Fin juin : bilan et combat…

Dans notre activité, le mois de juin est propice à établir le bilan de la saison qui s’achève et pour envisager la prochaine. A titre personnel, celle-ci a commencé en pouvant remettre le « blanc de travail », alors que durant la saison précédente (2020/2021) cela n’avait pas été le cas ; du jamais vu dans ma carrière.

Les quelques stages que j’ai pu encadrer ces neuf derniers mois ont été une bouffée d’oxygène pour le moral, mais on ne peut pas encore parler de redressement professionnelle, loin s’en faut ; il y a des catastrophes qui ne se réparent pas d’un coup de baguette magique, même avec une volonté sans faille.

Revenons sur les trois derniers mois de juin :

En juin 2019, c’est avec une joie non dissimulée que j’ouvre un nouveau dojo à Paris, après plusieurs années difficiles dues à quelques coups du sort.

Un an après, en juin 2020, ce n’est pas un coup du sort, mais une injustice, qui m’oblige à rendre les clés du tout jeune dojo.

En juin 2021, c’était très spécial, en effet, comme indiqué plus haut, c’était la première fois dans ma vie de pratiquant, que je ne mettais pas le kimono durant la totalité d’une saison.

Et en ce 30 juin 2022, qu’en est-il ?

Beaucoup d’entreprises ont bénéficié d’aides, elles ont pu éviter la fermeture (pour le moment), et c’est tant mieux. Cependant, et c’est loin d’être une consolation, je ne suis pas le seul à ne pas avoir pu profiter de ces aides et à être plongé dans une situation difficile( le mot est faible ) en étant privé de travail et donc de revenus – ou si peu – depuis deux ans (et ce n’est pas fini) ; il faut mesurer ce que cela signifie. Comme nous représentons une quantité négligeable, sans moyen de pression, nous sommes ignorés.

J’ajoute qu’à la perte de l’outil de travail, donc de travail sans droits au chômage, il faut ajouter la perte sans aucune indemnisation de l’intégralité de l’investissement réalisé juste quelques mois auparavant. C’est juste monstrueux, là aussi, les mots sont pesés…

Donc, ce mois de juin sonne la fin d’une saison durant laquelle il a fallu tenter de réparer d’immenses dégâts.

A la volonté de reconstruire pour ne pas sombrer et à l’énergie que cela représente, s’ajoutent au fil des mois, les doutes, l’incertitude et les angoisses qu’engendrent inévitablement une telle situation. Il s’agit depuis deux ans d’une vie dans laquelle toute sérénité s’est enfuie et les plaisirs évanouis. La vie n’est plus la même et beaucoup de projets personnels ne seront plus réalisables.

Malgré tout, le combat continu et il ne consiste pas uniquement à se plaindre en dénonçant une injustice qui demande réparation, loin de là, mais aussi à retrousser les manches du judogi pour essayer de rebondir. Cependant, ce n’est pas facile, curieusement beaucoup de portes se ferment – ou ne s’ouvrent pas -, allez savoir pourquoi ? Quant à l’hypothèse de me relancer dans l’aventure d’un dojo privé, avec ce que je viens de vivre, c’est à dire une fermeture imposée et non indemnisée, il faudrait être irresponsable (et en avoir les moyens). Et puis, on ne peut pas affirmer que les feux soient « au vert » ; entre le virus qui revient, la guerre en Ukraine, le pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil, etc.

Le plus enrageant, c’est que cela aurait pu être évité ou réparé. Évité avec une gestion différente, réparé avec davantage de solidarité. L’entraide mutuelle, chère à Jigoro Kano, n’est pas souvent appliquée.

Ceux et celles qui n’ont pas failli se reconnaîtront, ils ont fait dans la mesure de leurs moyens, je les remercie du fond du cœur. Je sais aussi que beaucoup auraient voulu apporter leur pierre, mais ils n’en n’avaient pas la possibilité. Il y a une troisième catégorie qui n’a pas bougé, alors qu’elle aurait pu ! Sans oublier une « sous catégorie » (le double sens est bien choisi), qui ne s’est pas gênée pour mettre des bâtons dans les roues ; ce n’est pas à mon âge que de tels comportements m’étonneront.

