre l’épidémie qui s’abattait sur notre pays, vous aviez évoqué les mesures d’accompagnement qui permettraient de ne laisser aucun d’entre nous sur le bord du chemin, et cela : « quoiqu’il en coûte ». Malheureusement, à titre personnel « il va m’en coûter ».
En effet, ayant ouvert à Paris en juillet dernier un club d’arts martiaux privé, je viens d’être contraint de cesser mon activité.
La fermeture imposée des établissements recevant du public, la durée du confinement, l’incertitude sur la date de la reprise d’activité des « sports de contact », la nature du protocole sanitaire qui devrait l’accompagner et la méfiance des  adhérents et futurs élèves face au virus, sans oublier une possible nouvelle attaque de l’épidémie, sont autant de facteurs qui m’ont contraint à renoncer. Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’une triste obligation.
Rien n’a été fait concernant les loyers et la propriétaire exige leurs paiements. Mais, étant fermé depuis maintenant trois mois et ne générant par conséquent aucune recette, je ne pouvais les honorer. Tout comme je ne pouvais prendre le risque d’additionner les impayés.
Dans le meilleur des cas, nous pourrions reprendre notre activité en septembre (et encore, dans quelles conditions ?), à ce moment là de l’année j’en serai à être redevable de six mois de loyer. Même si la propriétaire avait accepté de les repousser (ce qui n’a pas été le cas), il n’aurait pas été envisageable d’apurer cette dette tout en supportant les frais courants et une inévitable baisse du chiffre d’affaire.
L’état et les assurances ont laissé tomber bon nombre d’entrepreneurs et d’artisans.  Je précise que j’exerce en tant que travailleur non salarié, je vous laisse imaginer les conséquences.
Aucun décret n’a été promulgué par l’état concernant les loyers, aucune indemnisation n’est prévue de la part des assurances. Il s’agit pourtant, ni plus ni moins, d’une perte d’exploitation due exclusivement à une interdiction d’exercer, aussi imprévisible que brutale.
Voilà, Monsieur le Président de la République, ce dont je voulais vous informer.
Croyez bien que j’ai cherché les solutions qui pouvaient éviter ce naufrage, malheureusement je n’en n’ai pas trouvé. « La France d’en bas » paie un lourd tribut.
Je vous remercie par avance pour l’attention que vous aurez bien voulu porter à ce courrier et je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Eric Pariset
Professeur de ju-jitsu

T comme mulTiple. Suite du dictionnaire…

Continuer ce qui a été entamé ! Suite du dictionnaire.

Le 8 de ce mois, sur mon blog et sur Facebook, j’avais consacré la lettre T de mon dictionnaire au mot TECHNIQUE ; c’est en effet un des plus utilisés par les professeurs d’arts martiaux. Mais, d’autres mots et noms qui m’ont marqué me sont venus à l’esprit. Voilà un petit florilège positif pour compléter la vingtième lettre de l’alphabet : Tatami, Travail, Transmission, Tori, Tani-otoshi, Tsubame-gaeshi, Tomoe-nage, Tchoulouyan, Tissier, Tomiki. En négatif, j’évoque la Trahison et les Traitres, qui – même s’ils ne sont pas majoritaires – sont toujours de trop ! Ci-dessous mes définitions.

T comme Tatami tout d’abord ; un élément sur lequel j’ai passé une grande partie de ma vie ; en tant qu’élève, professeur, compétiteur, démonstrateur. Les tatamis que j’ai commencé à fouler à l’époque où ils étaient composés de feutres recouverts de bâches aux teintes improbables, en passant par les premiers « vinyles » sur lesquels nous nous faisions de mémorables brulures, pour finir actuellement par des éléments bien adaptés et aux multiples couleurs attractives. Le tatami, que je considère comme un de mes outils de travail.

Ensuite, justement, T comme travail ; avec, pour moi, deux significations principales. Tout d’abord, ce qui nous permet de vivre et à ce propos je préfère employer le mot « métier ». Il offre un indispensable moyen de subsistance tout en étant bien souvent utile à la société, surtout lorsqu’il s’agit d’éducation. La deuxième signification on la trouve dans sa traduction japonaise : waza. Atémi-waza : le travail des coups ; ne-waza : le travail au sol ; nage-waza : le travail des projections, etc. Une signification particulière à laquelle je consacrerai la lettre W de mon dictionnaire. Waza, qui se traduit aussi par « technique ».

On continue avec T comme Transmission ; comment ne pas évoquer ce mot qui est presque toute ma vie ? En premier lieu grâce à mon métier de professeur, mais aussi grâce à mes démonstrations et à la réalisation de supports techniques tels que les livres et les DVD.

