Autopsie, ou presque…

samourai-dore-3Le dernier article publié sur ce blog – relayé par Facebook – a littéralement explosé le compteur de ce que le réseau social appelle les personnes « atteintes ». Pour cible, le billet consacré au nouveau programme des passages de grades imposé par la fédération de judo-ju-jitsu. Que cela suscite autant d’intérêt signifie que ces titres revêtent une belle importance et que ces modifications ne laissent pas grand monde indifférent. Les réactions ont été nombreuses et vives, une écrasante majorité s’insurge contre ces chamboulements qui sont un nouveau coup dur pour le ju-jitsu. C’est ce qui m’a donné l’envie de faire une petite analyse afin d’essayer de comprendre ce qui pose problème pour notre art martial dans ce pays.

Ceci étant, je n’ignore pas que nous sommes au cœur de l’été et que pour beaucoup le kimono (judogi, jujitsugi, kekogi, etc.) est soigneusement rangé dans la penderie, mais cela n’empêche pas la lecture et un brin de réflexion. De plus, à la vue du nombre de smartphones sur les plages et autres lieux de villégiature, l’interconnexion, elle, ne prend pas de vacances.

Tout le monde sait que si nous serrons trop fort un oiseau dans la main il étouffe et dans le cas contraire il s’envole. Comme souvent la sagesse se situe dans le juste milieu. Pour le ju-jitsu tout le monde devine quelle solution lui a été réservée.

La principale crainte de la fédération délégataire était effectivement de voir s’envoler notre art martial (qui pour le coup bat sérieusement de l’aile), soit en parfaite autonomie, ou pire encore, sous la férule d’une autre fédération qui, en octroyant au ju-jitsu une certaine liberté d’action n’aurait pas manqué de voir grossir le nombre de ses licenciés.

Juguler de façon excessive le ju-jitsu à but non-compétitif en imposant une partie judo de plus en plus importante alors que presque toutes les techniques de judo sont – de fait – dans le ju-jitsu, avec des objectifs différents. Faire juger le peu de programme alloué à notre art par des juges souvent inexpérimentés en la matière. Entendre de la condescendance et parfois souffrir du mépris exprimés envers ceux qui n’ont pas choisi la voie compétitive. Imposer, dans le maigre aspect technique, des attitudes ou gardes incompatibles avec les grandes projections de base. S’intéresser principalement à l’aspect « fighting » d’une discipline qui n’est pas faite pour cela et qui entraine fatalement à la fois une sclérose de l’art martial et défavorise les personnes à la recherche d’une activité utilitaire et de loisirs. Et maintenant les obliger, enfin ce qui reste de pratiquants, à participer à des compétitions dans lesquelles ils vont non seulement être confrontés à des épreuves qui n’appartiennent pas à leurs motivations et ce qui est le plus dangereux, être obligés de se « frotter » à des judokas très « physiques », pour le moins. Et bien, cette liste, peut-être incomplète, explique en grande partie le problème.

Loin de moi la malice d’imposer une forme de teasing en vous annonçant la suite de cet article « au prochain numéro », c’est-à-dire la semaine prochaine, mais en période estivale, proposer un billet trop long n’est sans doute pas opportun. Une suite qui pourrait avoir comme titre : « Pourquoi rien n’est fait ?».

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Dommage !

webkanjiBien qu’ayant pris depuis longtemps mes distances avec la fédération de judo-ju-jitsu pour des raisons connues de désaccord sur la gestion du jujitsu en son sein, (refusant de renier mes convictions, même si cela a un prix) je m’intéresse toujours à cette institution ainsi qu’à ses travaux et à son évolution. D’abord, parce qu’il s’agit de la fédération qui est en charge «officiellement » de la gestion du ju-jitsu et tout simplement parce que j’aime le judo, aussi ! Et puis la complémentarité entre le ju-jitsu et le judo est évidente à condition d’être pourvu d’un peu de bon sens et que les deux soient respectés. Malheureusement, j’ai appris, sans trop de surprise malgré tout, que le programme des passages de grades allait changer et que pour le 1er dan, la ceinture noire, les candidats de moins de trente ans auront l’obligation de passer par une épreuve de compétition (appelée épreuve d’efficacité).Ce sera également valable pour les trentenaires, mais dans une moindre mesure. Seuls les plus de quarante ans, qui représentent un infime pourcentage, seront complétement exemptés de confrontation.

