Bernard Pariset et le ju-jitsu

Il y a seize ans, le 26 novembre 2004 disparaissait mon père, Bernard Pariset. Il est allé rejoindre le « jardin des samouraïs ». Je lui ai consacré un nombre important d’articles qui rendaient hommage à l’homme et à son parcours exceptionnel.

Aujourd’hui je voulais insister sur son action en faveur de la remise en valeur du ju-jitsu dans notre pays au début des années 1970.

A la fin de sa carrière de champion, au début des années 1960, il a occupé différentes fonctions auprès de la fédération de judo, mais c’est la gestion de son club parisien de la Rue des Martyrs qui était devenue son activité principale. De là, il pouvait « prendre le pouls » de la population et plus exactement celui d’élèves et futurs élèves. Bien que le judo continuait son essor et que l’équipe de France rayonnait sur le plan international, cela révélait une attirance certaine pour l’aspect utilitaire des arts martiaux, c’est à dire la self-défense.

C’est en faisant ce constat qu’il eut l’idée de réhabiliter la discipline des samouraïs en insistant sur une des composantes qui avait été négligée, à savoir le travail des coups, l’atemi-waza. D’où l’idée d’associer les deux mots pour créer la méthode « Atemi ju-jitsu ».

Loin de lui l’idée de mettre en concurrence judo et ju-jitsu, comment cela aurait-il pu être possible avec son prestigieux passé de judoka ? Non, c’est en complémentarité que s’inscrivait son initiative. La preuve avec cette méthode conçue en parallèle parfait avec la progression française de judo de l’époque, dans le but de faciliter la tâche des professeurs. (Cela n’a pas toujours été compris.)

Entre 1970 et 1980, mon père publia quelques ouvrages privés sur le sujet et certains supports techniques et pédagogiques ont été proposés par la fédération. J’ai eu l’honneur de participer à la publication  de deux livres fédéraux présentant la progression debout et au sol et d’un film « super 8 » (nous n’étions plus à l’époque des dinosaures,  mais pas  tout à fait encore à celle des vidéos).

Durant cette décennie, peu de clubs s’intéressent à cette méthode, par contre ceux qui le font connaissent immédiatement  un succès retentissant, je peux en témoigner avec les effectifs du moment au club de la Rue des Martyrs.

C’est à partir des années 1980 que le développement au niveau national et international s’est véritablement opéré, mais ce n’est pas le sujet de cet article dont l’objectif est de rendre un nouvel hommage à un homme qui avait parmi ses nombreuses qualités celle d’être un visionnaire.

D’un confinement à l’autre

Confinement, déconfinement, reconfinement ; voilà des mots que nous n’avions sans doute jamais prononcés avant le mois de mars. Inévitablement Ils doivent former le trio de ceux  les  plus utilisés durant cette maudite année 2020.

Le premier confinement, je l’ai vécu à Paris, le deuxième c’est à Niort que je l’entame. En dehors de l’aspect géographique il y a, pour ma part, bien d’autres différences.

Bien qu’elle soit qualifiée de « plus souple » j’avoue vivre (encore)  beaucoup moins bien le début de cette deuxième saison ; certaines séries devraient  se passer de suites.

En mars, nous avons été surpris, une sorte d’effet de sidération nous envahissait, cela  nous empêchait presque de réfléchir et d’analyser l’extrême gravité de la situation (surtout occupés que nous étions, enfin pas tous, à apprendre à faire notre pain, à ranger nos placards et à nous livrer à une introspection sans limite).  Malgré tout, assez vite, nous nous sommes rendu compte que, malgré ces saines occupations, ce ne serait pas facile, surtout à l’annonce de la première « prolongation ». Mais, il nous restait l’espoir de penser  qu’il s’agissait d’un phénomène  unique, même si commençait à être agité le spectre d’une deuxième vague.

Et puis nous étions en mars, après un hiver calamiteux  d’un point de vue météo (pas uniquement sur ce plan là, d’ailleurs), le soleil s’imposait et même pour ceux qui étaient « claquemurés » dans un espace réduit (ce qui pouvait être d’autant plus difficile à admettre), le ciel était bleu et les journées rallongeaient. Quant à ceux qui bénéficiaient  ne serait-ce que d’un carré de pelouse, Ils étaient presque les rois.

Enfin, même si au fur et à mesure nous nous rendions  compte que ce serait plus long que prévu, nous gardions l’espoir d’une certaine utilité. Effectivement les courbes se sont inversées. La suite nous prouva que décidément rien n’est jamais acquis.

Maintenant, c’est différent. Nous savons ce qui  nous attend, nous sommes en automne avec des jours de plus en plus courts et nous avons le sentiment que le confinement du printemps n’a servi à rien,  que nous n’avions rien appris, qu’il allait coûter très cher, que certains ont été sacrifiés inutilement et que son bénéfice a été dilapidé. Nous n’ignorons pas qu’avec ce « deuxième round »  les dégâts seront encore plus nombreux. Il s’agit d’un désespoir annoncé. L’accumulation des épreuves est indigeste, comme l’addition d’un stress causé par des situations contre-nature.

Aux drames sanitaires s’ajouteront des drames économiques et qu’aux 200. 000 petites entreprises déjà fermées viendront s’en additionner  beaucoup d’autres. Pour beaucoup en l’occurrence pour ceux qui sont en difficulté professionnelles, cela ne manque pas d’altérer la santé psychologique et physique.