En cette fin juin, dans une vie qui n’est plus la même, je reste positif et combatif. Concernant, le fameux « rebond » que très gentiment beaucoup me prédisent, il faut admettre qu’il est plus difficile à réaliser avec une balle un peu usée. Mais pas question d’abandonner !

Entre les deux saisons il y aura le stage de Soulac qui sera une belle parenthèse et un grand moment de partage, dans ce lieu qui nous a accueillis merveilleusement pendant vingt-cinq années, entre 1986 et 2010. En espérant que la 7ème vague de ce virus, avec laquelle on recommence à nous inquiéter, ne viendra pas à nouveau tout massacrer et hypothéquer la rentrée.

Normalement, très prochainement, je devrais avoir quelques bonnes nouvelles à annoncer. Peut-être un peu de lumière au bout du tunnel.

En attendant, je souhaite à toutes et à tous un bel été et une reprise gagnante en septembre.

J’ajouterai pour conclure que je ne suis ni aigri, ni envieux par rapport à ceux qui n’ont pas souffert professionnellement durant cette crise. Par contre, c’est mon mépris le plus profond que je réserve aux quelques « donneurs de leçons » qui, quoiqu’il arrive, seront toujours à l’abri !

Les 16 Bis et les 16 Ter, l’inévitable suite

La semaine dernière, c’est un article consacré aux 16 techniques qui était proposé, il est logique que cette semaine nous nous intéressions à deux autres enchaînements créés à leur suite, à savoir les 16 Bis et les 16 Ter.

Cela a déjà été fait par le passé, mais remettre en avant des créations qui permettent à certains de découvrir et à d’autres de se perfectionner, n’est jamais une perte de temps. Et puis, quelques nouveaux arguments viennent en complément.

Les 16 Bis et les 16 Ter ont donc été mises au point après les 16 techniques. Pour faciliter la mémorisation et pour évoluer dans la difficulté face à des situations presque identiques, ce sont les mêmes emplacements pour Tori et Uke – et pour la plupart du temps les mêmes attaques – qui ont été conservés.

Ces enchaînements et ces techniques demandent une maîtrise plus importante, ils entrent dans le processus de découverte et de progression.

Les techniques sont assez spectaculaires, ce qui ne remet en aucun cas leur efficacité, loin de là. En plus d’être des outils de progressions, ils peuvent servir de démonstrations qui ne manquent pas de marquer les esprits et d’installer le ju-jitsu dans le paysage des arts martiaux. Il s’agit là d’un ju-jitsu efficace, dynamique et spectaculaire.

Ils sont composés, entre autres, de grandes techniques de projections appartenant au patrimoine du ju-jitsu et du judo, affirmaient, si besoin était, l’indiscutable indissociabilité  et  complémentarité de ces deux arts.

Pour les élèves, les intérêts  sont nombreux : perfectionnement techniques, renforcement des automatismes, de la condition physique et du travail de mémorisation, etc. Ces enchaînements mettent l’accent sur le travail de la fameuse fluidité dans la liaison des différentes composantes du ju-jitsu. Un sujet sur lequel j’insiste toujours.

C’est pour toutes ces raisons que, personnellement, elles n’ont jamais quitté mon enseignement.

Enfin, le plaisir éprouvé lors de leur exécution est un élément non négligeable,

Rien n’empêche non plus de les utiliser de la même manière que les  16 techniques de base, comme expliqué dans le dernier article, avec différents thèmes et de nombreuses méthodes d’entraînement.

A propos de la beauté dans l’exécution d’une technique, dans l’excellent livre « Les Chaussons de la révolution », paru dernièrement, de Marc-Olivier Louveau, j’ai trouvé une citation qui me satisfait totalement et que je me permets de lui emprunter : « Toute bonne technique est belle et gracieuse, elle est une figure dessinée dans l’espace où efficacité et beauté ne font qu’un ».  Je ne manquerai pas de consacrer un article à ce bel ouvrage qui traite de la naissance de la Savate.

La photo d’illustration propose les deux livres dans lesquels on retrouve ces enchaînements. Dans celui à la couverture rouge il y a les 16 Bis et dans l’autre les 16 Ter. (Ce ne sont pas les seuls thèmes, développés dans ces supports techniques.)