On passe à T comme Tori. Tori, l’inséparable compagnon d’Uke. Celui « qui fait », celui qui exécute, celui qui a le dernier mot. Parfois, pour des raisons pédagogiques quelque peu simplistes, il est abusivement assimilé au gentil par rapport au méchant que serait Uke. Cette définition n’est pas juste dans la mesure où dans la pratique les rôles doivent être systématiquement inversés, et puis sans Uke, pas de Tori ! A l’occasion de mes nombreuses démonstrations, j’endossais avec fierté l’identité de ce personnage valorisant.

Je n’oublie pas certaines projections, comme Tani-otoshi et Tsubame-gaeshi, à cause de leur signification qui ne laisse pas insensible : « chute dans la vallée » pour la première et « le retour de l’hirondelle » pour la seconde ; quand la beauté poétique du verbe s’associe à l’efficacité. Cela en dit beaucoup sur la conception de l’art martial qu’était celle de nos glorieux fondateurs ; en serait-il de même maintenant, en serions nous capables ? Mais aussi T comme Tomoe-nage, le sutémi qui illustre à merveille le principe de non-opposition et celui de l’utilisation de la force de l’adversaire, tous deux chers au ju-jitsu.

Toujours pour cette lettre T et concernant des personnalités, je pense à Bernard Tchoulouyan qui nous a quitté (bien trop tôt) l’année dernière ; champion du Monde de judo en 1981 grâce à un esprit guerrier et à un judo d’une grande élégance ; Christian Tissier pour qui l’aikido a du être créé et avec qui j’ai partagé l’affiche de nombreux galas en France et à l’étranger. Enfin, Maitre Tomiki le créateur du Goshin-jitsu-no-kata.

Au risque de « gâcher l’ambiance » je pourrais évoquer- en creux – le T de trahison, en ayant été trop souvent la victime. Mais je ne le ferai pas. Je ne parlerai pas non plus des Traitres, ces personnages qui doivent abimer leur miroir chaque matin !

Pour clore avec une note positive, je finirai cet article par deux T. D’abord T comme Tradition, un mot forcément attaché aux arts martiaux qui respectent les codes (quelquefois galvaudés), et T comme Ténacité ; une belle qualité, surtout lorsqu’il s’agit de défendre ses idées, de lutter contre toute compromission et – c’est d’actualité – de se battre pour ne pas sombrer et repartir de plus belle à l’assaut. .

eric@pariset.net

Retour au dictionnaire avec la lettre T, comme technique

Malgré les évènements et certaines cruelles épreuves (je sais de quoi je parle),  la vie continue, et  l’activité, quelle qu’elle soit, physique ou cérébrale, aide à surmonter les épreuves en question. « L’action soulage l’angoisse ».

Aussi, je continue la publication de mon dictionnaire (pour certains), ou abécédaire (pour d’autres).

Pour la lettre T, c’est assez naturellement que le mot « Technique » s’est imposé ; il est très utilisé quand on est professeur de ju-jitsu et d’arts martiaux. On l’emploi à longueur de cours, en tant que nom, pour désigner ce que nous enseignons, mais aussi comme adjectif, lorsque nous évoquons certaines qualités.

Nous appelons les « techniques » ce qui constitue l’ensemble de nos transmissions ; techniques debout, au sol, de percutions, de base, avancées, supérieures, etc. Mais elles sont aussi dans les katas pour lesquels la nomenclature est organisée de la façon suivante : 1ere technique, 2ème technique, etc. Et plus particulièrement dans le ju-jitsu que j’enseigne, pour designer des enchainements comme celui des « 16 techniques », par exemple !

Mais comme indiqué en introduction, nous employons aussi ce terme comme adjectif pour souligner des qualités ; les qualités techniques de telle ou telle personne, c’est d’ailleurs très valorisant d’être qualifié de bon technicien.

C’est plus particulièrement ce deuxième aspect, celui de l’adjectif que je retiens pour cet article. La recherche de la perfection technique est une des motivations importantes pour un pratiquant de budo, c’est peut-être aussi ce qui différencie l’art martial d’une simple lutte. La quête du geste parfait exécuté avec précision au bon moment est primordiale ; pour l’efficacité, mais aussi pour la satisfaction que représente un beau geste, à l’instar de celui du patineur ou du gymnaste, ou encore quand un sculpteur, un peintre ou un écrivain réalise une belle œuvre. Dans nos disciplines cette finesse technique (garantie d’efficacité) sera prioritaire par rapport aux qualités physiques, puisque celles-ci déclineront fatalement plus vite avec l’âge.

Le but est donc d’élever son propre niveau technique lorsque l’on est étudiant, puis celui de ses élèves quant on enseigne. Retrouver dans les élèves la « patte » technique d’un professeur, c’est pour lui une belle récompense, encore davantage lorsque, sans connaitre l’identité de l’enseignant, il sera reconnu au travers des qualités d’un élève.

Que ce soit pour désigner un programme, ou des qualités, le mot technique est donc un des mots les plus utilisés sur un tatami, mais il est aussi omniprésent dans l’esprit de tous les pratiquants quand il s’agit de s’approcher de l’excellence… TECHNIQUE.

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