Confessions

Certains s’habituent à ce confinement, ce serait mentir d’affirmer qu’il en est de même pour moi et sans doute pour d’autres ; par conséquent je n’ajouterai pas un mensonge supplémentaire en affirmant que tout va bien, des mensonges, des incohérences et autres annonces non suivies des faits, nous n’en manquons pas ces derniers temps.

C’est toujours une étrange ambiance qui règne dans les rues de nos villes pétrifiées et plus largement dans nos vies abîmées. Nous voilà au début de la quatrième semaine de confinement et à l’extérieur c’est encore un silence assourdissant qui nous empoigne, lorsque nous sortons quelques minutes pour éviter, en plus, de mourir de faim. A l’intérieur l’inquiétude ne nous lâche pas, avec des infos toujours angoissantes sur fond de matraquage anxiogène et culpabilisant.

Certes, il semble que n’existaient pas d’autres solutions (?) en dehors de ce confinement absolument surnaturel aux conséquences ravageuses.

Je n’ai pas honte d’avouer que je ne le vis pas facilement ; assurément je ne dois pas être le seul, mais il y a sans nul doute plus à plaindre que moi. D’ailleurs certains témoignages relatant des événements du passé  nous demandent de relativiser notre situation, mais est-il sain de se satisfaire d’une souffrance au prétexte qu’il y a pire ? Il y a toujours pire malheur, mais le malheur n’est pas un but en soi ; le combattre certainement, s’y complaire sûrement pas.

Je vis mal ce moment, pour plusieurs raisons qui sont davantage liées à une certaine incompréhension, qu’à une forme de désespérance.

Premièrement, comme indiqué plus haut, peut-être qu’avec davantage d’anticipation cette situation aurait pu être évitée et par là même l’extension de la maladie. Sans oublier qu’avec un service hospitalier abîmé comme il l’est depuis des années, il semble héroïque de combattre le mal.

Deuxièmement, à titre personnel, c’est seul que  j’assume cette épreuve, séparé de mes proches. Loin de moi l’exposition d’un larmoiement personnel indécent et d’un apitoiement déplacé sur mon sort. Il s’agit juste d’un fait. Et puis, on ne s’apitoie pas, on réagit. De la souffrance, il y en a au quotidien et depuis bien longtemps et dans beaucoup de secteurs. Il n’existe pas une famille qui n’ait pas traversé d’épreuves.

Troisièmement, existe l’inquiétude quant aux conséquences économiques. Elle est parfaitement fondée dans la mesure où il paraît inévitable que ces suites seront néfastes pour ne pas dire catastrophiques sur bien des plans, peut-être plus graves que le virus lui-même. C’est malheureusement les plus faibles et ceux qui sont dans les situations les plus précaires qui, une fois de plus, en pâtirons. Pour beaucoup il y a la peur de se retrouver sans travail, elle n’est pas honteuse. On peut ajouter à cela une suspicion quant à certaines promesses !

Quatrièmement, je suis plutôt un homme d’action qui n’aime pas trop « rester en place » et force est de constater que c’est assez compliqué en ce moment, même si je ne m’ennuie jamais, entre lecture, écriture, télé (sauf chaînes d’infos en continu), contacts via les différents moyens de communication. Je n’oublie pas un minimum d’activités physiques, forcément relativement minces dans un petit appartement. Nous n’avons pas tous les mêmes conditions de confinement. Être dans l’action, c’est aussi être utile, mais dans quel secteur ?
Et puis, il y a cette perte de liberté, peut-être indispensable (?) sur le fond, mais dérangeante dans la forme.

Enfin cinquièmement, cela peut paraître dérisoire, mais pour les confinés des villes et amoureux de la nature, il y a ce manque de verdure et de chlorophylle. Certains psychologues les jugent bénéfiques.

Il faut espérer sortir indemne (physiquement et surtout psychologiquement) de cet enfermement, surtout s’il  s’inscrit dans la durée. D’ailleurs, cette incertitude quand à une « remise en liberté » est un facteur négatif supplémentaire.