Dans les années 1980, au moment du renouveau du ju-jitsu et devant l’impossibilité – par peur d’une dissidence  – de mettre en place un grade purement ju-jitsu, faute de mieux, la commission technique, à laquelle j’appartenais avait réussi à obtenir un grade judo-ju-jitsu sans compétition à partir de 16 ans. Laissant ainsi la possibilité aux personnes, même jeunes, de ne pas se voir imposer des combats de judo pour l’obtention d’un grade dans un art martial à but non-compétitif. Tout comme pour certaines disciplines dans lesquelles il est possible de franchir les échelons sans pour cela être dans l’obligation de faire de la compétition. En équitation, par exemple, il est possible de passer les degrés sans confrontation.

Certes, la proportion de ju-jitsu se réduisait un peu plus à chaque remaniement, mais là c’est un vrai retour en arrière. auquel on assiste.  Ceci étant, par une absence de volonté et/ou de savoir faire, la forme du ju-jitsu traditionnel n’est plus très vaillante au sein de cette fédération. Et ce ne sont pas ces nouvelles mesures qui pourront capter des adhésions venant d’une population qui serait, de toutes les façons, déçue de se voir imposer des épreuves qui n’ont pas grand-chose en commun avec les motivations qui lui font franchir la porte d’un dojo. Cela ne pourra que les inciter à se tourner vers d’autres disciplines.

La logique de l’association et de la complémentarité entre judo et ju-jitsu est d’une telle évidence qu’il est surprenant qu’elle n’ait pas pu – ou voulu – être comprise par certains. Dommage !

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Ce qui se conçoit bien…

tomoe-nageBien maitriser une technique et un savoir est une chose, pouvoir les transmettre correctement en est une autre. Le métier de professeur, quelque soit ce que l’on enseigne est un beau et noble métier, mais aussi un des plus difficiles.

Au-delà de la maîtrise du sujet que l’on doit transmettre il faudra développer des compétences spécifiques. Posséder une solide motivation et considérer qu’il s’agit d’un métier et non pas d’un travail. Etre animé d’une passion, ou du moins d’une très forte conviction, pour éventuellement compenser chez le jeune professeur un manque d’expérience et chez les plus anciens un risque de lassitude ; de rigueur, que l’on s’applique à soi-même, ce qui autorisera de l’enseigner aux élèves, de résistances et d’endurances physiques et mentales ; d’autorité dans laquelle on trouvera exigence et bienveillance, rigueur et souplesse ; d’une impartialité qui ne favorisera pas que les plus performants, de disponibilité par rapport à ses élèves, de curiosité quant aux évolutions techniques et pédagogiques. D’un engagement complet qui oblige à laisser les problèmes à la porte de l’établissement ou du dojo pour ne se consacrer qu’à sa mission d’enseignant et d’éducateur. Et puis, c’est sur quoi je souhaite insister aujourd’hui, en plus d’une voix qui doit porter, de la clarté et de l’intelligibilité dans le discours.

