Sutemi waza

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Ils sont l’illustration parfaite des principes de non opposition et d’utilisation de la force de l’adversaire.

Deux parmi les nombreux principes qui font du ju-jitsu une discipline praticable par tous les gabarits, pour peu que l’on soit prêt à s’investir dans la durée.

Dans notre langue, nous les appelons les « techniques de sacrifices ». En effet, pour les appliquer il faut s’effacer devant l’adversaire en se mettant volontairement au sol, sur le dos ou le flanc : se sacrifier. Il s’agit de sacrifices utiles, ô combien.

De fait, les sutemis sont praticables par tous les gabarits et notamment les plus faibles. Une fois bien maîtrisés, leur efficacité est redoutable.

Tomoe-nage la fameuse « planchette japonaise » est la plus célèbre.

Dans leur exécution, non seulement on ne s’oppose pas à la force de l’adversaire, mais on y ajoute la nôtre. Même avec peu de puissance, il suffit de « conduire » celle de l’opposant. A partir de là, « tout le monde peut faire tomber tout le monde ».

Nous sommes au cœur de l’efficacité du ju-jitsu tel qu’il doit être enseigné et pratiqué.

Certes, sans action offensive de l’adversaire, il est difficile d’appliquer ces principes d’addition de force, mais le ju-jitsu (bien présenté) a toujours revendiqué le titre de méthode de défense et non pas d’attaque.

En judo, ils s’utilisent principalement en contre prise ou en appliquant le principe d’action réaction.

Avec l’avènement de la compétition et des catégories de poids, certaines projections ont dû être adaptées, c’est le cas des sutemis ; dans la mesure où, à technique (presque) équivalente et à poids égal, les principes de base n’ont plus les même effets, y compris celui de la surprise pour la personne qui en agresse une autre et qui n’envisage pas que celle-ci puisse se défendre en utilisant de telles techniques.

Toujours en judo, le meilleur exemple s’appelle tomoe-nage avec l’apparition du yoko-tomoe-nage. C’était à la fin des années 1960. Cette forme ne trouvant sa raison d’être que dans le randori et le combat de judo. Il n’existe pas vraiment d’applications en self défense. Une analyse approfondie de cette technique pourra faire un beau sujet par la suite.

Il existe des différences techniques mais aussi d’utilisation selon que l’on se trouve dans le cadre de la (self) défense ou bien dans celui du judo. Ne serait-ce que dans la rue, sur un sol dur, nous nous placerons sur le dos qu’en dernière analyse, lorsque la poussée est tellement forte que nous sommes déjà en déséquilibre et que l’application de techniques comme hiza-guruma, par exemple, qui nous laisseraient debout, n’est plus possible.

A l’inverse, en judo les sutemis peuvent être pratiqués directement, comme toute autre technique.

Il existe aussi les « makikomi », ils sont un peu les « cousins » des sutemis. Littéralement, il s’agit de techniques d’enroulement. Le corps de Tori venant au contact de celui d’Uke pour l’entraîner jusqu’au sol. La différence essentielle réside dans le fait que pour les sutemis, il y a séparation des corps durant l’action et que pour les makikomi, c’est l’inverse ; l’efficacité se réalisant avec le plus étroit contact entre les deux protagonistes (au profit de Tori, évidemment, qui emmène le corps d’Uke avec le sien, le plus souvent dans une synergie rotative). Le point commun étant que dans les deux cas l’idée est d’entraîner l’adversaire au sol.

La maîtrise de ces « techniques de sacrifices » requiert de la patience, comme beaucoup d’autres, mais leur parfaite exécution – qui donne l’impression d’agir sans aucun effort et même de façon un peu magique – procure peut-être une joie supérieure à celle ressentie dans la réalisation d’autres projections. C’est en tout cas un sentiment que je ne pense pas être le seul à partager.

(Les deux photos d’illustration ont quelques décennies d’écart et… des partenaires différents !)

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La force de l’adversaire

« Surmonter l’habitude d’employer la force contre la force est une des choses les plus difficiles de l’entraînement du judo (et du ju-jitsu). On ne peut espérer progresser sans y parvenir ». Jigoro Kano

Il serait dommage d’oublier que la non opposition est le « principe de base » du ju-jitsu, notamment celui de l’École traditionnelle Yoshin Ryu (Ecole du cœur de saule), l’une de celles qui avait largement inspiré Jigoro Kano lorsqu’il a souhaité « ressusciter » notre art martial.