Je sais qu’au regard de ceux qui souffrent dans leur chair, ces remarques peuvent paraître décalées, c’est pour cette raison que je les pondère avec une expression positive en confiant que si j’ai quelque peu « fendu l’armure », c’est celle d’un samouraï qui – malgré tout –  ne renoncera jamais et ne sombrera pas dans un désespoir malsain. Que cette épreuve, une fois vaincue, puisse nous rendre plus forts, je l’espère ; différents, sans nul doute. J’espère surtout qu’elle nous attribuera un autre regard sur bien des personnes et modifiera certains comportements.

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Dans les mains du destin…

Pour se distraire un petit peu – et réfléchir un peu aussi – dans cette période difficile,  je propose une histoire extraite du livre  » Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Un grand général, du nom de Nobunaga, avait pris la décision d’attaquer l’ennemi, bien que ses troupes fussent largement inférieures en nombre. Lui-même était sûr de vaincre, mais ses hommes, eux, n’y croyaient pas beaucoup. En chemin, Nobunaga s’arrêta devant un sanctuaire Shinto et déclara à ses guerriers : « Je vais me recueillir et demander l’aide des Kami*. Ensuite, je jetterai une pièce. Si c’est face, nous vaincrons mais si c’est pile nous perdrons. Nous sommes entre les mains du destin ». S’étant recueilli quelques instants, Nobunaga sortit du temple et jeta une pièce. Ce fut face. Le moral des troupes se regonfla à bloc. Les guerriers, fermement convaincus d’être victorieux, combattirent avec une si extraordinaire intrépidité qu’ils gagnèrent rapidement la bataille.

Après la victoire, l’aide de camps du général lui dit : « Personne ne peut changer le destin. Cette victoire en est une nouvelle preuve. – Qui sait ? répondit Nobunaga en lui montrant une pièce…truquée, qui avait une face de chaque coté. »    

*Un kami est une divinité ou un esprit vénéré dans la religion shintoiste

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Vendredi, samedi et dimanche…

Vendredi 27 mars
Durant ces journées de privation, en plus de mes articles sur le blog et sur Facebook, j’ai pensé revenir sur les temps forts du dojo et les particularités de chaque jour de la semaine. Commençons donc par cette journée qui débute. Le vendredi, le dojo proposait (et proposera à nouveau dés que possible) trois séances. Le cours marquant de la soirée était (et redeviendra) la séance de 19 h 00, avec les fameux « vendredis à thème ». Le concept est relativement simple, il s’agit de proposer et de travailler sur un thème précis durant l’intégralité de la séance. Le ju-jitsu ne risque pas la pénurie en matière de techniques et de domaines à développer. Que ce soit un kata traditionnel, un enchaînement plus moderne, un secteur, une technique particulière, des méthodes d’entraînement, il n’est pas difficile de remplir  l’agenda dès vendredis sur une saison complète. Cette séance a toujours connu un joli succès. S’immerger totalement dans un domaine, le découvrir, le décortiquer, l’approfondir, le perfectionner, tout cela ne laisse pas indifférent ceux qui sont passionnés par notre art. C’est aussi un plaisir partagé entre élèves et enseignant. Les premiers adhèrent à ce concept et le second apprécie que son enseignement recueille une attention encore plus importante. Je n’ai jamais vraiment pu deviner si c’était les vendredis à thèmes qui attiraient les plus motivés des élèves ou si c’était les vendredis à thème qui motivaient les élèves. Si vous comprenez le sens de cette dernière phrase, c’est peut-être que je me suis mal exprimé (un peu d’humour avec une phrase qui n’est pas de moi, mais d’un personnage bien plus célèbre : Alan Greenspan).
Vivement le premier vendredi à thème d’une longue série.