A ce sujet, et pour ce qui concerne les activités physiques il semblerait que depuis longtemps, existe une sorte de complexe chez ceux qui les enseignent (plus objectivement chez les formateurs de professeurs) par rapport à leurs collègues des domaines non-physiques et qui les amènent à user et parfois abuser d’un vocabulaire spécifique et particulier (utilisé par certains techniciens théoriques de l’éducation nationale), tentant ainsi de démonter qu’enseigner « le sport » n’est pas réservé aux incultes dépourvus des compétences nécessaires à l’étude et à l’enseignement de la philo ou des maths, par exemple. C’est ainsi que certaines définitions n’ont pas manqué de se faire remarquer par leur originalité, comme l’inoubliable « référant bondissant aléatoire » qui désignait le…ballon ! Autre exemple vécu, lorsqu’un formateur au début d’un stage annonce que l’on va procéder à « l’évaluation des acquis techniques du moment », je m’étais amusé en lui répondant : « bref, on regarde où ils en sont ! ». Ce ne serait pas si grave si l’unique conséquence était de nous amuser. Mais outre le fait de rendre obscure la dénomination d’objets, de techniques ou de faits pédagogiques simples, le risque est de ne pas être compris par tous les pratiquants et par de jeunes professeurs qui seraient amenés à penser qu’on ne se distingue que par les effets de langage… et que le temps passé en verbiages inintelligibles et non incontournables est autant de temps perdu pour une pratique simple, limpide, claire et effective.

Comme pour tout enseignement : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » ! A méditer, mais surtout à rappeler à tous les futurs enseignants… et actuels !

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Violence…

SAMOURAI

Violence…

L’éradication de ce fléau n’est pas acquise, loin s’en faut et l’on s’en persuade encore davantage lorsque s’offrent à nous certaines vidéos d’arts martiaux sur les réseaux sociaux (qui donnent un spectacle qui ne m’aurait certainement pas donné envie de pousser la porte d’un dojo) et/ou que l’on assiste à certains comportements dans un domaine plus large. L’immensité de la tâche nous saisit. On se dit qu’il y a encore beaucoup de travail et que malheureusement l’exemple ne vient pas toujours d’en haut. Participer à la réduction de cette plaie a toujours fait partie des motivations qui m’ont animé dans l’accomplissement de mon métier. Aujourd’hui plus encore ! La fougue de la jeunesse laisse la place à davantage de sagesse liée à l’expérience. Mais surtout, à ce jour et malgré les efforts, la certitude d’un monde où régnera la concorde n’est pas encore acquise. Face à se constat, restons positifs, espérons – et surtout – œuvrons.

A maintes reprises j’ai évoqué le rôle – même très modeste – de ceux qui dispensent leur savoir dans le domaine des arts martiaux. « Enfoncer le clou » et tenter de convaincre que la violence ne se combat pas par elle-même ne me semble ni inutile ni superflu. Certes la riposte existe, et la punition aussi. Mais la prévention – par l’éducation et par l’exemple donné – doit être la priorité. Il s’agit là du fondement de la mission du professeur. Celui-ci est aussi un éducateur physique et mental. Par ce qu’il enseigne et surtout par la manière dont il le fait. Il ne suffit pas de maitriser correctement des techniques, encore faut-il être capable de les transmettre et ce n’est pas donné à tous le monde. Ensuite, la manière avec laquelle elles seront expliquées et démontrées déterminera la façon dont elles seront utilisées.

J’adhère parfaitement à la citation que l’on attribue à Jigoro Kano : « la meilleure utilisation que l’on peut faire d’un sabre, c’est de ne jamais s’en servir ». Je ne suis pas sans ignorer que l’adhésion à ce précepte ne fait pas l’unanimité. A chacun son état d’esprit, sa « philosophie ». Bien que ce dernier mot ne soit sans doute pas bien connu de tous.

L’enseignement des techniques de combat confère une énorme responsabilité à celui qui le distribue ; la plupart de ces techniques peuvent se révéler fatales. Cette mission ne peut donc pas être confiée à n’importe qui. Une solide formation sur le plan mental, éthique et philosophique est indispensable en plus de la maitrise technique.

Lorsqu’un pratiquant se présente dans un dojo qui n’est pas le sien, bien souvent la simple évocation du nom de son professeur donne une indication très précieuse, non seulement sur ses aptitudes techniques, mais aussi et surtout sur l’état d’esprit et le comportement qui seront les siens. « Dis-moi qui est ton sensei*, je te dirais comment tu pratiques ». (Sachant que dans notre domaine nous ne pouvons échapper parfois à « l’exception qui confirme la règle » !)