Il existe aussi une différence de taille ; en mars il n’y avait qu’une France, celle qui pouvait travailler (exceptés  les malheureux chômeurs victimes d’un mal que nos différents gouvernements n’ont jamais pu juguler, ou si peu).

Maintenant, il y a deux Frances. Celle qui – heureusement – continue à travailler et l’autre pour qui c’est interdit. Il faut être concerné pour savoir ce que cela représente.  Qui accepterait d’être privé de revenu  durant huit mois, sans savoir quand il pourra à nouveau « gagner sa vie » ? Si, en plus il n’est pas contraint de mettre « la clef sous la porte » et se trouver ainsi plongé dans un gouffre sans fond en ayant perdu l’engagement d’une vie. (« La clef sous la porte », voilà encore des mots qui n’ont jamais été aussi souvent prononcés.)

Indiscutablement nous ne sommes pas égaux devant les sacrifices demandés. Pour certains, cela ne change pas grand-chose, tant mieux ; d’autres ont même prospérés ; enfin il y a ceux qui ont tout perdu, ou vont tout perdre dans les semaines à venir.

Cette différence de traitement entraîne d’inévitables  clivages, elle ne facilite pas la cohésion dont notre pays aurait pourtant  besoin dans ces moments difficiles. La division est palpable !

Sans contestation, la santé est primordiale, mais lorsque l’on perd son travail et les efforts d’une vie, il s’agit d’un vrai traumatisme, on risque  d’y perdre la santé et même parfois bien davantage. D’inévitables drames ne manqueront pas de survenir lorsque des familles entières seront plongées dans la précarité et la misère.

Au cours de sa dernière intervention, le Président de la République déclarait que le « travail continuait ». Peut-être qu’il considère  que gérer un restaurant, un théâtre, une salle de sport, être acteur ou comédien (et j’oublie bien d’autres secteurs) n’appartient pas au monde du travail. C’est grave d’oublier tous ceux pour qui la vie a basculé ou va bientôt basculer. Peut-être que même, au plus haut niveau – faute d’être concerné directement – on ne mesure pas  certaines situations désespérantes.

Nous ne sommes pas égaux devant les sacrifices qui sont imposés au pays. D’autant que les aides annoncées par le gouvernement sont bien souvent insuffisantes au regard du montant des pertes enregistrées depuis des mois. De plus, elles sont souvent soumises à des conditions que l’on peut remplir. Si elles avaient été suffisantes il n’y aurait pas autant d’entreprises obligées de fermer.

Et puis ce reconfinement intervient après huit mois d’épreuves, d’informations anxiogènes, de décomptes macabres ; imaginons qu’il en soit de même chaque soir pour les différentes causes de mortalités qui endeuillent chaque jour notre pays. Nous avons eu droit à une  exception, lors de la petite pause estivale, mais manifestement nous avons été négligents, à moins que ce soit le déconfinement qui  n’ait pas été bien préparé ?

Pour ceux qui sont concernés par l’impossibilité de travailler et pour qu’ils tiennent le choc, il faut aller chercher dans des réserves d’énergie et de courage qui ne sont pas inépuisables. A tout cela s’ajoute un manque de confiance envers ceux qui décident pour nous (le doute est omniprésent et justifié), mais aussi  en notre propre capacité à franchir  un mur chaque jour un peu plus haut, même avec la volonté la plus farouche, à moins de transgresser les interdits.  Des interdits qui empêchent l’exercice de certaines professions qui pourtant  ne semblent pas plus à risque, et même beaucoup moins, que d’autres ; des interdits qui empêchent de se cultiver le corps et l’esprit.

Souhaitons que nous n’ayons pas à établir d’ici quelques mois  un nouveau comparatif avec un troisième confinement  que certains commencent à nous prédire pour le printemps prochain. Toutes ces annonces qui sont autant de mises en garde que d’informations destructrices de moral, à fortiori  pour ceux qui l’ont déjà bien entamé.

Alors oui, pour certains d’entre nous ce deuxième confinement est plus difficile à vivre puisqu’il s’ajoute au  premier qui a fait déjà tant de dégâts, surtout  lorsque pour une catégorie de la population, il se déroule dans la solitude avec un périmètre de liberté limité.

Il reste l’espoir, l’espoir qu’avec le temps la situation s’améliore, mais surtout qu’il ne soit pas trop tard. Cela va bientôt faire neuf mois que chaque jour « nous espérons » !

Les pratiquants d’arts martiaux sont des guerriers, dans le sens le plus noble du terme, mais contre quel(s) adversaire(s) ?

Un jour… et un kata !

Un jour (!) on pourra remettre le kimono, fouler les tatamis, transpirer sans masque, s’affronter en toute amitié dans des randoris d’enfer, bref pratiquer sans limite dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale avec l’envie de progresser, de fortifier notre corps et notre esprit.

En attendant, il nous faut ronger notre frein, faire preuve de patience et même de résilience. Incontestablement il existe de bonnes raisons d’être inquiet et parfois animé d’une incompréhension légitime face à quelques incohérences et injustices. Je sais de quoi je parle, les dégâts sont terribles, il faudra rebâtir, cela prendra du temps et de l’énergie. Souhaitons ne pas en être dépourvus le moment venu.

Pour faire patienter je souhaitais revenir sur une partie importante de la pratique de la plupart des arts martiaux et notamment du ju-jitsu, je veux parler des katas. Pour cela je propose « la rediffusion », un peu remaniée, d’un article publié il y a un an.