Samedi 28 mars
Depuis hier, j’évoque les particularités et les temps forts du dojo au fil des journées d’une semaine. J’avais commencé mon « tour de la semaine » par  le vendredi, tout naturellement, c’est du samedi dont il est question aujourd’hui.
Dans beaucoup de dojos le samedi est une journée particulièrement active. Le week-end est propice aux loisirs, l’activité physique les arts martiaux en font partie.
Pour sa première année d’existence notre nouveau dojo propose trois séances bien différentes.
Une première réservée aux « tout petits samouraïs ». Un éveil aux arts martiaux avec une pédagogie et un contenu technique très adaptés. L’objectif principal est de développer des qualités de motricité, de vie en groupe, le tout dans une ambiance où l’aspect ludique n’est jamais absent. Avant et après la séance, la disponibilité due au week-end permet  d’intéressants échanges avec les parents.
Le deuxième cours s’adresse aux adultes ; un cours sans thème particulier. Une pratique matinale en dehors du stress de la semaine, ce qui lui confère une ambiance plus détendue  et une attention plus importante.
Le troisième et dernier cours de cette journée se déroule en après-midi avec une séance en tenue de ville. J’avais déjà fait l’expérience, il y a fort longtemps, c’était au dojo de la Rue des Martyrs à la fin des années 1970. Pour des raisons d’organisation je n’avais malheureusement pas pu donner suite à cette séance qui se déroulait le dimanche matin. Cette forme de travail permet de satisfaire des personnes intéressées essentiellement par l’aspect pratique et qui ne souhaitent pas forcément s’engager plus en avant dans un art martial. Cela pourra être aussi une étape pour revêtir un jour le « dogi ». Pour ceux qui sont déjà pratiquants, cette séance est considérée comme un bon complément à une pratique traditionnelle.
Voilà, vivement que l’on puisse retrouver cette ambiance si particulière et si agréable des fins de semaine.

Dimanche 29 mars
Les portes du dojo étant fermées, j’ai décidé de le faire vivre en évoquant les temps forts de chaque journée de la semaine. J’ai commencé avant-hier avec la journée de vendredi, aujourd’hui c’est donc du dimanche dont il est question.
Au dojo le dimanche, il n’y a pas de cours d’inscrit au planning. Repos, ou stage mensuel.
Par contre, bien souvent, j’ai le plaisir d’animer des rassemblements à l’extérieur, en province ou bien à l’étranger.
Avec les photos (à retrouver sur Facebook) qui accompagnent cet article, ce sont quelques souvenirs de la saison en cours qui sont rassemblés. Ces stages sont des grands moments de partage, de rencontres et de communion. On s’y prépare, on les vit et on s’en souvient.
Depuis le mois de septembre, en plus des stages mensuels au dojo parisien, je me suis rendu en Bourgogne à Saint-Julien-du-Sault et par deux fois aux Pays-Bas. Je n’oublie pas le stage organisé au « Carreau du Temple » en février. À chaque fois, ju-jitsu et convivialité étaient au rendez-vous !
Alors, vivement que nous puissions reprendre une activité normale et notamment nos stages parisiens du dimanche matin.

eric@pariset.net

Carnets d’espoir et…d’espoirs

Manifestement nous sommes partis pour plusieurs semaines de confinement. Le Conseil scientifique, celui-là même qui affirmait que nous pouvions aller voter sans risque au premier tour des municipales, recommande six semaines d’un traitement qui nous a déjà mis à mal au bout de neuf  journées éprouvantes. Souhaitons deux choses. La première, et c’est l’essentiel,  qu’il s’agit de la bonne décision pour combattre le virus dévastateur. D’autant qu’il semble que tous les membres de ce conseil ne soient pas sur la même ligne. La seconde, que nous arrivions à nous habituer, sans dépérir, à cette nouvelle vie, même si ce nouveau mode ne semble pas définitif ! Heureusement puisque les toutes dernières études d’opinion montrent une chute impressionnante du moral des français.

Il faut dire que lorsque nous sortons, avec le tout nouveau laissez-passer, notre ville nous offre un spectacle de désolation. La cité n’est pas défigurée, les bâtiments et les immeubles sont en place, non elle est déshumanisée. Même le doux soleil des premières journées de printemps n’y peut rien, pire il accentue l’impression de désastre.

Il va donc falloir encore tenir le coup. Avec beaucoup d’espoir et un peu d’humour, cela devrait pouvoir se faire. Pensons au moment ou nous serons « libérés, délivrés ». Après ce sera le temps de tout reconstruire (ce qui sera reconstructible) et à ce moment là il nous faudra encore beaucoup d’espoir, de volonté et d’énergie.