*Celui qui était là avant moi, qui est garant du savoir et de l’expérience d’une technique ou d’un savoir-faire.

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Shime-waza, le travail des étranglements

kata-ha-jimeAprès avoir présenté le travail des clefs il y a quinze jours, passons à celui des étranglements. Evoquer le terme d’étranglement auprès d’un néophyte provoque souvent une certaine frayeur légitime. Les pratiquants, eux, sont familiarisés avec ce groupe de techniques qui, lorsqu’elles sont travaillées entourées des précautions de base, ne sont absolument pas dangereuses parce que contrôlées. D’autant que leur bonne réalisation demande un peu de temps, celui qui permettra l’acquisition d’une forme de sagesse et de maitrise dans tous les sens du terme.

Il n’empêche que leur efficacité est redoutable et peuvent s’appliquer dans bon nombre de situations que ce soit en judo ou en ju-jitsu, debout ou au sol ! Sachant qu’en judo ce sera principalement dans ce dernier domaine qu’ils se concrétisent.

Nous pouvons définir deux grands groupes d’étranglements. Le premier rassemblant ceux qui sont appliqués « à mains nues » et le second ceux qui le sont à l’aide des revers de la veste. Parmi ces deux groupes, il y a les étranglements de face et ceux qui s’appliquent lorsque nous sommes placés derrière le partenaire (ou l’adversaire). Il faut compter aussi avec un étranglement bien particulier qui s’exécute à l’aide des jambes, je veux parler du fameux « sankaku-jime », l’étranglement « en triangle », rendu célèbre notamment grâce au premier opus de « L’Arme fatale », film dans lequel Mel Gibson l’utilise pour terrasser son dernier adversaire. Dans cet ensemble de techniques émergent encore deux groupes, celui qui rassemble les étranglements sanguins dont l’action se situe au niveau des artères placées de chaque coté du cou et l’autre les étranglements respiratoires, qui agissent sur la trachée. Leur appellation suffit pour comprendre leurs conséquences respectives.

Bien que leur terrain de prédilection se situe au sol, en self-défense ils peuvent s’appliquer en riposte à des attaques en position debout ; défenses sur coups de poing, sur coups de pied, sur tentatives de saisies et saisies, etc. L’action peut commencer debout pour se conclure au sol, comme avec le redoutable morote-jime, appelé aussi vulgairement « le manche de pioche ».

Comme pour toutes les techniques et sans doute encore davantage pour celles-ci, en raison de leur caractère particulier, l’étude des étranglements ne doit pas éluder celles de leurs défenses. Savoir appliquer des ripostes à des formes très techniques, mais aussi à l’encontre de tentatives de strangulations plus rudimentaires est indispensable.

Pour conclure avec le shime-waza, on peut affirmer qu’il s’agit, là encore, d’un domaine riche, passionnant à l’efficacité incontestable, mais qui demande à être étudié sous le contrôle d’une personne hautement qualifiée et responsable.

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Sixième sens

samourai-dore-3C’est toujours un grand plaisir que celui de proposer, de temps en temps, quelques lignes issues du recueil « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ». Cette fois elles nous conduisent à quelques réflexions sur les « forces de l’esprit », qui peuvent nous habiter à partir d’un certain niveau d’engagement et de pratique.