Les 16 techniques (et compagnie)

Plusieurs articles ont déjà évoqué « les 16 techniques ». Celui que je propose aujourd’hui permet d’insister sur l’outil que représente cet enchaînement né aux débuts des années 1980 pour les besoins d’une démonstration.

« Les 16 techniques », peuvent se suffire à elles-mêmes. On peut travailler chacune d’entre elles en détail, avant de mettre l’accent sur l’exercice qui consiste à les enchaîner vite et fort. Dans ces deux premières phases, l’aspect technique puis l’aspect physique seront travaillés.

L’ensemble de ces techniques est important. Elles font partie du patrimoine, elles permettent l’acquisition de mouvements fondamentaux, tout en faisant découvrir ou renforcer des principes tout aussi fondamentaux comme la non-opposition, l’utilisation de la force de l’adversaire, entre autres.

Concernant l’aspect physique, lorsqu’elles sont enchainées, elles permettent de renforcer les automatismes et la condition physique.

Mais, et c’est important, elles offrent au professeur de multiples outils d’un grand intérêt.

Dans un premier temps, on peut étudier des enchaînements qui envisagent différentes réactions de la part d’Uke. Ce qui n’est pas saugrenu. Ensuite, on peut étudier des contre prises à chaque technique. Étudier un contre entrera dans le processus de renforcement, il nous éclaire sur les points sensibles.

Et ce n’est pas tout. On peut aussi confier aux élèves la « mission » de mettre une réponse de son choix, différente de l’originale. On peut lui imposer un thème, par exemple que la riposte appartienne à une famille précise : clés, étranglements. On peut aussi lui demander de mette une liaison debout sol, pour les techniques qui n’en possèdent pas.

Faire travailler aussi bien à droite qu’à gauche, pourra aussi être proposé.

Enfin, un Tori qui défend et deux Uke qui alternent les attaques, fournira de l’originalité et un sacré renforcement des automatismes et de la condition physique.

La liste présentée n’est pas exhaustive.

Voilà donc un enchaînement qui n’est pas un véritable « couteau suisse », mais plus exactement un « couteau japonais ».

Pour info, nous aborderons ce thème à l’occasion du prochain « dimanche ju-jitsu » le 26 juin prochain à Paris.

eric@pariset.net

L’échauffement

Partie incontournable et indispensable d’une séance, l’échauffement est parfois vécu comme redondant, ennuyeux ou trop difficile.

C’est dommage, parce qu’il est indispensable et d’une grande utilité !

Sa vocation est de mettre le corps et l’esprit dans de bonnes dispositions pour l’ensemble de la séance. Il influence forcément la suite du cours. Il ne permet pas uniquement de limiter les risques de blessures, il donne aussi le ton pour la suite. Il ouvre le chemin !

Par définition il ne doit être ni trop long, ni trop difficile, il ne faut pas confondre échauffement et épuisement. Il doit être attractif, et non pas rébarbatif.

Les exercices peuvent être choisis en fonction du thème principal développé lors de la séance.

Sur un plan purement pratique, ce n’est pas tant le choix des exercices qui est important, mais la façon de les pratiquer. Certains que l’on a l’habitude d’exécuter pour s’échauffer peuvent être dangereux s’ils sont fait n’importe comment, trop fort, trop vite, ou trop longtemps.

D’autres auxquels on ne pense pas forcément  peuvent être proposés s’ils sont fait intelligemment, avec mesure. Par exemple des exercices d’opposition très codifiés au cours desquels les partenaires sont en parfaite osmose. C’est pour cette raison que, s’adressant à des débutants, on sera plus prudent avec une sélection de techniques qui devront rester « classiques ».

Si l’échauffement est utile pour éviter les blessures, il n’est pas un « blanc seing » pour le reste du cours durant lequel le professeur pourrait se permettre de faire travailler certaines techniques et exercices dangereux, sous prétexte que l’échauffement a été effectué. Mais la suite de la leçon, c’est un autre sujet !

En conclusion de ce petit article sur l’échauffement, on peut dire qu’il doit être court, attractif et pourquoi pas récréatif, nous sommes aussi dans le loisir. Il doit échauffer les principales articulations et groupes musculaires, solliciter le système cardio-pulmonaire et provoquer un bien être général qui sera un atout pour le reste de la séance.  Un bon échauffement sera la première des conditions pour une séance réussie.

www.jujitsuericpariset.com

 

Professeur et entraîneur

Professeur et entraîneur : ce n’est pas pareil. Les objectifs sont différents, il en est de même pour les qualités indispensables à la fonction et le public auquel on s’adresse n’a pas les mêmes aspirations.