Malheureusement, parfois on a tendance à l’oublier.

Avec la non opposition, nous sommes en présence d’un principe d’une grande intelligence. Il mériterait de ne pas être utilisé que dans les affrontements physiques, mais aussi au quotidien.

L’opposition frontale ne peut donner raison qu’au plus fort physiquement et dans la société elle ne débouche jamais sur un accord constructif. N’allons pas jusqu’à mettre en avant le dicton populaire suivant : « il vaut mieux céder à l’âne que le tuer », mais on peut s’en inspirer.

Plusieurs principes sont attachés au ju-jitsu, mais celui de non opposition régit les autres : addition de forces, utilisation de celle de l’adversaire, action réaction, etc.

Ces principes ne sont applicables qu’en association avec celui de non opposition.

Il s’agit tout simplement de se retirer de la trajectoire d’une force qui avance sur nous.

Ensuite, première possibilité, sans s’en occuper davantage, la laisser s’éteindre dans le vide.

Autre possibilité (si l’on veut maîtriser celui qui attaque), celle qui consiste à conduire la force en question, en y ajoutant la nôtre ; ce sont les principes d’utilisation de la force de l’adversaire et de l’addition des forces.

On peut aussi y ajouter simultanément un obstacle, au niveau des jambes de l’attaquant, par exemple, afin de le faire chuter. Cette dernière description, sommaire j’en conviens, pourra servir de première explication pour une technique comme hiza-guruma.

Autre exemple avec tomoe-nage où on sacrifie son corps au détriment de celui qui attaque. Comme le démontre la figurine qui illustre cet article. (Figurine réalisée en son temps par mon père, Bernard Pariset.)

Ce principe général de non opposition n’est en aucun cas un signe de renoncement, mais tout simplement l’incarnation du bon sens.

Force contre force, c’est forcément…le plus fort qui gagne. Et puis, utiliser la force de l’adversaire en commençant par ne pas s’y opposer, c’est aussi un moyen de ne pas gâcher sa propre énergie.

Cette non opposition, comme indiqué en introduction de cet article, est également utile dans les rapports humains, c’est ce que prônait Jigoro Kano, lorsqu’il disait : « Le conflit se fait au détriment de tous, tandis que l’harmonie se fait au bénéfice de chacun ».

Avec un peu d’entraînement, ce principe qui permet de vaincre la force brutale donne la possibilité à tous de ne pas subir la loi du plus fort. C’est, de mon point de vue, sans jeu de mot, la principale « force » du ju-jitsu.

Terminons cet article avec une dernière citation : «Qui apprend à céder est maître de la force ». Lao Tseu.

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Un triple engagement

On ne fait pas toujours ce que l’on veut, il y a les imprévus, les impondérables, les cas de force majeure, etc. Mais parfois, l’absence à une séance est la conséquence d’une « petite flemme », d’une flemmingite aiguë ! Certes, on n’est obligé de rien, mais lorsqu’on cède à la facilité on rompt une sorte de triple engagement.

D’abord vis à vis du professeur. Celui-ci a préparé sa leçon, il compte sur son effectif pour lui faire profiter de ce que lui-même a appris grâce à sa régularité lors de son apprentissage. Être professeur, quelque soit la discipline, c’est exercer un métier et faire évoluer ses élèves, c’est l’objectif. Il n’est pas simplement un diffuseur occasionnel de techniques (quand on n’a pas mieux à faire) et qui ne seront pas assimilées en quelques fois. Il y met du cœur et de la passion.

Ensuite, c’est un engagement vis-à-vis des autres élèves. On va peut-être manquer à ses partenaires, au collectif. Bien qu’il s’agisse d’un sport individuel, il ne peut se pratiquer seul. Une bonne ambiance dans les cours, c’est aussi le fait de se retrouver de façon régulière, cela participe à l’élévation du groupe grâce à une saine émulation. C’est une aventure commune.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, on rompt avec un engagement vis-à-vis de soi-même. L’estime de soi et la fierté personnelle, ce n’est pas rien. Et puis, que l’on me contredise si j’ai tort, les fois où on s’est fait un peu violence pour venir s’entraîner, on ne l’a jamais regretté. D’autant plus que la récompense ultime sera de progresser, dans un domaine qui demande quelques efforts, mais en sont-ils vraiment ?