Il n’est pas inutile de revenir aux premières raisons d’être ainsi qu’à l’utilité de ces exercices.

Ils sont avant tout des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement et ils permettent de codifier et de transmettre les techniques au fil des années.

Certains les considèrent comme « une purge » qu’il est nécessaire de s’administrer pour monter en grade, ou encore, toujours pour les examens et pour quelques jurys, ils sont un moyen d’exercer une autorité ! Que ces « formes imposées » intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation, cela semble juste, mais ils ne sont pas que cela, heureusement.

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème, ils sont aussi et surtout de formidables méthodes d’entraînement. Bien souvent ils ne sont abordés et étudiés qu’à l’approche d’un examen, c’est dommage. En effet, ils sont le reflet d’un combat, d’un combat codifié (pour des raisons évidentes de sécurité, un bon sens qui parfois échappe à certains), mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement et c’est pour cela que les attaques de Uke doivent être sincères, fortes et réalistes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant.

Le kata est également un exercice de style, une certaine attitude doit être respectée. C’est ce qui différencie l’art martial de la simple méthode de combat ou de self-défense, même si cela ne doit pas être au détriment de l’efficacité, ce qui est parfois le cas.

Ils sont aussi et tout simplement une addition de techniques qui sont intéressantes à pratiquer une par une ; il n’est donc pas nécessaire d’attendre que se profile à l’horizon un examen pour commencer à les étudier.

Cependant, un problème, et même un mystère, demeure et entoure les katas : il s’agit des  incessantes modifications dont ils sont les victimes, surtout quand elles interviennent sur des détails, pour ne pas dire des broutilles ; ce qui a pour effet de décourager bon nombre de pratiquants.

Maitre Tomiki, créateur du Goshin-Jitsu, aurait-il été admis au grade supérieur en présentant « son kata » tel que dans la vidéo qui accompagne cet article ?

Lors de l’exécution d’un kata pour un examen, l’évaluation doit concerner, avant toutes autres considérations, l’efficacité ; ça passe par la sincérité des attaques et des ripostes (encore faut-il que le jury soit apte à discerner une attaque et une riposte réaliste). Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il est nécessaire de respecter l’ordre de la présentation, les déplacements et emplacements, sans oublier l’attitude dans laquelle sont exclus désinvolture et relâchement corporel.

Pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme partie intégrante d’une progression  et non pas comme un passage imposé pour obtenir un grade

Mes démonstrations. Deuxième partie.

Après avoir évoqué ma toute première démonstration effectuée au village-vacances du Golfe-bleu à Beauvallon-sur-Mer durant l’été 1977, aujourd’hui j’évoque celle qui a vraiment déclenché trois décennies de prestations au service du ju-jitsu.

C’était la même année, au mois de septembre. Un évènement, ou plus exactement un non-évènement a été à l’origine de cette aventure.

A l’automne 1977, devaient avoir lieu les championnats du Monde de judo. A l’époque ce rendez-vous planétaire se tenait tous les deux ans. C’est Barcelone qui devait les accueillir, or de graves évènements politiques secouaient le Pays basques, annulant un rendez-vous médiatique important.

La fédération française de judo a voulu compenser cette absence de Mondial par une soirée de gala, durant laquelle le point fort serait une rencontre en match aller-retour opposant l’équipe de France de judo à une équipe universitaire japonaise. La soirée devait proposer en alternance avec les combats différentes démonstrations, dont une de ju-jitsu que  j’ai eu l’honneur et le plaisir de présenter, toujours en compagnie de Michel Yacoubovitch.   Cette méthode, appelée « Atemi ju-jitsu »  venait en complément du judo, elle commençait à intéresser un large public et à garnir les dojos. J’étais Uke et  Michel  endossait le rôle de Tori.

C’est au stade Pierre de Coubertin que se tenait cette soirée, ce bon vieux stade qui a vu se tourner tant de pages du sport en général et du judo en particulier.

La démonstration a connu un vif succès. Il est vrai que le ju-jitsu est à la fois une méthode de self-défense à l’efficacité incontestable et certaines des techniques utilisées peuvent être très spectaculaires.

Nous avions proposé deux parties. Une première dans laquelle nous présentions  différentes ripostes en réponse à différentes attaques. Une deuxième, selon le système des techniques démontrées puis enchaînées (une technique démontrée, une deuxième, puis enchaînement des deux. Une troisième démontrée et enchaînement des trois et ainsi de suite, jusqu’à cinq et parfois six), ce qui permettait de finir sur une touche dynamique.

Lorsque j’y repense, je constate que nous en étions aux balbutiements et que par la suite j’ai eu à cœur d’innover, sans trahir l’esprit de notre art martial.

Pour être franc, nous n’imaginions pas un tel succès ; il a engendré tout de suite beaucoup de sollicitations de la part d’organisateurs de galas qui souhaitaient  notre présence dans différentes fêtes de club.

Bien d’autres articles sur mes démonstrations viendront compléter les deux premiers, le sujet est vaste et ne manque pas de grands moments et de petites anecdotes.

Bilan et questions

Cela va faire cinq mois que le dojo de la Rue Victor Chevreuil a fermé ses portes, victime de la COVID 19. Après ces mois on ne peut plus éprouvants, le besoin de faire un bilan s’est fait ressentir comme celui de partager quelques interrogations avec mes (anciens) élèves.