Pour les fidèles des arts martiaux en manque d’activité physique (elle aussi  victime de restrictions plus sévères depuis peu), le jogging est toujours utile (autour de l’immeuble), ceux qui ont la chance d’avoir un jardin, ce qui est rare dans les grandes villes, peuvent se livrer aux exercices que je préconisai dans un récent article, histoire de garder la forme entre télétravail (pour ceux qui ont du travail), et école à la maison (pour ceux qui ont des enfants). Pour tous les autres, sportifs ou non, j’avais indiqué dans l’article précité quelques pistes toujours valables en l’occurrence celle de la lecture.

A titre personnel, je tente de me lancer dans la réalisation d’un projet qui me tient à cœur depuis bien longtemps, à savoir commencer l’écriture d’un livre. Pas un ouvrage technique, j’ai déjà beaucoup produit dans ce domaine, non un « vrai livre ». Il est évident que le moment est favorable, le tout est de réussir à fixer l’esprit sur du positif et du constructif, alors que le climat actuel n’y prédispose pas du tout.

Cette période est également propice pour établir le constat que dans certaines circonstances ont assiste au pire et au meilleur de l’humanité. N’oublions pas non plus à chaque fois que cela est possible de rendre hommage à tous ceux dont le dévouement à notre égard est remarquable. Une fois le virus terrassé, il ne faudra pas oublier. Il faut espérer que nos dirigeants sauront revaloriser un secteur largement sinistré des années durant.

A toutes et à tous, je souhaite encore et toujours bon courage pour la suite et je vous assure que je suis impatient que nous puissions nous retrouver dans des conditions normales, en pleine forme physique et mentale.

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Lecture (pour se divertir, un peu)

Certains connaissent mes goûts pour la lecture et pour l’écriture (bien que je sois conscient de mes limites dans ce domaine). Pour les amoureux de littérature cette période a au moins l’avantage de leur octroyer du temps de libre et satisfaire ainsi leur appétence pour les livres; même si en ce moment l’esprit peine à se fixer sur d’autres sujets que celui qui est actuellement l’objet de nos tourments et sur lequel plane une incertitude pour le moins inquiétante et anxiogène.
Aussi, toujours dans l’esprit de partage, j’ai pensé  faire part, non pas de mes critiques, à chacun son métier, mais de sentiments personnels à propos de mes lectures du moment. Sachant que si vous êtes séduit, il vous faudra attendre pour éventuellement vous procurer l’ouvrage en question, puisque pour le moment l’achat de livre est impossible, sauf par l’intermédiaire des « géants », ce qui, entre parenthèses, augmenterait encore leur prospérité au détriment de la survie des petites librairies.
Bien qu’étant avant tout amateur de littérature française, il m’arrive de faire quelques exceptions.
Donc, il y a quelques jours, je tournai la dernière page de « La Mort selon Turmer », de Tim Willocks. Certes le titre n’est pas engageant, surtout en ce moment, mais dans un thriller on échappe rarement à  des moments violents.
L’histoire se passe en Afrique du Sud. Au Cap, alors que tout le monde se contrefiche de la mort d’une jeune noire, renversée par un conducteur ivre, un flic noir de la brigade criminelle va jusqu’au bout de son désir de justice. Il se trouve que le conducteur est le fils d’une femme puissante qui fera tout pour sauver sa progéniture vouée  à une brillante carrière.
Une histoire haletante, superbement écrite par un écrivain britannique qui est aussi psychologue et…karatéka. Il nous offre en prime une immersion saisissante dans l’Afrique du Sud post-apartheid.

