L’épisode hivernal que nous venons de vivre a permis de constater que savoir chuter n’était pas inutile en dehors d’un dojo. Certes, on peut penser que lorsque l’on chute sur un tatami on doit « frapper » avec le bras et que par conséquent il ne sera pas possible de faire de même sur un sol dur ; sur ce point il faut préciser que ce serait un moindre mal, nous verrons pourquoi plus loin.
Lors des séances d’entraînement on ne peut apprendre les projections que si l’art de la chute est parfaitement maîtrisé, puisque les rôles (Tori celui qui fait chuter, et Uke celui qui chute) sont endossés en alternance. Pour cela, en fonction des projections, il y a deux façons de se réceptionner : les chutes arrière et les chutes avant. En ju-jitsu on se doit aussi de maîtriser ce que l’on appelle les « chutes de situation » (celles qui devront être utilisées dans la réalité), elles nous permettront de nous retrouver debout et face à un éventuel agresseur.
Quoiqu’il en soit et même si nous ne passons pas notre vie à nous « casser la figure », savoir se réceptionner correctement est souhaitable et permet de limiter les dommages, sur du verglas mais aussi dans des disciplines sportives comme l’équitation, par exemple !
Lorsque l’on perd l’équilibre et que l’on tombe, il y a trois priorités. La première consiste à protéger sa tête. Celle-ci est très lourde (même si, comme je le dis parfois avec malice, il n’y a pas grand-chose dedans, pour certains) ! Pour cela il faut apprendre à la préserver et empêcher le moindre contact avec le dur. Les multiples répétitions, menton dans la poitrine lorsque l’on part sur l’arrière, sont une garantie. Placer son bras correctement devant afin qu’il serve à la fois de roue et d’amortisseur sera la consigne pour les principales chutes sur l’avant. En deuxième, il faudra protéger les articulations du bras. C’est au poignet, au coude et aussi à l’épaule que les traumatismes sur sol glissant sont à déplorer. Tendre le bras dans l’alignement du corps sera le bon reflexe, afin d’éviter de poser la main directement au sol pour éviter qu’une articulation (poignet, coude ou épaule) n’encaisse le poids du corps dans une position qui entraînera fractures et/ou luxations. Enfin, il faudra éviter de tomber à plat dos, et favoriser une réception légèrement sur un coté, celui du bras tendu. Sur un tatami, comme indiqué plus haut, on fera ce que l’on appelle « frapper » le sol, n’ont pas pour faire du bruit, mais pour répartir l’onde de choc.
Donc l’apprentissage de ce que l’on appelle en japonais les « ukémi » est tout sauf une perte de temps. Je n’ignore pas que certains sont quelque peu réfractaires à leur égard, il faut admettre que ce n’est ni très naturel, ni le moment le plus agréable d’une séance. Là aussi tout est question de dosage et de progressivité, que ce soit pour habituer le corps ou bien pour prendre confiance et faire en sorte de franchir cette barrière psycologique. Enfin lors de démonstrations et dans certaines projections, l’esthétisme obtenu grâce à une osmose parfaite entre les partenaires pourra être un facteur supplémentaire de motivation.
Il est dommage que certaines disciplines fassent l’impasse sur un secteur qui est d’une utilité incontestable.
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Décidément ce qui touche à la self-défense ne laisse pas insensible. L’article de la semaine dernière a rencontré un beau succès et a suscité quelques réactions qui m’inspirent ce nouveau billet.
Récemment j’ai été interpellé par le contenu d’une affiche sur laquelle était proposée – entre autres thèmes – de la « self-défense » au programme d’un stage de ju-jitsu. Cela sous entend (volontairement ou involontairement) que le ju-jitsu n’est pas une méthode de défense (à moins que ce soit dans un souci approximatif d’information destiné aux néophytes). C’est surprenant dans la mesure où je pensais que lorsque l’on pratiquait cette discipline on pratiquait forcément de la self-défense. Certes le ju-jitsu a l’avantage de ne pas se limiter au simple aspect utilitaire ; on travail le physique et le mental – qui ne sont pas incompatibles avec l’efficacité, bien au contraire -, mais il s’agit avant tout d’un art de combat. Ses principes et la majorité de ses techniques possèdent des spécificités qui sont la non-opposition, l’utilisation de la force de l’adversaire, la recherche du contrôle de l’adversaire, mais aussi celle du détail qui tente de conduire à la perfection, partant du principe que « qui peut le plus, peut…le plus ». Même si pour différentes raisons – éthiques et éducatives -, son enseignement et sa pratique ne se limitent pas à l’aspect utilitaire, chaque technique étudiée, chaque méthode d’entraînement travaillée et chaque kata exécuté ont comme principaux objectifs de progresser et de renforcer l’efficacité dans l’art du combat. Et puis surtout n’oublions pas que dans l’arsenal technique existent des projections et des coups qui peuvent être fatales (ne pas l’ignorer n’est pas superflu, à bien des égards). Tout cela pour affirmer que la self-défense est l’ADN du ju-jitsu.
C’est au début des années 1980, dans la suite logique des 16 techniques et des 16 bis que l’enchaînement des « 16 Ter » a vu le jour. Si son appellation n’est pas originale son contenu l’est assurément.
On ne combat pas le feu avec le feu, ni la violence par la violence. Au risque de me répéter, je ne me lasserais jamais de militer pour un enseignement éducatif dans lequel l’apprentissage des techniques de défense sera essentiellement axé sur la maitrise de l’agresseur et non pas sur son extermination. Si abjecte que soit l’agression et nous n’en sommes pas privés, la répression, tout comme le maintien de l’ordre (en dehors du dojo) n’est pas la mission d’un éducateur, mais celle des services spécialisés dans ce domaine. Que l’on ne s’y méprenne pas, je ne suis pas habité par un idéalisme béat ni par un angélisme inapproprié, mais par une responsabilité professionnelle. Il n’est pas question non plus de « mollesse », ni dans le comportement, ni dans l’entraînement, ni dans une réaction indispensable en cas d’agression et d’une sanction à la hauteur du délit par la justice. Mais il existe une différence entre apprendre à se défendre et apprendre à détruire. La personne qui souhaite légitimement pouvoir se sortir d’une mauvaise situation ou aider quelqu’un à le faire, n’a pas forcément l’envie (et le droit, la notion de légitime défense ne devant pas être ignorée) de se transformer en « exterminator ».
Afficher en bonne place le Code moral sur un mur du dojo mais ne pas l’appliquer ne sert à rien. A moins que ce soit pour se donner bonne conscience ou encore revendiquer des principes sans les mettre en pratique. Heureusement, ces comportements ne sont pas (encore) majoritaires.
Parmi les évènements de cette nouvelle année, dans quelques semaines, fin mars précisément, se tiendra la 33ème édition du Festival des arts martiaux. Comme tous les ans depuis 1985, ce grand rendez-vous se tiendra à Bercy. Oui, j’ai encore des difficultés avec le nouveau nom : Accord Hôtel Aréna . Nous devrons nous y faire, puisqu’avec les J.O. une certaine pollution publicitaire devrait nous être imposée dans la capitale. Mais ce n’est pas le sujet du jour.
Dimanche soir, dans le TGV qui me ramenait de Paris à Niort, s’est manifestée l’envie d’évoquer les rendez-vous dominicaux, à l’image de celui que je venais de vivre. Une fois par mois, pour trois heures de ju-jitsu, je reviens dans la capitale pour y retrouver des personnes que j’apprécie infiniment. Au fil de la journée le plaisir se manifeste de plusieurs manières.