Aussi, j’ai pris l’initiative de leur adresser un courriel la semaine dernière. N’ayant rien à cacher, j’ai pensé le rendre public. Je le publie donc en intégralité !

Que les choses soient clairs, il ne s’agit pas de se plaindre pour se plaindre (loin de là) et ni de baisser les bras (encore moins), mais juste de faire une mise au point, de faire état de certains doutes et d’exprimer ce qui me semble être une légitime colère !

Chers élèves, Chers parents,

Presque cinq mois après la fermeture du dojo de la rue Victor Chevreuil, j’ai pensé faire le point en vous donnant quelques nouvelles et impressions. Il y a aussi un bilan à faire six semaines après la rentrée et des questions se posent suite aux récentes annonces présidentielles.

D’abord, à propos de notre dojo « mort-né », certains, ils ne sont pas nombreux, ont pensé que je n’aurais pas dû fermer si vite. A cela, je répondrai plusieurs choses.
(A noter que, bien malheureusement, je ne suis pas le seul !)

En premier lieu, je ne leur en veux pas, lorsque l’on n’a jamais été confronté à l’entreprenariat privé, certaines choses nous échappent.

Ensuite, il ne s’agissait pas d’une décision, mais d’une obligation. Notre  toute jeune structure n’avait  pas eu le temps de faire des réserves, de constituer un « trésor de guerre ». Aussi, lorsque du jour au lendemain vous est imposée une fermeture d’une durée illimitée, comme cela a été le cas le 16 mars dernier, que vous ignorez totalement la date de reprise, mais que vous pressentez que cela ne va pas être une affaire de semaines mais de mois, et que d’un autre côté vous êtes sommé de régler un loyer que vous ne pouvez pas régler pour cause d’activité réduite à zéro, vous n’avez pas d’autres choix.

Certes, j’aurais pu attendre d’être expulsé, ce qui n’aurait pas manqué de survenir puisque le gouvernement n’a rien fait pour les locataires, la priorité étant manifestement  réservée « aux possédants ». J’aurais donc été expulsé ou bout de plusieurs mois avec une dette colossale de loyers, de pénalités et de frais de justice, ruinant ainsi définitivement tout espoir de survie ! J’ai préféré faire un taï-sabaki, c’est-à-dire une esquive. A quoi aurait-il servit  d’enseigner toute une vie l’art de ne pas s’opposer à la force brutale et violente, si ce principe fondamental  n’était  pas appliqué au quotidien lorsque les difficultés s’abattent ? Même avec la volonté la plus farouche, personne n’arrêtera  tout seul un TGV ! Il est préférable d’être à côté des rails. Il s’agit d’une métaphore un peu brutale, mais de circonstance.

Ce que nous sommes en train de vivre actuellement  ne fait que confirmer ce pressentiment qui était le mien.  Les dernières mesures annoncées vont être cataclysmiques pour certains secteurs d’activité.

Bien sûr que je regrette cette issue fatale, comment pourrait-il en être autrement ? Ce que  je ne regrette pas  c’est d’avoir évité un combat qui n’avait pas de sens ; un combat d’une inégalité aussi effrayante que désespérante. D’ailleurs il ne s’agissait pas d’un combat, mais d’une exécution. Je ne suis pas la seule victime et leur nombre ne cessera de croître dans les semaines et mois à venir.

Plusieurs mois après  la fermeture imposée du 16 mars, les clubs qui ont réussi à reprendre l’activité en passant la première vague grâce à leur ancienneté, sont à leur tour en grande difficulté face à cette deuxième vague. A Paris et dans de nombreuses régions, la pratique des sports de combat a été à nouveau  interdite pour les adultes. Quant aux structures municipales, qui n’ont pas de frais de location, elles sont confrontées à d’autres problèmes, notamment celui de l’accès  aux infrastructures, pour des questions de responsabilité.  Concernant les salles de sport, elles restent fermées.

Les mesures annoncées par le Président de la République risquent d’être le coup de grâce pour beaucoup de « survivants ».

A propos de responsabilité, à qui attribuer celles qui  ont conduit (et vont conduire) des milliers d’entreprises à disparaître et à jeter des millions de gens dans une terrible précarité ? A ce virus, bien sûr,  dont nous ne pouvons nier l’existence et les terribles dégâts ; mais peut-être aussi à la gestion de cette crise ! Prenons un seul  exemple, parmi beaucoup d’autres : comment  ne pas s’interroger  quand on voit sur les plateaux de télévision des experts de la même spécialité s’écharper parfois de façon incompréhensible, presqu’indécente  et surtout inquiétante en nous offrant des analyses
contradictoires et qui de toutes les façons, quoiqu’il advienne, ne connaîtront jamais de fins de mois difficiles, tout comme nos donneurs d’ordres.

Pour conclure je dirai que je suis triste pour ceux qui avaient fait confiance à ce dojo. Je suis inquiet pour les arts martiaux en général et le ju-jitsu en particulier, il faudra du temps pour remonter la pente. Je ne pensais pas un jour assister à un tel massacre de mon métier. Je suis en colère face au sort qui est réservé à la majorité des  petits artisans, dont je fais partie. Il s’agit bien d’une catastrophe économique plongeant les victimes dans d’effroyables conditions.  Les inégalités de traitement seront-elles éternellement présentes dans notre société ?