Sans professeur, il n’y aurait pas d’entraîneur, puisqu’on ne peut entraîner qu’une personne qui possède déjà un bagage technique conséquent. Or, parfois on constate que la case professeur est sautée au profit de celle d’entraîneur. En clair, inconsciemment ou pas, certains oublient leur statut de professeurs au profit de celui d’entraîneur.

Chacun son métier et chacun sa mission.

Je n’emploierai ni des mots trop savants, ni des formules trop compliquées pour donner mon humble point de vue.

Le métier de professeur est un des plus beaux métiers du monde mais aussi un des plus difficiles. Pour transmettre les connaissances que l’on possède, il faut de la patience, du bon sens et une bonne « boîte à outils » pédagogique.

Entraîneur, c’est différent, dans la mesure où on s’occupe de personnes qui doivent se surpasser, qui doivent « performer » (pour reprendre un mot « particulier »). Donc on s’adresse à des athlètes qui ont comme but « la gagne ».

Si l’entraîneur se substitue au professeur, il se coupe de la base, de ceux qui sont venus pour une simple pratique physique, pour se défouler, s’amuser ou apprendre à se défendre. Ce qui représente une majorité de personnes mises de coté, ou tout simplement qui ne commencerons pas. Les deux peuvent être compatibles, mais trop souvent l’entraîneur « oublie » le professeur, pourtant indispensable.

Que la compétition puisse être proposée, cela se comprend, mais souvent elle est imposée, même insidieusement avec une forme d’ostracisme involontaire.

Certes, dans l’esprit de certains, il est plus valorisant de s’occuper d’une élite, encore faut-il en avoir les capacités. Un entraîneur doit être un meneur d’hommes et de femmes, doté de qualités psychologiques pouvant s’adapter à chaque athlète. C’est volontairement que j’utilise le mot athlète pour souligner que les personnes qui ont droit à cette appellation appartiennent à une élite qui est forcément coupée de la base. Cette base qui, comme déjà indiqué plus haut, n’a ni les capacités nécessaires, ni  tout simplement l’envie d’appartenir à ce groupe, et qui risque d’être mise sur la touche, si le professeur n’est plus qu’un entraineur.

Cette base qui représente l’immense majorité des pratiquants a besoin d’un professeur, tout simplement. Et si possible un bon professeur. D’où l’importance qui doit être donnée à la formation des futurs enseignants, ne serait-ce que pour éviter cette confusion professeur/entraîneur.

Commencer à entraîner avant d’enseigner, c‘est comme apprendre à plonger sans que l’élève sache nager ! Ou pire, dans une piscine sans eau !

La description faite dans ces quelques lignes n’est pas une règle générale, tant mieux ! Mais il faut être prudent pour qu’elle ne le devienne pas !

Shime-waza, le travail des étranglements

Pour les néophytes, le mot étranglement est souvent effrayant. C’est une peur bien légitime, puisque cela signifie la perte de connaissance si la technique n’est pas maitrisée. Les pratiquants ne ressentent  pas la même crainte, puisqu’avec une parfaite  maitrise technique et le respect des signes d’abandons, les étranglements peuvent être travaillés sans danger. Inutile de préciser qu’ils sont d’une redoutable efficacité.

Leur étude consiste à les appliquer, mais aussi à apprendre à s’en défendre. Que ce soit contre des étranglements « sommaires » ou très techniques.

Les étranglements se pratiquent essentiellement à l’aide des membres supérieurs, mais lorsqu’on se trouve au sol, ils peuvent aussi  s’appliquer avec les jambes ; exemple, le fameux sankaku-jime.

On peut les appliquer en étant de face ou placé derrière le partenaire et cela debout comme au sol.

Il y a les étranglements sanguins et les étranglements respiratoires. Les premiers empêchent l’arrivée du sang au cerveau (ce qui permet de savoir si nous sommes pourvus de cet « instrument »). Les seconds provoquent l’asphyxie en bloquant la respiration. Dans le premier cas on s’endort, dans le second on étouffe !