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Revenir sur « les 16 techniques ».

C’est pour les besoins d’une démonstration qu’est né cet enchaînement.

Nous étions en 1982, le remise en valeur du ju-jitsu battait son plein et j’avais été sollicité pour produire une prestation à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de judo féminins qui se déroulaient à Paris. Il était entendu que le rôle de Tori serait tenu par une femme. Ce fût une de mes élèves, Marie-France Léglise qui était « la gentille », j’officiais dans le rôle « du méchant ». (Je n’ai pas toujours été Tori.)

J’avais donc mis au point une démonstration en deux parties. Une première dans laquelle chaque technique était démontrée d’abord au ralenti, puis à vitesse normale, et une seconde qui proposait un enchaînement très rapide. Les 16 Techniques étaient nées.

A titre personnel, je ne les ai jamais abandonnées. Plusieurs raisons à cela.

D’abord, elles sont d’une indiscutable efficacité pour peu qu’on se donne la peine de les assimiler et de les répéter. Certes, il ne faut pas nier la difficulté de bien maîtriser certaines projections, mais évoluer n’est-il pas un but dans la vie, a fortiori dans les arts martiaux ?

Cet enchaînement permet de renforcer son savoir-faire technique sur un nombre varié d’attaques et de ripostes. Des ripostes qui proposent des coups, des projections et des contrôles, et les fameuses liaisons qui font la force du ju-jitsu.

Il est aussi un moyen d’acquérir des qualités indispensables, comme les automatismes, la vitesse d’exécution et il améliore la condition physique.

Cet enchaînement est également une sérieuse base de travail. En effet, à partir de chaque technique, il est possible de proposer ce que j’appelle des « déclinaisons » : enchaînements à partir de réactions de Uke, mise en place de ripostes différentes à chaque attaque, avec la possibilité d’imposer un thème : par exemple ne proposer que des clefs ou bien des étranglements ou encore des projections différentes des originelles.

On peut aussi envisager d’étudier des contre prises, même si, s’agissant de self défense, cela peut paraître surprenant, mais pour renforcer une technique, étudier les moyens d’y échapper n’est pas inutile.

On peut trouver cet enchaînement trop difficile et lui opposer le fait qu’il est possible de faire plus simple en matière de self défense, ce qui est vrai ! Mais rien n’empêche le professeur de proposer dans un premier temps des ripostes plus faciles. Ensuite, « qui peut le plus, peut le moins » ; viser plus haut, c’est une façon de ne pas se scléroser et puisque nous sommes dans les proverbes et citations faciles, on peut citer celle-là : « qui n’avance pas recule ».

Il est également utile de se souvenir que nous pratiquons un art martial, avec une histoire et un patrimoine technique que nous ne pouvons pas renier et que nos disciplines sont aussi des moyens d’épanouissement physiques et mentaux . Même si l‘aspect utilitaire est incontournable, il ne serait pas sain de se limiter à celui-ci à longueur de saison.

Il faut se souvenir aussi qu’à cette époque (en 1982), l’objectif était de respecter l’histoire en rendant indissociables judo et ju-jitsu, en les considérant comme complémentaires. Le ju-jitsu peut être une façon d’apprendre les techniques de judo dans leur utilisation première, ce qui de mon point de vue est un excellent moyen. Malheureusement cela n’a pas toujours été compris.

« Les 16 techniques » sont une preuve indiscutable du lien qui existe entre le judo et le ju-jitsu, comment pourrait-il en être autrement ?

Enfin, les enseigner, les pratiquer et les démontrer sont à chaque fois de véritables moments de plaisir ! C’est aussi une belle démonstration dans laquelle sont alliés efficacité et expression corporelle.

(La couverture qui sert d’illustration à cet article est celle d’un livre qui présente, entre autres, cet enchaînement.)