Une toute dernière conclusion à l’attention de ceux qui m’ont proposé une aide financière pour que le dojo ne ferme pas. Je voulais les remercier, bien sûr, mais aussi leur dire que si j’ai refusé, c’est que les sommes qu’il aurait fallu engager étaient trop importantes, que nous partions dans l’inconnu le plus totale, que la gestion de la crise avait de bonnes raisons de nous laisser perplexes  et que manifestement, vu la tournure des événements, nous avons la confirmation que cela aurait été fait en pure perte.

Malgré ce message qui, il faut l’avouer, n’est pas très gai, à l’image de la vie que  beaucoup d’entre nous vivent en ce moment, je ne désespère pas que nous puissions un jour nous retrouver sur un tatami et/ou à défaut, nous revoir.  Au fond de moi la flamme de l’espoir brille encore, heureusement d’ailleurs !

Chers élèves et Chers parents, je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ce message jusqu’au bout et je vous adresse mes salutations amicales les plus sincères et les plus chaleureuses.

Eric Pariset

Mes démonstrations. Le début !

 

 

 

 

 

 

Même si elles n’ont pas été l’essentiel de ma vie professionnelle, celle-ci étant occupée à 99 % par l’enseignement, les démonstrations ont représenté de grands moments dans ma vie de budoka et elles ont largement participé à une modeste notoriété dans le monde des arts martiaux, dans notre pays et au-delà !

Leur préparation prenait du temps, mais j’éprouvais autant de plaisir dans l’élaboration de l’enchaînement  que lors de sa présentation.  La préparation était un travail minutieux qui consistait à choisir les techniques et les enchaînements, de façon à obtenir une présentation la plus complète possible de la discipline. Ensuite il y avait de nombreuses répétitions, cela  me rassurait et surtout j’avais à cœur d’essayer de proposer un travail soigné. La présentation, pour peu qu’elle soit appréciée, était la récompense de ce travail durant lequel les heures et la sueur n’étaient pas comptées.

Pour resituer les choses précisément, c’est au camp varois du Golfe-Bleu, bien souvent évoqué dans mes articles, que leur histoire a connu ses débuts.(Il s’agissait d’un camp de vacances où se tenait chaque été un stage international de judo.)

Cette première présentation n’avait pas grand-chose à voir avec les suivantes, elle  avait avant tout le goût des vacances, nous étions davantage dans l’animation d’une soirée d’été que dans l’ambiance d’un gala d’arts martiaux.

Comme dans beaucoup de villages de vacances les soirées proposent différents spectacles.

Nous étions en 1977. Cette année là, je dirigeais un stage de ju-jitsu durant le mois d’août en compagnie d’un élève de mon père, Michel Yacoubovitch. De dix ans mon ainé et cinquième dan à l’époque, il avait été un brillant compétiteur  de niveau national en judo et était convaincu lui aussi par la méthode de ju-jitsu.

Le responsable des animations nous avait demandé de mettre au point  une démonstration ayant pour  thème un combat à mains nues entre deux samouraïs.

Le scénario était le suivant : « Une légende raconte que certaines nuits de pleine lune, dans un jardin d’un temple japonais, les statuts représentant d’illustres samouraïs s’animent pour revivre les combats de leurs glorieux ancêtres ». Un peu « bateau » je l’admets, mais nous étions au mois d’août sur la côte d’azur.

Michel étant mon ainé en âge et en grade, c’est tout naturellement que le rôle d’Uke me fût attribué.

Bien qu’étant dans un centre où se déroulait l’un des plus grands rendez-vous du judo de la planète, nous étions à une époque où les tatamis n’étaient pas amovibles, c’est  sur le plancher de la scène du petit théâtre du village que nous dévions évoluer.
Nous avions donc décidé de présenter une démonstration uniquement composée de techniques effectuées au ralenti. Nous n’étions pas vraiment en tenue de samouraïs, ni même en kimonos, mais tout simplement en pantalon et torse nu ; jeunes, musclés et bronzés !

Le rideau se levait alors que j’étais porté en « kata-guruma » par mon partenaire ; tous les deux parfaitement statufiés. Un texte présentait le pitch et une musique asiatique suivait.

A partir de ce moment Michel me reposait et nous entamions un combat en donnant l’impression d’un film diffusé au ralenti. La prestation n’excédait pas quelques minutes elle était composée de techniques pouvant s’effectuer très lentement. L’ensemble étant accompagné d’un magnifique jeu de lumières.

Nous avons remporté un joli succès, cela  m’a donné l’envie de continuer et c’est donc par une douce nuit provençale qu’a débuté l’histoire de mes démonstrations.

La suite eu lieu assez vite, un mois après en septembre, à Paris au Stade de Coubertin, elle fera l’objet d’un prochain article.

Régularité, rigueur et souvenirs.

Il s’agit d’un article déjà mis en ligne  il y presque un an, mais quelque peu remanié.

Pour peu que la crise laisse la possibilité et l’autorisation de pratiquer les disciplines de combat, la régularité sera un élément déterminant dans cette pratique.

Davantage que la quantité de cours suivis par semaine, c’est la régularité qui prime pour réaliser des progrès. Un quotidien stressant (il ne l’a sans doute jamais été autant qu’en ce moment) ajouté parfois à une boulimie d’activités diverses ne facilitent pas la mise en place d’un rythme qui pourra pourtant s’avérer bénéfique sur bien des plans.