On trouve aussi deux groupes dans cette famille de techniques. Un premier dans lequel on applique l’étranglement « à mains nues » et un second où l’on utilise les revers d’une veste.

Il est évident que leur étude doit s’entourer de précautions et de mise en garde. Au signal d’abandon qui consiste à frapper deux fois au sol ou sur une partie du corps avec la paume de la main, ou avec le pied (kime-no-kata), l’exécutant doit immédiatement arrêter son action.

Dans la réalité, il faudra être en mesure de « doser » l’action en question. Celle-ci consistant à mettre hors d’état de nuire l’agresseur, sans mettre ses jours en danger, en évitant d’être obligé de recourir aux techniques de réanimation : les techniques apprises lors des cours de secourisme ou dans l’étude des fameux « kuatsu ». Durant toute ma carrière de professeur, je n’ai jamais eu à déplorer d’incidents majeurs. Il est arrivé que des personnes perdent connaissance, mais la retrouvent immédiatement.

S’ils sont terriblement efficaces, il faut souligner que les appliquer sur quelqu’un qui résiste, requiert une longue pratique. Une longue pratique qui fournira de l’efficacité, mais aussi et surtout une indispensable sagesse.

Comme la plupart des techniques pratiquées dans les arts martiaux, les étranglements sont dangereux, mais pas davantage qu’un coup porté sur un point vital ou bien qu’une projection au cours de laquelle la tête de celui qui chute heurte violemment le sol.

Encore une fois, c’est au professeur qu’incombe la responsabilité d’apprendre correctement les  techniques, en entourant leur apprentissage des indispensables consignes de sécurité.

Enseignement

Parmi les trois grands axes (  enseignement, démonstrations et publications ) qui ont animé ma vie professionnelle, c’est naturellement l’enseignement qui a occupé la plus grande part de mon activité, c’est aussi celui qui m’a donné le plus de satisfactions.

Les cours dans mes différents dojos et les stages en France et à l’étranger ont été mon cœur de métier. Sans surprise, c’est au ju-jitsu que j’ai consacré le plus de temps avant le judo et la boxe française. Bien qu’ayant suivi la formation de ce que l’on appelait « l’Ecole des cadres », je revendique une pédagogie de terrain, d’instinct et d’expérience. Il y a des choses qui s’apprennent essentiellement dans l’action, pour peu que l’on possède un peu de bon sens et de sensibilité.

Dans l’enseignement,  il ne suffit pas de maitriser parfaitement un bagage technique et d’avoir suivit des cours de formation réservés aux futurs enseignants pour être capable de bien transmettre. Il faut être pourvu (entre autres) de deux vertus principales : la passion et  la capacité d’adaptation. Cela peut sembler évident, et pourtant.

La passion d’abord. Certains métiers ne peuvent s’exercer sans. L’enseignement en fait partie. Certes, il y a des professeurs qui vont donner leurs cours en  « trainant les pieds », pour différentes raisons, à ce moment là, il s’agit d’un calvaire pour l’enseignant et d’une catastrophe pour l’élève. Quelque soit la discipline, l’enseignement est un métier enthousiasmant, mais difficile, il réclame beaucoup d’énergie. Donc, il faut être animé par cette passion qui fournira l’indispensable énergie  à l’accomplissement de la mission, quelques soient les circonstances.

La capacité d’adaptation. Certes on peut choisir son public, son affectation (pas toujours), se spécialiser. Si on prend l’exemple d’un art martial, il est possible d’être amené à enseigner aussi bien à des enfants de quatre ans qu’à des adultes non sportifs. Ce  n’est pas la même approche, dans l’esprit et dans la forme.  Il y aussi les objectifs recherchés ou imposés. Si nous sommes dans le loisir, l’utilitaire ou la compétition.

Cette capacité d’adaptation est aussi valable dans un cours en fonction du ressenti dans l’application d’un programme préparé, à moins qu’il y ait un objectif bien précis à court terme.