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L’échauffement

Séquence incontournable et indispensable d’une séance, l’échauffement est parfois vécu comme redondant, ennuyeux ou trop difficile.

C’est dommage, parce qu’il est d’une grande utilité, à la condition de savoir le présenter !

Sa vocation est de mettre le corps et l’esprit dans de bonnes dispositions pour la suite du cours. Il influence forcément l’ensemble de la leçon. Il ne permet pas uniquement de limiter les risques de blessures, il donne aussi le ton, il ouvre le chemin !

Par définition il ne doit être ni trop long, ni trop difficile, il ne faut pas confondre échauffement et épuisement. Il doit être attractif, et non pas rébarbatif.

Les exercices peuvent être choisis en fonction du thème principal développé.

Sur un plan purement pratique, ce n’est pas tant le choix des exercices qui est important, mais la façon de les pratiquer.

Certains que nous avons l’habitude d’exécuter peuvent être dangereux s’ils sont faits n’importe comment : trop fort, trop vite, ou trop longtemps.

D’autres auxquels on ne pense pas forcément peuvent être proposés s’ils sont exécutés intelligemment, avec mesure. Par exemple des exercices d’opposition très codifiés au cours desquels les partenaires sont en parfaite osmose. Avec des pratiquants d’un bon niveau, des répétitions telles que des retournements ou des renversements au sol pourront être pratiquées. S’adressant à des débutants, on sera plus prudent avec une sélection de moyens plus « classiques ».

Si l’échauffement est utile afin d’éviter les blessures, il n’est pas un « blanc seing » pour le reste du cours durant lequel le professeur pourrait se permettre de faire travailler certaines techniques et exercices dangereux, sous prétexte que l’échauffement a été effectué. Mais la suite de la leçon, c’est un autre sujet !

En conclusion on peut dire qu’il doit être court, attractif et pourquoi pas récréatif, nous sommes aussi dans le loisir. Il doit échauffer les principales articulations et groupes musculaires, solliciter le système cardio-pulmonaire et provoquer un bien être général qui sera un atout pour le reste du cours.

Un bon échauffement sera la première des conditions pour une séance réussie.

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Les bons vœux

Après nous être souhaité une bonne année et surtout une bonne santé, que pouvons nous nous souhaiter dans le domaine qui nous rassemble, à savoir celui des arts martiaux ?

D’abord souhaiter que tous ceux qui ont commencé dernièrement ne s’arrêtent pas au premier découragement. Une pratique pérenne ne fait que rendre meilleur, et pas uniquement dans la maîtrise des techniques, mais aussi dans la révélation de qualités intrinsèques utiles au quotidien, dans nos actions et dans la qualité de nos relations.

A la condition qu’il s’agisse d’une pratique éducative, évolutive, qui nous offre la possibilité de nous élever et de nous améliorer techniquement, physiquement et mentalement.

Nous sommes dans un dojo pour bâtir, non pas pour détruire. Une pratique sans stress, nous sommes aussi sur les tatamis pour passer d’agréables moments.

Toujours dans notre domaine, il faut souhaiter la régularité qui est la seule garantie de progrès. Il faudra s’impliquer sérieusement, venir une fois de temps en temps ne sert pas à grand-chose. Certes, cette régularité dépendra aussi d’un enseignement attractif, motivant et sécuritaire. (En plus d’une indispensable volonté personnelle.)

Attractif : qui donne envie de commencer. Motivant : qui donne envie de continuer. Sécuritaire : qui permet d’évoluer en évitant une pratique brutale qui provoque des blessures. Une pratique sécuritaire ne signifie pas inefficace, bien au contraire, puisque c’est une pratique qui s’inscrira dans la durée !

On n’oublie pas non plus l’acquisition de grades supérieurs. Ils sont la récompense d’un ensemble de qualités, mais surtout les marqueurs d’un long chemin sur lequel se mêlent efforts et plaisirs.

Enfin, que dans les dojos continuent à être diffusées les belles valeurs qui, en plus de la qualité technique, font la richesse et la sagesse de nos ARTS.

Bonne année à toutes et à tous.