Lorsqu’il est possible de s’imposer une certaine rigueur, par exemple celle de fidéliser son entraînement sur les mêmes horaires, les résultats sont au rendez-vous ; pour progresser, mais aussi tout simplement pour adhérer à une forme de discipline, dans le but de prouver que nous sommes capables d’être soumis à quelques efforts qui ne ressemblent pas à d’extraordinaires contraintes. Au final ils nous offriront de belles autosatisfactions.

S’entraîner quand on le veut et s’entraîner quand on le peut, ce n’est pas la même chose. Comme expliqué plus haut, le stress du quotidien lié aux contraintes de certains métiers et aux obligations familiales sont des raisons recevables, mais lorsque l’on va s’entrainer parce que l’on a rien à faire de mieux, c’est regrettable ; certes nous sommes dans les loisirs mais nous pratiquons des disciplines particulières dans lesquelles « le mental » joue un rôle important, il n’est jamais inutile de le renforcer, ça peut servir dans notre quotidien.

La régularité est bonne pour l’esprit, mais aussi pour le corps. Celui-ci à une mémoire, il se souvient et lui imposer des irrégularités dans une pratique ne fera que semer le trouble, ce qui ne manquera pas de créer de néfastes désordres.

« Dans le temps », au célèbre dojo parisien de « La rue des Martyrs », il y avait cours de judo tous les soirs. Certains venaient les mardis et vendredis, d’autres les lundis et jeudis, ou encore les mercredis et samedis.  Chaque soirée avait sa spécificité. Et bien, il ne serait venu à l’idée de personne de manquer une seule de ces séances ou de la déplacer sur un autre soir, sauf nécessité absolue due à un souci de santé.  Il ne serait pas non plus venu à l’idée d’accepter une invitation ou d’organiser une réception chez soi lors de ces deux soirs. L’entraînement passait avant le reste.

A cette époque, ces réactions n’étaient peut-être pas le fruit d’une pleine conscience des bienfaits précités, mais sans aucun doute elles étaient dictées par une forme de respect plus important de la discipline que ça ne l’est actuellement ; ce n’est pas forcément la faute des pratiquants, mais d’une société qui nous abreuve immodérément de produits jetables.

C’est bien dommage, ce n’est certainement pas la meilleure façon pour s’immerger complètement  dans l’art martial. Le professeur possède aussi sa part de responsabilité, dans la mesure où c’est à lui de proposer des méthodes d’apprentissage et d’entraînement attractives qui donneront l’envie de persévérer, ainsi qu’une ambiance à la fois sérieuse et légère.
Finissons par une note positive en déclarant qu’une pratique, même «hachée » est préférable à aucune pratique et qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et s’imposer une petite discipline, dans la mesure de nos possibilités.
Il n’a échappé à personne, surtout pas à moi, que cette année est particulière et que beaucoup de raisons ne favorisent pas la régularité, ni même la pratique et tout simplement l’inscription dans des disciplines dites de contact. Assister à cet état de fait en en ne disposant que d’une étroite marge de manœuvre, c’est difficile ! Espérons un coup de pouce du destin !

La photo d’illustration représente le dojo de la Rue des martyrs à Paris, au début des années 1960.

eric@pariset.net

Le professeur

Il y a des professeurs qui ont  une technique parfaite et une très bonne pédagogie, c’est l’idéal. Il y a ceux qui ont une maitrise technique moyenne mais une excellente pédagogie, c’est l’essentiel.  Il y a ceux qui maitrisent parfaitement les techniques, mais qui ne possèdent qu’une pédagogie relative, c’est dommage. Enfin, il y a ceux qui sont mauvais techniciens et mauvais pédagogues, heureusement c’est rare ! Ces derniers ne doivent pas avoir beaucoup d’élèves, sauf s’ils n’ont pas de concurrence.

La semaine dernière j’évoquais le choix d’une discipline, mais le choix du professeur est tout aussi important. Démontrer parfaitement une technique est une chose,  qu’elle soit assimilée par les élèves, en est une autre. « L’essentiel n’est pas ce que l’on enseigne, mais ce que les élèves apprennent ». Cette citation d’André Giordan (dont vous trouverez le parcours sur Internet) est éloquente. Un cours n’est pas un show et les explications se doivent d’être concises et ne pas se transformer en un discours interminable.

Comment savoir si l’enseignant d’un dojo est compétent et s’il nous conviendra ? Un néophyte est forcément privé de moyens d’évaluation.  Il y a la réputation bien évidemment, mais encore faut-il que celle-ci soit fondée  sur ce que nous recherchons. Un professeur peut former d’excellents champions, mais si l’objectif est de trouver une pratique utilitaire ou essentiellement tournée vers le loisir,  ces compétences là ne seront pas utiles.

Si c’est  un ami qui nous conduit dans son dojo, ce qui est souvent le cas, il est préférable (là aussi) que les aspirations de cet ami soient en concordance avec les nôtres.  Il faudra donc souvent  s’en remettre à la première impression et surtout ne pas avoir peur d’échanger avec le professeur et avec quelques habitués du dojo avant de s’engager.

Le métier de professeur, quelque soit la discipline enseignée (français, mathématiques, chant, danse, arts martiaux, etc.) est un des métiers les plus beaux mais aussi les plus difficiles. Lors du confinement que l’on nous a infligé au printemps dernier, certains parents, obligés de faire la classe à leurs enfants, ont pris conscience de cette réalité. Certes, chacun son métier et on peut opposer que c’était difficile pour eux dans le mesure ou ce n’est pas le leur, mais quand même…!