Dans tous les cas, les premières séances seront déterminantes, d’où l’importance du premier professeur, un sujet sur lequel je suis revenu quelques fois. Si la structure a les moyens d’avoir plusieurs créneaux horaires, les cours par niveaux sont les bienvenus. Dans le cas contraire, il se peut que la personne qui commence se trouve un peu perdue et en manque de bases. Dans une maison les fondations sont aussi importantes que les éléments qui vont l’élever, sinon davantage. Certes, dans le cas où il n’y a qu’un seul atelier, les plus anciens sont au service de ceux qui font leurs premiers pas sur les tatamis, il y a des répétitions de gestes de base dont on ne doit pas faire l’économie.

Encore une fois, c’est au professeur de savoir s’adapter à toutes les situations et « d’organiser » son tatami. Quand  l’effectif va de la ceinture blanche à la ceinture noire, il est indispensable que chaque grade puisse travailler ce qui doit l’être à son niveau. C’est souvent difficile de contenter à la fois une ceinture blanche, et une ceinture noire. Éviter que la première se décourage, n’acquiert pas les fondamentaux ou pire se blesse à cause d’une technique qui demande un niveau supérieur pour l’exécuter et la subir sans danger. A l’inverse, il faudra éviter que le plus haut gradé se lasse avec l’impression de « rabâcher » (ce qui, soit dit en passant, n’est jamais inutile, mais il faut malgré tout avancer). C’est là que l’expérience est indispensable, mais aussi  le bon sens.

Lors des explications, il est inutile de se lancer dans des discours à n’en plus finir qui font relâcher l’attention, quitte à revenir à plus reprises sur les explications en question, les progrès se réalisent essentiellement en pratiquant. On peut être ébloui par une belle démonstration du professeur, mais le but reste l’acquisition.

Démontrer parfaitement une technique va créer l’envie d’en faire autant, mais pour cela il faut donner les outils.   « L’essentiel n’est pas ce que l’on enseigne, mais ce que les élèves apprennent ». André Giordan

Il y a des anniversaires que l’on ne fête pas !

Deux ans après le début d’une crise qui a bouleversé beaucoup de vies, nous sommes assez nombreux à ne pas être encore sortis d’affaires, dans une certaine indifférence, pour ne pas dire une indifférence certaine. Nous n’avons pas tous été traités de la même manière. Les sinistrés (et laissés-pour-compte)  de la crise économique déclenchée par  la crise sanitaire et sa gestion, n’ont pourtant pas manqué ni de volonté, ni d’énergie pour tenter de réparer des désastres qui ne doivent pas tous être mis sur le compte des « coups du sort ».

Et l’horreur qui se déroule à nos portes depuis plus de trois semaines ne favorise pas une reprise  indispensable à la survie.

Les images de plus en plus effroyables qui nous sont délivrées nous prouvent qu’il y a toujours pire situation que la nôtre ; la cruauté n’a décidément pas de limite. Là, nous atteignons le comble de l’inhumanité.

J’appartiens à la catégorie de ceux qui sont en difficulté depuis maintenant deux ans : une vie abîmée, des projets anéantis, des espoirs massacrés et de lourds investissements totalement perdus, et non indemnisés.

Cette horrible guerre (pléonasme) confirme qu’il y a toujours pire situation que la sienne, mais cela n’enlève pas le droit d’essayer de s’extraire du marasme dans lequel certains ont été plongés, avec injustice et dans l’indifférence.

L’injustice, parce que ce ne sont pas ceux qui prennent les décisions qui sont impactés par celles-ci. Je le constate amèrement depuis deux ans. L’indifférence, parce qu’en autres nombreuses actions entreprises, mes lettres adressées au ministre de l’Economie sont restées sans réponse. Par contre, on ne manque pas de me réclamer des cotisations sociales au titre de mon statut d’indépendant : le comble de l’indécence !

On va me dire qu’il faut cesser de ruminer, qu’il est temps de passer à autre chose, « se bouger », que je pourrais être sous les bombes.

Me bouger, c’est bien évidemment ce que je fais, je n’ai pas attendu les conseils et encore moins les critiques de certains donneurs de leçons qui sont « bien au chaud », sans risque pour leur avenir.  Je ne me plains pas, j’exprime une colère qui me semble légitime. Maintenant avec « l’épée de Damoclès » que l’on fait planer sur la nos têtes (entre retour de pandémie et guerre), il faudrait faire preuve d’une formidable inconscience pour investir à nouveau dans une entreprise privée.  J’ai largement donné il y a deux ans ! Je n’ai pas traversé la rue pour trouver du travail, mais la moitié du pays.