« Tajima no Kami se promenait dans son jardin par un bel après-midi de printemps. Il semblait complètement absorbé dans la contemplation des cerisiers en fleur. A quelques pas derrière lui, un jeune serviteur le suivait en portant son sabre. Une idée traversa l’esprit du jeune garçon : « Malgré toute l’habité de mon maître au sabre, il serait aisé de l’attaquer en ce moment par-derrière, tant il parait charmé par les fleurs de cerisier. » A cet instant précis, Tajima no Kami se retourna et chercha autour de lui, comme s’il voulait découvrir quelqu’un qui serait caché. Inquiet, il se mit à fouiller dans tous les recoins du jardin. Ne trouvant personne, il se retira dans sa chambre, très soucieux. Un serviteur finit par lui demander s’il allait bien et s’il désirait quelque chose. Tajima répondit : « Je suis profondément troublé par un étrange incident que je ne peux m’expliquer. Grâce à ma longue pratique des arts martiaux, je peux ressentir toute pensée agressive émise contre moi. Quand j’étais dans le jardin, cela m’est justement arrivé. A part mon serviteur, il n’y avait personne, pas même un chien. Ne pouvant justifier ma perception, je suis mécontent de moi. » Le jeune garçon, apprenant cela, s’approcha du maître et lui avoua l’idée qu’il avait eue, alors qu’il se tenait derrière lui. Il lui en demanda humblement pardon. Tajima no Kami se détendit et, satisfait, retourna dans le jardin. »

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Encore une couverture…

judo-contactEncore une couverture de magazine en rapport direct avec ce billet. Cette fois c’était en 1984 et il s’agissait d’un numéro hors-série de la revue « judo » de la FFJDA. Une parution qui s’adressait trimestriellement aux dirigeants de club et aux élus régionaux.

C’est Jean-Claude Bourget, photographe officiel de la fédération qui, comme à son habitude, avait su « déclencher » au bon moment ! Cette photo avait été prise à Bercy l’année de l’ouverture de cette grandissime salle de sports et de spectacles, c’était lors d’un gala d’inauguration réservé et organisé pour et par les fédérations d’arts martiaux.

J’avais l’honneur de présenter le ju-jitsu, mon partenaire du jour était François Bernier. Le privilège de clôturer la soirée nous avait été réservé.

A cette époque, pas de musique, pas de mise en scène particulière, juste la présentation très pure des arts martiaux japonais. Rien que dans ce « réservoir naturel», il y avait de quoi proposer un beau plateau et garnir une soirée complète.

A partir de 1986, c’est à la revue Bushido qu’est revenue la responsabilité d’organiser le célèbre festival annuel, ensuite c’est Karaté-Bushido qui a pris le relai avec le succès que l’on connait. Démonstrations en musique, tenues colorées, disciplines de combat venues de tous les horizons, mise en scène hyper travaillées ; de vraies soirées de gala.

Malheureusement, cela fait bien longtemps que le jujitsu japonais n’est plus au programme et il y aurait beaucoup à dire – et à écrire – sur cette regrettable absence. Heureusement qu’il reste les souvenirs.

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Encore des souvenirs

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La photo qui illustre ce billet présente la couverture de la revue «Ceintures Noires de France» parue au printemps 1983. Ce trimestriel était l’organe de communication du Collège des ceintures noires. Les deux n’existent plus.

Le Collège des ceintures noires avait été créé en 1947. Rassembler les plus hauts-gradés autour des valeurs fortes du judo était son objectif. Partisan d’une pratique très traditionnelle, il a parfois pris ses distances avec l’orientation ultra sportive du judo. Le Collège en tant que tel n’existe plus, il a été remplacé par le Cercle des Ceintures Noires à l’initiative de la FFJDA.

A l’époque de la parution de la revue dont je présente la couverture, le Collège des ceintures noires travaillait au sein de la FFJDA, en insistant sur ses valeurs qui lui avaient donné naissance. C’était tout naturellement qu’il s’intéressait de près aux travaux de réhabilitation du ju-jitsu. Pour cela, Christian Cervenansky, haut-gradé et responsable de la revue s’était déplacé à Vichy où se déroulait un stage de perfectionnement destiné aux enseignants.   C’était pendant les vacances d’hiver 1983, il faisait très froid, rien d’exceptionnel dans ce beau département de l’Allier à cette époque de l’année, sauf que le chauffage de la salle du CREPS dans laquelle avait lieu les séances…était en panne. Avec guerre plus de trois degrés dans le dojo nous avons passé une semaine durant laquelle même notre passion pour le ju-jitsu avait du mal à nous réchauffer.