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Un peu d’histoire (pas si lointaine)

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A la fin des années 1960 le judo était devenu très populaire. Cependant l’aspect sportif prenait l’ascendant sur le traditionnel et l’utilitaire. En compétition, la mise en place des catégories de poids permettait à davantage de compétiteurs de pouvoir s’exprimer, mais en effaçant un peu le côté mythique « du petit qui battait le grand », ce qui pouvait arriver dans le « toutes catégories ».

Si le judo s’imposait comme une excellente méthode d’éducation physique et mentale en direction des enfants, il perdait de son influence auprès des adultes en quête d’une méthode de self défense.

D’autres disciplines, venant d’Orient, commençaient à occuper les tatamis : l’Aïkido offrait un aspect traditionnel recherché par certains et le karaté représentait pour beaucoup un moyen efficace de se défendre, notamment  à l’aide de ses « atemi » (coups portés).

Mon père, Bernard Pariset, après une carrière exceptionnelle de judoka se consacrait à son dojo parisien de la rue des Martyrs. Ainsi, il était à l’écoute de néophytes adultes souhaitant pratiquer un art martial. Or, il constatait que les demandes de renseignements affluaient en direction… du karaté. Nullement jaloux – il y avait une section karaté dans le dojo – il pensait néanmoins que c’était dommage, puisque dans notre discipline existait l’atemi-waza, mais que ce secteur avait été délaissé.

Fort de ce constat et ayant conservé des responsabilités à la fédération,  il réussi à convaincre Henri Courtine, à l’époque directeur technique national de la F.F.J.D.A., de mettre en place une progression ju-jitsu en parallèle à celle du judo, dans laquelle serait revalorisée la famille des coups : « l’atemi-waza ». Pour marquer les esprits, il décida d’appeler cette méthode « atemi-ju-jitsu ».

Il n’était pas question de révolution, mais d’adaptation. Les atémis que l’on retrouvait dans les différentes écoles de ju-jitsu méritaient une remise à jour, les autres disciplines comme le karaté l’avait d’ailleurs opérée, quelques temps avant.

L’idée était très simple : il suffisait de prendre la progression de judo de l’époque et de mettre en face de chaque technique son application en self-défense en la renforçant avec un « atemi », quand c’était utile et possible. Cela n’avait rien d’hétéroclite ou d’exceptionnel, dans la mesure où les projections puisent leurs origines dans la self défense ; on le prouve facilement en prenant une seul exemple : hiza-guruma sur une poussée de face aux épaules.

L’objectif étant de faciliter la tâche des professeurs en leur  proposant un moyen « clefs en mains » de satisfaire une population qui, soit avait passé l’âge d’affronter un entraînement physique parfois trop important, ou qui recherchait une méthode de self défense.

De fait, cette population restait dans la famille « judo ju-jitsu ».

La revalorisation de l’atemi-waza s’est  effectuée en parfaite compatibilité avec les deux autres composantes du ju-jitsu (projections et contrôles) en offrant une incontestable efficacité. On restait dans les mêmes attitudes. Il n’y avait aucune difficulté pour passer du ju-jitsu au judo et le contraire.

Au milieu des années 1970, le projet s’est concrétisé, il a connu un vrai succès au début des années 1980. Dans beaucoup de dojos on a assisté à l’éclosion de nombreuses sections « atemi-ju-jitsu », avec une quantité de pratiquants dépassant les espérances. Ainsi judokas et jujitsukas se rassemblaient sous une même bannière et sous le même toit, avec deux options, mais un même état d’esprit, une complémentarité et une interchangeabilité constructive.

Malheureusement parfois le succès fait peur et beaucoup y ont vu une concurrence potentiellement nuisible au judo, alors que l’objectif était exactement l’inverse. Peut-être est-ce que cela a été mal compris ou pas voulu être compris ? Toujours est-il qu’à partir du milieu des années 1990 une gestion radicalement différente a été mise en place. Les programmes des passages de grades sont devenus davantage judo que ju-jitsu et le peu qui restait du ju-jitsu était différent dans la forme et dans l’esprit.