eric@pariset.net

Carnets d’espoir, la suite…

Jeudi 19 mars

C’est avec plaisir que je constate que beaucoup d’entre vous ont apprécié mon précédent article. Cependant, je ne me permets pas de donner des conseils, il s’agit juste de formuler quelques ressentis personnels. Si cela peut aider, j’en suis ravi.
Aujourd’hui je continue un peu dans l’expression de mes sentiments !
Bien que soit mis en place un dispositif exceptionnel et une mobilisation générale (et peut-être à cause de) l’angoisse et l’inquiétude sont palpables ! Dans mes précédents articles j’ai évoqué la nécessité de ne pas céder à une panique compréhensible. Il faut faire confiance, soutenir et rendre hommage à tous ceux qui nous protègent et nous soignent.
Cependant cette situation inédite et douloureuse engendre de nouvelles réactions qui sont parfois contradictoires.
De la part d’une majorité de gens on sent une indéniable solidarité , dans d’autres cas c’est une certaine forme d’agressivité qui s’échappe.
La solidarité sous diverses formes émanant de différents secteurs et envers les plus fragiles est indéniable, elle l’est aussi à l’attention de l’ensemble du personnel hospitalier. Leur mission est titanesque, surtout dans ce secteur déjà sinistré depuis longtemps !
Pour ce qui est de l’agressivité, il s’agit plus exactement de craintes (légitimes), mais qui  prennent parfois un visage insolite.
Rien que dans les magasins d’alimentation, si par malheur une personne ne respecte pas l’éloignement imposé, les regards ce font davantage menaçants qu’informatifs. Et puis toujours dans ce qui reste des lieux de rencontre (par obligation), l’ambiance n’est pas la même qu’à l’accoutumée. L’impression est forte que faire ses achats relève davantage de la survie que de la nécessité.
Certes c’est une double angoisse qui nous étreint. Celle de la période inédite que nous vivons et dont nous ignorons la durée . Et puis il a l’angoisse liée à la période qui suivra, en ne sachant absolument pas dans quelle état nous l’aborderons.
Essayons de « prendre » les problèmes les uns après les autres (comme disent certains footballeurs après un match).
Pour remonter un moral vacillant on peut se projeter quelques semaines plus tard (le plus tôt possible) et imaginer quel sera notre premier acte, une fois le cauchemar passé et la délivrance acquise !
Si ce premier acte n’est pas indiscret, vous pouvez le partager.
A très bientôt !

eric@pariset.net

Carnet d’espoirs

Dans ces jours particuliers durant lesquels nous vivons une situation qui l’est tout autant, j’ai pensé tenir un petit carnet à l’aide d’articles dans lesquels je ferai par de mes ressentis. Ces articles sont aussi disponibles sur Facebook, sur ma page personnelle (Eric Pariset) ou sur celle du club (Club Jujitsu Eric Pariset), ou encore sur les deux.

Aujourd’hui, je vous propose les trois premiers.

Le jour d’après (lundi 16 mars)

Ce matin régnait dans la capitale une curieuse ambiance. Un calme oppressant et angoissant habitait la ville.
Loin de celui que nous offrent les périodes de congés, durant lesquels les rues presque désertes ont un parfum de légèreté.
Ambiance différente aussi de celle des lendemains d’horribles attentats, comme celui du Bataclan en 2015, où nous avions plutôt la sensation d’un chaos créé par un ennemi qui n’était pas totalement inconnu et contre lequel, malgré tout, nous possédions des moyens de riposte.
Aujourd’hui il s’agissait d’une sensation inédite au travers de laquelle régnait l’inconnu et le trouble. Des masques sur le visage de gens marchant tête baissée allant allonger d’interminables queues devant les supérettes et les pharmacies et dans lesquelles la distance conseillée peinait à être respectée.
Et puis, toutes ces vitrines éteintes, ces grilles tirées, ces rideaux baissés et ces terrasses de bistrots rangées.
La sidération et l’inquiétude étaient palpables.
Il fallait être fort mentalement pour conserver un invincible espoir. Cependant il le faut !

Comment ? (Mardi 17 mars)

Avant toute chose, c’est d’un esprit combatif et d’un moral d’acier dont nous avons besoin pour ne pas nous laisser submerger par un panique malfaisante.
Malgré tout,  comment en sommes nous arrivé là ?
Qui aurait pu imaginer que de telles mesures (indispensables) nous soient imposées ? Il ne s’agit pas de réécrire la fable de La Fontaine (les animaux malades de la peste) dans laquelle les plus forts font du plus faible le coupable, mais n’est-ce pas toujours les mêmes, qui deviennent les principales victimes du comportement de certains puissants ?
Pour le moment la priorité n’est pas de rechercher les coupables, mais de sortir d’une effroyable situation inédite.
Ensuite, il faudra inévitablement tirer les leçons et se livrer à une introspection relativement approfondie afin de ne pas plonger à nouveau dans un certain mode de vie qui nous a été proposé (parfois imposé). Ne plus être les « baudets » de la fable.
D’autant plus que nous ne sommes qu’au début d’une période de confinement dont nous ne mesurons ni les difficultés quotidiennes engendrées tout au long des semaines qui viennent ni, pour beaucoup, les effets  physiques et psychologiques. Sans évoquer une crise économique aux conséquences sociales inquiétantes.
Certes, nous nous en sortirons, nous vaincrons et nous rebâtirions, mais dans combien de temps et dans quel état ? Plus forts, selon la formule : «ce qui ne me détruit pas… » il faut l’espérer !
Sang-froid, confiance, volonté et solidarité sont plus que jamais des valeurs qui ne doivent jamais nous quitter.