Sur la photo, mon partenaire était Michel Lefebvre, membre de la Commission technique nationale ju-jitsu qui venait de voir le jour. Nous étions aux débuts d’une belle aventure. Les membres qui étaient à mes cotés dans ce groupement se nommaient André Guérin, Michel Lefebvre, Eugéne Domagata sans oublier, Bernard Pariset bien sûr, il en était à l’origine. Rendre à César…

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Ukemi (les chutes)

ippon

Savoir chuter n’est pas simplement indispensable pour progresser en ju-jitsu et dans les arts martiaux pourvus de projections, ça peut l’être aussi dans le quotidien. Certes nous ne passons pas notre vie à tomber et à nous relever (quoique), mais cela peut arriver à n’importe qui, n’importe quand.

« C’est en chutant que l’on apprend à chuter ». Cette formule que j’aime bien employer n’a de valeur qu’après avoir assimilé et répété les apprentissages spécifiques. Mais il n’est pas nécessaire – au risque de perdre du temps et que cela devienne rebutant – de passer trop de temps avec ces répétions. Rien ne vaut le perfectionnement dans l’action de la projection, à la condition de bénéficier d’un bon partenaire. Et puis, des méthodes d’entrainements comme les uchi-komi peuvent être des palliatifs à la systématicité de la chute.

En ju-jitsu nous comptons deux catégories de chutes : les « chutes de situation » qui pourront être utilisées dans la réalité et les « chutes de répétitions », celles le plus couramment utilisées (heureusement) lors des séances. Dans chacun de ces groupes, il faut distinguer la chute-avant et la chute-arrière. Ce qui fait quatre formes de « brise-chutes ».

Ce ne sont pas les mêmes automatismes dont il faudra faire preuve selon que l’on chute sur un tatami ou sur un sol dur. Frapper avec le bras tendu, comme nous devons le faire en dojo pour répartir l’onde de choc n’est pas conseillé sur le macadam. Au même titre, dans la réalité, il faudra tenter de se retrouver debout le plus vite possible et de préférence face à l’agresseur.

Dans tous les cas, la tête et les articulations du bras devront être protégées en priorité. Sur l’arrière, il faudra prendre soin de rentrer la tête (menton dans la poitrine) et de tendre le bras ; en frappant lorsque l’on se trouve en dojo et en roulant sur une épaule en cas de perte d’équilibre hors-dojo. Sur l’avant, dans les deux cas, les bras serviront de roues et d’amortisseurs. Lors des entraînements la réception se fera jambes tendues et parallèles, dans la réalité il sera utile de plier une jambe à la réception, de façon à se relever face à un agresseur survenu par l’arrière.

Comme indiqué au début de cet article, savoir chuter peut être utile dans la vie courante, que ce soit en raison d’une glissade sur la neige, en cas de chute de cheval (pour ceux qui ont la chance de pratiquer l’équitation), ou lorsque l’on se « prend les pieds dans le tapis » ! Etc.  Maitriser l’art de la chute est incontournable pour pratiquer le ju-jitsu, c’est aussi une forme d’assurance pour le quotidien.

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Professeur

img_0815-1Notre pays a toujours été strict concernant l’encadrement des activités sportives. Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine soumis à une forte réglementation et certains de nos excès en matière de contrainte administrative font notre réputation. Il s’agit sans doute des défauts de nos qualités. Etre rigoureux quant il s’agit de s’assurer qu’une activité physique et à fortiori une discipline de combat est correctement encadrée ne semble pas extravagant. D’autres pays ne sont pas aussi sourcilleux.