Deux ans sans travail ou si peu, c’est long, trop long, les efforts fournis aboutissent à de bien maigres résultats. Et l’explosion du prix des produits de première nécessité, ne peut que renforcer l’inquiétude quant à l’avenir.

Les quelques animations mises en place sont utiles moralement, mais bien insuffisantes. Je l’avais déjà évoqué.

Les stages, puisqu’il est question d’eux, sont de véritables moments de bonheur, de réconfort moral et de sentiments d’utilité, je remercie très chaleureusement tous ceux qui peuvent y participer. Je suis bien placé pour savoir que l’on ne fait pas ce que l’on veut, beaucoup souhaiteraient être présents, mais ne le peuvent pas. Je ne suis pas le seul à rencontrer des difficultés, avec ce que nous subissons depuis vingt-quatre mois, beaucoup sont touchés… et oubliés.

Donc aujourd’hui, pour moi,  c’est un bien triste anniversaire que celui de la fermeture imposée d’un tout jeune dojo dans lequel tant d’espoirs avaient été mis.

Quelques mois avant, en juillet 2019, après des années difficiles, j’avais décidé de repartir au combat. A un âge où certains profitent de la retraite ; il s’agissait d’un pari audacieux, j’assumais ce risque. D’autant que l’insignifiante pension de retraite des indépendants impose une réactivité de survie. Encore faut-il être en capacité physique, mentale et matérielle pour l’assumer. Malgré tout, que l’on se rassure, le combat continue.

Mes 16 techniques

C’est pour les besoins d’une démonstration qu’est né cet enchaînement.

Nous étions en 1982, le remise en valeur du ju-jitsu battait son plein et j’avais été sollicité pour produire une prestation à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de judo féminins qui se déroulaient à Paris. Il était entendu que le rôle de Tori serait tenu par une femme. Ce fût une de mes élèves, Marie-France Léglise qui était « la gentille », j’officiais dans le rôle « du méchant ». (Je n’ai pas toujours été Tori.)

J’avais donc mis au point une démonstration en deux parties. Une première dans laquelle chaque technique était démontrée d’abord au ralenti, puis à vitesse normale, et, stage  une seconde qui proposait un enchaînement très rapide. Les 16 Techniques étaient nées.

A titre personnel, je ne les ai jamais abandonnées. Plusieurs raisons à cela.

D’abord, elles sont d’une indiscutable efficacité pour peu qu’on se donne la peine de les assimiler et de les répéter. Certes, il ne faut pas nier la difficulté de bien maîtriser certaines projections, mais évoluer n’est-il pas un but dans la vie ? Si ce n’est « le » but, quelque soit le domaine !

Cet enchaînement permet de renforcer son savoir-faire technique sur un nombre varié d’attaques et de ripostes. Des ripostes qui proposent des coups, des projections et des contrôles, et les fameuses liaisons qui font la force du ju-jitsu.

Il est aussi un moyen d’acquérir des qualités indispensables, comme les automatismes, la vitesse d’exécution et il améliore la condition physique.

Cet enchaînement est également une sérieuse base de travail. En effet, à partir de chaque technique, il est possible de proposer ce que j’appelle des « déclinaisons » : enchaînements à partir de réactions de Uke, mise en place de ripostes différentes à chaque attaque, avec la possibilité d’imposer un thème : par exemple ne proposer que des clefs ou bien des étranglements ou encore des projections différentes des originelles.

On peut aussi envisager d’étudier des contre prises, même si, s’agissant de self défense, cela peut paraître surprenant, mais pour renforcer une technique, étudier les moyens d’y échapper n’est pas inutile.

Les détracteurs trouvent cet enchaînement trop difficile et lui opposent le fait que l’on peut faire plus simple en matière de self défense,  ce qui est vrai ! Mais rien n’empêche le professeur de proposer dans un premier temps des ripostes plus faciles. Ensuite, « qui peut le plus, peut le moins » ; viser plus haut, c’est une façon de ne pas se scléroser et puisque nous sommes dans les proverbes et citations faciles, on peut citer celle-là : « qui n’avance pas recule ».