Tenir le coup (mercredi 18 mars )

Certains se demandent comment ils vont « tenir le coup ». Certes, il y a plus difficile et plus grave que de rester « à la maison » (et puis, c’est pour une cause essentielle) mais peut-être dans des circonstances différentes et sur une durée plus courte et déterminée. Il faudrait éviter que ce confinement engendre d’autres conséquences.
Nous n’avons pas d’autres choix, même si la privation du droit de sortir, donc de libertés, sans avoir commis d’acte répréhensible, est parfois compliqué à accepter.
Il nous faut faire preuve de discipline, de réflexion et d’organisation. Faire le « dos rond », le temps que passe la tempête !
Je ne suis pas psychologue, par conséquent je ne donnerais pas de conseils, je me contenterai d’évoquer de simples sensations et sentiments personnels.
Le confinement n’est pas facile à vivre, surtout pour les personnes seules et qui sont déjà fragilisées psychologiquement. Le manque d’activité physique et sociale, à fortiori pour ceux qui y sont habitués, peut s’avérer très néfaste. Nous devons chercher et trouver des compensations.
D’abord et apparemment, il est toujours possible de sortir seul pour faire une activité physique (encore faut-il posséder les capacités nécessaires). Footing et vélo pour tous ; pour les jujitsukas et autres budokas, travail des coups en shadow, uchi-komi dans le vide, etc. Si on a un peu de place chez soi,  des « pompes », des abdos et quelques étirements feront le plus grand bien. Regarder des vidéos et se replonger dans des bouquins techniques que l’on avaient délaissés au profit des images, ne peut qu’être bénéfique. Et puis, c’est peut être le moment de mettre au repos une articulation douloureuse ou un muscle meurtri.
Plus généralement, s’adonner à des activités dont nous sommes privés d’habitude par manque de temps : lecture, dessin, écriture ; s’occuper de son intérieur pour le rendre encore plus agréable. Et puis, ne pas céder à la facilité ; s’imposer une rigueur en respectant un rythme sain. Ne pas se lever trop tard, et même si on ne sort pas, se vêtir correctement, essayer d’adopter de nouvelles habitudes, elles rassurent ! Ce sera aussi l’occasion de se reposer, mais il faudra éviter les « journées pyjama » vautré sur le canapé devant Netflix (que je ne regarde jamais) ! Éviter les jeux vidéos qui participent en ce moment à la saturation d’Internet.
Avec ce rythme particulier, où chaque journée ressemblera  à la précédente et à la suivante, il est  indispensable de savoir tout simplement quel jour nous sommes ! Il faudra faire la distinction entre la semaine et le week-end.
Enfin, il ne sera peut-être pas bon d’être abreuvé en permanence d’infos en boucle sur le même sujet et qui sont d’une anxiété ahurissante. Être informé bien sûr, intoxiqué sûrement pas ! C’est aussi le moment de s’abreuver de musique et de chansons (pas trop tristes).
Et puis, communiquer avec des amis et des proches est indispensable ; nous possédons suffisamment de moyens pour cela !
Ces quelques lignes ne sont qu’une humble participation pour essayer d’éviter la généralisation d’un mal-être rampant.
Enfin, un jour viendra où tout ira mieux !

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Randori

Il y a quelques semaines j’avais consacré un article aux méthodes d’entraînement. Parmi elles, il y a le randori, l’équivalent, en boxe, de l’assaut que l’on nommait aussi « l’assaut courtois », il y a un certain temps.