Pour être enseignant il est préférable de posséder quelques prédispositions, mais cela ne suffit pas. Georges Brassens disait : « Le talent sans le travail n’est qu’une sale manie ».
Donc, il faut toujours se remettre en question à chaque début de saison et veillez à ce que la passion ne s’éteigne jamais.

L’une des principales qualités d’un professeur qui s’adresse à différentes populations, comme c’est souvent le cas dans les arts martiaux, c’est d’être capable de s’adapter à l’âge et au niveau technique des élèves. Et en particulier aux débutants (qui sont les ceintures noires de demain). D’où l’importance du « premier professeur », celui qui bâtit les fondations. Dans un des mes articles publiés sur mon blog et sur Facebook, j’avais insisté sur ce point essentiel. J’avais même cité en exemple l’ex-danseuse étoile, Marie Agnés Gillot, résidant à Paris et qui accompagnait son fils chaque semaine en Normandie pour qu’il commence la danse avec celui qui avait été son premier professeur.

Dans le domaine qui est le notre, le professeur est un passeur de technique, mais il est aussi le transmetteur des fortes valeurs attachées aux arts martiaux, notamment ce fameux « Code moral », souvent affiché, pas toujours appliqué !

Donc, au moment de commencer, il est préférable de ne pas se tromper. Les mauvaises habitudes se prennent plus vite que les bonnes et elles sont tenaces.

Avec le temps on se souviendra que c’est à ce premier professeur que l’on doit d’être le pratiquant que l’on devenu ; il nous a fait découvrir et aimer une discipline et un art dans lequel nous nous épanouissons.

eric@pariset.net

Y comme Yamashita et Yama-arashi…

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui c’est de la lettre Y de mon dictionnaire dont il est question. Pour l’illustrer, j’ai choisi un personnage illustre et une technique de projection particulière.

Y comme Yamashita Yasuhiro. Voilà un champion de judo exceptionnel. Tout champion est exceptionnel, mais celui-ci un peu plus. Il effectua une fabuleuse carrière dans la catégorie des poids lourds et en « toutes catégories » (épreuve dont on peut regretter la disparition) ; il réalisa, entre autres exploits, celui de rester invaincu  neuf années durant, entre 1977 et 1985 en alignant 203 victoires consécutives et 7 victoires partagées.

Redoutable aussi bien au sol que debout, il était animé d’un véritable esprit de samouraï, comme en témoigne sa victoire aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 ; alors blessé, c’est pour ainsi dire sur une jambe qu’il a réussit à venir à bout de ses derniers adversaires et par « ippon », s’octroyant ainsi un fabuleux sacre olympique. Aujourd’hui il occupe d’importantes fonctions au sein de la fédération internationale de judo.

Beaucoup aurait aimé pouvoir assister à une confrontation entre cette légende et une autre du nom de  Teddy Rinner ; nous ne pourrons que l’imaginer.

Y comme Yama-Arashi. Il s’agit d’une technique particulière. D’abord par sa traduction qui signifie « tempête sur la montagne » ; les japonais savent avec talent allier efficacité et poésie. Ensuite, elle n’est pour ainsi dire plus enseignée, ni utilisée, ceci explique sans doute cela. On pourrait simplifier sa description en la comparant à une sorte d’eri-seoe-nage (bien que le pouce qui saisit le revers se place vers le bas et non pas vers le haut) pour la partie supérieur du corps et d’ harai-goshi pour le bas. Elle fût inventée par Shiro Saigo, élève de Jigoro Kano.

Ces anciennes techniques, même si elles ne sont plus pratiquées, ne doivent pas pour autant être oubliées, elles sont en quelque sorte un trésor inestimable que nous nous devons de préserver.

eric@pariset.net

Avoir 15 ans en 1969…

J’ai eu 66 ans avant-hier et je préfère « fêter » cet âge là en 2020  que célébrer  mes quinze ans !

Mes quinze  ans, je les ai eus en 1969, l’année durant laquelle la « Grippe de Hong-Kong » sévissait. Ce virus avait fait un million de victimes sur la planète et 40 000 en  France. Pourtant, je n’en conserve aucun souvenir et je ne suis d’ailleurs pas le seul dans cet état amnésique ! Et pour quelles raisons ? Sans doute l’absence de réseaux sociaux, de chaînes d’infos en continue et une conception du rapport à la vie (et à la mort)  différent ! Sans oublier le fameux principe de précaution tétanisant.

Toujours est-il que la vie continuait. En France, le général De Gaule quittait le pouvoir, Pompidou s’installait à L’Elysée, le Premier Ministre Chaban-Delmas nous proposait sa « nouvelle société ». Le Concorde effectuait son premier vol, Gainsbourg déclarait cette année « année érotique », Hallyday chantait « Que je t’aime »… Et puis, et surtout le 21 juillet, « On a marché sur la Lune ».

Effectivement, la vie continuait ! La vie sportive notamment. Les clubs d’arts martiaux fonctionnaient (avec accès aux vestiaires, question d’hygiène). Si tel n’avait pas été le cas, on peut légitimement se demander si nous n’aurions pas été privés du formidable essor que nos disciplines ont connu à partir du début des années 1970 et jusqu’à maintenant, et si – à titre personnel – j’aurais pu effectuer le parcours qui fût le mien. En fait, chacun pouvait continuer à préparer son futur métier et à travailler pour lui-même et pour la société ! Continuer à enseigner pour ce qui concerne les professeurs d’arts martiaux, continuer à partager et à éduquer !