De plus, l’apparition de compétitions d’affrontement direct allait à l’encontre de l’objectif initial, à savoir de proposer une discipline à but non compétitif, comme doit l’être un art martial traditionnel. (De fait, l’introduction de compétitions en ju-jitsu peut devenir une concurrence au judo.) Et puis, à partir du moment où existent des compétitions dans une discipline, les professeurs ont tendance à n’enseigner que les techniques autorisées dans ces affrontements. Ce qui entraîne la suppression de techniques efficaces en self défense.

En abandonnant l’aspect utilitaire, ou tout du moins en le négligeant, on se prive d’une population qui va voir ailleurs.

Devant ces bouleversements et mon incapacité à me résoudre à abandonner ce que j’avais appris, démontré et enseigné, et ne me retrouvant ni dans la forme, ni dans le fond des nouvelles orientations, j’ai décidé de prendre mes distances en 1995. J’étais dans l’impossibilité de renier mes convictions. Non pas par manque d’ouverture d’esprit, ni de renoncement à évoluer (d’ailleurs de mon point de vue, il ne s’agissait pas d’une évolution) mais, en plus de la fidélité à des convictions, il s’agissait tout simplement de pragmatisme, puisque les clubs qui avaient ouvert de  telles sections connaissaient un énorme succès.

Alors, pourquoi ce changement ? Je me pose encore la question.

En illustration de cet article, on trouve les couvertures des premiers ouvrages consacrés à cette méthode. Celui qui présente le travail debout est de 1976, le second consacré au travail au sol doit dater de 1983.

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Il y a vingt et un an…

Il y a vingt et un an, nous quittait Bernard Pariset.

Il était mon père, mon professeur et mon mentor. Il était un judoka au palmarès exceptionnel, il a marqué les débuts du judo dans notre pays et bien au-delà.

Un homme qui possédait aussi d’exceptionnelles qualités dans d’autres domaines. L’équitation et la sculpture notamment. Sans oublier un caractère bien trempé.

Après s’être constitué un palmarès exceptionnel en judo en « toutes catégories », avec la méthode Atemi Ju-Jitsu, il a été l’artisan de la renaissance du Ju-Jitsu dans notre pays.

Je propose quelques souvenirs en images avec des personnalités, des événements et des situations qui lui étaient particulièrement chers.

Entre autres souvenirs, la fin d’une interview d’Anton Geesink, dans laquelle le colosse néerlandais, lui rendait un sacré hommage.

Il est impossible d’évoquer mon père sans citer Henri Courtine. Tous les deux ont été de grands champions, mais aussi, chacun avec ses compétences, des artisans de la construction du judo ju-jitsu en France, et nos deux premiers 6eme dan en 1968.

Concernant ses « spéciaux » en judo, il y avait d’explosifs seoi-nage et une redoutable maîtrise du ne-waza.

Voilà quelques mots pour ne pas oublier. Pas de nostalgie exagérée, mais le respect de la mémoire pour des personnalités qui nous ont légué un précieux héritage sur lequel nous nous sommes appuyés. Aujourd’hui, c’est plus particulièrement vrai pour moi !

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Indispensables régularité et durée

Nous sommes arrivés à la deuxième partie de la saison qui en compte cinq, entre deux vacances scolaires (qui manifestement ne concernent pas que les scolaires). Malheureusement à chaque reprise, quelques uns « quittent le navire ». A la fin de la saison, l’effectif n’est pas le même qu’au début.

Ce n’est pas propre aux arts martiaux, mais c’est dommage. Sans régularité il ne peut y avoir de progrès, sans une pratique qui s’inscrit dans la durée, il est difficile de s’exprimer, ce sont des  évidences toujours bonnes’ à rappeler.

La société évolue : les sollicitations sont de plus en plus nombreuses, les priorités se déplacent, on s’investit de moins en moins sur le long terme, on s’investit de moins en moins, tout simplement ! Enfin, le goût de l’effort et de la ténacité prend moins de place.

Il fut un temps où les soirées d’entraînement étaient sacrées et passaient avant tout le reste, sauf cas de force majeure. Il faut être objectif et reconnaître que ce n’est plus trop le cas. On se trouve souvent une excuse.

Les arts martiaux ont peut-être perdu de leur aura au fil des décennies avec l’émergence de disciplines dont certaines sont largement en marge des valeurs éducatives.