Tout au début de l’histoire des arts martiaux en France il n’existait pas de diplômes pour les enseigner, mais ils ont été mis en place assez rapidement, dès 1955 à l’initiative de la fédération de judo. De nombreuses formules se sont ensuite succédées.

Personnellement, je me souviens d’avoir franchi trois échelons : animateur, moniteur, puis professeur. « Je parle d’un temps que forcément les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. » C’était au cœur des années 1970. Concernant le titre de professeur qui était le véritable objectif, il s’agissait d’un diplôme qui s’appelait : « professeur de judo, karaté, et aïkido, option principale judo (ou karaté, aïkido selon l’option principale choisie) ». Les titulaires ayant la possibilité d’enseigner les deux autres disciplines jusqu’à un certain niveau. Cette formule était intéressante, sur le plan de l’ouverture d’esprit et de l’élargissement des connaissances. Il s’agissait aussi pour la « fédération mère » à savoir la fédération de judo, de continuer à assurer une forme d’hégémonie sur les disciplines « cadettes ».

Animateur, moniteur et surtout professeur étaient des titres largement plus gracieux que les appellations qui ont suivies ; BEES (brevet d’éducateurs sportifs), et maintenant les CQP (certificat de qualification professionnelle), le sport et les arts martiaux n’ont pas échappé à cette tendance qui consiste à abuser des abréviations qui ne contribuent pas à l’enrichissement de notre langue.

Lorsque j’ai acquis mon diplôme, les programmes était très chargés dans des matières certes très intéressantes, mais au contenu un peu disproportionné par rapport à l’usage que l’on en ferait ensuite sur le terrain (le tatami en l’occurrence). Il s’agissait de thèmes tels que l’organisation du sport en France, anatomie/physiologie (domaines dans lequel nous étions presque au niveau de la première année de médecine). Ces thèmes existent toujours, mais de manière plus raisonnable. Enseigner un sport demande avant tout une maitrise technique, pédagogique et phsycologique.

Le programme technique était complet avec du « travail debout » et « au sol », des katas, des randoris, la préparation d’une séance (et la présentation effective d’une partie) dont le thème était tiré au sort, s’ajoutaient une épreuve pédagogique d’éducation physique et sportive et comme indiqué plus haut, une séquence au cours de laquelle il fallait démontrer ses connaissances en karaté et en aïkido. Le ju-jitsu n’était pas vraiment au programme, nous étions un peu avant la remise en valeur de notre art bien aimé.

L’examen commençait le lundi matin pour se finir le vendredi soir. Enchaîner au fil des jours les interrogations techniques et physiques, les épreuves pédagogiques, les écrits et les oraux n’étaient pas de tout repos, Il fallait bien plusieurs jours pour se remettre de l’acquisition d’un diplôme qui nous semblait largement mérité.

L’évolution tend à proposer un allégement des programmes de façon à rendre plus accessible la possibilité d’enseigner. C’est louable, mais à plusieurs conditions. D’abord qu’un certain niveau d’exigence assurant une pratique sécuritaire et éducative soit garanti, que toutes les disciplines (même les plus récentes) soient astreintes à la même réglementation et enfin qu’existent des débouchés d’un point de vue professionnel, ce qui garantie un niveau d’engagement différent.Enfin, la vigilance s’impose aussi face à une forme de nivellement par le bas, lorsque certaines des valeurs propres aux arts martiaux tendent à disparaître. C’est parfois, justement, un manque de professionnalisme qui en est la raison.

La capacité d’enseigner n’est pas forcément donnée à tous et ce n’est pas une moindre responsabilité. Il faut d’abord en avoir l’envie et en plus des qualités précitées, il est indispensable d’être armé de patience, d’une farouche énergie et d’une autorité qui imposera le respect indispensable à la mission.

Si le métier d’enseignant – selon l’expression consacrée – est le plus beau métier du monde et pour qu’il en soit ainsi encore longtemps, il est indispensable de conserver et de renforcer tous les moyens qui contribuent à sa valorisation, à commencer par les titres qui l’identifient.

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