Le randori, ou l’assaut, c’est un peu la récompense de fin de séance. C’est le moment où l’on peut tester nos techniques dans un système d’affrontement très codifié et axé sur l’initiative, c’est-à-dire sur l’attaque ; l’aspect ludique ne doit jamais être absent de ces joutes respectueuses  avec lesquelles on perfectionne aussi la défense, puisqu’il est nécessaire de tenter d’esquiver les initiatives du partenaire.

Malheureusement, trop souvent le randori  est quelque peu dénaturé et confondu avec le « shai », c’est-à-dire le combat, la compétition (en judo, par exemple). C’est dommage. Ceci étant tout dépend des objectifs, ceux-ci ne sont pas les mêmes selon que l’on se situe dans une pratique loisir ou bien à l’occasion d’entraînements  de haut-niveau ; même si à ce stade là il devrait -aussi – être indispensable de ne pas négliger cet exercice.

En ju-jitsu on peut le pratiquer dans le domaine des coups (atemi-waza), des projections (nage-waza) et du sol (ne-waza).

Le but du randori est avant tout de se perfectionner et d’essayer (en fonction du secteur dans lequel on souhaite le faire) de « passer » des techniques, d’aboutir et de résoudre différentes situations d’opposition ; pour les projections, de tenter de faire tomber un partenaire qui s’oppose intelligemment. C’est volontairement que j’utilise le mot de partenaire et non pas d’adversaire. Du latin par (avec) et ad (contre). C’est-à-dire que dans le randori, le partenaire travaille avec moi et non pas contre moi, il m’aide à progresser en proposant une opposition raisonnée, m’obligeant à travailler ma vitesse d’exécution, ma réactivité, ma condition physique, mais aussi – fatalement –  un système de défense axé exclusivement sur les esquives et non pas à l’aide de blocages qui annihilent toute initiative et par conséquent tout progrès. Imaginons deux joueurs de tennis à qui on « confisque » la balle !

Dans certains randori de projections ont peut même exclure toute technique de « contre direct » et n’autoriser que les contres répondant à l’appellation « go-no-sen » (l’attaque dans l’attaque). Le contre peut faire des dégâts physiques, mais aussi phycologiques en  limitant les initiatives de peur de subir un contre ravageur ; ce qui limitera obligatoirement les progrès.

Il y a très longtemps je bénéficiais de l’enseignement d’un professeur de boxe française, Marcel Le Saux, qui comparait l’assaut poing-pied à une conversation. Chacun s’exprimant à tour de rôle en développant ses arguments, évitant de parler en même temps et trop fort, pouvant couper la parole poliment si l’opportunité se présente, mais surtout en ne proférant ni invective, ni grossièreté. Belle métaphore.

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Mars et martial

Mars et martial

L’adjectif martial se rapporte au combat, au Dieu Mars, le Dieu romain de la guerre ; les arts martiaux sont donc bien les arts du combat (même si ce sont des disciplines d’affrontement qui visent aussi bien au développement externe qu’interne du pratiquant). Peut-on en conclure que le mois de mars est celui des arts martiaux ? En tout cas, c’est dans le courant de ce mois de mars que se tient à l’hôtel Accord Aréna, l’ex-Bercy, le festival des arts martiaux. Quel malheur d’avoir remplacé un nom qui évoquait un quartier historique parisien par une appellation purement commerciale. Bref, comme chaque année depuis 35 ans, le magazine « Karaté-Bushido » propose un rendez-vous auquel presque tous les experts nationaux et internationaux ont participé et où tous les arts martiaux et toutes les disciplines de combats ont pu se produire, dans un lieu qui devient, le temps d’une soirée, le plus grand dojo du monde.

J’ai eu le plaisir d’y démontrer le ju-jistu à douze reprises. C’était à chaque fois un honneur, beaucoup de responsabilités et bien sûr un inévitable stress avant d’entrer dans cet endroit qui réserve des sensations uniques ; mais une fois la prestation terminée, c’était alors la satisfaction du devoir accompli, et sans doute relativement bien accompli, si j’en crois les commentaires qui suivaient. Ceci étant, rien n’était laissé au hasard ; c’est trois mois avant que commençaient les répétitions. Parmi les douze prestations, j’ai une préférence pour l’année 1995 ; c’est d’ailleurs la vidéo de cette édition qui est proposée pour illustrer cet article.