Les arts martiaux imposent un investissement plus important. Pourquoi ?  D’abord parce qu’il s’agit de l’apprentissage et de l’utilisation de techniques faites pour mettre hors d’état de nuire, elles peuvent même être fatales, elles sont donc dangereuses si elles ne sont pas enseignées avec un minimum de précautions qui passent par la formation, l’expérience et le bon sens. Il faut du temps pour les « maîtriser » parfaitement, dans les deux sens du terme : à la fois sur le plan de l’efficacité, mais aussi du contrôle.

Ensuite l’art martial est une « école de vie » (s’il est enseigné correctement), on progresse en technique, mais aussi en termes de relations sociales et amicales, en éducation physique et mentale, en éducation tout court. On doit s’y investir totalement.

Dans un dojo, on apprend à vivre, on apprend la patience, on idéalise le goût de l’effort et du perfectionnement avec la récompense qui les accompagnera. On respecte les lieux, le professeur, les autres pratiquants, etc. Autant de choses utiles en société.

Bien que la pratique des arts martiaux se situe  aussi dans la catégorie des loisirs, si on souhaite progresser et ainsi pouvoir s’exprimer de plus en plus subtilement et ainsi éprouver le plaisir des progrès il est indispensable de faire un effort de régularité. Mais est-ce vraiment un effort ? Peut-être un peu au début, mais il n’est pas mauvais de changer et d’opter pour de bonnes habitudes !

Finissons sur une note positive en indiquant qu’il existe encore beaucoup de pratiquants qui connaissent l’importance d’un engagement sur du long terme et de la régularité pour découvrir et profiter de tous les trésors que détiennent les arts que nous pratiquons.

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Quelques E…

Efficacité, Éducation, Épanouissement, Etc.

Dans un dictionnaire des arts martiaux, la lettre E offre de belles définitions qui sont autant de qualités  développées grâce à une pratique assidue.

Efficacité. Bien sûr, surtout quand il s’agit de self défense. Avec le ju-jitsu, notamment, nous couvrons toutes les situations avec un ensemble de ripostes adaptées.

Education. Physique et mentale. Professeur, on est également « Éducateur » pour le corps et l’esprit. À une époque où la violence s’invite quotidiennement, en amont le rôle des éducateurs sportifs est déterminant. Dans les arts martiaux on se doit d’apprendre à combattre intelligemment. On bannit une surenchère de cette violence. Pour satisfaire cette éducation physique, on évite les blessures à répétition ; il est préférable d’éduquer que de rééduquer.

Épanouissement. Intimement lié au précédent critère. Cet épanouissement physique et mental permet d’être « bien dans son corps, bien dans sa tête ». Dans ce monde de plus en plus « spécial », l’épanouissement dans la pratique est un remède dont il serait dommage de se priver. Là aussi, cela s’obtient dans une ambiance constructive, positive.

Expression corporelle. Ces moments, où nous nous exprimons corporellement, nous apportent de la satisfaction, une estime de soi, une confiance personnelle. Autant d’éléments qui permettent d’avancer positivement dans la vie.

Efforts. Sans eux, sur le long terme, aucun résultat ne sera possible, ni aucune récompense. L’effort physique qui améliore le corps, l’effort mental qui renforce l’esprit.

Esthétisme. Certains le jugent superflu. J’ai déjà écrit que lorsqu’on sauve sa vie ou celle d’une tierce personne, il n’est pas d’actualité, mais à l’entraînement, il ne gâche rien. Il demande des efforts toujours récompensés. « La recherche du beau » finalise un accomplissement personnel. C’est le résultat de l’addition d’éléments positifs et constructifs tels que la patience, la persévérance, le goût du détail, etc. Il ne retire rien à l’efficacité, bien au contraire.

Enthousiasme. Sans enthousiasme dans la pratique, il n’est pas facile d’avancer positivement. Cependant, en cas de carence de cet état, celui-ci se développera au fil des années de pratique ou tout simplement au cours d’une séance.

Encouragements. Il y a les encouragements dispensés par le professeur et les encouragements qui nous viennent directement du constat des progrès réalisés grâce à une forte implication.

Voilà quelques réflexions utiles à une pratique qui est aussi un mode de vie. Nos belles disciplines ne sont-elles pas des « Écoles de vie » ?

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