Quels souvenirs conserveront les actuels adolescents de cette année 2020 ? De leurs quinze ans, du lycée, des sorties entre copains et des premiers émois d’amoureux « masqués » ? Mais aussi d’un épouvantable confinement durant lequel nos rues ressemblaient à des lendemains d’apocalypse, fréquentées par quelques personnes qui se croisaient avec un laissez-passer en poche et  des regards suspicieux au dessus du masque (pour ceux qui pouvaient s’en procurer). Sans oublier l’apparition d’horribles formules qui ne favorisent pas le « vivre-ensemble » comme « distanciation sociale » et « gestes barrières ».

Certes en 1969, des gens mourraient de la pandémie, comme c’est le cas à chaque fois dans ce genre de situation dramatique, comme ça l’est cette année et comme ça l’est (tout simplement si je puis dire) chaque jour, quelque soit la période. La différence, lors des autres épidémies, c’est que des pans entiers de la société n’avaient pas été sacrifiés et détruits et que la vie de ceux qui étaient épargnés n’avait pas été massacrée d’une autre manière. Enfin, pas toutes les vies ; pas celles, par exemple,  des donneurs d’ordres qui ont leur salaire à la fin du mois.

Le Président a affirmé que (comme je l’ai déjà récemment fait remarquer) les dirigeants avaient préféré la santé à l’économie ; ce qui n’empêche pas, ni de nouvelles victimes, ni l’épidémie de repartir (d’après ce qu’on nous dit). Mais, tout le monde n’a pas bénéficié du même « traitement économique » ! Ils ne sont pas majoritaires ceux qui ont tout perdu, ou presque ;  heureusement, mais ceux-là se posent légitimement la question suivante : si un seul décideur ou un seul ministre ou encore un membre du fameux Conseil scientifique, était privé du jour au lendemain (je dis bien du jour au lendemain) de la totalité des ses revenus et même davantage, comment réagirait-il, comment agirait-il ? Prendrait-il les mêmes décisions ? Et resterai-il longtemps « sur la touche » ?

On va m’opposer que mes propos sont l’émanation d’une rancœur, que je fais partie de ceux qui sous-estiment de façon irresponsable la gravité de ce virus et que, pourquoi pas, je serais un adepte de l’existence d’un complot mondial.
Autant répondre par avance.

Concernant le premier point, il ne s’agit pas de rancœur, juste d’une forte incompréhension et d’un ébahissement sans limite sur une autre forme de violence que représente cette décision brutale prise le 16 mars, sans appel et  aux allures de couperet. Sans oublier les nombreux revirements, aussi rapides que troublants.

Sur la deuxième point, je ne sous-estime absolument pas la gravité de la maladie, mais mes craintes sont les mêmes que face au chauffard qui peut m’emplafonner en pleine ligne droite, que de succomber à une grave maladie, à un accident cardiaque, à une attaque terroriste ; je me souviens de 2015 où par deux fois je me suis trouvé exactement à deux minutes des drames, etc.
Bref, je n’ignore pas que je vais mourir un jour, ce qui ne me réjouit pas, d’ailleurs ! Non, c’est plutôt la gestion brutale de cette crise qui m’interpelle.

Enfin, concernant le troisième point, je ne suis pas forcément un adepte de la théorie du complot, mais cela ne m’empêche pas de m’interroger, sans forcément avoir une opinion tranchée sur le fait de savoir s’il s’agit de manipulation, d’hystérie ou d’incompétence ?

A propos d’hystérie,  je suis effaré par une couverture médiatique absolument disproportionnée et qui ne manque pas d’entretenir  une véritable psychose et une angoisse permanente. Tout cela  dans une ambiance au travers de laquelle une méfiance générale s’installe et qui va durablement modifier nos relations sociales.

Je suis attristé par ce que nous vivons, c’est pour cela que je ne suis pas mécontent que mon adolescence, cette période de la vie durant laquelle se bâtit l’adulte que l’on deviendra, n’ait pas connu ce que nos jeunes connaissent aujourd’hui.

L’humanité a vécu d’horribles périodes, entre les pandémies, les guerres, les séismes et autres catastrophes, mais est-ce bien raisonnable d’affirmer que notre situation actuelle pourrait être pire en se référant à ces catastrophes  passées ?

D’abord, nous devons toujours rechercher le meilleur pour notre vie quotidienne en société, ensuite nous ignorons la gravité de ce qui nous attend. On nous le répète à longueur de temps et cela se confirme  un peu plus chaque jour : nous allons connaitre une  terrible crise économique qui imposera à certains  des conditions de vie dont ils ne pourront  se satisfaire au motif qu’il y aura eu peut-être pire avant.

Justement, je sais que le bien le plus précieux reste la santé et je suis heureux que malgré les épreuves, je dois un peu près encore en bonne santé  ! Je sais aussi  que certaines situations peuvent altérer cet état, aussi je déplore la brutalité et l’inégalité  avec lesquelles cette crise est gérée.

J’en profite aussi pour souligner qu’il y a des affirmations plus faciles à tenir lorsque l’on n’est pas directement concerné !

Pour conclure et à propos des années qui passent, puisqu’il est question d’anniversaire, je citerai Jean d’Ormesson : « cela ne me dérange pas de vieillir, c’est encore la meilleure façon de ne pas mourir » !

eric@pariset.net