Il est également utile de se souvenir que nous pratiquons un art martial, avec une histoire et un patrimoine technique que nous ne pouvons pas renier et que cette discipline est aussi un moyen d’épanouissement physique et mental. Même si l‘aspect utilitaire est incontournable, il ne serait pas sain de se limiter à celui-ci à longueur de saison.

Il ne faut pas oublier non plus qu’à cette époque (en 1982), l’objectif  était de respecter l’histoire en rendant indissociables judo et ju-jitsu, en les considérant comme complémentaires. Le ju-jitsu peut être une façon d’apprendre les techniques de judo dans leur utilisation première, ce qui de mon point de vue est un excellent moyen. Malheureusement cela n’a pas toujours été compris.

« Les 16 techniques » sont une preuve indiscutable du lien qui existe entre le judo et le ju-jitsu, comment pourrait-il en être autrement ?

Enfin, les enseigner, les pratiquer et les démontrer sont à chaque fois de véritables moments de plaisir !

(La couverture qui sert d’illustration à cet article est celle d’un livre qui présente, entre autres, cet enchaînement.)

Katame-waza, le travail des contrôles

Après l’atemi-waza et le nage-waza, place au katame-waza, pour aborder la troisième composante du ju-jitsu.

Dans les techniques de contrôle se trouvent les clefs (kansetsu-waza), les étranglements (shime-waza) et les immobilisations (osae-waza). Ces trois domaines sont utilisés en judo comme en ju-jitsu, avec des objectifs différents.

En ju-jitsu ces techniques marquent souvent la dernière phase d’une défense, après les coups et les projections, mais pas systématiquement, elles peuvent être utilisées directement sur une attaque. En judo elles se concrétisent toujours au sol.

En ju-jitsu, elles peuvent s’appliquer aussi bien debout qu’au sol. Leur efficacité est redoutable et elles permettent parfois de moduler la riposte. A l’aide d’une clef, par exemple, il est possible de maîtriser un agresseur sans forcément mettre ses jours en danger, ce qui n’est pas inutile ; le respect de la vie et la notion de légitime défense sont des notions à respecter.

Les clefs (kansetsu-waza) consistent à « forcer » les articulations à « contre-sens » pour celles en hyper-extension ou aller au-delà des possibilités de flexion pour les clefs en torsion.  Le premier groupe appartient aux « gatame », le second aux « garami ». En ju-jitsu self-défense  existe aussi les torsions de poignet, les clefs de jambes, autant de techniques interdites en judo, pour des raisons évidentes de sécurité.

Concernant les étranglements (shime-waza), l’étude doit être sérieusement encadrée, il est évident que l’issue peut s’avérer fatale. Cependant, comme pour beaucoup de techniques, l’apprentissage est long et avant une parfaite maitrise il faut une longue pratique au cours de laquelle on aura acquis de la sagesse et du contrôle. Il y a deux formes d’étranglements : respiratoires et sanguins. Ils se pratiquent essentiellement à l’aide des membres supérieurs, mais les jambes sont aussi de redoutables armes naturelles dans ce domaine, la preuve  avec le fameux « sankaku-jime ».

Quant aux immobilisations (osae-waza), elles sont surtout utilisées en judo et uniquement au sol. En ju-jitsu self-défense l’intérêt se limite à celles qui emprisonnent aussi les bras de l’adversaire.

Comme indiqué plus haut, l’efficacité demande beaucoup de pratique, donc de patience, de volonté et de rigueur. Mais ne s’agit-il pas de qualités indispensables dont doit être doté tout étudiant dans les arts martiaux ?

Bien réaliser un waki-gatame, par exemple, demande énormément de travail. Il y a la précision, la meilleure utilisation des ressources naturelles du corps et pour cela une « forme de corps » que l’on va modeler, un peu comme un sculpteur le ferait avec son « ouvrage ».  Pour cela les conseils du professeur sont indispensables, mais plus encore il s’agira de ne pas se lasser de longues, très longues répétitions pour « ressentir » la technique.

Côté efficacité, je ne manque de témoignages de personnes agressées ayant pu se sortir de situations très délicates, pour ne pas dire périlleuses, notamment face à des attaques avec armes, grâce au « katame-waza ». Cela vaut la peine de consacrer du temps à l’étude de cette composante incontournable du ju-jitsu.