Au fil des années le festival a évolué. Je me souviens de la première édition, en 1986, quand toutes les démonstrations se faisaient sans musique et avec un éclairage unique. L’aspect spectacle, pour ne pas dire « show » s’est davantage imposé ; comme dans tout changement, il y a du positif et du moins positif, avec parfois des prestations légèrement décalées, parfois folkloriques et avec des personnes qui n’ont pas forcément leur place. On peut regretter que certaines disciplines (disons, plus traditionnelles) ne soient pas (ou plus) représentées. Quoiqu’il en soit cette « soirée arts martiaux », dont le plus grand mérite réside dans son institutionnalisation, est devenue un rendez-vous auquel – en tant que pratiquant – on doit se rendre au moins une fois dans sa vie. Je note et regrette que, une fois encore, le ju-jitsu ne soit pas de la fête. Un jour peut-être !

Le festival des arts martiaux 2020 se déroulera le samedi  21 mars. Renseignements directement sur le site du journal Karaté-Bushido.

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Souvenirs d’une belle préface

Christian Quidet (1932-2010) a été un très grand journaliste spécialisé dans le sport et notamment dans le judo. Dans les années 1970 il a beaucoup aidé cette discipline à franchir la barrière des médias.  Il a aussi occupé le poste de  directeur des sports sur « Antenne 2 », l’ancienne appellation de France 2, dans les années 1980. Nos disciplines martiales l’intéressaient au plus haut point, il leur a d’ailleurs consacré un magnifique ouvrage : « La fabuleuse histoire des arts martiaux ». En 1985, avant la parution de mon premier livre, je lui avais demandé s’il voulait bien m’honorer d’une préface ; il a accepté spontanément.  A  l’attention de ceux qui ne connaissaient pas ces quelques belles lignes, c’est avec plaisir que je les mets à nouveau  en ligne. D’autant plus que je trouve cette préface terriblement d’actualité.

     « La publication d’une progression française de ju-jitsu est un acte plus important qu’il n’y paraît. C’est la restauration, en France, du trésor des samouraïs qui, au fil de l’histoire, ont porté l’art du combat individuel à un degré de perfectionnement et de raffinement unique au monde.
       Cette version moderne de la self-défense japonaise, présentée par Eric Pariset, met à la disposition des éducateurs sportifs une méthode claire, précise et efficace.
       Elle offre à celles et à ceux qui s’en inspirent un bagage technique inestimable. Non pour leur apprendre à se battre mais pour dissuader les autres d’attaquer.
        C’est en ce sens que je crois beaucoup à la vulgarisation de la self-défense dans notre pays. Comme un remède à l’agressivité qui enlaidit notre société actuelle.
       Je félicite Eric Pariset de s’être intéressé et de s’être spécialisé dans le ju-jitsu qui est le meilleur complément à la pratique du judo.
       Le ju-jitsu ne doit pas être mis entre toutes les mains et ne peut être enseigné valablement que par ceux qui ont adhéré à l’esprit de son fondateur, le maître Jigoro Kano.
       Eric Pariset est de ceux-là. Il a été élevé dans une famille où les arts martiaux étaient considérés comme un Art et pratiqués comme une passion. Son père, Bernard Pariset, a participé au premier championnat du Monde au Japon en 1956 et a obtenu une superbe quatrième place. Plusieurs fois champion d’Europe il a légué, comme  les maîtres japonais d’autrefois, son savoir et sa sagesse à Eric.
      Ceinture noire, 5e Dan de Judo-Ju-Jitsu, Eric Pariset a été champion d’ile de France de Judo en 1983.
       Il s’est ensuite, spécialisé dans les démonstrations de Ju-Jitsu et de self-défense pour devenir, à   31 ans, le meilleur spécialiste français de cette discipline.
      « N’enseigne pas toute ta science à ton élève, qui sait s’il ne deviendra  pas un jour ton ennemi ».
       Fort heureusement, Eric Pariset n’a pas appliqué cette devise  chère aux anciens Maîtres d’armes japonais.
       Je l’en remercie et j’espère que vous serez nombreux à profiter de sa générosité.»

Christian Quidet.
Responsable du service des Sports d’Antenne 2*
Avril 1985.

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